mardi 30 novembre 2010

Démission collective du NPA ou l’abandon des illusions…

Publié le 30 novembre 2010 sur le site ISM
Par Youssef Girard

Il est tout à fait normal, que des organisations du type du NPA ne puissent pas s'implanter dans l'immigration et dans les banlieues parce que, n'en déplaise à beaucoup, il existe dans ces territoires appartenant pleinement à la République et dans ce vivier de Français extrêmement créatifs, des traditions et des valeurs morales que tous ces gauchos n'ont pas!
On le sait parfaitement, l'authenticité n'est pas l'apanage des politiques mercantilistes qui ne font que surfer sur la vague de la banlieue sans jamais s'y mouiller, c'est à dire considérer comme des partenaires à part entière et avec respect, ces jeunes qui ont une énergie formidable à investir dans l'action citoyenne et qui en outre font preuve d'une grande sincérité; qualité humaine indispensable que tous les dinosaures de la politique ont perdu il y a des lustres déjà!


Suite à plusieurs mois de « débats », de controverses, d’intrigues et d’accusations, douze militants du Comité populaire 84 d'Avignon viennent d’annoncer leur démission du NPA. Leur démission collective représente plus qu’un simple départ. Elle est le symbole de l’incapacité d’une organisation française d’extrême-gauche, le NPA, à s’implanter dans l’immigration et les banlieues, en grande partie du fait de sa culture foncièrement occidentalocentriste.

Cette démission collective est aussi l’aboutissement d’une expérience politique « démystificatrice » pour un groupe de militants qui s’est investi dans la construction du Nouveau Parti Anticapitaliste. Ils ont appris que les idéaux « émancipateurs » proclamés n’étaient souvent qu’un vernis sous lequel se perpétuaient les rapports de domination ethnoculturels. L’un des ex-militants du NPA, Abdel Zahiri, explique dans sa lettre de démission ses désillusions : « J'ai rejoint le NPA parce que j'avais entendu, et apparemment mal compris, l'appel de la LCR. J'avais cru que les exploités, les prolétaires, les classes populaires étaient les bienvenus. Force est de constater que ce n'est pas tout à fait le cas » (1).

Au-delà des désillusions d’un groupe, les problèmes que ces militants ont eu à affronter n’ont strictement rien de nouveau. Nous avons même l’impression que l’histoire nous ressert un plat qu’elle nous avait déjà servi la veille ou l’avant-veille puisque c’est à peu près les mêmes problèmes auxquels l’immigration fut confrontée dans ses rapports avec la gauche et l’extrême-gauche française chaque fois qu’elle s’affirme politiquement depuis les années 1920. Pour ceux qui connaissent un peu cette histoire, il était assez facile de deviner comment allait s’achever l’expérience des militants avignonnais.

A la fin des années 1920, la rupture entre l'Étoile Nord Africaine(ENA) et le Parti Communiste Français avait été provoquée par le mépris affiché par les communistes français pour l’islam, le Maghreb et sa culture et par le refus des nationalistes maghrébins d’être considérés comme des outils d’une organisation politique qu’ils ne contrôlaient pas. Cette rupture aboutit in fine à la dissolution de l'Étoile Nord Africaine par le gouvernement du Front populaire en janvier 1937, puis par l’emprisonnement de certains de ses dirigeants par ce même gouvernement. Par la suite, ces problèmes se sont reposés à différents moments. Dans les années 1970, ils se reposèrent du fait des relations « difficiles » entre le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) et l’extrême-gauche française.

Dans les années 1980, ces contradictions réapparurent entre les militants des « marches » et les organisations d’extrême-gauche, singulièrement la LCR. Analysant l’expérience de Convergence 84, la LCR accusait les organisateurs de tenir un « discours sectaire » car ils refusaient de dissoudre leurs luttes spécifiques dans un grand combat « antiraciste ». Logiquement, la LCR soutint SOS Racisme, structure diligentée par le pouvoir socialiste pour briser toutes les velléités d’auto-organisation qui s’étaient développées au cours de la Marche pour l’égalité de 1983 et de Convergence 84 (2).

Malheureusement, l’engagement d’un groupe de militants de banlieue dans un chemin qui ne mène nulle part montre aussi notre incapacité collective à transmettre cette histoire dont la connaissance éviterait bien des désillusions et permettrait de gagner du temps dans le processus d'auto-organisation de l'immigration et des banlieues. La connaissance de cette histoire permettrait à chacun de déterminer son engagement, en tout connaissance de cause, sans se faire d’illusions sur les pétitions de principes affichées.

L’imam Ali affirmait que « la plus noble des richesses, c’est l’abandon des illusions ». La connaissance de l’histoire des luttes politiques de l’immigration permettra d'acquérir cette « noble richesse » qu’est la fin des illusions, qui existent encore, vis-à-vis de la gauche et de l’extrême-gauche françaises. Contre ces illusions, l'histoire nous apprendra que tout ce que nous désirons, nous ne l'obtiendrons que par nous-mêmes car personne ne voudra, ni ne pourra, le faire à notre place. Le reste n'est que vaines et stériles illusions.

(1) Zahiri Abdel, « Lettre de démission du NPA », Europe Solidaire Sans Frontières, 20 novembre 2010.
(2) Cf. Bouamama Saïd, « Extrême gauche et luttes de l’immigration post-coloniale », in. Boubeker Ahmed et Hajjat Abdellali, Histoire politique des immigrations (post)coloniales, France, 1920-2008, Paris, Ed. Amsterdam, pages 237-248

Aucun commentaire: