Deux ans après l'opération "Plomb Durci", les humanitaires font toujours face à de nombreuses difficultés.
Trois-cent-soixante kilomètres carrés où s'entassent 1,5 million de personnes. A l’ouest, la mer. A l’est, un mur. Bienvenue dans la bande de Gaza. Il y a deux ans, le 27 décembre 2008, a débuté l’opération israélienne "Plomb Durci" sur ce territoire palestinien. Aujourd'hui, les chars israéliens ont, certes, quitté les lieux et les obus ne s'abattent plus sur la population, mais le blocus sur les biens et la circulation des personnes imposé par l'Etat hébreu est, lui, toujours en vigueur et ce depuis plus de trois ans. Depuis cette date, les Palestiniens de Gaza dépendent "artificiellement de l'aide humanitaire", constate Catherine Weibel, chargée de la communication d'Oxfam à Jérusalem-Est. Mais le travail de ces organisations internationales est affecté par l'embargo.
Ralentissement des missions
Certaines d'entre elles, comme la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et Oxfam, ne peuvent mener à bien leurs programmes. Les pesticides et les engrais permettant de traiter les plantations agricoles ne sont pas disponibles, tout comme les matériaux utiles à la construction de canalisations. Les eaux usées traversent le territoire, à ciel ouvert, pour se déverser dans la mer. Le manque de place et l'existence d'une zone "tampon" - le long du mur, côté gazaoui où il est impossible de cultiver et de construire- limitent la production agricole. La FAO a donc lancé un projet pilote qui consiste à mettre en place des terres agricoles sur les toits des immeubles. Les premières conclusions devraient être rendues en février 2011.
La mission des ONG est transformée par le contexte. Par exemple, Médecins sans Frontières a récemment alimenté en fuel, pour quelques semaines, les générateurs de l’hôpital européen et a fourni des médicaments à la pharmacie centrale de Gaza. "Elle est régulièrement en rupture de stock. Les procédures pour faire parvenir des médicaments sont longues. Il n'y a pas de problèmes particuliers pour les faire entrer, tout comme le matériel médical, explique Jean-Luc Lambert, le chef de la mission de Médecins sans frontières, basé à Jérusalem. En revanche, c'est la circulation des personnes qui est problématique".
D'autres sources indiquent que certains biens - non dangereux mais interdits par le blocus, comme du chocolat - pénètrent à Gaza avec l'aide des humanitaires.
Choisir des expatriés
Outre les ressources matérielles, les ressources humaines sont indispensables au bon déroulé d’une mission humanitaire. "Il est difficile de maintenir la qualité d’un projet", avoue Jean-Luc Lambert. A Gaza, 90% des employés de MSF sont palestiniens. Impossible pour eux de se rendre à Jérusalem. "Or, pour les programmes de santé mentale, le personnel soignant a besoin d’un debriefing technique et émotionnel au moins une fois par mois. A cause de ces restrictions, nous ne pouvons le leur fournir", regrette-t-il. Des échanges de compétences entre la Cisjordanie et la bande de Gaza ne peuvent avoir lieu: les Palestiniens de Cisjordanie n'ont pas la possibilité de se rendre à Gaza, beaucoup ne peuvent même pas aller à Jérusalem.
Seule solution: faire appel à du personnel étranger pour former et debriefer sur place. Le manque à gagner pour les ONG est important, les salaires étant plus élevés.
Par ailleurs, "les règles de délivrance des permis pour se rendre à Gaza ne sont pas claires", constate Catherine Weibel. Les problèmes de planification des formations sont monnaie courante. "Nous ne savons jamais quand nous allons recevoir les permis. Cela peut prendre des mois, sans aucune raison", poursuit-elle. A cela s'ajoutent des situations incongrues comme celles d'expatriés possédant un permis pour Gaza qui ne peuvent entrer en Israël. En 2011, un conglomérat d’associations et d'ONG devrait demander au gouvernement israélien plus de transparence sur les règles de délivrance des autorisations.
En attendant, certaines ONG contournent, comme elles le peuvent, le blocus, à l’image d'Handicap International qui va proposer des formations en ligne à partir de 2011. Son personnel basé au Moyen-Orient pourra ainsi bénéficier de l'expertise des techniciens de l'ONG grâce au web.
Chez MSF, on constate que les patients quittent plus facilement de la bande de Gaza. "Par mois, il y a 1.200 demandes de sorties pour raisons médicales. 80% d’entre elles obtiennent une réponse positive. Mais cela reste insuffisant", regrette Jean-Luc Lambert. Mohammed El Shatali, le directeur de projets pour la FAO à Gaza, constate, lui, qu’avec l’allègement du blocus entré en vigueur à la mi-2010, les exportations des produits agricoles reprennent petit à petit. Cependant, une vingtaine d'ONG a publié un rapport dénonçant un assouplissement trop faible du blocus. Pour David Ligneau, le chef de la mission de Handicap International, signataire du rapport, "les Israéliens ont allégé quelque chose d’illégal, il n’en reste pas moins que cela est illégal".

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