Les forces de sécurité nigériennes, qui traquaient samedi près de la frontière malienne les ravisseurs des deux Français enlevés vendredi soir en plein Niamey, avaient encerclé les preneurs d'otage. Mais les deux otages français ont été retrouvés morts, selon une source gouvernementale nigérienne. Le ministère de la Défense français a confirmé l'information.
Les soupçons se portent sur Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).
Devant la presse à Niamey, le porte-parole du gouvernement nigérien Laouali Dan Dah avait indiqué que "la France participe aux recherches", sans s'engager sur l'identité des assaillants. Aqmi opère dans la bande sahélo-saharienne aux confins du Niger, du Mali, de l'Algérie et de la Mauritanie.
Lancées à la poursuite des preneurs d'otages, les Forces de défense et de sécurité nigériennes leur avaient déjà brièvement fait face dans la nuit de vendredi à samedi au nord de la localité de Ouallam, à une centaine de km au nord de Niamey et moins de 100 km du Mali, a-t-il affirmé.
Des échanges de tirs avaient eu lieu mais les forces nigériennes "n'ont pas voulu ouvrir le feu sérieusement de crainte de blesser les otages et de mettre leur vie en danger, raison pour laquelle les ravisseurs ont pu passer à travers les mailles du filet", a poursuivi le porte-parole.
Kidnappés en plein restaurant
Vendredi soir "vers 22H30 locales (21H30 GMT) quatre individus armés de fusils d'assaut AK47 et de pistolet automatique ont fait irruption au 'maquis' (restaurant, ndlr) Le Toulousain, au quartier Plateau, et ont procédé à l'enlèvement de deux ressortissants français", a-t-il expliqué.
Des employés et clients de cet établissement, qui était rempli au moment du rapt, ont affirmé que deux hommes armés avaient forcé les otages à les suivre dans un 4x4 immatriculé au Bénin où se trouvaient d'autres individus armés.
Les assaillants "parlaient l'arabe, le français et le haoussa", une langue locale, et étaient "enturbannés" à l'exception de l'un d'eux, a précisé le porte-parole. Un témoin avait rapporté qu'ils avaient "la peau claire".
Selon le gérant du restaurant, Soumaïla Kima, l'un des Français résidait à Niamey, travaillait pour une ONG et devait épouser le 15 janvier une Nigérienne.
L'autre otage était l'un de ses amis, arrivé le soir même pour assister à son mariage, a-t-il indiqué à l'AFP.
D'après un client français présent, les ravisseurs "avaient l'air de savoir qui ils étaient venus prendre".
Niamey, considérée comme sûre
C'est la première fois qu'un enlèvement de ce genre survient à Niamey, capitale considérée jusque-là comme sûre, à environ 200 kilomètres au sud de la frontière malienne.
La menace s'était toutefois rapprochée fin 2008 avec le rapt par Aqmi de diplomates canadiens à seulement 40 km à l'ouest de la ville, sur l'axe principal Niamey-Mali.
La France tente actuellement d'obtenir la libération de cinq de ses ressortissants enlevés le 16 septembre 2010, avec un Togolais et un Malgache, sur le site d'extraction d'uranium d'Arlit, dans le nord du Niger.
Les otages, pour l'essentiel des collaborateurs des groupes français Areva et Satom, seraient détenus dans le nord-est du Mali. Ce rapt a été revendiqué le 21 septembre par la mouvance Aqmi.
"Il est très tôt pour établir des similitudes du mode opératoire de ce dernier enlèvement avec celui qui s'est déroulé (...) à Arlit", a estimé Laouali Dan Dah.
Dans un message le 19 novembre, Aqmi a demandé à Paris de négocier la libération des otages au Mali directement avec Oussama ben Laden et exigé de la France qu'elle retire ses troupes d'Afghanistan.
Aqmi avait annoncé en juillet l'exécution d'un otage français, l'humanitaire Michel Germaneau, dont le corps n'a jamais été retrouvé.
Avec AFP et Reuters
Niger, Areva, Aqmi : qui est l’otage de qui ? (La Mèche)
Il y a deux façons de voir la prise d’otage des Français au Niger. La version « l’Ile aux Enfants », servie à longueur de grands médias, nous dit que sept personnes dont cinq Français ont été enlevées par d’odieux terroristes islamistes rétrogrades qui n’attendent qu’une occasion pour nous faire du mal, à nous, la patrie des droits de l’homme. Heureusement, nos valeureux militaires – qui pour être plus proches des gens qu’ils aiment sont installés dans toute la région – traquent sans relâche Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) pour libérer les otages. Bon, ceux qui ont passé l’âge de Casimir seront plus attentifs au fait que ces Français sont surtout des employés d’Areva, la multinationale du nucléaire, et qu’ils ont été enlevés à Arlit, au nord du Niger, justement là où la France extrait près de 50 % de son approvisionnement en uranium. Très loin, surtout, des territoires où les barbus de l’Aqmi font leur Paris-Dakar à eux.
Eh oui, si Aqmi les détient aujourd’hui, semble-t-il, elle n’est pas à l’origine de l’enlèvement : les gens d’Areva lui ont été remis par des combattants ou des bandits touaregs. Pas islamistes pour deux sous, en général, mais quand même très remontés contre notre pays. Il est vrai que de lui, ils ne connaissent que les automitrailleuses vendues au gouvernement nigérien par Nicolas Sarkozy pour mieux tuer leurs animaux, interdire l’accès aux puits et les expulser de leurs terres. Des terres refilées à Areva pour l’exploitation de l’uranium... Ils en connaissent aussi les retombées : non, pas celles des 100 000 tonnes d’uranium et des centaines de millions de bénéfices envolés vers notre pays en échange du paiement d’un forfait aux deux tiers inférieur au prix mondial, et qui aurait été négocié en secret par un certain Jacques Foccart à l’indépendance du pays, en 1960. Mais la contamination par les poussières et les gaz radioactifs de l’air, l’épuisement des eaux potables détournées pour l’activité minière, la pollution radioactive des sols par les déchets de l’extraction, et le maintien par la force et avec l’aide de l’armée française de régimes corrompus plus ou moins sanglants à la tête du pays. Du coup, les 85 000 habitants de la ville artificielle d’Arlit, souvent amenés du sud pour remplacer les indociles Touaregs dans les mines d’Areva, meurent à petit feu, mais l’hôpital gentiment fourni par Areva n’est bizarrement pas le plus loquace sur le sujet. Et tout ça pour quoi ? Pour nous permettre d’alimenter les enseignes de magasins qui éclairent les rues vides la nuit, les panneaux de pub qui stimulent nos rêves marchands et les chauffages électriques qui font qu’on a toujours froid même quand on les pousse à fond (mais c’est pas perdu pour tout le monde, regardez les factures !). Entre autres gaspillages de l’électricité. Des gaspillages que ne risquent pas de connaître les habitants d’Arlit, qui n’ont toujours pas l’électricité chez eux, 50 ans après la supposée indépendance de leur pays...
Avec le collectif Areva ne fera pas la loi, on s’était présenté au siège du groupe nucléaire pour y remettre à une Anne Lauvergeon (la patronne) plus vraie que nature, le Prix de la communication environnementale la plus efficace : ben oui, il faut du talent pour cacher tout ça à l’opinion publique et quand même faire passer le nucléaire pour une énergie « propre » ! Un Touareg avait fait spécialement le déplacement pour expliquer à la presse, à cette occasion, quel sort était réservé aux travailleurs des mines d’Areva et à leurs familles. Les sbires de la boîte avaient moyennement apprécié la plaisanterie mais, depuis, la vérité sur les conditions d’exploitation de l’uranium du Niger n’a cessé de resurgir, notamment dans la bouche des opposants au projet de second EPR (seconde aberration !) de Dieppe, au moment des débats publics, et dans les mobilisations d’associations comme Sortir du nucléaire ou Survie.
Quand des gens font des horreurs, comme au Niger, c’est souvent pour l’argent – comme Areva –, ou au contraire parce que leur souffrance, causée par ceux qui cherchent l’argent à tout prix, se transforme en haine des premiers. Pour « gérer » la crise, la France vient d’envoyer son charmant Commandement des Opérations Spéciales (COS) à Niamey, pour préparer une véritable guerre contre les rebelles, barbus ou non, de la zone sahélienne. Quand on sait que c’est le COS qui était aux manettes pour la France au moment du génocide des tutsis du Rwanda, en 1994, on se dit qu’on n’a pas fini d’entendre des horreurs à propos du Sahel...
Xavier Renou
Le site du collectif des désobeïssants http://www.desobeir.net/


0 commentaires:
Enregistrer un commentaire