samedi 15 janvier 2011

Mezri Haddad: un sacré retournement de veste!

Nous publions la lettre de démission de Mezri Haddad parce que l'incroyable volte-face du bonhomme en moins de 24 heures restera un cas d’école à retenir ! Nous sommes bien dans le genre tragico-comique qui nous permet de mesurer à quel point tous ces opportunistes (qui sont mêmes prêts à réécrire l’histoire pour leur compte et se transformer en résistants de pacotille dès que ça commence à sentir le brûlé) ne sont concernés que par eux-mêmes et leurs intérêts et en aucune façon par la lourde responsabilité dont ils ont la charge!

C’est de cette horde d’individus hautement nuisibles qui sont à la tête des nations arabes dont les peuples doivent absolument se débarrasser pour pouvoir commencer à envisager un autre futur pour leur pays et pour eux-mêmes !

Puisse Dieu faire en sorte que le peuple tunisien et tous les autres peuples qui vivent sous le joug de dictateurs comme Ben Ali et de leurs hordes de courtisans abjects et serviles puissent à nouveau avoir leur destin entre les mains !

Il fallait voir ce laquais encore tout dévoué à Ben Ali jeudi dernier lors son intervention chez Bourdin, faire profil très très bas sur la chaîne qatarie al Jazeera hier soir !

Vraiment méprisable le bonhomme !

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«Pour Ben Ali, c’est un complot islamiste»

Publié le 15 janvier 2011 sur lesite liberation.fr

Interview

Mezri Haddad, ambassadeur de Tunis à l’Unesco, a démissionné quelques heures avant le départ du chef de l’Etat.

Vendredi matin, il défendait encore la politique du président Ben Ali sur France Inter, assurant que les promesses d’ouverture de la veille allaient se concrétiser. En début d’après-midi, Mezri Haddad, l’ambassadeur de Tunisie à l’Unesco, a rendu publique sa démission. Cet ancien opposant de gauche, journaliste et philosophe, rallié au régime Ben Ali en 2000, explique à Libération les raisons de son coup d’éclat. Cet entretien a été réalisé quelques heures avant l’annonce du départ de Ben Ali.

Pourquoi avez-vous démissionné ?

Je ne peux plus supporter l’insupportable. Trop c’est trop. Ce qui se passe est inacceptable, injustifiable.

Qu’est-ce qui a changé ?

On m’a donné de fausses informations. On m’a menti, à moi mais aussi à mon collègue ambassadeur de Tunisie en France [Raouf Najar, ndlr]. J’ai parlé au président Ben Ali le 10 janvier. Je lui ai expliqué ce qui se disait ici dans les médias. Il m’a répondu que ce qui se passait était un complot des islamistes qui se cachaient derrière les manifestants. J’y ai cru, jusqu’à ce que des amis m’ouvrent les yeux et me racontent la réalité de ce qui se passe en Tunisie.

Vous avez parlé à Ben Ali, ce matin ?

Oui, à deux reprises. Je tenais à l’informer de ma démission. Je le lui ai annoncé avant de lui faire parvenir ma lettre de deux pages. Il m’a rappelé pour me dire : "Ne te trompe pas. Ne fais pas ça, pas en ce moment. Je t’assure que les intégristes vont prendre le pouvoir." Je lui ai répondu : "J’espère que ce n’est pas vrai et que l’avenir vous donnera tort."

Croyait-il vraiment à ce qu’il disait ?

Je ne saurais le dire, mais il avait l’air sincèrement convaincu.

Avez-vous des regrets ?

Non, j’ai cru à ce projet. Au sein de ce régime, il y a des conservateurs, voire des réactionnaires. Mais il y a aussi des démocrates, comme Kamel Morjane, le ministre des Affaires étrangères, ou encore le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi. Mais cette tendance réformatrice et démocratique est minoritaire.

Qui sont les autres ?

Abdelwaheb Abdallah, le principal conseiller du Président. C’est lui qui lui a raconté tous ces mensonges, il est le principal responsable. Il n’est pas le seul : il y a aussi Oussama Romdhani [le ministre de la Communication, débarqué le 29 décembre, ndlr] et d’autres, tout cet entourage est néfaste.

Y a-t-il une lutte de pouvoir autour de Ben Ali ?

Oui, je le crains. J’accuse Abdelwaheb Abdallah d’avoir fait pirater le site de Kamel Morjane, jeudi, pour annoncer une fausse démission. Ceux qui ont fait cela sont les mêmes qui ont créé une fausse page Facebook il y a un mois en faveur d’une candidature de Morjane à la présidentielle de 2014.

Ce régime est-il réformable ?

Je suis un réformiste, j’ai toujours craint les révolutions : c’est une position philosophique. J’espère que ce qui se passe va déclencher un processus de réformes et non conduire la Tunisie vers le chaos. Je souhaite de tout cœur que mon pays va rester sur la voie de la modernité et qu’il ne va pas plonger dans l’intégrisme.

Quel rôle ont joué les pressions internationales sur le recul de Ben Ali ?

Je ne sais pas, je n’ai pas suffisamment d’informations pour me prononcer sur le rôle qu’auraient pu jouer en coulisses les Etats-Unis ou la France. Je ne pense pas que la France, qui est un allié indéfectible et fraternel de la Tunisie, ait fait quoi que ce soit pour déstabiliser le pays.

Qu’allez-vous faire, maintenant ?

Je vais retourner faire de la philosophie.

URL de l'article: http://www.liberation.fr/monde/01012313860-pour-ben-ali-c-est-un-complot-islamiste

"C'est d'ici, de l'Unesco, que je dépose entre vos mains ma démission"

Publié le 14 janvier 2011 sur le site lemonde.fr

Le Monde reproduit la lettre de démission envoyée par l'ambassadeur de Tunisie auprès de l'Unesco, Mezri Haddad.

Monsieur le président de la République Zine El-Abidine Ben Ali,

Lorsque vous m'avez appelé au téléphone lundi dernier, le 10 janvier à 11 h, pour avoir mon avis sur la situation que traverse notre pays, j'ai été comme toujours sincère avec vous en vous disant que la solution est entre vos mains, à vous seul.

Je vous ai demandé de vous adresser de nouveau à la nation, mais pas comme vous l'aviez fait dans votre premier discours. Je vous ai prié et supplié d'arrêter le bain de sang en désarmant la police. Je vous ai dit que le limogeage du ministre de l'intérieur et son remplacement par un homme compétent, démocrate et au-dessus de tous soupçons, n'aura aucun impact tant qu'il y aura encore des morts.

Je vous ai dit que les manifestants ne sont pas contre vous mais contre l'oligarchie dont vous êtes devenu l'otage et qui n'a pas cessé de piller les richesses du pays, de rançonner les honnêtes gens qui font la prospérité économique de la Tunisie, d'outrager les investisseurs étrangers dont notre économie nationale dépend.

Je vous ai promis qu'en échange de cette mesure de salut public, je continuerai à m'exposer alors que les autres se terrent, à vous défendre, parce que vous êtes le président de la République et le garant de la permanence de l'Etat dont l'absence risque de plonger la Tunisie dans le chaos que certains souhaitent et que tout le monde redoute.

Je vous ai fait le serment que ma loyauté sera sans faille, que je sacrifierai au besoin mon autorité intellectuelle si vous faites preuve d'humanisme et que vous saisissez le message de notre jeunesse avant que celle-ci ne soit sous l'emprise des appels intégristes.

Alors que vous auriez pu me raccrocher le téléphone au nez, vous m'avez dit de continuer. Et cela a renforcé ma motivation de vous en dire davantage, sans autres considérations et de vous dire que, par-delà cette mesure morale et politique décisive et salutaire qui ramènera la paix civile – désarmer la police – il faut transformer cette police de sécurité en police de proximité, et parce que les maux sont si profonds, vous devez écarter ceux parmi vos conseillers qui ont mené le pays à ce désastre.

Je vous ai demandé de vous affranchir de l'influence pernicieuse de Abdelwahab Abdallah et de son fils spirituel Oussama Romdani, non parce qu'ils m'ont poursuivi de leur vindicte depuis onze longues années, mais parce qu'ils sont à l'origine de la pavlovisation et de la soumission de la presse écrite et audiovisuelle en Tunisie, de la marginalisation de notre élite intellectuelle, de la dégradation de l'image de notre pays dans le monde.

Je vous ai demandé d'écouter nos amis français parce que la France a toujours été notre alliée indéfectible.

Je vous ai suggéré à la tête du ministère de l'information, de placer Slaheddine Maoui et de l'ATCE, Fethi Houidi et de n'écouter et faire confiance qu'à Mohamed Ghannouchi et Kamel Morjane. Il faut recevoir au palais, aux vus et aux su de tout le monde, Ahmed Néjib Chebbi et Mustapha Ben Jaffar, les deux seuls hommes politiques présents à Tunis, capables de relever le défi majeur que vous êtes en mesure de leur proposer et qui éviterai à notre pays le pire. Il faut écouter ces deux hommes dont je connais l'honnêteté et la sincérité, écouter ce qu'ils ont à vous dire en bons républicains et authentiques patriotes.

Il faut enfin annoncer six actes forts :

- L'arrestation des malandrins et prédateurs encore présents sur le sol tunisien, notamment Imed et Belhassen Trabelsi.

- La déclaration d'une amnistie générale et du retour des exilés politiques.

- L'allègement des souffrances des pauvres et des victimes de la paupérisation par des mesures concrètes.

- L'autorisation d'entrée en Tunisie à tous les correspondants de la presse étrangère.

- La mise en place d'une caisse d'allocation chômage dont le financement pourrait se faire par la contribution de ceux qui se sont suffisamment enrichi pour donner maintenant aux pauvres et aux chômeurs.

- L'abolition de la peine de mort en Tunisie, que je n'ai pas cessé de vous demander depuis 2000, que vous étiez sur le point de réaliser en 2001 après l'étude que je vous ai remise.

J'ai écouté votre discours émouvant d'hier. Notre bon peuple, qui est suffisamment sage et suffisamment mur pour la démocratie, saura raison garder et l'élite politique tunisienne toutes tendances confondues à l'exception des extrémistes de tout bords, saura saisir cette occasion pour construire, tous ensembles, un avenir à la mesure des aspirations légitimes de notre peuple.

C'est d'ici, de l'Unesco, le temple de l'éducation, de la culture, de la tolérance, de la liberté de pensée et de l'humanisme – toutes ces valeurs pour lesquelles je me suis toute ma vie battu –, que je vous adresse solennellement cette lettre et que je dépose entre vos mains ma démission.

Si vous la refusez, cela signifierai pour moi que, désormais, je servirai un Etat démocratique. Si vous l'acceptez, ce serait pour moi une délivrance et pour vous une déchéance. J'affronte ainsi mon destin, comme vous affrontez le votre et comme notre chère Patrie affronte le sien.

Que la Providence préserve la Tunisie de l'affliction anarchiste et de l'abjection intégriste. Vive le peuple tunisien, Vive la Jeunesse tunisienne, Vive la République laïque.

Mezri Haddad, journaliste, écrivain, philosophe et diplomate tunisien

URL de l'article: http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/14/c-est-d-ici-de-l-unesco-que-je-depose-entre-vos-mains-ma-demission_1465899_3232.html

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Le pire de tous!!!! Rien qu'à voir sa description wikipédia

"Très tôt, Haddad prend ses distances avec le régime du président Zine el-Abidine Ben Ali. En 1989, il constate que l'euphorie, l'unanimisme et le culte de la personnalité menace déjà le nouveau pouvoir"

La bonne blague!!

Anonyme a dit…

MEZRI HADDAD: Courageux et admirable
Aucun officiel tunisien ou opposant n’a osé parler même après 2 jours du départ de ben ali
MEZRI HADDAD a eu le courage et l’a fait alors que Ben Ali était encore président