jeudi 18 novembre 2010

Désignons les Vrais Israël

Il faut prêter une attention toute particulière à ces deux textes; c'est incontestablement un des points de vue les plus aboutis et les plus justes que nous ayons lu jusqu'à ce jour sur la question palestinienne. Merci infiniment à son auteur d'avoir pris soin aujourd'hui de coucher par écrit ce qui a d'abord fait l'objet d'une discussion passionnante.

Par Mondher Sfar,

Désignons les Vrais Israël.
Novembre 2010

Le document qu'on va lire ci-dessous est daté de 2000. Il est une réaction à chaud suite à la provocation délibérée perpétrée par Ariel Sharon le 28 septembre 2000 quand il entra dans le complexe du Haram Al-Sharif à Jérusalem avec plusieurs centaines de policiers israéliennes pour souligner les droits des Juifs à reconstruire un Troisième Temple sur l'emplacement des lieux saints de l'Islam. Cette provocation sanglante devait déclencher la 2ème Intifada.
Cette provocation a naturellement et légitimement suscité des protestations dans le monde arabe et musulman. Le discours consistait à cibler Sharon et la politique agressive d'Israël, mais ce faisant et sans nous en rendre compte nous commettons une erreur véritablement politique, justement concernant la cible de nos protestations. Car la question fondamentale à poser est : qui est Israël? et pourquoi Israël bénéficie d'impunité pour tous les crimes et toutes les guerres d'expansion qu'elle mène depuis 1948?
Un commencement de réponse pourrait être avancé si nous examinons l'agression dite : Expédition de Suez de 1956 menée par Israël contre l'Egypte. Les historiens officiels français du ministère de la Défense ont reconnu récemment que cette agression israélienne a été commanditée par la France pour punir Abdelnasser pour son soutien au FLN algérien. Le plus étonnant, c'est qu'on y apprend qu'Israël a refusé d'attaquer l'Egypte craignant d'y laisser des plumes. C'est alors que la France a promis à Israël la bombe atomique. De plus, des avions ont décollé des bases militaires françaises pour atterrir en Israël où elles ont été aussitôt maquillées en avions israéliens et pilotés par des Français.
Cette farce en dit long sur la réalité d'Israël : il s'agit d'un pseudo Etat dont la seule raison d'être est de servir les objectifs militaires et stratégiques des grandes puissances dans le Moyen Orient et au-delà, tant pour le pétrole que pour contenir, à l'époque, l'influence communiste.
C'est vers 1895, que Théodore Herzl eut le premier l'idée d'un stratagème, de créer de toutes pièces un Etat en Palestine qu'il offrit aux grandes puissances de l'époque en tant que projet colonial pour leur permettre de s'établir dans une zone hautement stratégique à la croisée de trois continents. Il leur offrit l'idée de ce pseudo Etat pour que ces puissances puissent s'y établir militairement en contrepartie d'une reconnaissance politique et diplomatique d'une entité politique juive qui ferait transformer les juifs et le judaïsme d'un statut religieux en une force politique de domination du monde à l'instar des grandes puissances elles-mêmes. En somme, le projet voulait faire des juifs des sous-traitants de la politique impérialiste des grandes puissances en leur offrant une base militaire de premier choix, en les propulsant sur la scène mondiale en tant que puissance politique.
Au départ, ce projet a été mal accueilli, car les grandes puissances n'avaient aucun intérêt dans un Etat mercenaire dans la région. Mais ce projet est revenu à l'ordre du jour lors des difficultés des grandes puissances au cours de la Première guerre mondiale : elles ont eu besoin d'un coup de pouce de l'organisations sioniste influente auprès des milieux révolutionnaires russes pour empêcher une paix unilatérale de la Russie avec l'Allemagne. Aussitôt, la France et l'Angleterre ont promis par écrit un Foyer juif en Palestine : voir la fameuse Déclaration Balfour, précédée par une déclaration similaire du Quai d'Orsay (Voir détails dans le livre de Philippe Prévost : La France et l'origine de la Tragédie Palestinienne.).
Les choses ne s'en sont pas arrêtées là. En 1919, la Société des Nations (la fameuse SDN) a inscrit dans ses statuts la création de l'Etat juif en Palestine et a confié à la puissance britannique la tâche de la réalisation du projet colonial sous forme de Mandat sur la Palestine. Au lendemain de la 2ème Guerre mondiale, la Grande Bretagne confia le sort de la Palestine entre les mains de l'ONU qui a succédé à a SDN, dans le but de finaliser la création d'un Etat soi-disant juif ; en réalité d'une entité occidentale destinée à garantir les intérêts de l'Occident non seulement pour la préservation de sa mainmise sur la région mais plus urgemment pour le défendre contre la menace communiste en lendemain du conflit mondial. C'est la motivation immédiate qui fut à l'origine du vote de la Résolution du pseudo-partage de la Palestine en date du 29 novembre 1947 et de la reconnaissance de l'Etat juif par les Etats Unis qui prit la place du Royaume-Uni en tant que tuteur de l'entité sioniste.
Ce rappel historique est vital si nous voulons être efficaces dans notre lutte pour sauver la Palestine et les Palestiniens du génocide actuel. Savoir déterminer le vrai visage de l'ennemi et du criminel. Il est bien évident que le vrai criminel ce sont grandes puissances qui ont accepté le projet sioniste de Herzl : s'établir militairement au Moyen-Orient en contre partie de la reconnaissance d'une entité politique juive dans le monde par la création d'un Etat racial juif.
C'est en 1947, que la Palestine est devenue officiellement une base militaire au service d'un syndicat international des grandes puissances qui chacune y envoie son armement, ses soldats et sa finance pour y avoir droit à une garantie et à un appui à sa politique de domination.
Le grand piège qui s'offre aux militants pour la cause palestinienne c'est de croire qu'il existe une entité juive ou même sioniste qui serait à l'origine des crimes et du génocide des Palestiniens. C'est là une vision illusoire d'une réalité pourtant claire : les vrais criminels ce sont les locataires de la Maison Blanche, de l'Elysée, de Dowding Street, à Rome, à Berlin et à Moscou. Les balles qui sont tirées sur les Palestiniens sont des balles occidentales françaises ou américaines tirées par des armes françaises et américaines, et par des hommes qui y sont autorisés, protégés et financés par des milliards de dollars et d'Euros déversés chaque année par ces mêmes puissances pour protéger une terre qui n'a d'autre vocation que ce qu'elle est concrètement et actuellement : une base militaire occidentale, une tête de pont destinée à dominer tout le Moyen-Orient de l'Atlantique au Pacifique selon le projet initial et fondateur de Théodore Herzl.
Israël apparaît alors dans sa vraie réalité : un leurre, un masque qui sert à masquer les vrais criminels qui se cachent derrière l'Etoile de David et autres déguisements qui trompent encore malheureusement bien des gens, et qui nous détournent du vrai combat : contre les vrais assassins.
Nous voyons mieux la farce qui consiste à faire appel aux dirigeants des grandes puissances pour amener Israël à tempérer ses crimes qui sont commanditées et encouragées par ces mêmes dirigeants.
Le premier acte de libération de la Palestine consiste à mettre fin à cette farce qui n'a que trop duré. Elle consiste à cibler le vrai ennemi et le vrai criminel. C'est notre véritable espoir et c'est le commencement de la véritable lutte pour le sauvetage efficace des Palestiniens du génocide décidé non pas par les Juifs, non pas même par les farfelus sionistes, mais par la politique criminelle réelle et quotidienne des grandes puissances dans le monde.

Mondher Sfar
Paris le 18 novembre 2010
mondher.sfar@club-internet.fr

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Désignons les Vrais Israël.
Octobre 2000

Les Palestiniens vivent à nouveau les affres de la guerre, d’une guerre coloniale avec ses crimes les plus horribles et les plus révoltants. Ce qui vient de se produire en Palestine n’est qu’un épisode de plus de la longue série d’épreuves et de sang qui n’a cessé d’arroser le sol de Palestine depuis des dizaines d’années avant la création de l’Etat colonial d’Israël.
Mais aujourd’hui, s’ajoute à cette épreuve, celle de la mémoire, celle de l’oubli de ce qu’est l’Etat d’Israël, l’oubli des droits arabes sur la terre de Palestine et l’oubli de l’objectif de l’abolition de l’Etat colonial israélien et le retour de cette terre à ses vrais habitants.
C’est que la lutte actuelle pour la récupération des territoires conquis depuis la guerre de Six jours en 1967 nous a fait oublier le vrai conflit qui en est à l’origine, à savoir le conflit colonial qui nous oppose depuis le début du siècle au projet sioniste de création d’un Etat en terre et en milieu arabes dans le cadre de la soumission de l’ensemble du monde arabe et de ses richesses pétrolifères à la domination occidentale.
En acceptant plus ou moins implicitement le fait accompli, l’existence au milieu de notre région et sur nos terres d’un pouvoir étranger hostile et structuré en Etat, nous aurons légitimé ses agressions passées, et nous lui aurons donné la force morale de continuer à nous agresser dans le présent et le futur. La lutte pour la récupération des seules terres arabes occupées en 1967 à l’exclusion du reste de la Palestine, lui aussi occupé au même titre en 1948, devient absurde et vain. Ce serait suicidaire, puisque nous aurons accepté la présence coloniale, avec ce que cela implique comme domination politique, économique et militaire sur toute la région. Oublier la libération de toute la Palestine, c’est accepter ce rapport de forces qui a transformé la région arabe en une zone sans souveraineté, gouvernée par des despotes soutenus par les grandes puissances et qui n’ont qu’une fonction : fermer la gueule au peuple arabe et l’habituer à la soumission, au sous-développement et à l’exploitation. Celui qui ose lever la tête est aussitôt écrasé et exterminé comme l’est actuellement le peuple irakien. On a oublié trop vite que derrière la tragédie irakienne se profile l’ombre d’Israël en tant que base militaire occidentale.
Israël n’a aucune autre justification que militaire et de domination régionale. Les Sionistes ont vainement cherché à justifier cette colonisation par le statut particulier des juifs dans le monde et leur soi-disant persécution dans le monde, ou même par leur nostalgie des temps bibliques. Ce sont là des prétextes fallacieux et trompeurs. Ces arguments ne sauraient prouver la bonne foi de ces colonisateurs, car les Arabes n’ont jamais refusé l’accueil des juifs quand ils ont été persécutés, notamment en Europe au XVème siècle. Mais entre venir s’installer en terre arabe de façon pacifique, c’est une chose, et venir s’y installer par les armes, en assassinant ses habitants, les déportant, et en y substituant une entité étatique pour mieux effacer le souvenir de ce peuple, c’en est une autre, et cette chose s’appelle un crime contre l’humanité punissable par des juridictions internationales appropriées.
C’est que les juifs sont venus s’établir sur une terre qui n’est pas la leur, pour y imposer une entité militaire et étatique aboutissant à l’élimination physique, culturelle et même historique de ses véritables habitants. C’est là une des formes les plus barbares du colonialisme. Et devant cette barbarie, les représentants du peuple palestinien, corrompus comme leurs confrères du monde arabe, n’ont pas hésité à commettre un crime absolu : celui de reconnaître à l’ennemi le droit de les… éliminer ! Et ce beau geste, on l’appelle : paix.
Reconnaître à Israël le droit à l’existence, c’est accorder une légitimité à une forme des plus barbares de la colonisation.
Il est encore temps de dénoncer le sionisme et de repartir sur des bases saines, celles de notre dignité et de notre souveraineté sur notre propre terre. Il est encore temps de redire notre revendication essentielle et première, celle du démantèlement de l’Etat d’Israël et le renvoi à leurs foyers des colonisateurs armés venus des quatre coins du monde.
Cessons de dénoncer la normalisation avec Israël sans demander la fin de la colonisation de toute la terre de la Palestine. C’est seulement en clarifiant les principes de base et les termes du conflit qu’une lutte véritable et mobilisatrice de tous les hommes et de toutes les femmes de par le monde épris de justice et de respect des autres devient possible et efficace.
Et c’est à ce moment, que l’on s’apercevra qu’Israël n’est qu’un leurre, fabriqué par les grandes puissances occidentales pour soumettre la population de toute la région à leur loi. Clinton a été clair en précisant que l’Amérique s’engage à préserver " la supériorité stratégique d’Israël dans la région ". Cela veut dire aide militaire, financière et politique en faveur d’Israël, et par conséquent " contre " les pays arabes. Israël est un leurre, une machine infernale coloniale servant à protéger des intérêts stratégiques. Qu’on ne s’y trompe pas : ce ne sont ni les juifs ni les soi-disant " Israéliens " qui sont les vrais ennemis des Arabes, mais ce sont les intérêts occidentaux et les Etats qui les arment, qui les financent et les soutiennent.
Cessons de nous plaindre auprès de l’Amérique, de l’Europe, comme si elles étaient des parties neutres vis-à-vis d’Israël. Bien au contraire, cessons de nous en prendre à cette entité leurre qu’est Israël comme si elle avait une existence indépendante et autonome, et désignons les grandes puissances comme les vrais coupables de cette colonisation qui arment cette entité coloniale, la financent et la soutiennent. Car toute aide, tout armement fourni à Israël est un acte d’hostilité aux Palestiniens et aux Arabes qui en subissent les conséquences. Occupons nous de ceux qui arment le bras du criminel, et moins des exécutants. Ce sont eux les vrais Israël qui nous assassinent, qui nous oppriment et qui nous terrorisent sous couvert d’un leurre qu’ils ont installé en terre de Palestine. Demandons aux Américains et aux Européens des comptes sur les armes qu’ils ont déversées et qu’ils continuent de déverser en terre de Palestine pour mieux nous asservir. Tous les crimes et toutes les agressions " israéliennes " ne sont avant tout que le fait de ces grandes puissances qui agissent derrière les rideaux israéliens. Ce sont eux les véritables criminels. Dénonçons-les en tant qu’ennemis qui agissent contre nous ! Démasquons-les ! Dénonçons l’illégalité de la résolution des Nations Unies de 29 novembre 1947 sur le partage de la Palestine en contradiction avec les accords internationaux passés et en violation flagrante de l’Article Premier de la Charte des Nations Unies sur le principe du " droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ", cette résolution ayant violé le droit des Palestinien à se prononcer sur leur avenir. Exigeons un référendum des Palestiniens sur leur acceptation ou non d’un Etat sioniste sur leur terre palestinienne. Mobilisons-nous pour qu’un tel référendum conforme à l’Article Premier de la Charte des Nations Unies puisse avoir lieu dans les plus brefs délais. En attendant, exigeons des grandes puissances qu’elles cessent toute aide et tout financement à nos agresseurs et persécuteurs. Dénonçons leurs liens avec nos bourreaux. Boycottons-les ! Rompons nos relations avec elles. Demandons le démantèlement des armes atomiques, chimiques et bactériologiques que l’Occident a installées sur la terre de Palestine pour nous terroriser tout en nous défendant de nous procurer des armes similaires. Organisons une résistance commune contre ces vrais colonisateurs occidentaux, jusqu’à l’évacuation totale des troupes étrangères de la terre de Palestine et la libération de nos peuples arabes d’une oppression qui dure depuis 1948.

Paris, le 8 octobre 2000
Mondher Sfar,
mondher.sfar@club-internet.fr

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Salamou alaykoum,

Qui est Mondher Sfar, sa vision percante est remarquable ...