Au cours de cette émission a été diffusé un spot de publicité télévisée de la compagnie de téléphonie mobile israélienne Cellcom, présentée comme représentative d'une volonté de fraternisation - et pourquoi pas de réconciliation ? - dont le scénario est le suivant :
L’équipe de création israélienne de l’agence McCann Eriksson recrée une patrouille militaire dans une section du mur qu’Israël a commencé à construire en pleine Intifada (2002). Soudain, un objet lancé depuis le côté palestinien tombe dans leur jeep. Tension et nervosité, jusqu’à se rendre compte que ce n’est qu’un ballon de football. Un soldat le renvoie et revient à la jeep. En quelques secondes, le ballon revient du côté israélien et les jeunes soldats israéliens se regardent et s’écrient qu’il est temps de jouer. Musique. Ils laissent les armes et retirent leurs casques. "Ils sont arrivés, il y a une partie," informe un soldat sur sa ligne interne. Plus de renforts arrivent affichant une grande maîtrise de la balle, devenue le lien de communication avec les Palestiniens de l’autre côté, invisibles dans le clip.
L’annonce se termine avec les paroles de l’orateur : " Que souhaitons-nous tous en définitive ? Qu’il y ait un peu de distraction. Quelque chose de nouveau, Cellcom MEDIA, un monde plein de jeux, de musique, de vidéo et Internet. Venez, ça va être fabuleux. "
Dans ce clip publicitaire, les Palestiniens sont tels que l'opinion israélienne les adore : invisibles, ignorés des média, muets, et pas du tout préoccupés par leur propre libération, préférant jouer au foot avec leurs oppresseurs.
Ce spot, qui représente occupants et occupés, oppresseurs et opprimés, colonisateurs et colonisés comme se trouvant sur un pied d'égalité sous prétexte qu'il taperaient dans un même ballon, est en soi une honte, doublée d'une grossière manipulation.
Il est stupéfiant que la RTBF s'en rende complice, et parle de surcroît dans sa présentation du "mur de sécurité", sans croire convenable de faire la moindre allusion au fait qu'il a été condamné sans équivoque par la Cour International de La Haye. Pas d'allusion non plus aux conséquences catastrophiques de la construction de ce mur pour des dizaines de milliers de personnes, qu'il prive pratiquement de tout moyen de subsistance.
Des Palestiniens ont tenté de reproduire l'expérience fantasmée par les "créatifs" de la pub, cette fois non plus sous les couleurs idéales d'un spot publicitaire, mais dans la réalité. Et que croyez-vous qu'il advint ?
Lorsqu'ils ont envoyé un ballon de foot par-dessus le mur (ou plutôt la clôture) de l'apartheid (cette formulation nous semble plus objective que celle qu'adopte la RTBF, faisant sienne la terminologie de l'occupant), ce sont des grenades lacrymogènes qui sont instantanément revenues depuis le côté israélien.
Mais de cela, la RTBF ne souffle mot. Tout au plus évoque-t-on de manière vague les réactions que le spot publicitaire avait suscitées... en Israël. Mais qui peut se soucier des réactions en Palestine occupée ?
Qu'une telle manipulation se produise dans une émission - présentée par Mme Hadja Lahbib (que l'on a connue mieux inspirée) et M. Jean-Louis Lahaye - qui prétendait "démonter les grands clichés de notre époque, au travers de séquences décalées et insolites" est tout simplement immonde.
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