mardi 25 janvier 2011

Les documents secrets d’al Jazeera sur les négociations israélo-palestiniennes (5)

Publié le 25 janvier 2011 sur le site aljazeera.net

Comment l'Autorité palestinienne a sacrifié le droit au retour des réfugiés!


Le rêve des réfugiés palestiniens d'obtenir leur droit au retour butte contre ce qui se prépare dans les cuisine des négociations

Des documents confidentiels obtenus par Al-Jazeera ont révélé que les négociateurs de l’Autorité palestinienne ont fait des concessions sur des points fondamentaux relatifs au droit au retour des réfugiés dans leurs foyers desquels ils ont été expulsés depuis la Nakba de 1948. Ce droit est resté durant des décennies un des principes fondamentaux national pour l’OLP. D’autre part, ces documents ont dévoilé des concessions faite sur la judaïté d’Israël et sur les frontières du supposé Etat palestinien.

Selon un document interne aux négociateurs palestiniens daté du 24 juillet 2008, Abbas a fait une proposition au rabais quant au nombre de réfugiés qui pourrait revenir sur les territoires de 1948, quelques semaines seulement, après le début des négociations.

Il semble que le document en question faisait référence à un autre document présenté par Mahmoud Abbas aux Israéliens en 2007, qui précisait que la partie palestinienne, était prête à renoncer au droit au retour de millions de Palestiniens et qu’elle était disposée à se contenter du retour de 10 000 réfugiés par an sur dix ans (c'est-à-dire à un total de 100 000 réfugiés) avec possibilité de renouveler cet accord avec l’acceptation des deux parties.

Mais même cette énorme concession a été refusée par Israël, et la proposition faite par Olmert, Premier ministre israélien de l’époque, à Abbas le 31 aout 2008 fut la suivante : « Israël peut permettre le retour de 1 000 réfugiés par an sur cinq ans (c'est-à-dire un total de 5 000 réfugiés) et ce pour des motivations humanitaires. »

Au cours d’une réunion datée du 15 janvier 2010 en présence de David Hale, l’adjoint de l’émissaire américain, le négociateur en chef de l’Autorité palestinienne, Saëb Erakat a déclaré : « Ce qui est dans cette feuille leur offre le plus grand Yerushalayim de l’histoire juive. Un petit nombre de réfugiés qui reviennent, un Etat sans armes… Qu’est-ce que je peux donner de plus ?»

Et en ce qui concerne la conception du négociateur palestinien quant à la manière de résoudre le problème des réfugiés, les documents montrent que l’Autorité palestinienne n’envisageait pas le retour aux territoires de 48. C’est ce qu’a exprimé Saëb Erakat dans une réunion avec les Israéliens le 8 avril 2008 au cours de laquelle il a déclaré : « J’ai déclaré dans le passé, que la création de l’Etat palestinien représente la réponse à la cause de cinq millions de réfugiés palestiniens. Et cela veut dire que vous ne devez pas réduire la superficie de cet Etat. »

En outre, Erakat a confirmé lors d’une réunion du 23 mars 2007 avec le ministre des Affaires étrangères belge de l’époque, Carle Di Guaucht, que : « l’Autorité palestinienne n’abandonnera pas les réfugiés avant les négociations de la situation finale », et a indiqué au cours de la même réunion que « les Palestiniens de la diaspora n’auront pas à exprimer leur opinions sur la question » (à propos de n’importe quel accord définitif avec Israël) « Ceci n’arrivera pas, le référendum sera fait pour les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Nous ne pourrons pas le faire au Liban comme nous ne pouvons pas le faire en Jordanie. »

Ces déclarations ont été faites au moment où Israël voulait se dégager de toute responsabilité sur la question des réfugiés et voulait considérer que la création d’un Etat palestinien était la solution à ce problème.

L’ex-ministre des Affaires étrangères israélien, Tzipi Livni a dit lors d’une réunion avec le négociateur palestinien, Ahmed Qoreï, qui a eu lieu le 22 janvier 2008 : « Je ne veux tromper personne. Il n’y aura aucun responsable israélien, que ce soit à la Knesset ou au gouvernement ou même des citoyens qui soutiendront le retour des réfugiés en Israël. Il y a plusieurs peuples à travers le monde qui sont prêts à participer à la question des réfugiés.»

Ces idées et ces positions ont poussé Israël à poser l’idée de l’Etat juif eu égard à ce que cela signifiait, comme restriction du droit au retour en Palestine, aux seuls juifs. Et certains documents indiquent que les négociateurs palestiniens partageaient avec Tel-Aviv sa vision en acceptant cette idée.

Plus que cela, les Israéliens ont essayé de se dégager de la responsabilité morale vis-à-vis du fait de laisser des millions de réfugiés palestiniens sans droit de retrouver leur terre et de ce qui en découle, à savoir réclamer des droits de réparation. Ainsi Livni a dit à Ahmed Qoreï lors d’une réunion datée du 24 mars 2008 : « Le dédommagement des réfugiés est une question internationale, ce serait une erreur de pointer la responsabilité sur Israël.»

Selon une rencontre élargie qui a eu lieu après Annapolis, le 21 juin 2008, Livni a refusé toute responsabilité d’Israël dans la souffrance des réfugiés et sur le fait qu’ils soient toujours dans des camps ; elle a déclaré que le monde arabe était le responsable de cette situation : « Non seulement à propos de la guerre, mais à propos de tout ce qui s’est passé après, à cause des espoirs mensongers qu’ils ont créés. »

La même position a été adoptée par l’administration américaine lorsque l’ex-ministre des Affaires étrangères américaine a déclaré - lors d’une réunion bilatérale qui a eu avec les Palestiniens le 16 juillet 2008 – au sujet du problème des réfugiés : « C’est la responsabilité de la communauté internationale et non d’Israël. C’est la communauté internationale qui a créé Israël ! »

Et dans le même sens, Qoreï a déclaré au cours d’une réunion avec Livni le 27 janvier 2008, que le problème des réfugiés palestiniens pouvait être réglé - ce que l’on peut comprendre - par d’autres moyens que le retour, et il a dit : « En ce qui concerne les réfugiés, si les Arabes font partie intégrante de la solution, il n’y aura pas de problème sur cette question. Nous devons associer les pays qui reçoivent les réfugiés de manière directe ou indirecte ! »

Sur la question des réfugiés, Rice a déclaré en marge d’une rencontre israélo-palestinienne qui a eu lieu à Berlin le 24 juin 2008 : « D’autres pays peuvent participer à la solution du problème des réfugiés en les recevant sur leurs terres comme le Chili et l’Argentine. »

Traduction Collectif Cheikh Yassine

URL du document:http://www.aljazeera.net/NR/exeres/www.aljazeera.net/NR/exeres/760B8629-AA86-4018-9108-D3088CCD2EAC.htm?

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