vendredi 21 janvier 2011

Hadopi muette : Sarkozy, un web civilisé ou colonisé ?

Publié le vendredi 21 janvier 2011 sur le site actualitte.com
Rédigé par Nicolas Gary,

Décidément, à nous autres Français, il nous faut une révolution dans les urnes en 2012! Ceci étant nous sommes quasiment dans la situation des Tunisiens: Qui y a t-il comme candidat potentiel pour le remplacer et pour enfin permettre à la France de recouvrer un peu de sa dignité perdue?!

Un vocabulaire colonialiste, pour évoquer un sujet mal maîtrisé ?
D’un côté, le budget de la Culture qui ne subira pas le gel imposé pour d’autres pans de la politique... De l’autre, la volonté de mener à bien une sorte de G20 des droits d’auteur, qui devrait se tenir durant Cannes, les 3 et 4 novembre prochain... Et entre les deux, un grand absent : Hadopi.

Certes, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand l’a assuré : il faudra encore six mois à Hadopi pour parvenir à proposer aux créateurs une véritable solution pertinente. « Hadopi n'a pas obtenu toute sa puissance de croisière », considèrait le ministre.

Mais le président, durant ses voeux, a allégrement oublié d’évoquer, justement, la fameuse Haute autorité. Pour autant, il n’en oubliera pas la nécessité d’une communication basée sur la pédagogie.

Pedagogue de gré ou de force

« Nous allons mettre sur la table une question centrale, celle de l'internet civilisé. Je ne dis pas de l'internet régulé, je dis de l'internet civilisé. C'est de l'intérêt de tout le monde », assurait-il. Et mieux encore : « On ne peut pas d'un côté consommer comme jamais des images, de la musique, des auteurs, de la création, et ne pas assurer le respect du droit de propriété de celui qui a mis toute son émotion, tout son talent et toute sa créativité. »

C’est-à-dire que, si les questions financières se posent, c’est avant tout parce qu’en arrêtant de rémunérer les créateurs, on coupe court à la création elle-même, souligne-t-il.

L’idée d’un G20 des droits d’auteur, c’est donc la poursuite de la perspective pédagogique prêchée par le ministre depuis son entrée en poste. Parce que maintenant, il faut parvenir à « donner de la France l’image d’un pays qui s’ouvre, y compris avec la polémique, pas celle d’un pays replié. L’important, c’est d’avoir de l’initiative. Et si on s’est trompé, et bien on change et on fait autre chose ! »

Le tout dans une belle perspective de partage et d’échange, évidemment.

Les jolies colonies de la France...

Simplement, dans son discours, le président n’a pas manqué d’un vocabulaire qui a intéressé nos confrères de Numerama. Lesquels se sont plongés dans une relecture minutieuse de Jules Ferry... et y ont puisé des découvertes assez sidérantes. « Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... », avait clamé ce dernier devant l’Assemblée nationale le 28 juillet 1885.

Ce même vocabulaire colonisateur que Nicolas Sarkozy emploie pour parler de sa relation à internet. D’ailleurs, Laure de la Raudière, secrétaire nationale au numérique déplore elle-même l’emploi d’un champ lexical semblable. « Il est vrai que trouver un moyen de faire respecter le droit sur Internet est une absolue nécessité. Toutefois, “civiliser » est un terme mal choisi parce que je pense qu'Internet est un progrès de civilisation. » (via NouvelObs)

Inutile alors de souligner que dans l'interview qu'il nous avait accordée, Antoine Gallimard, président du SNE, avait employé exactement les mêmes termes pour désigner l'apport nouveau qu'Hadopi allait apporter, en civilisant l'internet. ce même SNE, qui a justement décidé de prochainement intégrer la traque aux pirates, avec des frais gigantesques...

URL du billet: http://www.actualitte.com/actualite/23837-civiliser-internet-hadopi-sarkozy-coloniser.htm

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