mercredi 5 janvier 2011

L'Espagne va enquêter sur le camp d'Achraf en Irak au nom de la justice universelle

Publié le 5 janvier sur le site rfi.fr
Par RFI

La justice espagnole va enquêter sur les violences dans le camp irakien d'Achraf, qui avait fait 11 morts en 2009. Les familles de victimes ont saisi la justice espagnole car elle a une compétence universelle. Un général irakien sera cité à comparaître en mars prochain. Ce sont en effet les forces de l'ordre qui se sont affrontées avec les réfugiés du camp, qui sont des opposants iraniens.

Quelques 150 personnes manifestent, le 31 juillet 2010 à Paris, pour rendre hommage aux victimes des affrontements survenus dans le camp d'Achraf en Irak en 2009.
Quelque 150 personnes manifestent, le 31 juillet 2010 à Paris, pour rendre hommage aux victimes des affrontements survenus dans le camp d'Achraf en Irak en 2009. FP PHOTO / AURORE MARECHAL

Avec notre correspondant à Madrid, François Musseau

Les juges espagnols ne renoncent pas au principe de justice universelle. Après Garzon ou Pedraz, c'est au tour d'Andreu, un autre magistrat de l'Audience nationale à Madrid qui met son nez dans les affaires internes irakiennes pour assassinat de civils.

Les faits reprochés remontent à juillet 2009, lorsque 2 000 soldats avaient donné l'assaut à des membres de la résistance irakienne de façon indiscriminée. Il y avait eu 11 morts, 450 blessés graves et des gens torturés.

Le juge espagnol s'en prend au général qui aurait ordonné ce massacre, Hossein al-Chemari, et il lui demande de comparaître en tant qu'inculpé. Al-Chemari est un militaire en activité, et bien sûr il n'en fera rien. Mais le magistrat a tout de même créé un précédent en Irak.

La législation espagnole permet en effet de poursuivre tout acte répressif contre des civils quel que soit le pays, à la condition que le pays en question n'ait pas entamé une action en justice contre les supposés responsables.

Or, dans cette affaire, l'Irak assure que c'est le cas et que le juge espagnol n'a donc aucun droit. Mais ce dernier est persuadé du contraire. Cette affaire plus que délicate reste à suivre.

Gros plan sur le camp d'Achraf

Le camp d'Aschraf, c'est une mini ville irakienne, près de la frontière iranienne. Elle abrite aujourd'hui plus de 3 000 personnes. Des Moudjahidine du peuple, opposants traditionnels au régime de Téhéran.

Le camp a été construit dans les années 80, sous Saddam Hussein, pour permettre aux Moudjahidine, à l'époque une organisation armée, de venir combattre aux cotés des Irakiens contre l'Iran, durant la guerre entre les 2 pays.

En 2003, lors de l'invasion américaine en Irak, les Moudjahidine qui sont restés à Aschraf acceptent de déposer les armes et de se mettre sous la protection des soldats américains. Mais en 2009, lorsque les Etats-Unis abandonnent la sécurité du camp, aux forces irakiennes, les problèmes commencent.

Selon les Moudjahidine, l'Iran fait pression sur le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki pour faire taire toute opposition. Résultat : les habitants d'Aschraf sont soumis à un blocus, les médicaments ne passent plus, des hauts parleurs diffusent des messages menaçants. Jusqu'à cet épisode sanglant de juillet 2009, où des affrontements avec les forces irakiennes, font 11 morts et des centaines de blessés.

URL de l'article: http://www.rfi.fr/europe/20110105-espagne-va-enqueter-le-camp-achraf-irak-nom-justice-universelle

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