samedi 30 octobre 2010

Le Fatah doit choisir entre la collaboration et la réconciliation

Publié le vendredi 29 octobre 2010 sur le site info-palestine.net
par Raja Abdulhaq - E.I

"Ce qui laisse les dirigeants du Fatah dans une position critique où ils doivent choisir entre revenir dans le mouvement national palestinien, ou rester en bons termes avec Israël et ses forces d’occupation."

Ne nous fourvoyons pas! Revenir dans le mouvement national palestinien devrait d'abord signifier pour des Abbas, Fayyad, Dahlan... EFFACER,JAVELLISER à tout jamais leur sinistre et inqualifiable conversion en vermine!!! Est-ce encore possible de voir ses hommes se repentir et redevenir humains après les rivières de sang qu'ils ont contribué à faire couler en terre de Palestine occupée et le rapt de la terre de Palestine qu'ils ont pleinement autorisé!!!

Souvenez-vous du début de ce texte écrit par Aline de Diéguez qui constitue le volet 15 de sa chronique de Palestine occupée "La métamomorphose de l'être humain en vermine"

Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa s'éveilla transformé en une véritable vermine."
Franz KAFKA, La Métamorphose

Lorsque mes yeux se furent accoutumés à pénombre, j'eus un hoquet d'horreur. Je vis la masse répugnante d'une bête monstrueuse occuper l'espace. Pendant que certaines de ses innombrables petites pattes s'affairaient à grappiller voracement une pitance gluante et malodorante happée goulûment par une gueule large comme un four, de nombreuses autres petites pattes "pitoyablement grêles" grattaient le sol, donnant l'impression de chercher à mouvoir une panse gélatineuse collée au sol .

C'était donc ça, un collaborateur, traître à sa cause, traître à ses frères, traître à sa propre dignité, un être superficiellement affairé et dévoué, mais en réalité fuyant et avide, un glouton jamais repu . Il faut négocier, négocier et avancer patiemment dans les négociations, chante-t-il à tue-tête entre deux bouchées, sur l'air des trompettes d'Aïda dans l'opéra de Verdi , tout en prenant bien soin de faire du sur-place.

La métamorphose du résistant en collaborateur se fait en un éclair: on se jette dans la félonie comme on se jette dans le vide au saut à l'élastique. "Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa s'éveilla transformé en une véritable vermine" nous apprend Kafka dans La Métamorphose.

C'est ainsi que des combattants autrefois courageux comme Mohammed Dahlan - ancien compagnon de Yasser Arafat - ou Mahmoud Abbas - quoique ce dernier n'ait jamais été un résistant de terrain - se réveillent, un matin, avec "un dos dur comme une cuirasse" très utile pour empêcher les scrupules d'atteindre leur conscience. Je ne parle pas de Salam Fayyad, l'actuel Premier Ministre nommé par Abbas. Comme ancien fonctionnaire du FMI, il n'est qu'un bureaucrate en service commandé, imposé à ce poste par les Américains.

Tout le monde connaît l'histoire du juif, persécuteur acharné des premiers chrétiens que fut Saul de Tarse et devenu Saint Paul. Un jour, brusquement alors qu'il se rendait à Damas, foudroyé par une révélation subite, il est devenu un apôtre fervent du nouvel Évangile. La traîtrise et la lâcheté ne sont pas génétiques et d'anciens héros peuvent, comme saint Paul , être le siège, un beau matin, d'une conversion, une conversion à rebours pour Grégoire Samsa, Mahmoud Abbas ou Mohammed Dahlan, la métamorphose d'un être humain en une bestiole qui se demanderait: "Quel métier suis-je allé choisir? ", alors qu'il est si facile d'ouvrir toute grande une gueule armée de dents voraces et de mains crochues.

A l' instant où il se pose cette question, la conversion du résistant en vermine est consommée. L'humain est anéanti. La vermine est née. La bête peut alors s'épanouir et donner toute la mesure de ses capacités de nuisance.

Le plus étonnant dans le changement d'état, c'est qu'une fois devenue vermine, c'est avec des yeux de vermine que la vermine voit le monde et juge ses anciens compagnons d'arme."

(...)

Aline de Diéguez

Chroniques de la Palestine occupée / 15 - La métamorphose d'un humain en vermine

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Les affrontements entre les principaux mouvements palestiniens, le Hamas et le Fatah, datent de la fin des années 1980 lorsque le Hamas a été officiellement fondé, et du début des années 1990 lorsque le Fatah a pris le contrôle de l’Autorité palestinienne nouvellement créé en vertu des accords d’Oslo de 1993.

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Des enfants dans le camp de réfugiés de Balata, près de Naplouse en Cisjordanie occupée, portent des affiches de Mahmoud Abbas - Photo : Swidan Rami/MaanImages

Dans le sillage de la première Intifada palestinienne, se sont produits des affrontements entre partisans du Hamas et du Fatah sur la question de la direction de l’Intifada. Le Fatah a refusé d’admettre qu’un nouveau mouvement islamique avait le vent en poupe dans la bande de Gaza et pouvait prendre la tête de la lutte que le Fatah dirigeait depuis des décennies à partir des pays voisins. Après que le Fatah ait dû quitter la Jordanie et le Liban, ce mouvement a admis que la prochaine étape de la lutte palestinienne aurait lieu à l’intérieur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza sous occupation, et il a donc essayé de réduire l’influence du Hamas dans la région.

Les attaques du Hamas contre des soldats israéliens ont augmenté en réponse aux accords d’Oslo qui, selon le Hamas, étaient biaisés en faveur d’Israël et abandonnaient de fait les droits fondamentaux des Palestiniens. Il est à noter que le Hamas a lancé son premier attentat suicide à la bombe contre des civils israéliens quelques semaines après que des dizaines de Palestiniens aient été massacrés par le colon israélien Baruch Goldstein, alors qu’ils priaient dans la mosquée Ibrahimi à Hébron le 25 Février 1994.

Depuis lors, le Hamas a constamment proposé à Israël de parvenir à un accord pour éviter la mort de civils des deux côtés, mais Israël a toujours refusé.

Le principal différend entre le Hamas et le Fatah est le résultat de ce qui est connu dans les accords d’Oslo sous le nom de « coordination de sécurité » entre l’Autorité palestinienne et Israël. L’article XV de l’Accord intérimaire israélo-palestinien de 1995 stipule : « Les deux parties prennent toutes les mesures nécessaires afin de prévenir les actes de terrorisme, la criminalité et les hostilités dirigées contre eux, contre les personnes relevant de l’autre autorité et contre leurs biens, et prennent des mesures judiciaires contre les contrevenants. »

En outre, l’article XVI définit que : « Les Palestiniens qui ont maintenu des contacts avec les autorités israéliennes ne seront pas soumis à des actes de harcèlement, violence, de vengeance ou à des poursuites, et des mesures appropriées seront prises, en coordination avec Israël afin d’assurer leur protection. » Cet article doit être interprété comme offrant une garantie de protection aux Palestiniens qui travaillent avec les forces israéliennes d’occupation .

La « feuille de route » promue par le président américain George W. Bush en 2002 soulignait également l’importance de mettre fin à « la violence palestinienne ». Cette volonté de persécuter ceux qui résistent à Israël et de protéger ceux qui espionnent pour Israël a produit des frictions au sein de la société palestinienne.

Alors que certaines personnes s’efforcent d’utiliser tous les moyens nécessaires pour résister à l’occupation - un droit reconnu à tous les peuples occupés en vertu du droit international - d’autres font tous les efforts possibles pour les stopper et les traiter comme des criminels, par respect des modalités du « processus de paix ». Les actions de l’Autorité palestinienne, il convient de le souligner, ne visent pas seulement ceux qui ont participé à des attaques contre des civils israéliens mais toute résistance contre l’occupation, y compris contre l’armée israélienne.

De plus l’Autorité palestinienne [de Ramallah] a condamné, torturé et même assassiné certains membres du Hamas, du Jihad islamique, et même du Fatah dans les années 1990. Et immédiatement après que le Hamas ait pris le contrôle de Gaza en 2007, le Fatah a commencé à persécuter les militants du Hamas en Cisjordanie à la demande des États-Unis et Israël, ces persécutions étant présentées comme une étape nécessaire pour « faire avancer le processus de paix ».

Les chefs des forces de sécurité palestiniennes, en séance privée, ont fait savoir à l’armée israélienne qu’il n’y avait pas de rivalité entre eux. Ils ont au contraire tous convenu qu’ils étaient en guerre contre le Hamas, le mouvement dominant dans la résistance palestinienne. Récemment, ils ont affiché l’étroitresse de leurs liens lorsque les responsables de la sécurité de l’Autorité de Ramallah ont reçu le chef de l’armée israélienne, le général Gabi Ashkenazi, en tant qu’invité à Bethléem et lui ont organisé une visite guidée de la ville (Israeli army chief visits Bethlehem, Ma’an News - 3 Octobre 2010).

Ces déclarations et actions - qui sont devenues trop habituelles - illustrent clairement que les forces de sécurité palestiniennes sont devenues la réplique de l’Armée du Liban Sud (ALS). Ces milices qui collaboraient avec Israël pendant l’occupation longues de deux décennies du sud-Liban s’étaient vouées à la lutte contre la résistance libanaise et palestinienne dans ce pays.

L’AP de Ramallah est très soucieuse de remplir ses engagements de sécurité envers l’occupation israélienne car c’est la base de sa relation avec Israël. Par conséquent l’AP est obligée de constamment traquer et emprisonner les résistants à l’occupation et de fournir à Israël des informations sécuritaires. Mettant en prison les partisans du Hamas, limitant leurs déplacements en Cisjordanie, ou stoppant les activités de ses organisations de base, l’AP rend presque impossible pour le Hamas d’accepter une réconciliation nationale, que celui-ci souhaite pourtant depuis longtemps et que le public palestinien désire à une majorité écrasante.

Mais les États-Unis et Israël ne donneront au Fatah - qui dépend d’eux sur le plan politique comme sur d’autres - aucun feu vert pour trouver un accord unitaire avec le Hamas. Les États-Unis ont dépensé des millions de dollars pour construire en Cisjordanie une puissante force de sécurité palestinienne qui collabore avec Israël depuis 2007.

Il est très clair que si le Fatah décide de mettre fin à sa collaboration avec l’armée israélienne, les Etats-Unis et d’autres donateurs couperont l’aide financière à l’Autorité palestinienne. Ce qui laisse les dirigeants du Fatah dans une position critique où ils doivent choisir entre revenir dans le mouvement national palestinien, ou rester en bons termes avec Israël et ses forces d’occupation.

* Raja Abdulhaq est militant palestinien qui a oeuvré avec Al-Awda New York : coalition pour le droit retour. Il est fondateur de la GUPS (Union Générale des Etudiants de Palestine) à New York, et milite actuellement avec les Musulmans américains pour la Palestine.

26 octobre 2010 - http://electronicintifada.net/v2/article11591.shtml - Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/v2/article11591.shtml
Traduction : Nazem

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