jeudi 13 janvier 2011

Discours intégral du président Zine El Abidine Ben Ali du jeudi 13 janvier 2011

Publié le 13 janvier 2011 sur le site businessnews.com.tn

22h 10/Une précision venue tout droit de Tunisie.

Après le discours prononcé par Ben Ali en fin d'après-midi, les Tunisiens sont sortis en nombre dans les rues du pays pour demander son départ!!! C'est vous dire le niveau de crédit que le peuple tunisien a accordé aux palabres du despote Ben Ali!

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Il est intéressant d’observer les réactions de différentes personnalités politiques de l’opposition tunisienne ou de membres d’organisations des Droits de l’homme qui ont commenté ce discours sur la chaîne qatarie al Jazeera ; tous se sont accordés à dire que ce dernier était une vaste pantalonnade.

Ils ont exprimé le désir de voir Ben Ali quitter immédiatement le pouvoir et de voir s’organiser, dans les plus brefs délais, un scrutin électoral démocratique ! Alors l’annonce d’élections en 2014, les a bien entendus plongés dans le scepticisme le plus total quant à la volonté de Ben Ali de faire prendre un nouveau départ à la Tunisie !!!

Quant à cette annonce de la création d’une commission visant à enquêter sur les crimes commis à l’encontre des manifestants, les intervenants n’ont pas eu de mots assez durs pour dire, à quel point il s’agissait-là une fois encore, d'une déclaration visant à montrer son mépris envers le peuple tunisien ! Qui a en effet donné l’ordre de tirer sur les manifestants si ce n’est le Président lui-même ont-ils ajouté ? !!!

Une seule et même conclusion est venue ponctuer l’ensemble des interventions : « Il n’y a qu’une seule solution pour la Tunisie, c’est son départ définitif ont-ils déclaré et que tous ceux qui sont impliqués dans les crimes contre les Tunisiens soient traduits devant les tribunaux ! »

Le Président Zine El Abidine Ben Ali s'est adressé, jeudi soir, au peuple tunisien, par une allocution transmise par les chaînes de télévision nationales Tunis 7 et Tunisie 21 et les radios publiques et privées.

Voici le texte intégral de l'allocution:

"Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux Cher peuple tunisien,

Je m'adresse à vous, aujourd'hui, tous les tunisiens en Tunisie et à l'étranger. Je m'adresse à vous dans la langue de tous les tunisiens et tunisiennes. Je m'adresse à vous parce que la situation impose un changement profond, un changement profond et intégral.

Je vous ai compris. Je vous ai tous compris: le chômeur, le nécessiteux, le politicien et tous ceux qui revendiquent plus de libertés. Je vous ai compris, je vous ai bien compris tous. Seulement, les événements qui se produisent, aujourd'hui, dans notre pays ne nous ressemblent pas. La destruction ne fait pas partie des coutumes du tunisien, le tunisien civilisé, le tunisien tolérant.

La violence ne nous ressemble pas et ne fait pas partie de nos mœurs. L'escalade doit cesser. Elle doit s'arrêter grâce à la conjugaison des efforts de tous, partis politiques, organisations nationales, société civile, intellectuels et simples citoyens. La main dans la main, au service de notre pays. La main dans la main, pour assurer la sécurité de nos enfants.

Le changement que je vais annoncer maintenant est une acceptation de vos revendications légitimes à laquelle nous avons réagi. Nous avons ressenti une douleur pour les événements survenus, une profonde douleur.

Ma tristesse et ma douleur sont grandes. J'ai passé plus de 50 ans de ma vie au service de la Tunisie, dans les différentes positions: de l'armée nationale aux différents postes de responsabilité et 23 ans à la magistrature suprême. Chaque jour de ma vie a été et demeurera au service du pays et j'ai consenti des sacrifices que je ne veux pas les énumérer. Je n'ai jamais accepté un jour et je n'accepterai jamais l'effusion d'une seule goutte de sang des tunisiens.

Nous avons éprouvé une grande douleur pour les victimes de ces événements et pour les dégâts subis par des personnes, et je refuse qu'il y aura d'autres victimes en raison de la poursuite de la violence et du pillage.

Nos enfants sont aujourd'hui confinés à la maison et ne sont pas à l'école. Ceci est tout à fait immoral et inadmissible, parce qu'on a peur pour leur sécurité des actes de violence perpétrés par des groupuscules qui n'hésitent pas à piller et à agresser les personnes.

Il s'agit bel et bien d'un crime et non d'un acte de revendication. Cela est immoral.

Les citoyens doivent leur faire face et nous avons donné les directives en ce sens. Nous comptons sur la coopération de tous, afin que nous puissions discerner entre ces bandes et groupuscules de délinquants qui exploitent ces circonstances et les manifestations pacifiques légitimes que nous acceptons.

Ma tristesse est grande, très grande, et profonde, très profonde. Assez donc de violence ! Assez de violence!

J'ai aussi donné des directives au ministre de l'Intérieur et je les ai réitérées, et, aujourd'hui, je dis arrêtons le recours aux tirs à balles réelles. Les tirs à balles réelles ne sont pas acceptables et sont injustifiables, sauf, Dieu nous en préserve, si quelqu'un cherche à vous arracher votre arme, ou qu'il vous attaque par une arme à feu ou autre chose et qu'il vous oblige à vous défendre.

Je demande à la commission indépendante, je dis bien indépendante, qui va enquêter sur les incidents, les dépassements et les décès que nous regrettons, de déterminer les responsabilités de toutes les parties, toutes les parties sans exception, avec équité, intégrité et objectivité.

J'attend de tout Tunisien, qu'il me soutienne ou non, d'appuyer les efforts d'apaisement et de bannir la violence, les actes de destruction et de dégradation des biens. La réforme exige le calme, et les événements dont on a été témoin avaient pour point de départ la protestation contre une situation sociale, situation au sujet de laquelle nous avons consenti d'énormes efforts mais nous devons déployer de plus grands efforts afin de remédier aux carences.

Nous devons donner à nous tous la possibilité et le temps nécessaire pour pouvoir concrétiser l'ensemble des mesures importantes que nous avons prises.

En plus, j'ai chargé le gouvernement de procéder à une baisse des prix des produits et des services de base et d'augmenter le budget de compensation.

Quant aux revendications politiques, je vous avais dit que je vous ai compris, nous avons décidé:

* La pleine et entière liberté pour la presse, tous médias confondus. Libre accès aux sites Internet qui ne seront soumis à aucune forme de censure, tout en veillant au respect de la déontologie et des principes de la profession journalistique.

* Pour ce qui est de la commission dont j'avais annoncé la constitution, il y a deux jours, avec mission d'examiner les phénomènes de prévarication, de corruption et d'abus des responsables, elle sera indépendante, je dis bien indépendante, et nous veillerons à son impartialité et à son intégrité.

* A compter de ce jour, la liberté d'expression politique sera de mise, y compris la manifestation pacifique, la manifestation pacifique encadrée et organisée, la manifestation civilisée. Un parti ou une organisation qui voudrait organiser une manifestation pacifique aura la latitude de le faire pour peu qu'il en fasse la déclaration, en fixe l'heure et le lieu, l'encadre et collabore avec les parties responsables pour en préserver le caractère pacifique.

* Je voudrais dire que beaucoup de choses ne se sont pas passés comme je voulais qu'elles soient, s'agissant en particulier des domaines de la démocratie et des libertés. Certains m'ont parfois induit en erreur en me cachant les faits. Ceux-là, ils en rendront des comptes.

* C'est pourquoi je vous réaffirme, tout à fait clairement, que j'œuvrerai à renforcer la démocratie et à promouvoir le pluralisme. Oui, renforcer la démocratie et promouvoir le pluralisme.

* Je m'emploierai à protéger et à respecter la Constitution du pays. Je veux redire, ici, que, contrairement à ce que d'aucuns ont prétendu, je m'étais engagé, le 7 novembre, à ce qu'il n'y aurait plus de présidence à vie. Pas de présidence à vie. Je réitère donc mes remerciements à tous ceux qui m'avaient exhorté à me porter candidat en 2014, mais je me refuse à remettre en question la condition d'âge pour l'éligibilité à Présidence de République.

* Nous voulons atteindre l’année 2014 dans le cadre d’une concorde civile effective, dans un climat de dialogue national et avec la participation des partenaires nationaux à tous les niveaux.

* La Tunisie est notre pays à tous. La Tunisie que nous chérissons et que chérit son peuple, nous voulons la protéger.

* Que la volonté de son peuple demeure donc entre ses mains et entre les mains loyales qu’il choisira afin qu’elle continue son parcours qui avait commencé depuis l’indépendance et que nous avons poursuivi depuis 1987.

* Nous constituerons, à cet effet, une commission nationale qui sera présidée par une personnalité nationale indépendante et crédible auprès des partenaires politiques et sociaux pour se pencher sur l’amendement du Code électoral, du Code de la presse et de la loi sur les associations. La commission proposera un échéancier qui s’étalera jusqu’aux élections de 2014, y compris pour ce qui est de l’éventualité de dissocier les élections législatives de l’élection présidentielle.

* La Tunisie nous appartient à nous tous. Protégeons-la ensemble. Son avenir est entre nos mains. Garantissons-le ensemble. Chacun de nous est responsable, depuis la position qui est la sienne, du rétablissement de sa sécurité et de sa stabilité. Pansons ses plaies et engageons-la dans une étape nouvelle qui la rendrait encore plus apte à accéder à un avenir meilleur.

Vive la Tunisie. Vive son peuple. Vive la république."

URL du discours: http://www.businessnews.com.tn/Discours-int%C3%A9gral-du-pr%C3%A9sident-Zine-El-Abidine-Ben-Ali-du-jeudi-13-janvier-2011-,520,22999,1

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