lundi 31 août 2009

Assassiner des Palestiniens pour leurs organes

Paru le lundi 31 août 2009 sur le site info-palestine.net
Par Khalid Amareyh

Jérusalem-Est occupée - Des responsables et des porte-paroles israéliens s’insurgent contre un éminent journal suédois qui a publié un rapport affirmant que l’armée d’occupation israélienne assassinait des Palestiniens afin d’utiliser leurs organes pour des greffes sur des patients juifs.

Khalid Amayreh

Aftonbladet, un des journaux les plus populaires de Suède, a rapporté lundi 17 août, que les soldats de l’occupation israélienne assassinaient de jeunes Palestiniens en Cisjordanie afin d’extraire leurs organes et de les vendre. L’article est illustré par une photographie montrant le corps de la victime d’une de ces exécutions, avec de grands points de suture allant de son menton jusqu’à son bas-ventre.

Lire l’article ici: http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8433&lg=fr

L’article cite les propos de la famille d’une des victimes : « On a pillé les organes de nos fils ». L’article fait aussi un lien avec le récent scandale de corruption qui a éclaté au New Jersey impliquant des élus et des rabbins dans un commerce illégal d’organes.

L’auteur de l’article, Donald Boström, indique que de forts soupçons existent parmi les Palestiniens que les organes des jeunes hommes soient collectés par l’armée israélienne. Il suggère que la Cour Pénale Internationale de La Haye ouvre une enquête sur cette affaire.

Témoin

Boström cite un témoin palestinien qui déclare que l’armée d’occupation israélienne a abattu un jeune Palestinien d’un village de Cisjordanie puis lui aurait extrait ses organes. La victime palestinienne a été identifiée comme Bilal Ahmed Ghanem. « Il a été emporté à bord d’un hélicoptère militaire et a été ramené mort, cinq jours plus tard. Quand les membres de sa famille l’ont enterré, ils ont découvert une longue suture allant de son ventre à son menton. »

Boström cite également un autre témoin qui atteste que leurs fils ont été utilisés comme « donneurs d’organes non volontaires ».

« Légendes de crimes rituels »

Le porte-parole et les responsables du ministère des affaires étrangères israéliens s’emballent et pestent contre Aftonbladet, accusant le journal populaire de diffuser des « légendes de crimes rituels » et des « bobards » sur Israël.

Le porte-parole israélien Yigal Palmor, a déclaré que le journal suédois avait « fait de la diabolisation d’Israël, une cause sacrée. »

D’autres responsables israéliens ont menacé d’intenter un procès au journal suédois pour diffamation, prétendant que l’article était une manifestation d’antisémitisme.

Israël a réagi de manière exacerbée au critiques internationales à l’encontre de son traitement manifestement brutal des Palestiniens et du racisme éhonté associé à ce traitement.


Bilal Ahmed Ghanem, 19 ans, fut assassiné puis enlevé par des soldats israéliens en mai 1992. Quand sa famille récupéra son corps, elle découvrit une longue suture allant de son ventre à son menton. Photo : Donald BoströmAu début de cette année, l’armée israélienne, utilisant des armes prohibées par la communauté internationale, a lancé une guerre-éclair massive et meurtrière sur la population littéralement sans défense de la bande de Gaza, mutilant et réduisant en cendres des milliers de civils innocents, dont des centaines d’enfants.

Les organisations des droits humains qualifient l’énorme saccage de terreur et de mort qui a duré plus de 20 jours, d’« évidents crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité ».

De la même façon, Israël a tué des milliers de civils innocents en Cisjordanie et de nombreuses victimes ont été envoyées à l’institut médico-légal d’Abou Kabir afin d’y être autopsiées.

Cependant, on ne sait pas très bien si les organes vitaux des ces jeunes victimes ont été mis à la poubelle ou prélevés pour des transplantations sur des patients juifs.

L’armée israélienne, qui exerce une énorme influence politique et juridique en Israël, a presque toujours pu empêcher un examen de ses opérations en Cisjordanie, qui sont menées en parfaite violation de la législation internationale, en particulier humanitaire.

Un précédent

En janvier 2002, un ministre du cabinet israélien a implicitement reconnu que des organes extraits de corps de victimes palestiniennes avaient été utilisés pour des greffes sur des patients juifs à l’insu des familles des victimes palestiniennes.

Le ministre, Nessim Dahan, a déclaré en réponse à une question d’un membre arabe de la Knesset, qu’il ne pouvait ni démentir ni confirmer que des organes de jeunes gens et d’enfants palestiniens tués par l’armée israélienne avaient été extraits pour des transplantations ou pour des recherches scientifiques.

« Je ne pourrais pas affirmer avec certitude que ce genre de choses ne s’est pas produit. »

Le membre arabe de la Knesset qui a posé la question à Dahan aurait été Ahmed Teibi. Teibi a fait remarquer qu’il avait reçu des « preuves crédibles » démontrant que des docteurs israéliens à l’institut médico-légal d’Abou Kabir, avaient extrait des organes vitaux comme le cœur, les reins, et le foie, des corps de jeunes Palestiniens et d’enfants, tués par l’armée israélienne à Gaza et en Cisjordanie.

Durant une interview sur la chaîne de TV Al-Jazira, en 2002, l’ancien dirigeant palestinien, Yasser Arafat, avait accusé le régime d’apartheid israélien d’assassiner des nourrissons, des enfants et des jeunes Palestiniens et de collecter leurs organes vitaux pour des greffes.

« Ils assassinent nos enfants et utilisent leurs organes comme pièces de rechange. Pourquoi le monde entier reste t-il silencieux ? Israël profite de ce silence pour intensifier son oppression et la terreur contre notre peuple », déclarait un Président Arafat en colère.

Pendant l’interview, qui eut lieu le 14 janvier 2002, Arafat montra des photographies de corps mutilés d’enfants.

« Je ne m’inquiète pas pour moi », indiquait le Président alors assigné à domicile, « je m’inquiète pour le peuple palestinien qui est assiégé depuis les 15 derniers mois. »

Israël a reconnu que des médecins à l’institut L. Greenberg de médecine légale à Abou Kabir, avaient collecté les organes de 3 jeunes Palestiniens tués par l’armée israélienne près de Khan Younis.

Après 10 jours, les corps des trois victimes furent rendus à leurs familles pour être enterrés mais sans leurs organes et même sans leurs yeux qui avaient été retirés.

Israël n’a jamais mené d’enquête sérieuse concernant cette affaire ni sur d’autres incidents impliquant l’extirpation d’organes vitaux de corps de victimes palestiniennes tuées par les forces d’occupation israélienne.

Selon la journaliste Saira Soufan, la collecte illégale d’organes de soldats palestiniens et de combattants de la liberté est certifiée depuis avant les années 1990.

« Une fois les corps des soldats morts rendus à leurs familles endeuillée, le pillage des parties du corps est découvert pendant l’enterrement. »

« Les cavités vides du corps ont été remplies avec des déchets comme de la ouate, des tuyaux d’arrosage et des manches à balais puis recousus à la suite d’une soi-disant « autopsie ».

De temps en temps, les autorités israéliennes volent les organes des corps de touristes qui sont décédés en Israël.

Un cas qui n’a pas été rendu public, s’est produit en 1998 quand un Écossais, Alistair Sinclair, mourut dans des circonstances mystérieuses dans un lieu clos de l’aéroport Ben-Gourion.

Les parents de M. Sinclair intentèrent un procès contre les autorités israéliennes lorsqu’ils découvrirent que le cœur et d’autres organes du corps de leur fils avaient disparu. Un cœur et des organes de remplacement furent envoyés à la mère qui n’a jamais cru qu’ils appartenaient à son fils.

* Khalid Amayreh est journaliste et vit en Palestine. Il a obtenu son Master en journalisme à l’université de Southern Illinois in 1983. Depuis les années 90, M. Amayreh travaille et écrit pour plusieurs services de presse parmi lesquels ceux de Aljazeera.net, Al-Ahram Weekly, Islamic Republic News Agency (IRNA), et Middle East International. Vous pouvez lui écrire à politics.indepth[arobase]@iolteam.com.
Du même auteur :

20 août 2009 - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.xpis.ps/Uploadarticles/1...
Traduction Isabelle Rousselot et publication Fausto Giudice (TLAXCALA)

Lien de l'article: http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=7196

Une nouvelle campagne internationale de solidarité avec les enfants de Gaza

Paru sur le site du Centre Palestinien d'Information le 31 août 2009

(Photo CPI)


Gaza – CPI
L'organisation britannique des partenaires de la paix et du développement, ainsi que le comité international anti-blocus ont lancé la campagne internationale de solidarité avec les enfants de Gaza qui souffrent énormément à cause du blocus sioniste très sévère.

Le porte-parole de la campagne, Ali Nouzli a annoncé, le dimanche 30/8, dans un communiqué dont le centre palestinien d'information a reçu une copie, qu'il est prévu l'arrivée de la campagne à la bande de Gaza, à travers le passage de Rafah, au début du mois d'octobre prochain.

Il a dit que la campagne va apporter 100 ambulances et 375 voitures électriques pour les handicapés de la Bande de Gaza, ainsi que des matières médicales.

Nouzli a ajouté que plus de 100 personnalités politiques et parlementaires vont accompagner cette campagne qui va se diriger vers la Bande de Gaza.

Lien de l'article: http://www.palestine-info.cc/fr/default.aspx?xyz=U6Qq7k%2bcOd87MDI46m9rUxJEpMO%2bi1s7A4CpJz5SCWZ7IopoB%2fkLPrPoZaWSzGouL%2bTJ8jqE4yGq%2f3y8s9IBKIWeVCLXRxooiN47W8xv5%2b6taFfOih5yd%2bshsU89r85l6jkn9owfTV8%3d

Compte rendu du rassemblement qui a eu lieu à Viry-Châtillon devant l'agence de la Société Générale samedi 29 août 2009

Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont pris de leur temps samedi de participer au deuxième rassemblement organisé hier en vue de dénoncer le comportement discriminatoire du personnel de la Société Générale de Viry-Châtillon le 14 août dernier envers une jeune femme voilée. Il était en effet très important que chacun soit présent afin de faire savoir au personnel de cette banque en particulier mais aussi par ricochet, à d’autres prestataires de services, pour qui la tentation semble très grande ces derniers temps d’agir d’une façon zélée puisque leurs personnels usent de plus en plus souvent de pratiques contraires aux lois de la République française envers des femmes musulmanes voilées… et que ces agissements inqualifiables ont pour pour conséquence de priver ces dernières de leurs droits les pus fondamentaux dont celui de pouvoir pratiquer leur religion sereinement dans un Etat où la liberté de culte et de conscience est pourtant pleinement garantie par la Constitution.

Ce rassemblement nous a entre autre permis de faire connaître l’ensemble de nos doléances au directeur régional de la Société Générale qui était présent dans l’agence de Viry-Châtillon puisque le responsable du collectif Cheikh Yassine a pu le rencontrer et discuter avec lui. Ce que nous demandons est très simple ; nous exigeons en particulier que des excuses officielles qui rendent compte pleinement de la discrimination subie par la jeune femme ce 14 août dernier lui soient personnellement adressées et nous souhaitons également que la Société Générale adresse une directive des plus claires à l’ensemble de ses personnels travaillant dans son réseau afin de leur signifier une fois pour toute que dans les agences Société Générale implantées sur le territoire français, les femmes musulmanes voilées, peuvent accéder aux locaux des agences sans qu’aucun agent ne puisse le leur refuser sous prétexte qu’elles portent le voile islamique et sans qu’aucun d’entre eux ne sente abusivement autorisé à leur demander de l’ôter…

Ces mesures sont pour nous indispensables afin de considérer que cet incident est définitivement clos et qu’il n’y a plus lieu de maintenir notre mobilisation. En effet, si la Société Générale ne jugeait pas utile de répondre favorablement à ces requêtes, nous avons convenu que nous allions commencer à intervenir à partir de la semaine prochaine devant diverses agences du réseau d’Ile de France afin de renseigner la clientèle quant aux pratiques qui ont cours envers des femmes musulmanes voilées dans ce réseau bancaire tout en les incitant à changer de banques pour d’autres qui auront à cœur de ne pas pratiquer de telles discriminations ! Nous serions amenés également à intervenir auprès des médias arabes afin que cette affaire soit connue dans les pays musulmans où rappelons-le la Société Générale est très bien implantée!...

Cette regrettable histoire nous a faits nous replonger au cœur des difficultés auxquelles dans ce pays les femmes musulmanes voilées sont confrontés dans leur vie de tous les jours : les discriminations multiples, les injures racistes, les comportements humiliants à leur encontre ; c’est pourquoi nous aimerions vous inciter à lire ou relire quelques articles qui nous conduisent à réfléchir à nouveau sur cette question éminemment importante pour toutes les femmes musulmanes (parce qu’elle conditionne de fait leur qualité de vie) mais aussi pour tous ceux qui pensent que la liberté de croire et de culte et de se vêtir à sa guise est un des piliers de notre démocratie.
Le Collectif Cheikh Yassine

Et en plus, elles parlent !, Les femmes voilées prennent la parole
Paru en juillet 2008 sur le site les mots sont importants
Par Mona Chollet,

Introduction

Publié aux éditions La Fabrique, le recueil Les filles voilées parlent donne pour la première fois aux femmes voilées la possibilité de passer du statut d’objet parlé au statut de sujet parlant. Le résultat est impressionnant, aussi bien par la manière dont il démolit les idées reçues sur « la » femme voilée que par le tableau sombre qu’il donne de la stigmatisation, des discriminations et des violences qui sont faites, en France, à des femmes qui dérogent à la norme vestimentaire dominante. Mona Chollet propose dans le texte qui suit [1] une lecture de ce livre, le plus riche et le plus profond sur un sujet qui a pourtant fait couler beaucoup d’encre.

Article

« Les filles voilées parlent » ? On en voit d’ici qui, au seul énoncé de ce titre, brandissent le crucifix et agitent la gousse d’ail. Autant dire « Belzébuth parle », ou « l’Etrangleur du Yorkshire parle » ! Au cours des mois qui ont précédé le vote de la loi du 15 mars 2004 interdisant le voile à l’école (hypocritement baptisée « loi sur la laïcité à l’école »), l’hystérie médiatique autour de cette question a persuadé la population entière que ces jeunes filles qui choisissaient de ne pas montrer leurs cheveux ou leurs oreilles, sorte de démons femelles, étaient la source de tous ses maux, et constituaient le principal problème auquel le pays était confronté - « c’est à cause de vous que tout va mal en France » revient souvent parmi les invectives qu’elles rapportent.
On s’est déchiré sur le sujet, on a produit une quantité ahurissante d’arguments en faveur ou en défaveur d’une loi, mais on n’a pas jugé bon de demander leur avis aux principales intéressées. C’est à cette lacune que vient remédier le livre d’Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, qui montre l’ampleur des dégâts - absolument invisibles dans les médias - causés par la loi de 2004.
Cette confiscation de la parole a même été assumée et théorisée par les partisans de la loi : il pouvait être dangereux de les laisser parler - des fois que ces sorcières auraient le pouvoir, par leur verbe maléfique, de transformer notre belle France « laïque » en crapaud islamique. Admise dans un établissement privé après son exclusion du lycée, Zeinab, 19 ans, découvre qu’on a mis en garde ses nouveaux camarades à son sujet :
« Je me suis rendu compte que le proviseur avait fait une intervention dans ma classe de terminale L pour annoncer ma venue, en disant qu’ils allaient accueillir une élève voilée qui avait une forte personnalité, et qu’ils ne devaient pas se laisser influencer. »
Arrière, Satan ! Toutes les interviewées du livre disent leur impression de « parler à des murs » chaque fois qu’elles ont voulu discuter. Zahra Gammaleddyn, 15 ans, raconte ses démêlés avec un proviseur qui ne faisait que lui répéter « vous enlevez ce que vous avez sur la tête » :
« On aurait dit un automate. J’aurais pu lui dire n’importe quoi, par exemple : “je me sens mal, j’ai envie de vomir”, il m’aurait répondu : “vous enlevez ce que vous avez sur la tête” ! »
Mariame, 19 ans, se fait rembarrer dès qu’elle ouvre la bouche par l’assistante sociale qu’on a envoyée dans son lycée pour tenter une médiation avec les élèves voilées :
« Non, toi, on m’a dit qu’on ne pouvait pas te parler, que tu étais manipulée et que tu manipulais tes camarades. »
À quoi bon discuter avec elles, en effet, puisqu’elles sont « aliénées », « conditionnées », « manipulées » par les intégristes ? L’ironie, qui apparaît de manière flagrante dans ce livre, c’est que, la France n’étant ni l’Iran ni l’Afghanistan, on avait affaire, dans l’écrasante majorité des cas, à des jeunes filles qui avaient décidé de porter le foulard au terme d’une réflexion individuelle, souvent contre l’avis de leur famille - leurs parents, partisans du « pas de vagues », étaient en outre catastrophés à l’idée de les voir hypothéquer leur avenir. S’il y avait endoctrinement et « conditionnement » dans cette histoire, c’est bien plutôt du côté de tous ceux qui devenaient fous à la seule vue de leur foulard, sur lequel ils plaquaient des fantasmes soufflés ou réactivés par l’hypnose médiatique. Les regards dans la rue, témoigne Sana, 25 ans, sont « assez changeants » :
« Tantôt ça se calme, tantôt les gens nous regardent vraiment de travers, et alors on se dit : “Mais qu’est-ce qui est passé hier soir à la télé ?” On va voir les programmes de la veille, et on trouve toujours quelque chose ! La télévision fait un vrai lavage de cerveau ! »
« Un jour, renchérit Karima, 29 ans, j’ai rencontré une femme qui m’a ressorti d’une traite tout ce qui se disait à la télé depuis le début de l’affaire ! C’en était comique. »
Même constat chez Khadija, 21 ans, qui se rappelle les questions dont on la bombardait en 2003 :
« J’avais l’impression que les gens avaient regardé un débat télévisé la veille et qu’ils se sentaient investis d’une mission : voler au secours de la première fille voilée pour lui expliquer qu’elle était aliénée et la libérer ! »
Hanane, 27 ans, se souvient avec un écœurement particulier de l’automne 2003 :
« Entre mes galères de boulot et les débats télé, avec des pseudo-spécialistes de l’islam et des pseudo-féministes qui mélangeaient tout, le voile, les mariages forcés et l’excision, j’ai eu une overdose ! »
« Retourne à Téhéran ! »
À un journaliste qui lui demandait, quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001, quel effet cela lui faisait de partager sa religion avec Ben Laden, Mohammed Ali avait rétorqué :
« Et vous, quel effet cela vous fait-il de partager la vôtre avec Hitler ? »
Difficile de déraciner la conviction que les musulmans forment un seul bloc homogène, et se définissent avant tout comme tels. « Une révolution en Iran, un conflit en Irak, une guerre civile en Algérie, des attentats à New York et à Washington ? Et voilà les caméras qui s’intéressent aux “musulmans” de l’Hexagone, avec l’idée implicite qu’ils sont tous les mêmes », écrit Thomas Deltombe en introduction à son livre L’islam imaginaire [2], analyse édifiante de trente ans de représentations médiatiques de l’islam.
Systématiquement, on plaque sur les musulmans de France des situations ou des événements qui ne les concernent en rien. Malheur à la petite Française, absolument ordinaire et pacifique, que son cheminement personnel amène à décider de porter le voile... en octobre 2001 ! Elle constate vite que son entourage le prend comme une déclaration de guerre. Les formules du genre « tu sais très bien de quoi je parle », ou « arrête de te foutre de moi », voire « on sait ce que vous êtes » abondent chez les interlocuteurs des filles qui témoignent ici, comme si, pour eux, la cause était entendue : ce voile est forcément un défi, une provocation. Dans la rue ou dans le métro, entre un « pétasse » et un « sale connasse », les femmes voilées sont traitées de « filles de Ben Laden ».
Elles s’entendent aussi régulièrement enjoindre de « retourner à Téhéran ». Thomas Deltombe confirme la prégnance de l’obsession iranienne : en 1979, lorsque Khomeyni accède au pouvoir,
« les téléspectateurs découvrent des images insolites et un nouveau vocabulaire, écrit-il : “ayatollah”, “mollah”, “tchador”, “chiite”, “sunnite”, “charia”. Les esprits en resteront durablement marqués : à la télévision française, l’Iran khomeyniste fera office pour longtemps de décor naturel pour la religion musulmane ».
Au point que dix ans plus tard, quand éclate la première affaire de foulard, à Creil, on parle de « tchadors » :
« Alors que le “tchador” est la variété de foulard spécifiquement iranienne et chiite rendue obligatoire par le régime iranien au début des années 1980, la majorité des journalistes l’appliquent à une immigration massivement maghrébine et sunnite qui ne l’a jamais appelé ainsi. Cela donne au foulard une connotation “intégriste” qui renvoie directement au vocabulaire et aux images issus de la révolution iranienne de 1979. »
Quand leur proviseure, relativement tolérante, demande à Mariame et à ses camarades voilées d’éviter le voile long et les couleurs sombres « parce que ça rappelle un peu trop l’Iran », elles trouvent la référence si incongrue et choquante que le lendemain, elles débarquent en « bleu blanc rouge » :
« Une en bleu, une en blanc et une en rouge ! Et on restait toutes les trois côte à côte, pour que ça se remarque bien ! Les autres élèves étaient morts de rire. »
La proviseure, moins.
Le fantasme de la « colonisation à rebours »
Les images de l’Iran ou de l’Algérie semblent avoir imprégné les consciences au point de faire du foulard un objet magique, auquel on attribue le pouvoir de substituer une réalité étrangère à la réalité française. Si un simple bout de tissu déclenche une telle panique, une telle fureur, c’est parce qu’il alimente la crainte d’une « islamisation de la France » ; la crainte que « ces gens-là » subvertissent « nos » institutions et « nous » imposent leur loi. Dans L’Express, un dessin particulièrement nauséabond de Plantu montrait une fille voilée juchée sur un cheval de Troie derrière lequel se dissimulaient des barbus à la mine patibulaire, qui le poussaient dans l’encadrement d’un portique de pierre au fronton duquel on pouvait lire « République ».
Ce fantasme - totalement irrationnel, faut-il le préciser - d’une « colonisation à rebours », autrefois fonds de commerce exclusif des Le Pen et De Villiers, est aujourd’hui accrédité et encouragé y compris par des individus se réclamant de la gauche, comme Caroline Fourest, auteur d’ouvrages plus approximatifs les uns que les autres sur le péril « islamo-gauchiste ». (« Pourquoi des gens de gauche se sont-ils sentis visés par les Indigènes [de la République] ? Parce qu’ils ne sont pas de gauche, mon frère ! », lance en riant Hanane dans Les filles voilées parlent.)
Ajoutez-y les convulsions de la pythie iranienne de service, Chahdortt Djavann, l’auteur de Bas les voiles !, à qui des journalistes tendent leur micro avec délectation afin qu’elle répète encore que les hommes musulmans sont des ogres assoiffés du sang de jeunes vierges, des oppresseurs pervers et pédophiles, et vous aurez persuadé l’opinion que la France est en état de siège et qu’elle doit se défendre ; que la gravité de la situation nécessite des mesures exceptionnelles - et tant pis pour les dégâts collatéraux.
Les « dégâts collatéraux », ce sont elles, justement. Les lycéennes qui racontent les démêlés épuisants avec le corps enseignant, la scolarité perturbée, les nuits à pleurer, les dévoilements humiliants à l’entrée de l’établissement sous la supervision d’un proviseur sarcastique – « vous voyez, ce n’est pas si compliqué ! », lance le sien à Fatima la première fois qu’elle s’y plie - et les regards curieux de leurs camarades, les relégations dans des salles à part - parfois fermées à clé ! -, la violence des procédures d’exclusion.
Ce sont des trajectoires personnelles entravées ou compromises : après l’oral de rattrapage du bac, Mona Bachare, 20 ans, découvre que l’examinateur de mathématiques - à qui elle avait par ailleurs demandé s’il souhaitait qu’elle retire son foulard pour passer l’épreuve, et qui avait répondu par la négative - a proposé à tous ses camarades une note, en leur demandant si cela suffisait à rattraper leurs points ; mais pas à elle... Elle échoue de justesse ; le proviseur lui ayant expliqué qu’une plainte pour traitement différentiel n’avait aucune chance d’aboutir, elle se résigne à refaire une année de terminale. Mais elle retombe sur le même examinateur l’année suivante, et le même scénario se répète. Sa plainte pour discrimination n’a jamais abouti : deux années de perdues...
Mêmes déboires pour Habiba, qui voit la validation de son inscription à l’université de Saint-Denis - où la loi ne s’applique pourtant pas - bloquée pendant des mois, malgré les lettres et les pétitions de soutien, parce qu’une secrétaire fait une allergie au foulard et se barricade dans son bureau à son approche. Elle finit par abandonner ses études d’histoire :
« Tout le monde me connaissait, je n’étais pas une étudiante comme les autres, j’avais l’impression que tous mes faits et gestes étaient surveillés. »
« Arrêtez avec vos larmes de crocodile »
Les dégâts collatéraux, c’est Sarah, 20 ans, soustraite à son foyer à la suite de graves problèmes familiaux par une juge pour enfants, et qui s’y voit renvoyée par cette même juge après qu’elle s’est mise à porter le foulard :
« Elle a déclaré que la “République” m’avait soustraite à ma famille “et à sa religion” pour “m’en protéger”, pas pour que je vienne porter un voile qui incite d’autres filles à le porter. »
Alors qu’à aucun moment les problèmes qu’elle avait eus n’avaient été causés par sa religion ! Les « dégâts collatéraux », ce sont les quelques filles que leur famille forçait à porter le voile, et qui ont disparu dans la nature après le vote de la loi : bonnes pour le mariage et l’enfermement domestique. Ce sont les femmes harcelées sur leur lieu de travail, interdites de sortie scolaire avec leur enfant, prises à partie et même frappées dans la rue, renvoyées dans leurs foyers, recalées à l’entrée d’une filière professionnelle ou aux entretiens d’embauche. Bref, les exemples abondent, dans ces pages, de gestes de résistance héroïques de modestes citoyens français face à l’envahisseur islamique.
« M’agresser est quasiment vécu par l’agresseur comme de la légitime défense », observe Malika Latrèche, l’une des coordinatrices du livre, qui porte elle-même le voile. Désigner les fidèles d’une religion comme boucs émissaires des problèmes d’une société ; les accuser de miner cette dernière de l’intérieur ; leur dénier leur humanité et leur individualité pour les réduire à un stéréotype menaçant...
On aurait pu espérer qu’une nation qui glose à longueur d’année sur le « devoir de mémoire » saurait s’abstenir de s’aventurer sur un terrain aussi glissant ; c’est raté. Le système est si bien clos que les filles voilées, quoi qu’elles puissent faire, confortent les soupçons qui pèsent sur elles. Si, exaspérées par l’arbitraire, la mauvaise foi, le racisme ouvert ou larvé, les injustices, elles s’énervent, elles confirment par là leur nature violente et fanatique. Si elles pleurent, cela ne saurait être parce qu’elles souffrent - elles ne sont pas humaines, on vous dit : c’est parce qu’elles cherchent à vous attendrir pour mieux vous duper. Quand, dans le train qui les ramène de la Marche mondiale des femmes à Marseille, en mai 2005, Ndella veut s’asseoir à côté d’une militante de Femmes solidaires, groupe avec lequel les accrochages se sont déjà multipliés tout au long de la manifestation, et que celle-ci le lui interdit brutalement, la faisant fondre en larmes, une représentante des Verts lui enjoint d’« arrêter avec ses larmes de crocodile ».
Mais soyons juste : il y a des exceptions, heureusement, à cette inflexibilité qui rappelle les pires endoctrinements. Une prof d’histoire confie ainsi à Mariame, à propos d’une de ses camarades également voilée :
« Auparavant, j’avais une position très stricte sur le voile, mais le jour où j’ai vu Hafssa enlever son voile, en pleurs, les yeux tout rouges, je me suis remise en question. »
« Mais toi aussi, tu m’imposes ta coupe de cheveux toute bizarre, style L’Affaire Louis Trio ! »
On prend toutefois la mesure de l’idéologie et de l’aveuglement qui prédominent sur cette question quand des professeurs sont capables de lancer à une gamine dont ils viennent de prononcer l’exclusion :
« On essaie de t’aider »...
Tout aussi à côté de la plaque, la proviseure qui dit à Mariame :
« Tu sais, si tu es opprimée, on peut t’aider »
Ou la militante féministe qui explique à Ndella que sa fille a été violée par son père, et que, quand elle voit son voile, « elle voit l’inceste »... Beaucoup d’interviewées racontent l’étonnement que suscite chez leurs professeurs tout élément qui ne cadre pas avec leurs préjugés : par exemple, quand Nawel, 18 ans, est défendue lors d’une réunion par sa sœur aînée, qui porte un débardeur - ce qui compromet quelque peu l’hypothèse selon laquelle son voile lui est imposé par un père ou un frère. Agathe-Chamous Larisse, 32 ans, refuse avec énergie qu’on décide à sa place du sens de sa tenue :
« Le premier sens que revêt un vêtement, c’est celui que lui donne la personne qui le porte ! Il est extrêmement arrogant de l’étiqueter d’emblée négativement, en se fondant uniquement sur son propre imaginaire. »
À un camarade de fac qui lui reproche d’« imposer son choix aux autres », Leila, 26 ans, réplique - elle le raconte en pouffant de rire :
« Mais toi aussi, tu m’imposes ta coupe de cheveux toute bizarre, style “L’Affaire Louis Trio” ! Moi, c’est cette coupe de cheveux qui m’agresse ! »
Elle ajoute que, par ailleurs, elle ne demande à personne de s’habiller comme elle, mais qu’elle refuse de « retirer une partie d’elle-même ».
Ces filles n’en peuvent plus qu’on leur répète qu’elles doivent renoncer à leur voile par respect pour les femmes qui, dans d’autres pays, se battent pour avoir le droit de l’enlever :
« Ils oublient de dire qu’il y a d’autres pays où tout le monde est libre soit de mettre un voile, soit de ne pas le mettre » (Zeinab, 19 ans)
« Injurier, violenter, punir une femme sous prétexte qu’elle ne porte pas le voile, et injurier, violenter, punir une femme sous prétexte qu’elle le porte, c’est une seule et même violence », écrivent les coordinateurs du livre dans leur épilogue. Et Ismahane Chouder ajoute :
« Ce n’est pas le voile qui est l’oppression, c’est la contrainte. »
Aux féministes qui contestent son choix, Karima soumet une comparaison plutôt convaincante :
« Les prostituées sur les boulevards des Maréchaux sont forcées par leur mac à mettre une minijupe et à se maquiller, donc toi, en te maquillant, tu es en train de cautionner ce genre d’oppression ? »
« Tu sais, je suis pied-noir, donc je connais le bled »
S’il est inepte de brandir le spectre d’une France islamisée (sauf pour renflouer les caisses d’une presse bien mal en point), il n’en reste pas moins que la phobie du voile témoigne d’un refus d’admettre ce qui constitue bel et bien une réalité nouvelle : l’existence de citoyens français de confession musulmane, qui n’entendent plus raser les murs comme l’ont fait leurs parents ; ce qui compromet le rêve de certains d’une France éternellement blanche et chrétienne - pardon, « laïque ». Ainsi, une infirmière scolaire explique à Jihene que son bandana « pose problème » parce qu’il reste « très significatif », et lui demande de trouver un foulard « qui ne fasse pas oriental »...
Toutes les réflexions rapportées dans ce livre, de « quand on est en visite dans un pays, on se plie à ses coutumes » ou « si on n’aime pas les lois d’un pays, on va ailleurs », à « habillez-vous comme les Français », en passant par « vous devez avoir une tenue normale », témoignent d’une résistance obstinée à l’idée que ces filles sont chez elles, et qu’elles participent désormais à la définition de l’identité française - sans que cela signifie pour autant qu’elles la redéfinissent entièrement : « Il faut qu’ils acceptent que la France a changé, qu’il y a maintenant des millions de musulmans, et que ce n’est pas en nous diabolisant qu’on va construire un avenir » (Habiba, 23 ans).
De guerre lasse, désespérant de pouvoir mener une vie normale dans leur pays natal, certains se mettent à émigrer, signale Karima :
« Curieusement, dans les pays où ils arrivent, on les identifie comme “français” ! Bizarre, non ? »
Mariame, consciente de modifier le paysage, et comprenant que ses compatriotes, surtout les plus âgés, aient du mal à s’y faire, raconte que les retraités qu’elle croise la dévisagent « comme si elle était une femme à barbe » :
« Alors je leur souris, et je chantonne des chansons de cirque ! »
Le nombre de fois où ces filles s’entendent reprocher leur « insolence » témoigne des difficultés de certains à admettre que des descendants d’immigrés récents leur parlent d’égal à égal. C’est peu dire qu’ils n’y sont pas habitués ; Mariame, affligée, voit ainsi sa prof de maths lui offrir sa médiation en ces termes :
« Tu sais, je suis pied-noir, donc je connais le bled... »
La façon dont ces jeunes filles perçoivent le discours de Hanifa Cherifi, la médiatrice de la République dans les affaires de voile, témoigne de leur changement d’attitude par rapport à leurs aînés, adeptes du profil bas. Hanane a eu affaire à elle au lycée :
« Elle a commencé à nous raconter sa vie. En gros : “Je suis musulmane, j’ai un bon taf, j’ai fait ma place, je fais le ramadan mais je ne le dis pas, je ne bois pas d’alcool mais je ne le dis pas, parfois je commande même un truc et discrètement, je ne le bois pas.” Un discours de dingue, qui m’a fait rigoler ! »
Elle se demande par ailleurs si le succès du mouvement de défense des élèves sans papiers, alors que personne n’a bougé pour défendre les élèves exclues après le vote de la loi sur le voile, ne tient pas au fait que les sans-papiers, étrangers, « hyper-précaires, hyper-vulnérables, qui connaissent mal la France », offrent davantage de prise au paternalisme.
« Mettez des jupes plus courtes »
Lamia raconte qu’après le vote de la loi, son proviseur avait lancé à l’une de ses camarades voilées :
« L’année prochaine, je pourrai savoir si tu es blonde ou brune ! »
Elle n’avait pas trouvé ça drôle. La fréquence des remarques de ce genre – « tu es beaucoup plus belle sans » - donne à penser que Noël Burch n’a pas tort quand il écrit [3] que le véritable crime dont se rendent coupables les filles voilées, c’est « une infraction, consciente ou inconsciente, aux codes de la séduction qui règnent dans notre société et qui sont la projection vestimentaire de l’idéologie du libertinage », considéré comme un élément du patrimoine culturel français. Une proviseure lance même à Mariame :
« Tu reviens la semaine prochaine sans ton voile, et tu me feras le plaisir de porter un jean ! »
Hanane, qui a été acceptée comme surveillante dans un lycée de Saint-Denis, s’y rend avec un simple bandeau, mais se fait convoquer par sa supérieure ; celle-ci lui reproche de porter une robe longue, ce qui pourrait « susciter l’ambiguïté dans la tête des élèves » :
« Mettez des jupes plus courtes, ou un pantalon... »
Les coordinateurs du livre rappellent opportunément qu’un des plus célèbres slogans féministes est : « Mon corps m’appartient » ! Mais les féministes françaises « historiques » reconnaissent parfois elles-mêmes que dans ce pays, quand elles clament « mon corps m’appartient », certains hommes ont une fâcheuse tendance à entendre « chouette, leur corps nous appartient »...
Bien souvent, on reproche aux filles voilées leur « insolence » parce que la mauvaise foi de leurs interlocuteurs, mal à l’aise avec leur propre obsession islamophobe, la bêtise et l’ignorance auxquelles elles sont confrontées, l’absurdité intenable que représente l’interdiction du voile à l’école, les exigences ubuesques de leur proviseur, finissent par virer au cocasse, et les font éclater de rire. S’il ne relatait pas des situations aussi révoltantes et douloureuses, Les filles voilées parlent serait- comme L’islam imaginaire, d’ailleurs - une lecture franchement comique. Ainsi, suite à une erreur lors de son inscription sur les listes d’appel du lycée, ses professeurs appellent Mariame « Marianne », ce qui lui vaut d’entendre retentir dans les couloirs un sonore :
« Marianne, ta tenue n’est pas laïque ! »
En outre, on s’aperçoit ici que la loi de 2004, et la vision déjà dévoyée de la laïcité qui l’a inspirée, font l’objet d’interprétations pour le moins fantaisistes au sein de la population : Leila, victime d’une agression particulièrement ignoble dans le métro (« j’avais l’impression d’un lynchage verbal »), s’entend dire :
« Tu sais ce que c’est, une république ? C’est un pays athée ! »
Parce qu’elle a demandé un jour de congé pour l’Aïd, Cherazade a droit à un « speech sur la laïcité » de la part de son employeuse. Malika Latrèche se fait invectiver et frapper à la caisse d’un grand magasin d’ameublement par une femme qui hurle :
« Elle n’a pas le droit d’entrer à Ikea avec son voile ! Il y a une loi contre le voile ! »
Comment reconnaître un foulard musulman ?
Quand elles ne se font pas agresser, les filles voilées croulent sous les marques d’une sollicitude douteuse. Ont-elles bien mesuré à quel point le foulard était dangereux ? Savent-elles qu’elles risquent de s’étrangler en faisant de la gym ? Que le tissu peut se prendre dans les rayons de leur bicyclette ? S’enflammer en cours de chimie ? Qu’il n’est pas hygiénique ? Et puis, n’ont-elles pas trop chaud en été ? On se souvient en effet qu’en 2003, alors que la canicule faisait des victimes par dizaines de milliers chez les personnes âgées, il y avait encore eu de bonnes âmes pour se préoccuper du bien-être des femmes voilées (dans un courrier des lecteurs publié par Libération, notamment). A son travail, Nadjer, 36 ans, a fini par se fabriquer un écriteau :
« Je n’ai pas chaud, merci. »
Curieusement, le foulard non-musulman ne semble pas poser de problèmes pratiques aussi insurmontables. Les interviewées constatent que leurs camarades moins basanées, ou portant un nom moins connoté, peuvent en toute tranquillité s’entourer la tête d’un bout de tissu, alors qu’elles-mêmes se font courser dans les couloirs par tout le corps enseignant :
« Dans le règlement intérieur, ils avaient écrit “interdiction de tout couvre-chef”, mais en fait c’était : “couvre-chef interdit aux musulmanes” » (Lamia, 17 ans).
Mariame, qui porte un simple bandana au lycée et un voile à l’extérieur, raconte comment une prof, après l’avoir un jour croisée dans la rue avec son voile, lui refuse ensuite l’entrée de son cours si elle garde son bandana :
« C’était pourtant le même bandana que la veille ! »
Leila, abasourdie, s’entend dire par sa directrice :
« Ma nièce Camille porte souvent ce genre de foulard sur la tête, mais vous, justement, vous vous appelez Leila et pas Camille, et vous n’êtes pas blonde aux yeux bleus. »
Luc Ferry, ministre de l’éducation au moment du vote de la loi, s’était ridiculisé en s’empêtrant dans ses explications sur l’art de distinguer une « barbe musulmane » d’une « barbe non-musulmane » ; sauf que la distinction entre le « foulard musulman » et le « foulard non-musulman » n’est guère plus évidente... Certains camarades de filles voilées, indignés de la façon dont on les traitait, ont d’ailleurs manifesté leur solidarité en arrivant tous avec un bandana sur la tête.
Parce qu’elles portent le voile, ces filles sont suspectées d’être antiféministes, soumises, hostiles aux hommes, coincées, homophobes, et on en passe. Leila raconte que quand elle traverse le Marais, le quartier gay de Paris, « les couples de mecs font exprès de se rouler une pelle sous [ses] yeux » quand ils la croisent, pensant la choquer.
Quasiment toutes celles qui parlent ici démentent avec éclat ces préjugés. Elles font preuve d’une indépendance d’esprit, d’une énergie et d’une force de caractère que l’on chercherait en vain chez beaucoup de femmes non-voilées, et on souhaite de tout cœur bonne chance aux hommes qui se mettraient en tête de les soumettre - l’une d’elles clame bien : « et si ça me plaît, à moi, d’être soumise ? », mais elle parle uniquement de soumission à Dieu... Sana, lorsqu’on lui refuse l’inscription en sport à la fac, s’achète crânement un ballon de basket, et va « jouer avec les gars de la cité universitaire ».
D’autres, en revanche, laissent deviner une mentalité moins ouverte. Bon. Et alors ? Est-ce que cela justifie qu’on les exclue de l’école publique ? De la communauté nationale ? A-t-on pris la mesure du précédent terrifiant créé par cette loi ?
Non seulement elle légitime l’idée que l’exercice par un individu de sa citoyenneté et de ses droits peut être subordonné à la conformité de ses convictions intimes, mais elle instaure un régime de double standard : les non-musulmans sont tous présumés ouverts, féministes tolérants, libérés - ce qui est très loin d’être le cas ! -, tandis que les musulmans, présumés être tout le contraire, doivent se soumettre à des interrogatoires incroyablement inquisiteurs, et garantir la parfaite transparence de leur personne tant morale que physique.
Si elle est musulmane, une patiente n’a pas le droit de préférer être examinée par une femme ; une adolescente n’a pas le droit d’avoir des réticences à se déshabiller dans le même vestiaire que les garçons en cours d’éducation physique ; elle n’est pas libre de s’habiller comme elle le souhaite ; elle doit accepter de rendre des comptes sur ses croyances personnelles au premier venu, alors qu’elle a parfois du mal à en parler avec ses proches amis...
« C’est bien la première fois que je vois cela : une loi qui ne sert pas à régler un problème, mais à en créer ou à en rajouter »
À la caisse d’un supermarché, Jihene se voit sommée par un inconnu de déballer toute sa vie :
« Vous êtes étudiante ? Vous êtes mariée ? Vous êtes étrangère ? »
Nathalie, convertie à l’islam, fait partie des mères que l’on refuse comme accompagnatrices scolaires à cause de leur voile ; comme l’inspectrice d’académie justifie cette discrimination en arguant que les parents « ont un rôle pédagogique », elle lui demande aussi sec « de veiller dorénavant à ce que les capacités pédagogiques de tous les parents encadrant les sorties scolaires soient effectivement évaluées ».
Quant à Leila, qui travaille à la protection de l’enfance, une de ses collègues lui déclare que, quand elles reçoivent une femme voilée, elles doivent automatiquement « se demander s’il n’y a pas une oppression du mari » :
« Ça m’a choquée, dit-elle, parce que dans notre métier, on doit se poser cette question pour n’importe quelle femme, pas seulement pour les voilées. (...) Ça aussi, c’est un préjugé : je le vois sur mon lieu de travail, les femmes battues d’origine maghrébine sont loin d’être la majorité. Ce n’est pas une histoire de voile ou d’islam, c’est le rapport hommes-femmes qui est un rapport de domination. »
« C’est bien la première fois de ma vie que je vois cela : une loi qui ne sert pas à régler un problème, mais à en créer ou à en rajouter », commente une autre amèrement. La théorie du choc des civilisations, on le sait, appartient à la catégorie des « prophéties autoréalisatrices » ; de même, les auteurs du livre soulignent à plusieurs reprises la dimension « performative » de la loi sur le voile, qui a créé la situation à laquelle elle prétendait remédier.
On tenait pour acquis que, par leur voile, ces filles manifestaient une défiance à l’égard de la République et de ses lois, alors qu’elles étaient au contraire très enracinées dans la société française, et ne demandaient pas mieux que d’y participer pleinement.
Résultat : le rejet et les avanies qu’elles ont subis ont créé cette défiance de toute pièce, au point que certaines s’interrogent aujourd’hui sur les possibilités d’un avenir en France pour elles et pour leurs enfants.
On supposait que ces filles avaient une conception traditionnelle et rétrograde du rôle de la femme, qu’elles voyaient leur avenir au foyer et sous la coupe d’un mari.
Résultat : la loi, en compromettant leurs études et leur vie professionnelle, les rend de fait plus dépendantes de leur compagnon.
On voyait dans leur foulard un signe de communautarisme : ce n’était pas le cas, mais, à force de s’en prendre plein la gueule, elles en sont parfois venues à anticiper les rebuffades - comme Hanane, qui n’ose plus demander son chemin dans la rue depuis qu’on lui a un jour répondu « dégage ! » - et à se replier effectivement sur leur communauté :
« Les hommes politiques passent leur temps à dénoncer le communautarisme, mais ce sont eux qui le créent à force de nous stigmatiser » (Leila, 26 ans)
La plupart disent pourtant leur intention de tenir bon. L’entre-soi les laisse sur leur faim : les rencontres et les luttes en commun, dit Hanane, permettent de
« casser des trucs simplistes côté rebeu, du genre : “complot contre l’islam”, “les Occidentaux ne nous aiment pas parce que nous sommes musulmans”... »
Et Ismahane :
« Je ne supporterais pas de vivre repliée sur un cocon familial, ou sur une communauté ethnique ou religieuse : je le vivrais comme une asphyxie ! Je préfère sortir et prendre des coups que rester enfermée ! »
Post-scriptum
Les Filles voilées parlent est coordonné par Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian et publié aux éditions La Fabrique. 350 pages, 18 euros.

Lien de l’article : http://www.lmsi.net/spip.php?article761#nb3


577 députés et 367 burqas : où est le problème ?
Paru le vendredi 28 août 2009 sur le site oumma.com
par Le Collectif des Féministes pour l’Égalité

En juin 2009, le député André Gérin a proposé la création d’une commission parlementaire sur le port de la burqa et s’est dit favorable à une loi l’interdisant : nous protestons vigoureusement contre la campagne qui a été menée à cette occasion et rejetons avec force une telle proposition.
Croyantes ou non croyantes, musulmanes ou non musulmanes, voilées ou non, nous sommes féministes, et combattons depuis 2004 tous les dénis de droit et discriminations subis par les femmes voilées. Nous luttons contre l’instrumentalisation de notre cause – l’égalité entre les hommes et les femmes - à des fins politiciennes et parfois racistes. L’affaire de la burqa franchit une étape dans cette dérive : assez !
Une opération de diversion en pleine crise économique et scandale bancaire
En août, un rapport des Renseignements Généraux a établi à 367 le nombre femmes portant la burqa. Sans revenir sur le ridicule de l’opération (le Ministère de l’Intérieur aurait donc dépêché des policiers dans toutes les chaumières ?), on peut dire que ce chiffre a au moins le mérite de remettre les choses à leur place. Loin d’être la tête avancée d’une déferlante islamique en France, les femmes privilégiant cette tenue traditionnelle sont une infime minorité.
377 femmes portant la burqa : et combien de plans de licenciements depuis le printemps ? combien de Français qui ne sont pas partis en vacances cet été ? De même qu’à l’automne 2003, l’affaire du voile a été orchestrée pour déminer le mouvement social contre la réforme des retraites et l’immense impopularité du gouvernement de l’époque, on assiste à un même stratagème. Il est bien regrettable qu’un député dit communiste, au lieu de se préoccuper du sort des chômeurs et de s’indigner des bonus faramineux distribués aux traders, reprenne le thème néo-conservateur du « choc des civilisations » en lançant une campagne contre les prétendues « zones de non droit » que sont devenues nos banlieues.
Le sexisme est partout, et notamment au Parlement
Ce stratagème ne fonctionnerait pas si depuis des années, la classe politique et les médias n’avaient pas relayé une campagne de stigmatisation extrêmement violente contre les musulmans. Egorgeurs de moutons selon le Président de la République, soumises et aliénées sauf si elles se conforment au schéma de la beurette abandonnant tout attachement à sa culture, les musulmans et les musulmanes sont décrits comme une population à part ; la majorité sont pourtant nés en France, sont français et veulent tout simplement jouir des mêmes droits que n’importe quel-le autre citoyen-ne. L’argument féministe est venu conforter cette mise à l’écart.
Or, s’il existe bien, au sein du monde musulman, des rapports de domination et des traditions sexistes, nous tenons à rappeler qu’il en existe partout, et en premier lieu au Parlement ! Les travées à 80% masculines de l’Assemblée nationale ne sont pas qu’un « symbole » ; elles sont la traduction concrète d’une réalité claire : les femmes sont encore très largement exclues des postes de pouvoir. « La vision de ces femmes emprisonnées » est, pour André Gérin, « intolérable », « inacceptable » ; le spectacle de l’entre soi masculin que constitue le monde politique ne semble par contre pas le gêner. Effectivement, les femmes ne se promènent pas en burqa à l’Assemblée ; excepté 107 d’entre elles, elles en sont tout simplement exclues, probablement reléguées au foyer pour s’occuper des enfants, ou conviées aux pince-fesses officiels qui servent la carrière de leurs maris !
Et pourquoi pas interdire la cravate et les talons aiguilles ?
Nous dénonçons l’idée folle qui consisterait à interdire la burqa. De même que l’interdiction des capuches ou des regroupements dans les halls d’immeuble, elle participe d’une logique liberticide, et il est très inquiétant de la voir proposée et même discutée au sein de la classe politique. Nous sommes pour le respect des droits les plus élémentaires, qui sont au fondement des sociétés démocratiques, et à ce titre, nous défendons le droit des individu-e-s à évoluer et à s’habiller comme ils/elles le veulent dans l’espace public. Nous sommes pour une laïcité qui garantisse la liberté de culte et celle de penser et d’exprimer ses idées dans le respect de tous et toutes. Pas pour une laïcité totalitaire qui implique la soumission à une culture et entend dicter nos choix, qu’ils soient spirituels, vestimentaires ou politiques.
Nous n’avons pas fini d’interdire si nous voulons nous attaquer à tous les « symboles » de la domination masculine. A ce compte-là, pourquoi ne pas interdire ceux que portent tant de femmes blanches supposées émancipées : talons aiguilles, rouge à lèvres... ? Et surtout, au lieu de s’attaquer toujours à des femmes, pourquoi ne pas combattre d’abord les symboles que portent les hommes, par exemple la cravate ? Pourquoi ne pas constituer une commission d’enquête sur la diffusion quotidienne des normes de beauté oppressantes auxquelles doivent se plier les femmes et sur tous ceux qui y participent : publicitaires, magazines féminins, industrie de la mode, et autres fabricants de produits amincissants ?
Assez du deux poids, deux mesures ! Assez de ces campagnes grotesques menées au nom des femmes mais qui ne conduisent qu’à les pénaliser ! Nous appelons toutes les forces féministes et progressistes à dénoncer cette opération, et à combattre ensemble pour la justice sociale et l’égalité entre les hommes et (toutes) les femmes.

Lien de l’article : http://oumma.com/577-deputes-et-367-burqas-ou-est

Ce que la burqua dévoile de la France
Paru le jeudi 9 juillet 2009 sur le site oumma.com
par Farid Laroussi

Il arrive parfois que les titres de l’actualité se téléscopent de manière inattendue et ironique. En France on débat de la burqua et de son interdiction possible. Michael Jackson meurt soudain. Or ce dernier lors de son long séjour à Bahrain en 2006-2007 n’hésitait pas justement à porter la burqua pour pouvoir se rendre dans les centres commerciaux et autres lieux publics en paix et incongnito, ou presque. Puis en novembre 2008, de retour à Los Angeles, Michael Jackson s’est converti à l’Islam.
Un détail pour les médias puisque dans les émissions hommage et les journaux télévisés, l’information n’a toujours pas été reprise ou bien elle reste en suspens comme s’il s’agissait d’une autre toquade de star sans vraie conséquence. Une fois encore le dogme islamophobe consacre la dimension des évidences que l’on se construit pour ne pas regarder la réalité en face. Imaginez donc des centaines de millions de fans à travers le monde qui pleurent la disparition d’un musulman ! Les funérailles planétaires c’était juste pour la musique, comme de bien entendu.
En utilisant le débat sur la burqua en France aujourd’hui comme support de stigmatisation d’une communauté donnée, les politiques et les médias s’offrent les moyens de libérer le refoulé de l’islamophobie devenue en quelques décennies le pendant de l’antisémitisme français au XIXème siècle. On sent une menace, l’étrangeté absolue, et surtout le sentiment de la double allégeance.
Pendant ce temps, le tissu industriel français se délite inéxorablement, l’agriculture pâtit de décisions de technocrates établis à Bruxelles, le système financier traverse sa plus profonde crise, le principe de service public se réduit à une peau de chagrin, le pouvoir d’achat est devenu l’art du renoncement, et pourtant ce sont les femmes en burqua qui dominent l’actualité. Faut-il vraiment que les idéaux de la République soient à ce point vacillants que quelques milliers de femmes parviennent à les ébranler ?
On sait que ni le Coran ni la tradition prophétique ne prescrivent le port de la burqua. Elle-même est un attribut saoudien et de pays d’Asie centrale, pas du Maghreb, d’Afrique occidentale, ni de Turquie, qui sont les zones géographiques sources de l’Islam en France. Selon toute apparence il y a donc un décalage entre la culture, la pratique religieuse et le message politique.
Comme lors du débat sur le foulard en 2003-04, le corps de la femme musulmane devient une mesure de la chose dicible et de salut public, celle des droits et de la dignité. Sauf bien entendu que la liberté de conscience et de confession passent au second plan. Ajoutez à cela un soupçon de paternalisme colonial : le message ne consiste-t-il pas à énoncer que le devoir de la France est de contribuer à l’émancipation de la femme musulmane ?
Dans les quotidiens qui ont pignon sur rue, les islamophobes attitrés s’en donnent à coeur-joie dans les approximations culturalistes, les mécanismes d’une subjectivité profane, et autres fallacies qui flattent le nouvel intégrisme laïcard. Les féministes médiatiques montent au créneau avec pour preuve fondamentale qui fasse adhérer à leur vérité, le mépris de la femme dès lors qu’elle n’appartient pas à la sphère reconnue et avalisée du discours dominant. Les intellectuels, eux, tellement généreux avec leurs axiomes de liberté sont soit réduits au silence, soit saisis de l’ivresse de sauver les meubles d’une modernité qui leur échappe de plus en plus.
En tout état de cause, le discours sur la différence subvertit la logique de la Raison des Lumières sans abolir pourtant les fondements du droit universel. On pourrait être choqué, par exemple, que ceux qui se voient déjà sur les barricades pour défendre les droits de la femme ne s’expriment jamais sur ceux de la femme palestinienne. Naturellement, tout le monde sait qu’une bonne discussion sur la burqua est plus essentielle qu’un débat sur l’auto-détermination d’un peuple.
Au lieu de cela les politiques et quelques penseurs en chaise longue nous servent, à leurs dépens, la tarte à la crème d’un Occident hégémonique comme si rien ne s’était produit depuis les indépendances. Comment pourraient-ils dès lors comprendre que la citoyenneté aujourd’hui n’est ni un miroir ni une limite : elle est devenue l’enjeu de l’État-nation au bord de la rupture.
En France aujourd’hui on « intègre » son voisin italien ou danois mais on continue à entretenir la suspicion à l’endroit de son compatriote de confession musulmane. D’abord qu’est-ce qu’une femme en burqua ? C’est un sujet qui cache en rendant visible. Pas simplement son corps, mais la nouvelle étrangeté citoyenne. D’aucuns ont parlé d’une cinquième colonne salafiste, mouvement littéraliste et ultra-conservateur musulman, c’est possible.
Mais c’est aussi une réalité minoritaire qui exclut autant les non-musulmans que ceux-là même parmi leurs coreligionnaires qui pratiquent leur foi et respectent les lois de la République. Hormis une présence confidentielle, le salafisme c’est l’épouvantail de ceux qui sont incapables de concevoir l’objet anthropologique de la citoyenneté. Disons-le, le radicalisme islamique et le nationalisme français (en vérité européen) convergent ensemble sur le terrain de l’origine et du destin sur lequel on remet en question toute causalité, c’est-à-dire la Raison. Chez les uns il y a les bons musulmans, chez les autres il y a les bons Français. Pas de juste milieu, seule la fiction de l’extrémisme.
Si l’on remonte la filière des enchaînements idéologiques depuis les années 1980 et l’avènement d’une revendication dite « beure », on arrive à un concept qui pourrait se résumer à une guerre de représentations : « vous m’avez exclu, à mon tour de vous exclure ». C’est en considération de cette logique qu’il conviendrait peut-être d’aborder la réflexion. On retrouve là également une question qui affecte la nouvelle citoyenneté comme montage culturel, pas seulement un appareil légalisateur. En ce sens la pensée politique française s’est emprisonnée elle-même, tout en déclamant ses vertus occidentales sans voir qu’il n’y a plus de certitude mesurable depuis que Dieu a été coché de l’équation démocratique.
On navigue à vue dans une République qui est à deux doigts de revendiquer haut et fort son origine judéo-chrétienne. Ainsi personne ne s’est-il offusqué que le corps politique français, avec le président en tête, assiste à une prière à Notre-Dame à la mémoire des victimes de l’accident du vol Rio-Paris. En même temps on pousse des cris d’orfraie pour que les signes religieux (entendu non-chrétiens) soient le moins visibles possible dans rues de la République. Ces femmes en burqua, pour autant que leur situation prête à discussion, sont avant tout le symbole des limites de valeurs et d’une identité nationale en souffrance. Elles sont un miroir que l’on ne veut plus voir, quitte à forcer ces femmes à demeurer enfermées chez elles. N’est-ce pas la même chose qui s’est produite lorsqu’on a exigé des jeunes françaises qui voulaient étudier à l’école de la République qu’elles aillent voir ailleurs littéralement ?
Sans entrer dans une problématique du désir, de l’eros permanent dont la femme est l’objet, le débat sur la burqua nous entraîne néanmoins vers ce qui est constitutif d’un idéal de possession. Il faut que tous les enfants appartiennent à la République, qu’ils soient présents, visibles, dans ce lien que l’on nomme société voire civilisation. L’identité y devient exactement cela : une similitude, une consubstantialité de valeurs et de références. Surtout pas un rapport de forces.
Toute discontinuité identitaire creuse un doublement, exhibe la réalité d’une France ni pure ni simple. D’une certaine manière, la burqua théâtralise le rapport de la division psycho-somatique de ce que ce cela signife qu’être français aujourd’hui. Un raciste, ou un islamophobe, qui s’emporte contre la burqua, veut dire en premier lieu : « cela n’est pas moi ». Le terme de burqua passe alors pour un signifiant allogène (arabe ? farsi ? pachtoune ?), et la représentation, elle, se transforme en totem dogmatique, car au fond c’est Ben Laden qui se cache derrière.
Comment donc évoquer la burqua sans toucher au déterminisme politique français ? On l’a bien vu, le sujet fédère les partis de tous horizons. Le débat qui commence à peine, selon les déclarations du président lors de son discours au congrès de Versailles, porte en lui pourtant son archive. Toute question de culture donne lieu à une topique d’appartenance, c’est-à-dire d’inclusion ou d’exclusion. On retrouve là le mode binaire classique d’une nation en perte de repères, qui pense aller de l’avant par un repli sur soi. Mais les accusations et décisions à venir ne sont pas sans conséquence car elles visent à faire de ses propres citoyens un corps étranger. Si la question d’une loi, comme ce fut le cas en 2004, reste aujourd’hui une option, on n’en demandera pas moins à ces femmes de faire un choix. La burqua sera synomyme de tout ce qui n’est pas français, même si ces femmes sont elles-mêmes aliénées à toute autre culture. Il y a fort à parier que la jeune fille, née et élevée en France, et qui aujourd’hui porte la burqua serait incapable de s’acclimater à une nouvelle vie en Algérie ou en Égypte, et ce pas seulement pour des raison de différences économiques.
Une solution serait peut-être que la France s’acquitte enfin de l’infantilisme imposé à ses citoyens musulmans, qu’elle les laisse seuls examiner et régler la question de la burqua. Malaxés par les discriminations, la haine de soi, et aussi une ignorance patente de l’Islam, les jeunes générations doivent faire leur éducation, reprendre en main le flambeau de la fierté de leur religion, se délester aussi de la faute de certains aînés qui ont fait à tort du terrorisme une condition du dialogue. C’est bien la maîtrise de l’identité qui sera le recours contre les outrances du nationalisme et de la mondialisation .

Lien de l’article : http://oumma.com/Ce-que-la-burqua-devoile-de-la

La marine sioniste démolit la barque d'un pêcheur palestinien au nord de Gaza

Paru sur le site du Centre Palestinien d'Information le 31 août 2009

(Photo CPI)

Gaza – CPI
Le ministère de l'agriculture a dit que la maritime sioniste a bombardé, ce matin 31/8, la barque du pêcheur palestinien, Omar Houbail, près des côtes de Souidania, au nord de Gaza.

Dans un communiqué dont le centre palestinien d'information a reçu une copie, le ministère a affirmé la blessure du pêcheur, Omar Houbail, après la destruction totale de sa barque par les bombardements des forces de la marine sioniste.

Le ministère a porté l'occupation sioniste responsable de la vie des pêcheurs palestiniens, tout en soulignant qu'ils ont droit à pratiquer leur profession qui est leur seule ressource.

Lien de l'article: http://www.palestine-info.cc/fr/default.aspx?xyz=U6Qq7k%2bcOd87MDI46m9rUxJEpMO%2bi1s7IpjfZmuHycD6X5Tuhm4n5dO6CmFBjfC%2fa0QvpYuj7EoLeIg4op2b3moChuh%2fDxYb4LzirZnfVwFFYICFy3dRsfcE5SOscf%2fSXE5ItjwPNTc%3d

Une source qatarie minimise de l'importance de la visite d'Abbas à son pays

Paru sur le site du Centre Palestinien d'Information le 31 août 2009

(Photo CPI)

Doha – CPI
Une sources qatarie a minimisé de l'importance des résultats prévus de la visite du président sortant de l'autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au Qatar, tout en soulignant que Doha ne changera pas ses visions envers les affaires concernant la question palestinienne.

La source médiatique qatarie a dit, le lundi 31/8, dans ses déclarations à "Qods presse" que le président sortant, Mahmoud Abbas, visite Doha dans le cadre d'une tournée à un pays qui s'occupe des affaires palestiniennes après avoir été choisi, de nouveau, comme le président du mouvement Fatah.

La source a nié tout changement de la position qatarie envers les affaires palestiniennes en disant : "je ne crois pas qu'Abbas possède une occasion pour changer les positions qataries qui veulent la reprise de l'unité palestinienne".

Cette source a démenti également que le Qatar dirige une médiation entre le mouvement du Hamas et le Fatah parce qu'il connaît que l'Égypte conduit ce dossier.

Lien de l'article: http://www.palestine-info.cc/fr/default.aspx?xyz=U6Qq7k%2bcOd87MDI46m9rUxJEpMO%2bi1s7SA41pGz8AeAteKMZsINCg7Do%2f0XuDEYxuALB16qwq5nSpVkYkZGtzbV7qcAVv01Yio%2fSoCxqY7Rm5lE7R5f2c%2fL0iJSkEbkpva939ZWQI1Y%3d

Israël a arrêté 3 journalistes en une semaine

Publié sur le site The International Solidarity Movement le 31 août 2009
Par Ezzedeen AlQassam Brigades

La Coalition des médias palestiniens a dénoncé l’enlèvement de l’écrivain et journaliste Seri Sammour, aujourd’hui, par les forces israéliennes d’occupation, après avoir donné l’assaut à sa maison à Jénine, au nord de la Cisjordanie, deux jours après l’arrestation du journaliste Ghofraan Zamel, du camp de réfugiés Al-Ain, et du journaliste Mohammed Mona, de Naplouse.

La Coalition des médias palestiniens est profondément préoccupée par la chasse et l’arrestation continues des journalistes palestiniens par les autorités d’occupation. Il y a six autres journalistes dans les geôles sionistes : Walid Khalid, Nizar Ramadan, Mohammed Al Qiq, Amjad Shawamreh, Hossam Badran et Sami Assi, tous de Cisjordanie.

La coalition exhorte tous les organismes de presse et de droits de l’homme à dénoncer cette politique qui est contraire à toutes les normes et conventions internationales qui garantissent la liberté de circulation et de diffusion des informations des journalistes.

Elle appelle également toutes les institutions, en particulier « Reporters sans Frontières » et la « Fédération internationale des Journalistes » et tous les syndicats arabes et internationaux, à mettre en lumière ces pratiques et exiger la libération des journalistes sans conditions.

La coalition dit que le nombre en augmentation de journalistes détenus dans les prisons israéliennes montre qu’il y a une politique sioniste programmée de « réduire au silence » la presse palestinienne, comme cela a été le cas pour la radio « Bethléem 2000 ».

Source : Ezzedeen AlQassam Brigades
Traduction : MR pour ISM

Lien de l'article: http://www.ism-france.org/news/article.php?id=12598&type=communique

7ème jour de Ramadan à Gaza : La pauvreté créée tue tout espoir

Publié sur le site The International Solidarity Movement le 30 août 2009
Par Eva Bartlett

Dans le quartier où vit la famille al Bateran, après la rue Zarga, juste à l’extérieur de la ville de Gaza, l'ambiance était plus lourde, triste. Ils vivent dans la pauvreté et ils n'ont aucun espoir de s’en sortir. Dans la plupart des familles que je connais, il n'y a pas d'hommes jeunes, pas de soutien de famille.



Les pères sont malades ou handicapés, et les enfants sont pour la plupart d'âge scolaire, ce qui signifie pas de salaire, mais plus des trous dans les dépenses familiales.


Certains des hommes au chômage maintenant travaillaient en Israël, mais ces emplois ont été perdus lorsque les frontières ont été fermées aux travailleurs palestiniens après la seconde Intifada [soulèvement]. Avec 95% des industries de Gaza à l’arrêt depuis le siège israélien et les attaques, et sans ciment, le secteur du bâtiment n’offre pas de travail à Gaza.

Saud dormait – non pas pour échapper au jeûne du Ramadan, mais pour essayer d'échapper à la douleur et à la psychose qui se développent quand il ne peut pas prendre ses médicaments. Il n'a pas de médicament, il n'y en a pas dans Gaza, lui a dit sa femme il y a quelques semaines. Même situation aujourd'hui, mais encore pire pour Saud.

Le groupe de familles dans ce secteur n’a vraiment aucune perspective de joie, et cela se voit sur leurs visages et dans leurs attitudes. Hadwa est assis seul, les épaules voûtées et répond toujours "sauer bin aysch, aiyishiin," [qu'est-ce que je peux faire, je suis vivant].

Pourtant, ils sont accueillants, sans rien à offrir, mais essaie toujours de le faire quand même. Les invitations à l’Iftaar viennent de toutes les familles, mais aujourd'hui ce n'était pas possible.

Plus tard, après la rupture du jeûne au bord de la mer, un ami me parle de son souhait de se marier. Mais comme la plupart des jeunes hommes à Gaza, il ne peut pas se le permettre. Un mariage coûte 12.000 $; si vous faites au plus simple, cela coûtera peut-être 9000 $.

Il parle aussi de son désir de reprendre ses études à Gaza, des études de troisième cycle, et comment c’est du domaine de l’impossible, il ne peut pas payer les plus de 1000 $ pour une année.

Le 7ème jour de Ramadan se termine alors que je suis assise à écouter les moteurs des pêcheurs palestiniens, revenant ou partant en mer, et à me demander ce qui les attend, à espérer qu’ils prendront quelque chose, à espérer que la marine israélienne décidera d’ignorer ce qui est sûrement des ordres d’au-dessus et qu’ils ne tireront pas ou qu’ils n’enlèveront pas les pêcheurs. Yarayt [si seulement].

Source : http://ingaza.wordpress.com
Traduction : MG pour ISM

Lien de l'article: http://www.ism-france.org/news/article.php?id=12595&type=temoignage&lesujet=Blocus

Sur les collines de Naplouse, la colonie Yitzhar a doublé cinq fois en 10 ans

Publié sur le site The International Solidarity Movement le 31 août 2009
Par Amin Abu Wardeh

Le village d’Asira, au sud de Naplouse, est le théâtre de fréquentes attaques des colons israéliens d’Yitzhar, une des dizaines de colonies en Cisjordanie. Les colons armés se sont emparés de la montagne voisine et en ont fait leur abri, transformant une destination de pique-nique pour les Palestiniens en un lieu de dévastation et d’horreur.

Le village d'Asira, dans la vallée, encerclé par les colonies Yitzhar, sur la ligne de crête et Itamar, au premier plan, avec les serres.

L’administration israélienne d’occupation, représentée par le bureau de l’Administration Civile, a pris la décision de débarrasser la colonie Yitzhar de cinq de ses maisons. Les colons se moquent non seulement du droit palestinien et international, mais aussi du droit israélien.

Suhail Shehadeh, qui habite Asira, dit la ville est « privée de la splendeur des saisons » par la perte de son espace extérieur. Quelques 7.300 hectares de terres palestiniennes forestières et arboricoles ont été expropriés pour l’expansion de la colonie, les maisons et les routes qui y mènent.

Les villages voisins de Huwara et Madama font partie des villages qui ont perdu leurs terres.

Shehada raconte que des groupes de colons viennent déraciner les amandiers et les oliviers pour les replanter dans les colonies. Il dit que le but est « de falsifier l’histoire. »

Sur les collines du sud de Naplouse, aujourd’hui, seuls les soldats et les colons peuvent se promener, note le Conseil de Village d’Asira. « Sous prétexte de protéger les routes pour colons, des avant-postes sont déployés sur les collines, et la plupart des villages sont enfermés dans des "zones militaires fermées" ».

Les membres du Conseil de Village d’Asira disent qu'aujourd’hui les deux-tiers du village ont été confisqués pour la colonie Yitzhar, terres qui produisaient des céréales et des légumes.

Le Conseil d’Asira souligne que la colonie a doublé cinq fois en 10 ans.

Yitzhar, qui s’est agrandie aux dépens de milliers d’hectares de terre agricole, fait partie de la stratégie israélienne. Elle est considérée comme l’une des principales colonies juives. Cette colonie est en train de devenir un bloc composé d’avant-postes et de caravanes installés sur les collines. De nouvelles invasions sont signalées, ainsi qu’une augmentation de l’installation de clôtures qui volent toujours plus de terre palestinienne.

Asira est situé à 12 km au sud de Naplouse. Ses routes mènent à l’autoroute Naplouse-Jérusalem. En 1966, un recensement indiquait que sa population était de 1.265 Palestiniens, la plupart issus des familles Makhlouf, Hamdan Al Shami, Yassin, Abdul Latif Abu Hamad, Ahmad Asaera et Abdul Latif Khalifa.

Source : PNN
Traduction : MR pour ISM

Lien de l'article: http://www.ism-france.org/news/article.php?id=12597&type=temoignage&lesujet=Colonies

Hoffenberg, la très spéciale représentante de la France

Il n’est pas possible de faire l’impasse sur la nomination de Valérie Hoffenberg, qui vient de se voir attribuer la fonction de « Représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient» dans le cadre d’une «Mission prioritaire». Vous avouerez qu’il fallait quand même osé ! Mais visiblement Sarkozy n’en est pas à une audace près dès qu’il s’agit de défendre les intérêts de la France et ceux de ses très chers amis… Quand on lit le curriculum vitae de la dame on mesure toute l’impartialité dont elle va sans aucun doute faire preuve puisque cette émissaire si empreinte d’objectivité... est entre autre membre du Comité politique du Conseil représentatif des institutions juives de France, le CRIF et directrice depuis 2004 de l'American Jewish Committee etc. etc. Pour que vous puissiez mieux évaluer le côté plus que grotesque de cette nomination nous publions quelques informations parues sur le Net. CCY

Biographie V. Hoffenberg paru sur le site de l’AJC France
Lien de l’article : http://ajc.france.over-blog.com/article-22282605.html


Valérie Hoffenberg nommée représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient (12 août 2009)

Lettre de Nicolas Sarkozy

"Madame la Conseillère de Paris,
Le Proche-Orient souffre depuis trop longtemps d’un conflit qui n’est pas régional mais mondial dans ses conséquences. Le temps travaille contre la paix et la stratégie consistant à attendre des circonstances favorables est illusoire. Le statu quo est détestable, car il mine l’autorité des dirigeants modérés, alimente le terrorisme et ne profite qu’aux extrémistes.
Le temps est venu de bousculer les agendas, les habitudes et les frilosités. Sur le plan politique et diplomatique, la France plaide pour une reprise rapide du processus de paix dans ses trois volets. La France veut également soutenir toutes les initiatives concrètes qui créeront un climat favorable à la paix dans les domaines économique, culturel, éducatif et environnemental.
Vous avez contribué, Madame la Conseillère de Paris, à la création en moins d’un an du premier parc industriel en Cisjordanie. En mettant l’accent sur le partenariat entre secteur public et entreprises privées et en y associant la société civile, le parc industriel multidisciplinaire de Bethléem rappelle que le développement économique est une composante essentielle du processus de paix dans la région. Vous avez également montré qu’il est possible de faire avancer des projets concrets entre Israéliens et Palestiniens.
J’ai donc décidé de vous nommer Représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient. Votre connaissance de la région et des pays du Golfe, les relations multiples que vous avez établies en Europe, aux Etats-Unis et au Moyen-Orient, ainsi que votre aptitude à mobiliser le secteur économique comme la société civile, permettront de renforce l’action de la France dans ces dimensions, en complément de l’action diplomatique de la France dirigée par le Ministre des Affaires étrangères et européennes.
En vous appuyant sur les moyens que mettront en tant que de besoin à votre disposition tous les ministères concernés, notamment ceux des Affaires étrangères et européennes ; de l’Économie, de l’industrie et de l’emploi ; de l’Écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer ; de l’Éducation nationale ; de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ainsi qu’avec l’aide de l’AFD, vous me proposerez toutes les initiatives que vous jugerez utiles à nos intérêts, pour que les décisions soient prises dans le cadre approprié.
Vous serez associée, sur les sujets précités, aux discussions avec nos partenaires, en particulier les États-Unis et l’Union européenne. Vous initierez et participerez à toute initiative pouvant renforcer l’action de la France dans les domaines relatifs à votre mission. En étroite liaison avec notre Ambassadeur à Tel Aviv et notre Consul général à Jérusalem, ainsi qu’avec notre Ambassadeur chargé des questions économiques de reconstruction et de développement et notre Représentant pour les projets régionaux d’aménagement hydraulique de la Mer morte, vous développerez les contacts que vous jugerez appropriés avec les acteurs concernés de la région, notamment les entreprises, la société civile et le cas échéant le monde de la recherche.
Vous me ferez rapport périodiquement, ainsi qu’au Premier Ministre, par l’intermédiaire du Ministre des Affaires étrangères, sous l’autorité duquel vous travaillerez.
Je vous prie d’agréer, Madame la Conseillère de Paris, l’expression de mes hommages."
Nicolas SARKOZY.

Lien de l’article : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/israel-territoires-palestiniens_413/processus-paix_2800/valerie-hoffenberg-nommee-representante-speciale-france-pour-dimension-economique-culturelle-commerciale-educative-environnementale-du-processus-paix-au-proche-orient-12.08.09_76008.html

Hoffenberg, la très spéciale représentante de la France

Sarkoléaon n’est pas la moitié d’un ingrat.
Il sait se montrer reconnaissant. La brune au minois souriant, Valérie Hoffenberg, vient d’être nommée «Représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient» dans le cadre d’une «Mission prioritaire», dixit l’Empire, sous l’autorité de l’Agence Française du Riz.
C'est que Bernard Kouchner est une vieille connaissance de Valérie Hoffenberg qui avait été élevée à la Légion d’honneur le 17 septembre 2008 par Nicolas Sarkozy. La politique, cette ancienne négociante connaît. Elle est aussi conseillère du Maire UMP Claude Goasguen, Député de Paris et président du groupe d’amitié France-Israël. Valérie Hoffenberg, qui travaillera avec l’appui de Claude Lellouche et d’Alain Joyandet, pourra compter dans sa mission sur l’expérience d’un socialiste, François Zimeray, le cofondateur du Cercle Léon Blum membre du comité directeur France-Israël et ancien de la délégation des relations avec Israël à l'Union européenne. Encore un autre issu de l’ouverture sarkozienne, nommé le 13 février 2008 Ambassadeur de France pour les Droits de l’homme.
Un soutien de Sharon
Valérie est membre du Comité politique du Conseil représentatif des institutions juives de France, le CRIF et directrice depuis 2004 de l'American Jewish Committee - France AJC. En 2003 elle représentait l'Institut transatlantique, une émanation de l’AJC œuvrant pour la promotion de la politique israélienne d'Ariel Sharon auprès des instances de l’Union Européenne. Autant dire que la France envoie dans cet «Orient compliqué» un ambassadeur tout ce qu’il faut d’impartial.
Eteignez donc vos loupiottes. Lors de son premier voyage aux States en novembre 2008 en tant qu’Empereur de la Gaule érectile, Sarkoléon aurait reçu le prix d’une «lumière parmi les nations» remis par l’AJC. Qu’estc-e que c’est que ce charabia? AJC kezako? American Jewish Commitee. Et à qui doit le petit Nicolas l’honneur d’un tel prix? Car l’Empereur raffole des vanités en colifichets autant que des chocolats dont on dit désormais qu’il se prive, ce qui ne fait pas les affaires de la Ramatouye Yadé passée au sport, et qui avait pour habitude de lui en offrir pour se faire pardonner ou bien voir… Revenons, Sarkoléon «Lumière parmi les nations». Gulp. On a failli avaler de travers. A qui Sarkoléon doit donc le titre de loupiotte du siècle, à AJC et Valérie n’y est pas pour rien!
Toujours est-il que la Feuille de Manioc qui n’avait pas relevé la chose se rappelle que Valérie Hoffenberg, la ponteresse (féminin de ponte, et non de poule) de l’AJC France, faisait déjà partie de la virée américaine de Sarko avant de s’envoler vers Jérusalem comme invitée perso du prince, pardon de l’Empereur. «Elle fera partie des rares membres de la délégation qui l’accompagneront aussi à Bethléem.» annonçait fièrement le site de l’AJC. On vous dit invitée perso de chez perso… Un portrait en date du 31 juillet 2008 nous présente Valérie comme Directrice de l’AJC France qu’elle aurait rejoint après avoir passé 14 années à la tête d’une société d’import-export. La Feuille de Manioc ne sait pas ce qu’elle négociait.
«Cette organisation non gouvernementale (l’AJC), est-il écrit, vise à défendre les droits de l’homme, les valeurs démocratiques, le pluralisme, la lutte contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme. Son objectif est aussi de consolider les relations entre l’Europe et les Etats-Unis, et plus particulièrement avec la France, en renforçant le dialogue entre les deux continents.» Source AJC.
Dans ce cadre, la Valérie est très active. Elle organise des rencontres avec les hommes politiques français et l’AJC. C’est ainsi qu’en 2007 Sarkoléon Ier fut invité comme Ministre de l’Intérieur à plancher devant le parterre du Committee, tout comme Jean-François Copé, ou encore le Serial fucker du FMI, invité d’honneur en 2008, mais aussi François Fillon, les Ministres Luc Chatel, Laurent Wauquiez, Jean-Marie Bockel, les Députés Claude Bartolone, Gérard Bapt et le Sénateur Jean-Pierre Plancade… Ca c’est pour la liste officielle. Parce qu’à ce râtelier-là bon nombre de caniches semblent attachés. C’est ainsi que les moutons sélectionnés par les officines et autoproclamés leaders de la communauté musulmane et de la diversité, comme gros mots on ne fait guère mieux, effectueront un voyage de contact aux States sous couvert de Project Interchange. Ils en reviendront réjouis. Pensez-vous! Il en faut si peu aux misérables pour connaître le prix de leur compromission… Nous vous parlerons du machin Project Interchange une autre fois. Revenons sur Valérie Perso et un autre machin de Copé Génération truc bidule. C'est ce genre de bla bla qu'on mesure l'impartialité du personnel politique sur le conflit du Proche-Orient.


Valérie Hoffenberg - Génération France 5/02/09
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En plein conflit à Gaza, l’invitée perso de Sarko crée avec Bernard Abouale de Radio Shalom, et Nacer Kettane de Beur FM, le «Collectif Urgence Dialogue». Ce beau petit monde n’a aucun mal à se faire inviter le 5 février 2009 sous les ors de l’Assemblée Nationale par Jean-François Copé qui leur file des clefs pour un énième colloque sur le «vivre-ensemble sous l’égide de Génération France». On laisse le côté creux de ces annonces à leurs auteurs. Ils feraient mieux de faire autre chose ensemble, ça ferait du bien à tout le monde... Il n’empêche que lorsqu’il s’agit de taper sur un tonneau pour ne rien dire afin justement que rien n’en sorte, la galerie de portraits est fournie. Nul ne manquait au défilé. Des inutiles et irremplaçables Fadela Amara, Eric Besson, Malek Bouthi aux autres. Bienvenue dans la méritocratie républicaine… LFDM.

Lien de l’article : http://lafeuilledemanioc.20minutes-blogs.fr/archive/2009/08/28/hoffenberg-la-tres-speciale-representante-de-la-france.html

Sarkozy donne des gages au lobby sioniste
Collaboration

L’Elysée a annoncé, jeudi 27 août 2009, que Nicolas Sarkozy a nommé Valérie Hoffenberg représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient.

Valérie Hoffenberg sera notamment chargée de prendre « toutes les initiatives concrètes » susceptibles de créer « un climat favorable à la paix dans les domaines économique, culturel, éducatif et environnemental », indique la lettre de mission du chef de l’Etat. « Votre connaissance de la région et des pays du Golfe, les relations multiples que vous avez établies en Europe, aux Etats-Unis et au Moyen-Orient, ainsi que votre aptitude à mobiliser le secteur économique comme la société civile, permettront de renforce l’action de la France dans ces dimensions, en complément de l’action diplomatique de la France dirigée par le Ministre des Affaires étrangères et européennes », poursuit-il.

Or, Valérie Hoffenberg, jusque là connue comme conseillère UMP de Paris, est également – beaucoup plus discrètement – directrice pour la France de l’American Jewish Committee, une association juive ultra-sioniste très influente aux Etats-Unis et très liée à Nicolas Sarkozy depuis octobre 2003. En avril 2004, notre futur président avait participé à Washington à un déjeuner de l’American Jewish Committee donné en son honneur, Marc Perelman avait relaté la chose dans un long article du magazine judéo-progressiste Forward : « A Washington, vendredi 23 avril, Nicolas Sarkozy était le gouvernement français à lui seul. Toujours ministre de l’intérieur – et des cultes – devant l’American Jewish Committee, principale organisation juive américaine, qui a offert un déjeuner en son honneur. (…) Au cour de celui-ci, Nicolas Sarkozy a prononcé hardiment un discours en anglais, dans lequel il a révélé que « les journalistes » l’avaient appelé « Sarkozy l’Américain ». « J’en suis fier, a-t-il dit. Je n’ai pas peur de dire que je partage beaucoup de valeurs américaines. » Il cite un nom, au hasard : Arnold Schwarzenegger. « Comme Sarkozy, c’est difficile à prononcer. Mais cela n’a pas empêché les Californiens de l’élire gouverneur », admire-t-il. (…) Le contact entre Nicolas Sarkozy et l’AJC s’est établi en octobre 2003, quand il a reçu une délégation de cette organisation américaine, venue lui demander ce que le gouvernement français faisait contre l’antisémitisme. »

Dans la suite de son papier, Marc Perelman avait analysé le rôle de l’American Jewish Committee dans la mise en place d’un lobby pro-israélien en France « L’engagement accru de groupes juifs américains dans la naissance d’un lobby pro-israélien en France inquiète certains dirigeants communautaires français ainsi que des officiels israéliens. (…) L’essentiel de la controverse tourne autour d’un accord conclu l’an passé entre l’American Jewish Congress et un groupes français l’Union des patrons juifs de France. (…) Selon l’accord passé entre l’American Jewish Congress et l’UPJF, le mouvement américain apportera à son partenaire français son savoir faire et son expérience, ainsi qu’un support financier. David Twersky, le directeur du Council for World Jewry, récemment fondé par l’American Jewish Congress, à confirmé le financement mais a refusé de dévoiler son montant. Herve Giaoui, le président de l’UPJF a eu la même attitude. (…) Giaoui affirme que l’argent américain ne sera utilisé que pour financer des campagnes médiatiques pro-israéliennes et que le soupçon que l’AJC veuille influer sur la vie politique française est donc sans fondement. (…) Or l’UPJF a fait part de son soutien total au candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy. »

A la même époque, la Coordination des Appels pour une Paix Juste au Proche-Orient s’était aussi inquiétée dans un communiqué qu’avec « Avec Nicolas Sarkozy, on change de registre. On est en effet en présence d’un homme qui déclare désormais publiquement servir, en conscience, les intérêts de l’American Jewish Commitee (AJC). Car, qui a « fait croire aux Etats-Unis d’Amérique que la France était un pays antisémite » ? Qui, sinon l’AJC elle-même, un lobby qui n’est ni juif, ni américain, en ce qu’il ne sert ni les intérêts des Juifs en général, ni ceux des Américains, ni ceux des Américains juifs, mais uniquement la politique de l’axe gouvernemental américano-israélien, incarnée aujourd’hui par le couple Bush/Sharon, et dont le peuple palestinien est la principale victime. L’AJC, et une série d’autres officines sharoniennes, ont entrepris depuis plusieurs années de répandre du venin sur « la France », dont ils accusent en bloc les dirigeants et la population d’être antisémites. (…) L’AJC ne connaît rien à l’anti-sémitisme, réel ou potentiel, prévalant en France, au point que les dirigeants du lobby sharonien français, le CRIF notamment, ont bien été obligés de reconnaître que leurs amis d’outre-Atlantique « manquaient peut-être un peu du sens des nuances ». »

Sachant tout cela, on ne pourra s’empêcher de se demander si une dirigeante d’un lobby sioniste est bien à même de défendre au mieux les intérêts de la France au Proche-Orient ?

Lien de l'article: http://www.geostrategie.com/1895/sarkozy-donne-des-gages-au-lobby-sioniste

Sarkozy, Israël et les Juifs. Valérie Hoffenberg nominée par Sarkozy

Publié sur le site bellaciao.org le 31 août 2009

Le livre que publient les éditions belges « Oser Dire », sous la signature de Paul-Eric Blanrue, Sarkozy, Israël et les Juifs, est intéressant à plus d’un titre. Il pose en effet à la fois le problème de la liberté d’expression, du rôle des communautés ou des lobbies en France, de la politique étrangère de Paris, etc.

Premièrement, la liberté d’expression. Ce livre, sorti en Belgique, n’a pas trouvé d’éditeur en France, et les principaux distributeurs ont refusé de le distribuer. Or, quoi qu’on pense de l’ouvrage, il n’a rien d’antisémite. Ce refus est d’autant plus stupide qu’il accréditerait l’idée que l’on ne peut critiquer Israël en France, ce qui est évidemment faux. De nombreux ouvrages très durs sur la politique israélienne, notamment sur l’expulsion des Palestiniens, ont été publiés en France par de grandes maisons d’édition ou de moins grandes, du livre d’Ilan Pappe, Le nettoyage ethnique en Palestine (Fayard) à celui de Dominique Vidal, Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949) (L’Atelier). La question du rôle des lobbies est plus « sensible » ; j’y reviendrai.

Il existe chez des éditeurs, chez des journalistes, une peur de certains sujets, une crainte dès que l’on aborde Israël et encore plus le « rôle des juifs ». On peut se demander si le livre de l’universitaire Israel Shahak, Le racisme de l’Etat d’Israël, publié en 1973 par les éditions Guy Authier, trouverait encore un éditeur. D’autant que l’ignorance et l’inculture, la mauvaise foi et le parti pris, se mêlent pour confondre antisémitisme et antisionisme. On occulte toute l’histoire complexe des rapports entre sionisme, judaïsme et antisémitisme et le rejet, pendant de longues décennies, par une majorité des juifs allemands ou britanniques, français ou des pays arabes, du projet sioniste (« Judaïsme, sionisme et fantasmes »). Et on identifie toute critique d’Israël à de l’antisémitisme plus ou moins voilé.

Les procès faits à Daniel Mermet ou à Edgar Morin, les campagnes médiatiques menées contre le dessinateur Siné, ont créé une atmosphère malsaine, une forme d’interdit (ce qui ne veut pas dire que ceux qui combattent cet interdit aient forcément raison : le cas de Dieudonné est exemplaire de ce point de vue...).

Mais les médias ne sont pas unanimes et on ne peut les analyser abstraitement. Durant la guerre de juin 1967, la presse française fut, massivement, favorable à Israël (en opposition à la position prise par le général de Gaulle). Sans revenir sur toutes les phases, on peut dire que les médias ont connu une évolution importante dans les décennies suivantes : ainsi, durant la première Intifada (1986-1993) (et même au début de la seconde), le point de vue des Palestiniens était largement repris et même entendu. Depuis quelques années, on assiste à un glissement en faveur d’Israël, moins à mon sens à cause du rôle supposé d’un lobby, mais parce que la position du gouvernement a évolué et que de nombreux journalistes (et intellectuels) lisent ce conflit à travers le prisme de « la guerre contre le terrorisme » et de la diabolisation de l’islam.

La thèse de Blanrue est exprimée dès les premières pages : « Israël est devenu hors de portée du débat démocratique. » Et il s’interroge : « La France est-elle devenue un pays sioniste ? »

Mais il n’explique pas bien ce que signifie le terme étrange de« pays sioniste » :

Est-ce l’acceptation de la légitimité de l’Etat d’Israël ? Mais, à ma connaissance, aucun gouvernement français depuis 1948, pas même celui du général de Gaulle, ne l’a remise en cause, pas plus qu’aucun grand parti (à l’exception, à certains moments, du Parti communiste) n’a contesté le sionisme comme mouvement de retour à la Terre promise. Qu’est-ce qui est donc nouveau aujourd’hui ?

Est-ce le refus de la critique de la politique de ce gouvernement israélien (ou des gouvernements successifs) ?

Le propos de l’auteur n’est pas très clair.

Commentaire Blanrue : Après avoir évoqué les débats tournant autour d’une question de vocabulaire (pp. 46-47 de ma deuxième édition, à savoir : peut-on encore parler de sionisme ou doit-on se contenter d’évoquer le post-sionisme comme le voudraient certains intellectuels ?, etc.), je donne (page 48) la meilleure définition, à mes yeux, du sionisme tel que je le perçois dans la société contemporaine : « Le sionisme d’aujourd’hui réside dans le fait de lier intimement son identité au destin de l’État juif. » J’ajoute (page 49) : « Ce lien particulier à Israël comme État juif, intrinsèque au sionisme, peut ou non se traduire par une action politique ou associative. En tout cas, il n’est pas rare qu’il donne lieu à un engagement public. Dans la situation actuelle, le sionisme a même tendance à chercher à s’exprimer par tous les moyens. » Ainsi, lorsque je déplore que la France de Sarkozy soit en train devenir un « pays sioniste », j’affirme qu’en liant notre destin à celui de l’État juif, Sarkozy nous soumet à des intérêts qui sont différents de ceux de la France ; en outre, j’estime qu’il tend à sacrifier la morale, la justice, le droit international et l’équilibre du monde à la « défense inconditionnelle de la sécurité » d’une chimère en déclin. Dans ma « note au lecteur », en guise de préambule, je déclarais : « Prônant désormais une défense inconditionnelle d’Israël (avec des réserves de circonstances), [Sarkozy] met en œuvre une politique qui est l’image inversée de celle du fondateur de la Ve République. » Il me semble que j’exprimais là le fond de ma pensée d’une façon qui ne saurait être plus claire. En se rangeant derrière Israël (et les États-Unis), la France sarkozienne a abandonné sa diplomatie équilibrée ; notre indépendance nationale est en péril ; la nouvelle doctrine de l’État est celle du « choc des civilisations », avec cette variante, non évoquée par Huntington, qu’on y considère désormais, à l’instar de Theodor Herzl, qu’Israël est un « avant-poste de la civilisation contre la barbarie ».

Blanrue, à juste titre (?), se refuse à utiliser le terme de « lobby juif » et lui préfère celui de « réseaux pro-israéliens », comme il l’explique longuement dans le premier chapitre. La communauté juive (même si cette terminologie elle-même est contestable) est divisée, partagée, malgré les tentatives de certains (notamment le Conseil représentatif des organisations juives de France, CRIF) de l’organiser en machine de soutien à l’Etat d’Israël. L’auteur affirme que le terme de « réseaux pro-israéliens » « [lui] paraît mieux refléter la réalité dans toute sa complexité, telle [qu’il va] la décrire ».

On trouvera dans ce livre des éléments intéressants sur l’appui de Nicolas Sarkozy au « communautarisme » (qu’il soit juif ou musulman d’ailleurs), sur sa sympathie à l’égard d’Israël, sa tendance à identifier tous les juifs et Israël : « Dois-je rappeler, écrivait le futur président de la République en 2004, l’attachement viscéral de tout juif de France à Israël, comme seconde mère patrie ? ». Et aussi, des confirmations sur les liens entre Sarkozy et les Etats-Unis. De ce point de vue, la nomination hier de la conseillère municipale de Paris Valérie Hoffenberg comme représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient est révélatrice : cette femme est directrice pour la France de l’American Jewish Committee (AJC), une des organisations juives américaines connues pour leur soutien inconditionnel à Israël. L’AJC joue un rôle actif pour transformer le CRIF en lobby sur le modèle américain.

Commentaire Blanrue : Une preuve de plus, soit dit en passant, que la France est en train de devenir un « pays sioniste ».

En revanche, l’auteur se trompe quand il attribue à Sarkozy le tournant de la politique étrangère française, notamment au Proche-Orient. Ainsi, la politique d’hostilité à l’égard de l’Iran et à son programme nucléaire fut inaugurée par Jacques Chirac et n’a connu aucun infléchissement avec l’arrivée à la présidence de Sarkozy. De même, le tournant en faveur d’Israël a été perceptible dès 2005, avec la visite d’Ariel Sharon à Paris. Certes, Sarkozy a renforcé ce soutien, mais pas de manière spectaculaire (lire « La voix brouillée de la France », Le Monde diplomatique, juin 2006).

Commentaire Blanrue : 1° Vis-à-vis d’Israël : le formidable virage pris par Sarkozy est à ce point évident qu’il a été salué comme tel à la fois par les plus éminents représentants du lobby pro-israélien et par Israël : en outre, il est sans équivoque revendiqué par le principal protagoniste de cette affaire ainsi que par ses affidés. En août 2004, l’hebdomadaire juif américain Forward publiait un article mesurant l’influence croissante du lobby sioniste sur le territoire français ; parmi les noms cités figurait en bonne place celui de Nicolas Sarkozy. En décembre de la même année, en visite en Israël, Sarkozy, ayant le président Chirac dans le viseur, déclarait à ses hôtes : « « Je sais que vous avez eu le sentiment qu’en France on restait trop insensible à votre souffrance et qu’à tout le moins vous n’aviez pas ressenti notre compassion ». Libération du 4 décembre 2006 commentait ainsi sa sortie : « Le message de Nicolas Sarkozy était simple : s’il est élu à l’Elysée, ce sera la fin du dogme gaulliste de ‘la politique arabe de la France’ ». En 2006, à Washington, dans un autre discours public, Sarkozy s’en prenait de nouveau la politique étrangère de Jacques Chirac. Dans mon livre, citant un article… d’Alain Gresh (« Nicolas Sarkozy, Al-Qaida, Israël et le Proche-Orient », 25 mars 2007), j’ai rapporté la phrase d’Israel Singer, du Congrès juif mondial, qui soulignait que « les déclarations de Nicolas Sarkozy sur l’antisémitisme, la lutte contre l’islamisme et les positions en faveur d’Israël qu’il a rappelées au président George W. Bush, le terrorisme palestinien et du Hezbollah, ou sur l’Iran, sont telles qu’elles pourraient avoir été faites par un leader d’une d’organisation juive ». Ces paroles et ces jugements semblent, à tout le moins, corroborer ma thèse. Une fois arrivé aux commandes, Sarkozy fut salué par Olmert en ces termes : « L’arrivée au pouvoir “ d’un ami évident ” est considérée comme “ un bienfait ” en Israël ». pour ma part, j’ajoute que, dans ces milieux, le prédécesseur de Sarkozy avait été appelé avec mépris « Chirac l’Arabe ». Puis, Sarkozy ne fit que confirmer les espoirs que les pro-israéliens avaient placés en sa personne. Dans mon livre, je montre que la composition du gouvernement français ne s’explique réellement que si l’on saisit que, pour entrer dans ce gouvernement, il importe de partager les vues intimes du président sur Israël ; la condition est assurément nécessaire mais non suffisante, comme en témoigne le cas de Rachida Dati. Si Bernard Kouchner a été débauché du Parti socialiste, c’est, en outre, parce qu’il a été jugé plus « israélo-compatible » qu’Hubert Védrine (http://www.dailymotion.com/video/x1za0t_sarko-israel-kouchner-vs-vedrine_news) ; quant aux autres cas qui seraient à signaler dans la composition du gouvernement ou du Parlement, on en trouvera la liste exhaustive dans mon ouvrage. La mise en chantier de l’Union méditerranéenne témoigne également de la volonté de Sarkozy de faire entrer Israël, considéré par lui comme un pays démocratique « comme les autres », dans l’Union européenne ; il s’agit là d’un processus dont les Français ne sont pas tenus informés. Sarkozy est bel et bien reconnu, en particulier par ses alliés pro-israéliens, comme le président de la « rupture ». En novembre 2007, le nouveau président, à peine élu, s’est ainsi rendu aux États-Unis, en compagnie du président du CRIF, Richard Prasquier et de son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner pour recevoir de l’American Jewish Committee (AJC) le Light Unto the Nations Award (Lumière Parmi les Nations), récompense prestigieuse réservée aux partenaires les plus méritants. Le trophée portait l’inscription suivante : « En admiration de votre inlassable promotion des valeurs démocratiques, des droits de l’homme, et de la paix, et en reconnaissance de votre amitié dévouée avec les États-Unis, Israël et le peuple juif ». À cette occasion, Richard J. Sideman, président national de l’AJC, a salué l’« incomparable vigueur et les principes rares » du président Sarkozy, non sans évoquer les défis communs et les menaces qui pèsent sur les « démocraties-soeurs » que sont les États-Unis, la France et Israël. La preuve était là, éclatante : la France, sous la conduite de son nouveau président, s’était engagée dans une toute nouvelle voie. Faut-il ajouter encore qu’en 2008, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, un président de la République acceptait d’être le président d’honneur du dîner annuel du CRIF ? Avec ses propres mots, qui reflétaient sa qualité de représentante du lobby pro-israélien en France, la susnommée Valérie Hoffenberg nous confie très tranquillement la radicalité des changements intervenus sous la présidence Sarkozy : « Sarkozy s’est aperçu que la politique déséquilibrée pro-arabe de ses prédécesseurs et du Quai d’Orsay avait fait perdre toute influence de la France dans cette région ». (http://ajc.france.over-blog.com/article-24890251.html). C’est exactement là ce qu’on pense en Israël. En janvier 2009, l’envoi de la frégate Germinal au large de Gaza, en coopération avec l’Égypte et Israël, pour briser la résistance palestinienne (qui, pendant ce temps, se faisait massacrer au phosphore, ainsi que des centaines d’enfants innocents), a illustré par l’horreur la rupture qui s’était ainsi produite au sein de la diplomatie française depuis 2007. Il est utile, à cet effet, de rappeler qu’en 2003 Ariel Sharon avait refusé de rencontrer Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, parce que celui-ci avait émis le désir de rencontrer Yasser Arafat à Ramallah. On mesure le chemin parcouru depuis lors.

2° Vis-à-vis de l’Iran : lorsque Bernard Kouchner, en septembre 2007, déclare qu’il faut se préparer « au pire » contre l’Iran, et que « le pire c’est la guerre », il nous fournit la preuve aveuglante qu’un dangereux virage vient d’être pris - un virage inspiré des principes de Sarkozy, qui, lors de son voyage aux États-Unis en septembre 2006, avait déclaré que, vis-à-vis de l’Iran, « toutes les options sont ouvertes ». A contrario, Dominique de Villepin, qui, comme je le rapporte, n’avait pas été spécialement tendre avec l’Iran dans son discours au dîner du CRIF (page 141 de ma seconde édition), a déclaré au sujet de la phrase lourde de conséquences de Kouchner : « Il ne s’agit pas aujourd’hui de préparer la guerre. Il faut au contraire se battre pour la paix. La guerre, ce n’est pas une option parmi d’autres, c’est un ultime recours et nous avons vu en Irak à quel point cela s’accompagne d’injustices, de souffrances et de grands malheurs. » Entre les deux hommes (et les deux politiques), il y a donc une réelle différence d’appréciation. L’un puise son inspiration dans des principes gaulliens, l’autre dans l’idéologie sioniste, qui tend à défendre Israël avant (ou en-dehors de) toute autre considération. L’ouverture en mai 2009, par Sarkozy, de la base interarmes à Abou-Dhabi, dans les Émirats arabes unis, n’est pas non plus le fruit du hasard. Il s’agit la première base militaire française dans le Golfe. « La France montre ainsi qu’elle est prête à prendre toutes ses responsabilités pour garantir la stabilité dans cette région essentielle pour l’équilibre du monde », a déclaré le président. Il se trouve aussi que, géographiquement, les Émirats arabes unis font face à l’Iran. Dois-je enfin rappeler la façon dont s’est comporté Nicolas Sarkozy lors de l’élection du président iranien ?

Si on ne peut échapper à un certain malaise en lisant ce livre, c’est qu’il semble parfois superficiel, multipliant les références tirées d’Internet (ce qui ne constitue pas plus une preuve qu’un simple article de journal) et qui ne sont pas toutes, loin s’en faut, pertinentes. Même s’il prend ses distances avec le bobard selon lequel Sarkozy aurait été recruté par le Mossad, faut-il consacrer deux pages au sujet ? Ou évoquer le dégraissage qui serait survenu dans les réseaux de renseignement français (les agents ciblés seraient les socialistes, les pro-arabes et ceux qui auraient découvert les relations de Sarkozy avec les néoconservateurs américains et certaines organisations sionistes !) à la suite de l’élection de Sarkozy, en s’appuyant sur une seule source ?

Commentaire Blanrue : Mon livre comporte environ 600 notes de bas de page pour 207 pages de texte. J’en ai conscience : par les temps qui courent, il s’agit là d’une rareté éditoriale ; l’appareil critique n’est plus en vogue car il passe pour ralentir la lecture. La tendance actuelle veut donc que l’auteur ne fournisse qu’un strict minimum de notes ; de leur empyrée, les éditeurs décident de ce que sera cette portion congrue, qu’ils définiront par rapport à la capacité intellectuelle qu’ils attribuent à leur lectorat ; on voit par là l’idée qu’ils ont d’un public qui les fait vivre. Peut-être voudra-t-on bien à ce compte me savoir gré à la fois de mon effort de pédagogie et de l’opinion que j’ai de mes lecteurs. Et puis, sait-on jamais, c’est peut-être au grand nombre et à l’exactitude de mes références que je dois d’être apparemment si peu attaquable. Serait-ce à cause d’elles que, jusqu’à présent, la grande presse n’a pipé mot ? Il faut dire qu’à chaque étape de mon développement, j’ai étayé de preuves toutes mes affirmations, toutes mes conclusions. Certes, il ne m’échappe pas que certaines organisations auraient préféré me voir publier une œuvre de caractère pamphlétaire, faiblement documentée, peu convaincante et par conséquent aisément blâmable, mais on comprendra que je n’ai pas voulu leur faciliter la tâche. Quant à la qualité de mes notes, c’est à dessein que j’ai tenu à ce que la plupart d’entre elles renvoient à des articles provenant de la grande presse nationale et internationale, y compris, bien entendu la presse pro-israélienne. J’ai évité les sites internet marginaux ou inconnus du grand public. Si certains des journaux que je cite possèdent un site internet ouvert au public, c’est évidemment vers ce lien virtuel que j’ai préféré renvoyer le lecteur afin qu’il puisse ainsi vérifier par lui-même l’information que je lui fournissais ; mais, dans ce cas, il ne s’agit pas de ce qu’on peut appeler une « référence internet » : c’est une référence journalistique reproduite sur le net ; la nuance me paraît de taille. Maintes fois, également, je renvoie à des discours ou à des articles archivés sur des sites que tiennent des organisations sionistes ; l’accès en est facile et nul ne m’en récusera le contenu. Je renvoie enfin à des vidéos postées sur youtube et dailymotion, ce qui permet au lecteur de visualiser certains discours, peu connus, prononcés par nos dirigeants. Je m’étonne que le directeur-adjoint du Monde diplomatique, qui tient lui-même un blog, s’en offusque et en vienne à écrire que mes références « semblent parfois superficielles ». Gresh, en particulier, regrette que je ne fournisse qu’une seule référence en ce qui concerne les changements intervenus dans le monde du Renseignement depuis l’élection de Sarkozy. C’est pourtant le seul cas où il devrait le tolérer, car il se trouve que cet univers est peu porté à la publicité. Je m’étonne de son étonnement : en bon journaliste qu’il est, Gresh devrait savoir qu’il y a des sources que l’on ne cite pas, et encore moins dans ce domaine ; ainsi le veut l’un des principes du métier. Mon enquête, en tout cas, n’a fait que confirmer la référence que je mets sur la table : nous vivons une épuration de l’ombre. Je suis rejoint sur ce point par Aymeric Chauprade, professeur de géopolitique au Collège interarmées de Défense (on connaît le sort qui lui a été réservé par son ministre de tutelle, Hervé Morin), qui a dernièrement déclaré, lui aussi, que « la France est en train de vivre une épuration douce et sourde de tous ceux dont la pensée va à l’encontre des intérêts d’Israël et des États-Unis. Cela peut paraître difficile à croire, mais c’est pourtant la vérité. Qu’il s’agisse de gens de gauche ou de la droite conservatrice, tous ceux qui « tombent » ont un point commun : leurs analyses ne vont pas dans le sens des intérêts américains et israéliens. » (http://www.silviacattori.net/article883.html) J’espère que, dans l’estimation de mon livre, Gresh prendra cette déclaration de Chauprade en considération.

Le livre fourmille toutefois de citations et de déclarations intéressantes et est accablant pour la politique menée par le CRIF et son actuel président, Richard Prasquier, qui, après avoir identifié « la communauté juive » et toutes les actions du gouvernement israélien s’étonne que, dans l’esprit de certains, se créent des amalgames « juifs = Israël ».

Quand Richard Prasquier affirme que 95% des juifs français sont derrière l’armée israélienne dans son offensive contre Gaza, il importe le conflit en France et le réduit à un conflit communautaire. Jean-François Kahn peut, à juste titre, dénoncer cette affirmation comme antisémite.

J’ai pu constater les mêmes dérives en Afrique du Sud :

« Quant à la direction des organisations juives (sud-africaines), elle a, dans un communiqué, proclamé son “ferme soutien à la décision du gouvernement israélien de lancer une opération militaire contre le Hamas à Gaza”. Elle s’indignera, quelques jours plus tard, que son propre amalgame entre juifs et Israël ait provoqué des appels antisémites sur Internet pour le boycott des magasins juifs – appels fermement condamné par le gouvernement, l’ANC, des intellectuels musulmans et les organisations de soutien au peuple palestinien. » (« Regards sud-africains sur la Palestine », Le Monde diplomatique, août 2009, en kiosques.)

Cette ambiguïté entre juifs, sionistes, Israël, est ainsi entretenue à la fois par les vrais antisémites et par les partisans inconditionnels d’Israël. L’auteur cite ici Jean Bricmont : « Il ne faut pas oublier que la politique israélienne se fait au nom d’un Etat qui se dit juif, et qu’elle est fortement soutenue par des organisations qui disent représenter les juifs (à tort ou à raison). Comment espérer éviter, dans ce climat, que beaucoup de gens ne deviennent antijuifs ? C’est en demander un peu trop à la psychologie humaine. » Mais ce n’est pas trop en demander aux intellectuels et aux responsables politiques : parce que l’antisémitisme, comme toute forme de racisme, est inacceptable ; parce que les dérapages antisémites sont les meilleurs alliés du gouvernement israélien qui cherche à créer un signe d’égalité entre critique de la politique israélienne, refus du sionisme et antisémitisme.

Dans le débat sur le rôle du lobby pro-israélien aux Etats-Unis, Blanrue fait un faux procès à Noam Chomsky, l’accusant d’être intimidé quand il s’agit de critiquer Israël. Non seulement il semble ignorer la production de Chomsky sur la question, mais il ne comprend pas le sens du débat qui divise la gauche radicale américaine. L’argument de Chomsky, et d’autres intellectuels radicaux comme Joseph Massad, est que la politique américaine répond, avant tout, aux intérêts des Etats-Unis (ou plutôt de sa classe dirigeante) et qu’il serait absurde de croire que le lobby serait capable d’imposer une stratégie contraire à ces intérêts (lire « Débat sur le rôle du lobby juif aux Etats-Unis »).

Commentaire Blanrue : Je suis d’assez près la production politique de Chomsky. Je maintiens que sa réaction au livre de Mearsheimer et Walt sur le lobby pro-israélien aux États-Unis n’est guère rationnelle, même si on analyse la situation en termes de classes. Ma réaction à ses déclarations est identique à celle du sociologue américain James Petras, que je cite dans mon livre : « En dépit de sa réputation respectable, que lui doivent son instruction, sa dissection par le menu et sa dénonciation de l’hypocrisie des régimes américain et européens, ainsi que la finesse de son analyse des tromperies intellectuelles des apologues de l’impérialisme, ces vertus analytiques disparaissent totalement lorsqu’il s’agit de discuter de la genèse de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient, etc. » Affirmer, comme le fait Chomsky, que le lobby pro-israélien aux États-Unis est une « étiquette vide », et cela sous prétexte que les États-Unis ne feraient que suivre les intérêts de leur classe dirigeante, me paraît tout simplement contraire à la vérité. Peu m’importe la part de théorie qui lui inspire ses déclarations : la théorie doit se plier aux faits ; l’inverse est inacceptable. Il n’est pas question pour moi de dire ici que le lobby pro-israélien décide « de tout » aux États-Unis, pas davantage qu’en France. Nul ne prétendra non plus que les États-Unis n’ont pas d’intérêts stratégiques à défendre au Moyen-Orient, au contraire. Mais quel rôle réel joue Israël dans la défense des intérêts américains ? Dans Après l’Empire (Gallimard, 2002), Emmanuel Todd écrit : « Peut-on sérieusement envisager une armée israélienne contrôlant les puits de pétrole d’Arabie saoudite, du Koweït et des Émirats, elle qui n’a pas été capable de tenir sans pertes importantes le Sud Liban autrefois et la Cisjordanie aujourd’hui ? » Songeons-y. Mais je ne vais pas récrire ici le livre des deux chercheurs américains ; selon moi, sa lecture doit suffire à emporter l’adhésion du lecteur non endoctriné.

Dans son chapitre de conclusion, Blanrue revient sur la polémique qui a suivi la publication par Time Magazine (21 novembre 2007) d’un dossier sur la mort de la culture française. Il met en avant la citation de Christophe Boïcos, conférencier d’art, expliquant : « Beaucoup d’artistes français se sont créés en opposition au système d’éducation. Romantiques, impressionnistes, modernistes – tous étaient des rebelles contre les valeurs académiques de leur temps. » Ces voix dissidentes n’ont pas disparu, mais elles sont absentes des grands médias et remplacées par les élucubrations de Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut ou André Glucksmann... Mais la dissidence, contrairement à ce que dit Blanrue, n’est pas non plus dans l’appel de l’association Liberté pour l’histoire, qui se serait constituée contre « le climat de terreur » qui régnerait en France et contre les lois mémorielles. Là aussi, l’auteur ignore le débat qui se déroule en France, et que le livre remarquable que vient de publier la grande historienne de l’Afrique Catherine Coquery-Vidorvitch, Enjeux politiques de l’histoire coloniale (Agone, 2009), permet de comprendre.

Commentaire Blanrue : Les lois mémorielles sont un révélateur. Je ne prétends pas que la dissidence se situe dans le camp de l’association Liberté pour l’Histoire. Je maintiens en revanche qu’un pays qui légifère en histoire est gravement malade. Il est fort beau de vouloir libérer, de par le monde, les peuples opprimés, à commencer par le peuple palestinien. Mais quelle chance avons-nous d’y parvenir si, pour commencer, nous sommes incapables de nous libérer nous-mêmes de nos prisons mentales ? Le combat pour la liberté et contre l’oppression commence chez nous.

En conclusion, un livre qui mérite le débat, et non un interdit de fait.

Commentaire Blanrue : Je souscris entièrement à cette formule. Il serait intéressant de se demander pourquoi mon livre est « interdit de fait » dans mon propre pays, alors que je suis porteur d’une contribution susceptible de faire prendre conscience aux Français que nous empruntons, depuis l’élection de Sarkozy, un chemin contraire à notre tradition la plus haute.

*http://blog.mondediplo.net/2009-08-27-Sarkozy-Israel-et-les-Juifs

Lien de l'article: http://bellaciao.org/fr/spip.php?article90506