jeudi 29 avril 2010

A Ramallah, des gratte-ciel contre les restrictions territoriales

Publié le 28 avril 2010 sur le site association-belgo-palestinienne.be

Les investisseurs immobiliers palestiniens ont trouvé la parade aux restrictions israéliennes qui empêchent le développement de Ramallah : bâtir à la verticale. Une poignée de tours d’environ 100 mètres sont en cours de construction à Ramallah, le siège actuel de l’Autorité palestinienne.
Il y a une mode du gratte-ciel, reconnaît Tawfik Boudeïri, responsable de la planification urbaine au ministère des collectivités locales. On est encore très loin du gigantisme en vigueur dans les Emirats du Golfe. Mais, pour une ville comme Ramallah, habituée à des hauteurs modestes, c’est un phénomène neuf, qui promet de s’accroître si la situation politique ne se détériore pas. »

Le projet le plus avancé, baptisé « Burj Falestine » (« tour Palestine »), consiste en un immeuble de 23 étages, dont le squelette de verre et de béton surplombe la rue Ersal, l’axe principal de l’agglomération formée par Ramallah et sa ville jumelle Al-Bireh. A sa mise en service, prévue d’ici un an, le bâtiment devrait abriter un cinéma multiplexe, un centre commercial, des bureaux, une salle de mariage panoramique et, au sommet, extravagance ultime, un restaurant rotatif.

« Plus besoin d’aller à Dubaï pour dîner dans le ciel », s’exclame Jamal Abou Shukheidim, un ingénieur palestino-américain dont le père, qui fit fortune en Californie dans le textile et la culture de l’avocat, est à l’origine de ce projet d’environ 20 millions de dollars (15,1 millions d’euros). « Le gouvernement est affamé d’investissements, ajoute Jamal. Il offre toutes les facilités que l’on veut. »

Emballement économique

Un autre chantier important porte sur la construction d’un hôtel de 22 étages, de la chaîne américaine Days Inn. Témoin de l’emballement économique qui touche la région de Ramallah, il fut inauguré fin 2009 par Salam Fayyad, l’énergique premier ministre palestinien, dont le programme, à base de réforme des institutions et de relance des capacités productives, ambitionne la création d’un Etat de fait, à l’été 2011.

Non loin de là, une immense fosse attend le début, toujours reporté, des travaux de construction de l’immeuble du Palestinian Agricultural Relief Committee (PARC), une ONG agricole qui s’est taillé un véritable empire en Cisjordanie. Les plans ont été conçus de telle sorte que la tour, dotée de 27 étages, atteigne 107 mètres, ce qui, compte tenu de l’altitude à cet endroit, la ferait culminer à 1 000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Cette folie des grandeurs à la mode palestinienne est le produit du grand écart auquel Ramallah est soumise : d’un côté, tenir son rang de capitale du régime autonome de Cisjordanie et donc aménager des alternatives au vieux centre-ville congestionné ; de l’autre, composer avec l’héritage des accords d’Oslo, qui interdisent la construction dans les zones dites C (contrôle sécuritaire et administratif par Israël), qui entourent la ville et font donc flamber le prix du foncier.

« Pour un dunum (1 000 mètres carrés) dans un quartier huppé comme Masyoun, il faut compter 1,5 million de dollars. Si l’Autorité palestinienne avait pu urbaniser les villages périphériques de Ramallah, comme Abou Qash, Surda ou Ein Arik, nous n’en serions pas là », soupire Ossama Hamda, l’ingénieur en chef de la municipalité, qui s’inquiète de l’impact de telles constructions sur les infrastructures locales.

L’aménagement d’un de ces nouveaux centres, l’Ersal, devrait commencer dans les prochaines semaines sur une colline boisée, en surplomb de la présidence palestinienne. Budgété à 200 millions de dollars, apportés par le Palestinian Investment Fund, le bras financier de l’OLP, et une holding saoudienne, ce projet prévoit la construction d’un miniquartier comprenant appartements, bureaux, galerie commerciale, restaurants et espaces verts. Les plans, élaborés à l’étranger, envisageaient de planter en son coeur une tour fuselée de 50 étages. Mais les architectes locaux ont jugé préférable de s’arrêter à 20. N’est pas Dubaï qui veut.

D’après un article de Benjamin Barthe

Lien de l'article: http://www.association-belgo-palestinienne.be/infos/a-ramallah-des-gratte-ciel-contre-les-restrictions-territoriales-israeliennes/

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