Publié le 9 janvier en arabe sur le site nawaat.org
Voici une importante confession, faite sous couvert d'anonymat, d'un ancien haut responsable de l'Etat et du RCD qui fait ici son autocritique, explique le système du régime, les raisons profondes qui ont abouti au soulèvement populaire actuel, avoue la rage de l'appareil sécuritaire contre la maffia présidentielle, et qui conseille à Ben Ali de partir. A lire et à diffuser en Tunisie.
Les sites de l'opposition et les journaux arabes et internationaux regorgent d'articles d'opposants radicaux où la Tunisie est décrite comme un enfer. Et dans la presse nationale dans toutes ses composantes utilise la langue de bois et des formules convenues pour faire de la Tunisie un paradis. Mais moi je voudrais être ni l'un ni l'autre de ces positions extrêmes pour présenter mon opinion en toute sincérité en tant que fonctionnaire à la retraite qui a occupé des postes administratifs dans les ministères de l'Intérieur, de la Jeunesse et des Sports, au Premier ministère, en tant qu'ancien Député du Parti du Rassemblement [parti de Ben Ali] et ancien responsable d'un club sportif. Je voudrais dire ici ce que je pense de cette curieuse configuration administrative, politique, sécuritaire et financière [du pays]. Et il n'est pas de mon habitude d'écrire ou de me rendre dans des sites de la presse électronique. Seulement ce qui me pousse aujourd'hui à écrire c'est le fait que mon coeur déborde de rancoeur et que - moi qui ne pleure pas si facilement - j'ai versé des larmes deux fois dans un laps de temps très court, une fois quand j'ai vu le peuple tunisien qui jusqu'ici est stigmatisé de lâcheté et de couardise, [se réveille tout d'un coup] et se révolte et devient le modèle du courage et d'audace auprès des frères arabes; et mes yeux ont pleuré une seconde fois lors du décès du jeune Bouazizi que Dieu ait son âme, peut-être que si un de mes propres fils était décédé je n'aurais pas pleuré autant que pour ce jeune qui est mort la rage au coeur, sans que justice lui soit faite.
C'est dans ces circonstances que je me suis réveillé d'une espèce de sommeil qui a duré plus de quarante années, un sommeil durant lequel je voyais les choses autrement, je me voyais comme un commis d'Etat qui a réussi, qui a réalisé tous ses rêves, occupant les postes haut placés, l'argent, l'influence et le pouvoir. Mais avec les larmes qui ont coulé sans pouvoir les maîtriser, j'ai compris que j'aime la Tunisie et non ma seule personne et mon seul intérêret comme je le croyais jusqu'ici. J'ai compris aussi que je déteste l'injustice malgré que je serais un des ces hommes injustes qui aurait écrasé les gens pour ses propres intérêts.
J'ai cru au départ, quand j'ai pleuré ce jeune qui est mort sans obtenir justice, que c'était à cause mon âge avancé, mais j'ai compris que je me suis réveillé d'un long sommeil et d'un lavage de cerveau. Et il me semble que je ne suis pas le seul dans ce cas. Le sang pur des Tunisiens qui a coulé n'a eu de cesse de changer quelque chose dans le coeur de plus d'un.
C'est alors que j'ai décidé de reprendre l'écriture, mais pas comme avant, quand je brillais naguère dans la rédaction des interventions des ministres pour répondre aux questions des Députés ou dans l'élaboration de mémoires bien tournés. J'ai décidé de me remettre à écrire pour fêter ma renaissance et pour voir mon opinion diffusée sur l'internet afin d'exprimer mes nouvelles positions en toute franchise après avoir passé toute ma vie dans le respect de l'obligation de réserve. Je voudrais présenter des positions différentes du discours de l'opposition qui dénonce et différent du discours officiel de langue de bois stéreotypé rebâché depuis quarante années. Car chacun de ces discours reste dans les généralités et n'apporte rien de nouveau qui change vraiment les choses. Et aussi pour dévoiler quelques secrets - même si certains ont déjà été éventés par Wikileaks – pour conseiller le Président et des parties puissantes autour de lui et loin de lui.
Je ne suis pas sans savoir que certains disent que le peuple et toutes ses composantes veulent le changement et toi le retraîté dont la conscience vient de se réveiller, tu viens viens avec tes solutions de rapiéçage d'une institution qui est en train de s'écrouler naturellement. Peut-être, mais c'est dans ma nature et dans la nature de plus d'un des Sahéliens et des Tunsiens d'une façon générale.
Maintenant je vais m'adresser directement à Monsieur le Président : Il existe une équation que connaissent tous les cadres du Parti [au pouvoir] et toutes les directions de la Sûreté et des administrations, qui est que la stabilité et la sécurité reposent sur la garantie de la subsistance alimentaire et de la sécurité [des biens et des personnes] et la crainte de l'Etat. Et cette équation a été préservée durant plus d'une vingtaine d'années. Mais petit à petit nous transgressions ces frontières, et à chaque fois nous nous disions qu'il est possible d'aller encore plus loin, au point que avec le temps nous avions oublié l'équation. Nous nous sommes alors occupés que de nos soucis personnels alors que les rapports que nous recevions continuaient à nous décrire un peuple qui s'avouait lui-même être lâche et peureux. Mais, [récemment], nous avions reçu de-ci, de-là, des signes avertisseurs jusqu'à l'avènement de Sidi Bouzid. Et encore aujourd'hui [au moment où l'intifada fait rage] nous continuons à nous dire : nous pouvons aller encore plus loin [dans les dépassements].
Et voici maintenant les causes de l'éclatement des protestations populaires.
[D'abord] la corruption dans les décisions de recrutement et de l'emploi. Beaucoup de diplômés ont dû payer des pots-de-vin importants sinon ils n'y auraient aucune chance du moment où il n'existe aucune institution dans l'Etat qui prend en charge le contrôle des opérations de recrutement en dehors de certaines inspections ministérielles dépourvues d'aucun pouvoir. Elles pourraient émettre des rapports qui n'aboutissent jamais. Et quand bien même elles arrivent à quelque chose, comme c'est dans le cas d'un certain responsable de triste mémoire au sein du ministère de l'Education, la Justice et les ordres venus d'en haut empêchent l'application des peines et font annuler le procès pour des vices de forme comme par exemple l'absence d'un ordre judiciaire d'audition de l'accusé qui appartient [comme par hasard] à notre glorieux parti, ce qui constitue une couverture commode et qui a prouvé son efficacité.
Traduit par Mondher Sfar
URL de l'article original: http://nawaat.org/portail/2011/01/09/%D9%86%D8%A7%D8%A6%D8%A8-%D8%AA%D8%AC%D9%85%D8%B9%D9%8A-%D8%B3%D8%A7%D8%A8%D9%82-%D9%8A%D8%B1%D9%8A%D8%AF-%D8%A3%D9%86-%D9%8A%D9%83%D8%B4%D9%81-%D9%85%D8%A7-%D9%84%D8%AF%D9%8A%D9%87-%D9%85%D9%86/
1 commentaires:
Il est enfin temps que les hommes nés libres s'opposent à toute compromission avec les dictateurs et leurs régimes corrompus. En effet, la démocratie se mérite, elle se gagne par la seule volonté et le courage des peuples! La démocratie est une valeur. Pour l'acquérir il faut la vouloir.
C'est avant tout une lutte pour leur dignité que les Tunisiens ont engagé depuis la mi-décembre et nous les soutenons de tout cœur parce que c'est une lutte universelle qui devrait parler à chaque être humain sur cette terre!
Cette dictature doit disparaître comme maintes autres avant elle! Vous les Tunisiens, le combat que vous menez pour votre liberté et votre dignité est observé dans le monde entier ; ne renoncez pas maintenant alors que vous êtes si proche de votre libération !
Le sang que vous payez maintenant appartiendra à votre mémoire collective comme le sang de la libération de la Tunisie! C’est à cela qu’il faut penser maintenant et n’oubliez pas que si le combat est terriblement éprouvant ; d’autres hommes avant vous, ont dû eux aussi payer le prix du sang pour ouvrir les portes de leur liberté !
Que Dieu, dans sa grâce, protège la Tunisie et le peuple tunisien dans ce moment historique !
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