samedi 28 février 2009

M. Barack Obama et la géopolitique d'Israël

Paru sur le site Alter Info le 09 février 2009

Les civilisations sont mortelles, les civilisations meurent comme les hommes, et cependant elles ne meurent pas à la manière des hommes. La décomposition, chez elles, précède leur mort, au lieu qu'elle suit la nôtre."
Georges Bernanos, Essais et écrits de combat, tome II (1995), La liberté pour quoi faire?

1 - Un poste avancé de la civilisation ?
Le génocide de Gaza et la concomitance de ce désastre diplomatique irréparable avec l'entrée en fonctions du nouveau Président des Etats-Unis a déclenché une accélération foudroyante de l'histoire du monde; mais comme Clio modifie rarement son rythme pour se précipiter tout subitement dans la bonne direction, son changement de pas la conduira à courir vers le pire. Il se produira donc une aggravation à toute allure de l'abcès ; et ce sera la hâte même de la gangrène à s'étendre qui conduira à l'aporie salvatrice, c'est-à-dire à un pourrissement suffisamment rapide pour faire tourner les talons aux porteurs des brûle-parfums fatigués de la démocratie.
Alors l'heure sonnera de faire le point des contradictions internes qui paralysent la politique des goupillons de la liberté et dans lesquelles le président Barack Obama aura commencé par s'empêtrer avant qu'il ne découvre, non sans effarement, que la planète a suivi en catimini un tout autre chemin de la Providence que celui de l'Amérique d'Abraham Lincoln. Mais comment démontrer aux myopes qu'ils ont fait fausse route, comment les rattraper in extremis par leurs basques ? L'heure est-elle trop tardive de les arrêter au bord du gouffre dans lequel ils sont appelés à tomber?
La géopolitique d'Israël est bien connue: il s'agit, pour cet Etat marchand et guerrier, de faire croire à tout l'univers que la civilisation occidentale aurait grand besoin d'installer un avant-poste de son industrie et de son génie du commerce au Moyen-Orient, afin de s'implanter dans l'Islam par la force conjuguée des idéaux de la démocratie et d'une pratique fructueuse des affaires. Mais cette stratégie se réduit à un stratagème. Qu'étaient-ce que l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, l'Indochine, sinon des têtes de pont de la civilisation occidentale sous l'oriflamme de la France de 1789 ? Qu'étaient-ce que l'Afrique du Sud, la Rhodésie, l'Egypte, l'Inde, sinon des garnisons avancées de la civilisation des sciences et de la technique sous la bannière de l'Angleterre impériale?
2 - Un croisé de la liberté et de la justice ?
Il se trouve que, depuis soixante-dix ans, la planète a offert le spectacle d'un immense Waterloo de l'homme blanc, qui a été battu à plate couture sur le champ de bataille de la décolonisation du monde. Pourquoi Israël jouirait-il du rang d'un avant-poste de la reconquête coloniale? Il s'agit donc d'un titanesque attrape-nigaud; mais comme chacun sait que les subterfuges, simulacres et faux-semblants de la politique internationale sont les déguisements semi religieux de l'esprit de conquête des Etats, il convient d'observer de plus près les faces dont les masques voudraient cacher les traits.
Les parures du théâtre antique étaient taillées afin de dissimuler les visages et les corps. Israël rit-il, ricane-t-il ou affiche-t-il un large sourire sous les vêtements qui le cachent de la tête aux pieds ? Cet acteur connaît-il la fureur, le dépit, le découragement, la honte, la fierté et l'orgueil dans les coulisses où s'affairent ses maquilleurs et ses couturiers?"Vous vous sentez sans doute coupable pour crier si fort", dit M. Erdogan à Davos face à un Shimon Perez indigné sous l'outrage que le monde entier est censé lui infliger. Mais l'anthropologie critique se demande ce que la triple chlamyde d'Israël voudrait légitimer en secret: la sainteté du colon réhabilité sur une planète décolonisée, le martyre d'un peuple retourné sur ses terres après un long exil ou l'apostolat du croisé de la démocratie mondiale? Car sous ces masques superposés se cache un tout autre enjeu : il s'agit d'élever la terre retrouvée de Jahvé et de Moïse au rang de foyer et de forge de la planète de la liberté et de la justice.
Pour cela, il est astucieux de scinder ce peuple en deux personnages en apparence opposés mais, complémentaires, celui de la victime éternelle et celui que Jahvé a armé de la foudre de sa justice. Le premier de ces rôles est relativement facile à tenir : il suffit de se proclamer menacé jour et nuit d'égorgement par des voisins redoutables et prêts à bondir sur vous à chaque instant. Le second semble non moins aisé à illustrer, puisqu'Israël dispose d'une apocalypse mécanique aussi facile à déclencher que le Déluge. Mais toute la difficulté de cette stratégie bicéphale est de concilier les deux effigies. Comment crier au loup si vos crocs sont plus longs et plus aigus que ceux des loups, comment montrer des dents de brebis menacée d'un carnage si votre mâchoire n'est pas celle d'un herbivore mâchonneur?
3 - Le lion et le mouton
C'est pourquoi toute géopolitique de la crinière et de la toison se réduit à apparaître tour à tour sous les traits du lion et du mouton ; et c'est la difficulté de présenter au monde entier un visage de théâtre aussi divisé entre l'innocence et la fureur qui a été multipliée par le glaive qui s'est abattu sur la population de Gaza. Car la double accélération de l'histoire que j'évoquais plus haut est devenue inévitable, donc catastrophique : ou bien le peuple de Moïse allume à son profit les forges du victimat, donc de l'apitoiement planétaire à son égard - mais alors, Gaza est une arête qui lui reste en travers de la gorge - ou bien les élus du ciel de justice arborent fièrement leur crinière de fauve dans l'arène du monde et, dans ce cas, il faudra relire la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe pour retrouver la mémoire d'un Etat qui a défié en solitaire l'empire romain tout entier et qui s'est auto-massacré à Massada avec femmes et enfants plutôt que de se rendre aux légions de Titus.
M. Barack Obama se trouve à un carrefour de l'histoire du monde dont il est rarement arrivé à un chef d'Etat d'en connaître les coordonnées avec tant de clarté : s'il feint de prêter foi aux proclamations pacifiques d'Israël, selon lesquelles il se trouverait menacé dans sa survie par la future arme nucléaire dont l'Iran prétend se doter, rien ne serait plus humiliant, pour le nouvel hôte de la Maison Blanche, que de paraître égaler l'ignorance et la sottise gigantales d'un prédécesseur auquel Israël a réussi à faire croire pendant deux mille neuf cent vingt jours qu'une gesticulation atomico-fantasmagorique vieille de soixante ans serait utilisable sur un champ de bataille réel. M. Obama n'ignore pas - ou du moins lui suffira-t-il d'une heure pour l'apprendre - que, depuis quatre décennies, la mythologie nucléaire embarrasse ses huit propriétaires, tellement ils ne savent ni comment persévérer à se revêtir d'une apocalypse onirique devenue ridicule, ni comment renoncer à se pavaner pour l'éblouissement des ignorants et des sots. De plus, la différence entre le cubage cérébral des goys et celui du peuple juif n'est pas aussi abyssale qu'on se l'imagine : les Etats du monde entier ne croient plus un mot à la fable selon laquelle les membres d'une assemblée d'exterminateurs internationaux serait prêts à se pulvériser les uns les autres et à se précipiter d'un seul cœur dans un suicide peu glorieux, puisqu'il ne resterait pas un public suffisant pour chanter un exploit aussi retentissant dans le vide éternel de l'immensité: si la planète feint encore de prêter crédit à ce délire, c'est seulement parce qu'Israël dispose des instruments de la communication moderne, donc des moyens de manipuler le vocabulaire qui lui permettent d'écrire jour après jour "l'Eloge de la folie" des sauvages du XXIe siècle.
Depuis 1945, aucun Etat armé du feu nucléaire n'a osé en user contre un adversaire désarmé. Néanmoins, cette possibilité n'était pas mathématiquement exclue. En revanche, l'hypothèse selon laquelle deux Jahvé équipés de deux déluges et de deux enfers identiques se les lanceraient bêtement à la tête est une absurdité dont le caractère délirant ne fait que démontrer la pertinence des thèses de Paul Veyne : les hommes ne croient pas vraiment aux châtiments posthumes que leurs dieux leur réservent, sinon les chrétiens se rueraient tous dans les monastères. L'anthropologie critique enseigne que les croyances religieuses assurent seulement une cohabitation biseautée entre les deux lobes de l'encéphale schizoïde d'une espèce que ses terreurs ont chapeautée de diverses théologies protectrices à l'heure de son évasion de la nuit originelle.
4 - L'enjeu nucléaire
Si M. Obama décide de perpétuer une cécité politique inscrite dans le capital psychogénétique des effarés des ténèbres, tous les penseurs militaires sérieux l'aviseront du contenu des écrits qu'ils ont publiés depuis quarante ans dans leurs revues spécialisées, à savoir qu'il s'agit d'une gigantesque mascarade stratégique dont le mérite sera d'avoir réussi à tenir le monde en haleine depuis Hiroshima. Mais le massacre de Gaza va délier les langues des spécialistes de la mythologie militaire moderne, débâillonner le faux discours de la méthode fictionnelle des Machiavel de la foudre, dénouer les entraves de la théologie matamoresque inaugurée à la va-vite à la suite de la capitulation d'un empereur du Japon, désenchaîner une raison stratégique cadenassée par l'épouvante atomique, désensorceler un entendement simiohumain victime d'un retour aux frayeurs de l'enfer - celui que brandissait l'excommunication majeure des papes du Moyen-âge - et réhabiliter les syllogismes du bon sens cartésien. Comment s'entêter à défendre un obscurantisme nucléaire hérité des temps bibliques si la digue de la panique parareligieuse cède sous la poussée de la désacralisation de l'Etat d'Israël, comment combler cette brèche dans les murailles de la forteresse de l'effroi si une raison ressuscitée noie sous un raz-de-marée de la lucidité les prie-Dieu d'un animal tout abasourdi d'avoir percé les secrets de la matière? Comment persévérer à valider une mécanique mythifiée si tout le monde voit que seul le peuple hébreu en a besoin à seule fin de poursuivre sous ce heaume son extension territoriale à toute la Cisjordanie?
Mais supposons que M. Obama s'imagine trouver une Perse suffisamment stupide pour se livrer à un marchandage qui n'interdirait qu'à elle seule de disposer d'une arme psychologique et politique provisoirement dotée d'un prestige efficace, puisqu'elle demeure adaptée à la capacité crânienne fort réduite du simianthrope actuel. Supposons ensuite que l'équilibre religieux et politique entre les sunnites et les chiites en Irak et ailleurs fasse l'objet de tractations théologiques provisoirement rentables sur le marché de la foi musulmane, supposons enfin que la foire aux illusions des chancelleries du ciel sécrète des avantages diplomatiques momentanément emmagasinables. Dans ce cas, sur quelle balance de la politique de notre astéroïde M. Obama pèsera-t-il la contrepartie des bénéfices à court terme qu'il aura obtenus si les masses arabes se réveillent et privent Washington de tout poids politique sur un milliard de musulmans ? Certes, dans cette configuration, l'Europe se verrait entraînée dans la ruine de l'Occident post-chrétien; mais comment la Russie, la Chine, l'Inde, l'Afrique et l'Amérique du Sud ne se précipiteraient-elles pas dans la brèche pour bâtir l'édifice de la géopolitique de demain?
5 - Un encéphale mis sous haute tension
Mais ce n'est pas tout : on mesurera combien Gaza aura accéléré le cours de l'histoire à la simple évidence que M. Obama se trouve d'ores et déjà contraint par la Turquie et par l'Arabie Saoudite de refuser de donner le feu vert à la continuation de la conquête systématique de la Cisjordanie par l'Etat d'Israël. L'heure n'est plus aux tergiversations et aux atermoiements, parce que le blocus de Gaza ne pourra se poursuivre sous les yeux de l'humanité tout entière. Le monde ne sera changé ni par quelques-uns, comme le disait André Gide, ni par la prédication des évangiles, ni par le messianisme pseudo démocratique du Nouveau Monde, mais par la puissance du myriapode que l'image en mouvement est devenue en tous lieux.
Un seul exemple. Quelques jours après le cessez-le-feu à Gaza, l'aviation israélienne a bombardé les tunnels creusés par la population entre la Palestine et l'Egypte : on sait qu'ils permettent un ravitaillement souterrain des prisonniers, mais au compte-gouttes. La presse du monde entier a souligné qu'Israël luttait contre le délit de contrebande dont les assiégés se rendaient coupables. Quand Napoléon ordonna le blocus de l'Angleterre, il prit soin d'étendre la définition du délit de contrebande aux tentatives des pécheurs bretons de le forcer.
Deux siècles plus tard, les peuples ne sont pas encore suffisamment instruits pour qu'ils détectent spontanément les pièges du langage des Etats : si les vivres apportés à une population affamée se trouve rebaptisés par le code pénal de l'affameur et si le fléau de la balance de Thémis se métamorphose en une arme entre ses mains, inutile d' organiser des cours de droit à l'usage de la population, inutile de l'initier aux artifices des juristes vénaux que les Etats engagent à leur service pour falsifier les lois à l'école des armes. En revanche, l'image d'un mouton passant sous la terre d'Egypte à Gaza suffit à réfuter des monceaux d'arguties de légistes stipendiés. La conquête armée de la Cisjordanie par les colons juifs est à l'abri des caméras, mais les premiers pas de M. Obama à la Maison Blanche ne sont pas à l'abri du spectacle des brebis salvatrices. Elles préludent au débarquement du monde arabe dans la géopolitique. La véritable accélération du rythme de l'Histoire est celle de l'évolution de l'encéphale assiégé d'une humanité aux abois. Le transformateur de Gaza a mis sous haute tension cet organe paresseux.
6 - L'inconscient de l'histoire d'Israël
Quel spectacle que celui d'un homme d'Etat que l'Histoire pousse l'épée dans les reins ! Car le scénario ne se réduit pas à la ruse des fabulistes de Tel Aviv de promettre un Etat aux Palestiniens en échange de la perpétuation du siège de Gaza, le script ne se ramène pas seulement à l'astuce de proposer une apparence seulement de liberté aux prisonniers, comme si un peuple d'un million et demi d'âmes allait se décourager sous les yeux des caméras et quitter piteusement les lieux sous les rires et les quolibets de l'humanité ! Le pire, pour M. Obama, c'est le "retour du refoulé" qui remet Israël en face des armées de Titus et de Vespasien, mais avec des armes de notre siècle. Que dit maintenant ce peuple ? "Nous avons la capacité d'atteindre la plupart des capitales européennes avec nos armes nucléaires. Nous possédons plusieurs centaines d'ogives et de fusées qui nous permettent d'atteindre nos cibles en tous lieux du globe, et même Rome. (C'est moi qui souligne) La plupart des capitales du Vieux Monde font partie des cibles potentielles de notre armée de l'air." (Professeur Martin Van Creveld, Interview donnée à Jérusalem)
Quel est le resurgissement inconscient du passé de l'histoire qui fait écrire, en 2009, à un grand théoricien israélien de la guerre d'aujourd'hui que "Rome même" n'est plus hors d'atteinte des armes de David ?
Il y a seulement deux ans, 8% du peuple juif était d'avis que l'expulsion des Palestiniens était la meilleure solution. Il y a deux mois, ils étaient 33% et maintenant, ils sont 44% à le penser. Mais comme cette "solution" est irréalisable quand l'histoire du monde se déroule sur le modèle d'une bande dessinée, l'essentiel, aux yeux de l'anthropologie moderne, est d'étudier l'enracinement du peuple juif dans son passé mythologique. Le professeur Creveld, ancien professeur de l'université hébraïque de Jérusalem a publié vingt ouvrages traduits en dix-sept langues, ce qui suffit à démontrer qu'il n'est pas un fou isolé quand il écrit : "Nos forces armées ne sont pas au trentième rang mais aux deuxième ou troisième rang mondial. Nous avons la capacité de détruire le monde avec nous. Et je peux vous assurer que cela arrivera avant qu'Israël ne disparaisse".
Qui peut croire que le même délire politique dont Israël a témoigné en 70 de notre ère ne soit pas demeuré un acteur vivant de la pièce? Le professeur Creveld ne parle pas en son seul nom quand il rappelle cette parole de Moshé Dayan : "Israël doit être un chien enragé trop dangereux pour qu'on le bride." Mais quel est le fondement psychobiologique de la spécificité cérébrale d'Israël? Croit-on qu'un peuple qui refuse d'exposer l'effigie de César dans son temple, parce qu'il n'existe pas de dieu en chair et en os ; croit-on qu'un peuple qui, depuis deux mille ans, refuse une religion dont le demi dieu est un homme "consubstantiel" au Créateur, croit-on qu'un peuple qui est ensuite retombé dans le culte d'un dieu tribal, donc localisé et attaché à une seule terre, croit-on qu'un tel peuple n'incarnerait pas une énigme digne d'inspirer les sciences humaines du XXIème siècle et de les mettre à l'écoute des leçons de l'anthropologie politique en cette aube du IIIème millénaire?
Comment se fait-il qu'Israël ne soit pas revenu aux idoles de bois, de pierre et de fer qu'adorait même un Tacite, mais qu'il ait abandonné le Dieu universel, dont l'invention, attribuée au premier Moïse, était inspirée du Livre des Morts de l'Egypte antique? C'est cela, le débat théologique sous-jacent à la guerre entre Israël et les pays arabes. Mahomet a retrouvé le Jahvé universel du premier Moïse, mais non celui de Moshé Dayan. C'est pourquoi le sort de M. Obama est tragique: si Israël ne recule pas, le monde arabe va exploser avant six mois; et quant à faire reculer un peuple dont l'idole est un propriétaire féroce de sa terre et un guerrier invincible, il n'y a plus de Titus ou de Vespasien pour seulement s'y essayer. Les décors sont plantés: Incipit tragoedia.
M. Obama ne connaît rien de l'enjeu chromosomique qui sous-tend toute la politique du Moyen-Orient. Et maintenant, si cet Hamlet américain suit Israël dans la valse alternée du lion et du mouton évoquée plus haut, le premier métis qui aura dirigé l'Amérique l'aura ramenée à ses pacages et pâturages du début du XIX e siècle ; et l'Europe se trouvera minusculisée pour longtemps aux côtés du géant déchu sur la scène internationale. Mais s'il prend le parti de défier Israël à l'école d'une révolution de la pesée de l'Histoire mondiale - celle de la démythification du feu nucléaire qui sert de levier à la géopolitique d'Israël depuis six décennies - on cherche encore l'homme l'Etat qui aidera l'humanité à changer de cerveau!
Il aura fallu quatre siècles à la révolution renacentiste pour seulement commencer de séparer la raison politique de l'époque de la raison religieuse qui la compénétrait; et cette entreprise, qui aurait pu se révéler décisive, est demeurée tellement bancale qu'il faut la déclarer avortée. Car l'humanisme occidental actuel n'y a gagné aucune connaissance anthropologique des idoles simiohumaines, alors que l'Europe aurait un si grand besoin d'une telle science en cette aube d'un IIIème millénaire titubant. Qui desserrera le garrot d'une terreur nucléaire subrepticement sacralisée, donc secrètement idolâtre? Pour l'heure, Israël bâillonne la planète entière de l'intelligence politique. Cette nation peut dormir tranquille si M. Obama n'est pas d'une trempe à forger l'acier de l'Histoire . Mais faute d'un alliage nouveau de l'action et de la pensée, les événements se chargeront de prendre de l'avance sur le cerveau du simianthrope; et, comme toujours, la pensée naîtra sur les talons de l'action.
7 - Un discours imaginaire de M. Barack Obama
Le 1er mai 2002, dans un texte consacré sur ce site à "l'histoire racontée" et à "l'histoire comprise" (L'histoire racontée et l'histoire comprise : pour comprendre l'après 11 septembre, 14 avril 2002), j'avais tenté d'entrebâiller la science historique traditionnelle sur la réflexion anthropologique de demain. Pour cela, une scission méthodologique entre la mémoire narrative et le sondage psychanalytique de l'inconscient des nations ouvrait la porte à un recul intellectuel ambitieux d'interpréter la vie onirique de la politique dont le cerveau simiohumain demeure la proie. Du coup, le récit historique fictif, qui va d'Homère à Kafka, de Platon à Karl Marx et de la bible à Cervantès ou à Swift devenait un instrument de lecture de l'histoire réelle, parce que les grands écrivains portent un regard nouveau sur l'humanité. Pouvait-on déchiffrer l'Histoire à l'école d'un fantastique religieux qui, depuis le paléolithique, dichotomise notre cerveau entre le réel et le mythe?
Le rendez-vous actuel de l'Amérique et du monde entier avec l'Islam me semble rendre utile un regard dans mon rétroviseur du 1er mai 2002. Il s'agissait alors d'exposer les prémisses anthropologiques d'un regard sur la géopolitique qui aurait permis à un G.W.Bush supposé un homme d'Etat de tenir un discours prospectif. Il est amusant, me semble-t-il d'attribuer maintenant mot à mot à M. Barack Obama les dires de son prédécesseur il y a sept ans, parce que toute l'histoire d'une planète en proie à une panne cérébrale a interdit à l'Amérique de l'après 11 septembre 2001 de nouer des relations politiques rationnelles avec l'Islam, ce qui a permis à Israël de mettre la main sur le Département d'Etat et de conduire le monde à la boucherie de Gaza.
Voici donc de larges extraits du discours fictif de M.G.W.Bush du 1er mai 2002, assortis des sous-titres de l'époque.
Voir : La guerre procholine , 1er mai 2002
8 - La mort est l'enclume des nations
Aujourd'hui, c'est son âme et son esprit que l'Amérique regarde dans le miroir brisé du World Trade Center. Jamais elle ne s'est sentie plus forte que sous les décombres et au milieu des ruines. A partir de ce jour, vous saurez de quel tombeau vous êtes ressuscités; à partir de ce jour, vous montrerez du doigt le lieu de votre naissance, à partir de ce jour vous annoncerez au monde que vous êtes entrés dans l'arène de l'Histoire le 11 septembre 2001. Pourquoi la mort est-elle l'enclume des nations, sinon parce que les malheurs de l'Histoire sont des défis à la grandeur des peuples ? (…)
9- Ne vous laissez pas séduire
(…) Sachez que l'heure de la pensée, l'heure de la sagesse, l'heure de la gravité a sonné. Le monde entier vous demande si les siècles sont à l'écoute de la colère des hommes, le monde entier vous demande si le temps est une école de la vengeance des nations, le monde entier retient son souffle dans l'attente de votre réponse à la question de savoir si vous réfuterez par la fureur et la tempête le défi de la mort qui vous est lancé ou si notre grand pays fera retentir sur les cinq continents la voix des hauteurs de l'Histoire.
Américains, votre responsabilité est immense, mais je suis fier de vous représenter dans votre souveraineté, qui est celle de l'intelligence de ce peuple. C'est de votre bouche que tombera un verdict dont dépendra l'avenir de la liberté de toutes les nations de la terre. Aujourd'hui, les plus anciennes d'entre elles nous regardent de haut ; et elles se disent les unes aux autres: "Cet enfant a-t-il grandi ? Est-il en âge de diriger le globe ? Cet Etat juvénile n'est-il pas devenu trop puissant en un demi siècle seulement ? Comment posséderait-il l'expérience qui lui permettrait d'assumer les responsabilités que la planète est prête à lui confier ou à lui retirer?"
10 - Le tragique de l'Histoire
Mes chers compatriotes, l'heure est venue de donner une leçon de maturité politique à nos aînés. Je sais que vous ne m'avez pas élu afin que j'entraîne l'Amérique sur le chemin de la démesure et de la folie, mais afin que, dans la limite de mes forces, je vous tienne un langage difficile à entendre, mais que vous attendez tous de votre Président. Je ne serai pas votre pédagogue, mais votre témoin le plus résolu, et ce témoin sera le plus blessé et le plus souffrant d'entre vous. C'est au milieu des morts qui nous font un cortège invisible que je m'adresse à vous. Mais je veux que notre douleur soit aussi notre remède ; je veux que nous soyons notre propre médecin, afin que nous apportions au monde de demain une espérance plus grande et plus forte.
Les peuples sont les poètes de leur destin, les peuples naissent de leur sortie de la nuit. Il aura fallu que nous fussions durement frappés pour que notre souffrance apportât au nouveau millénaire l'offrande d'une victoire de la liberté. Ce jour est aussi celui de la rencontre de notre nation avec le tragique de l'Histoire ; mais si c'est à l'écoute de l'épreuve que nous sommes appelés à nous rendre dignes de l'avenir qui nous attend, souvenons-nous de ce que tel fut le sort de tous les peuples qui ont apposé sur les siècles le sceau de leur grandeur. Mais, en ce temps-là, les héros agonisaient sans sépulture et semés au hasard sur les champs de bataille; et c'était l'humilité de leur sacrifice qui faisait à leur patrie le don de son destin. De même, nos morts nous conduiront à la puissance si nous nous montrons dignes de leur anonymat héroïque.
11 - Quel est leur Dieu et quel est le nôtre ?
Américains, n'écoutons pas la rage qui tente de nous envahir. Notre patrie n'est pas un fauve blessé, notre nation n'est pas livrée à la panique qui saisit les bêtes sauvages quand elles se trouvent empêchées de prendre la juste mesure d'un ennemi qui les a attaquées par surprise. Mais disposons-nous d'ores et déjà de l'arme de l'intelligence qui nous permettra de peser le danger qui nous menace et pour le conjurer? (…)
La tentation est dangereuse, pour une grande nation, de cacher ses ambitions blessées sous un désastre en miniature et pour donner libre cours à sa volonté de conquête sous le masque des victimes qui lui font une parure de gloire. Nous devons demander à notre intelligence et à notre cœur un exploit dont des hommes indemnes demeurent bien souvent incapables. Elle est immense, la prouesse que le monde attend de notre lucidité, de notre sang froid et de notre courage. Mais nous ne mènerons à bien un dur face à face avec nous-mêmes que si nous terrassons la folie et la peur qui guettent les peuples frappés dans leur chair. Et pourtant, si nous remportons cette victoire-là, toutes les nations salueront ce trophée et s'inclineront devant notre justice.
12 - La porte étroite
Comme elle est étroite, la porte qui nous conduira à l'effondrement ou à la puissance ! Jamais encore un grand peuple n'a eu si clairement à choisir entre le chemin de la sagesse et celui de l'irréflexion ; et si nous avons été élus pour offrir à la terre entière le spectacle d'un choix surhumain, c'est que jamais aucun siècle ne s'était prêté à une mise en scène de la véritable Histoire de toutes les nations. Sachez qu'une ère nouvelle a commencé le 11 septembre 2001, celle où le destin de la planète fait l'objet d'un tournage sur le vif, celle où l'Amérique est devenue le cameraman souverain ou pitoyable du globe, celle où chacune et chacun de vous sera tenu pour responsable du scénario qui va se dérouler à l'échelle d'une civilisation.
Je suis conscient du fardeau que porte désormais notre pays. Aussi mon devoir est-il clair à mes yeux : je dois m'adresser à vous comme si votre Président était compris de tous, comme s'il était aimé de tous et comme s'il parlait d'outre-tombe. Deux mille cadavres me crient de vous tenir le triple langage de la vérité politique, de la justice politique et de la sagesse politique, afin que leur tombeau de pierres et de poussière fasse de leur sacrifice le mémorial de votre grandeur et le mausolée de l'immortalité de l'Amérique. C'est en leur nom que je vous dis: "N'écoutez pas la voix de votre désarroi ou de votre épouvante, car ces sentiments nés de la foudre s'éteindront avec la foudre. Mais la douleur réfléchie et mariée à la sagesse d'une nation est votre pain de vie et le gage de votre avenir à tous."
Le 1er mai 2002, je mettais également dans la bouche du Président G. W. Bush un discours à l'intention de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, dans lequel ce chef d'Etat était censé savoir ce qu'un M. Obama aussi imaginaire que lui-même allait redire sept ans plus tard. En voici quelques passages.
13 - La précipitation est mauvaise conseillère
Que nous dit la réflexion ? Que la pensée est d'abord l'ennemie de la précipitation. C'est par la hâte que tant de peuples sont tombés dans une démesure qui les a perdus. Mais qu'est-ce que la démesure, sinon la disproportion entre le mal et le remède? Et quelle serait-elle, la disproportion entre le mal et le remède qui nous conduirait à notre porte si nous cédions à l'impatience sous le coup de l'événement ? Sachez que l'impatience nous conseillerait de nous ruer à la poursuite de l'agresseur, les yeux bandés et frappés de cécité par une rage dépourvue du recul de la réflexion. Alors notre folie momentanée nous priverait d'une sûre pesée de l'avenir de notre politique à l'échelle du monde. Comme piqués par un insecte, hurlerons-nous de douleur et offrirons-nous le spectacle d'un subit affolement de l'Amérique aux yeux de tous les peuples de la terre?
Songez, Sénateurs, à ce que l'on penserait de nous dans toutes les capitales du monde civilisé si nous poursuivions un criminel le lasso à la main. C'est avec gravité que je m'adresse à votre sagesse: il n'est pas digne d'un grand peuple de traquer un malfaiteur dans tous les garnis et les greniers dans lesquels il pourrait se cacher. Si la nation la plus puissante de la terre se donnait le ridicule de tenir les rênes du monde à la manière d'un dément hurlant de douleur, écoutez les peuples que plusieurs millénaires ont chargés de mémoire : ils se diraient les uns aux autres que notre peuple et le Président qu'il a élu sont encore privés du cerveau que forge l'expérience de l'Histoire ; car ils ont appris, eux, que l'apprentissage de la durée est le premier pédagogue de la politique des nations.
Savez-vous ce que les rapports de nos ambassadeurs dans le monde entier nous donneraient à lire si nous demandions à toutes les capitales du monde civilisé de bouleverser le droit de la guerre et de récrire les règles élémentaires qui régissent, depuis tant de siècles, les conflits armés entre les États afin de nous mettre seulement à la chasse d'un particulier? Ce serait cette démesure-là qui s'emparerait de nous si nous cédions à la folie d'appeler un acte de guerre, c'est-à-dire le signal du combat d'une nation entière contre une autre, l'explosion de deux avions pilotés par des suicidaires de leur divinité.
14 - Le droit international face à l'imaginaire religieux
Certes, le cas est nouveau en droit international. L'alliance du sacrifice religieux avec un type inédit de bombardement, donc le pacte de l'autel avec la technique la plus moderne, est une trouvaille si dangereuse que je demanderai à nos psychologues de diriger leurs recherches vers l'étude approfondie du cerveau d'une espèce dédoublée depuis le paléolithique entre un monde surnaturel et le monde réel. Puisqu'il y a un siècle et demi que nous savons que notre sortie du monde animal nous a dotés d'un dédoublement dans le merveilleux, je vous demande de ne pas vous opposer aux progrès des sciences humaines et de ne pas vous enfermer dans le fabuleux. Nous ne somme plus au Moyen Âge pour nous replonger dans les vieilles séductions du fantastique. Un peuple adulte et mûr ouvre les yeux sur lui-même et sur l'homme.
Nous allons mettre sur pied un service de la recherche anthropologique à l'échelle de notre puissance et de nos ressources. Sa tâche sera de mesurer avec courage les conséquences d'un pacte du ciel avec la politique que seul le monde moderne pouvait imaginer. Comme vous le savez, l'Europe dont nous sommes les fils et que nous avons quittée pour fonder une nation nouvelle a été livrée aux croisades, à l'Inquisition, aux massacres de la foi et aux guerres sacrées ; mais le mariage d'un ciel en folie avec la folie humaine sur cette terre n'était pas encore devenu suicidaire, de sorte que, jusqu'à présent, nous n'avons jamais éprouvé le besoin politique d'acquérir une science de nos représentations théologiques de l'univers, faute qu'une menace suffisante du monde extérieur nous y contraignît; mais puisque cette menace met désormais en péril les conditions de notre survie physique, l'approfondissement de notre réflexion devra nous permettre de prendre la vraie mesure du 11 septembre 2001. Alors seulement, une connaissance plus profonde de notre espèce nous enseignera la sagesse ; car nous aurons décrypté le capital génétique qui égare notre cerveau dans des mondes imaginaires.
Nous sommes demeurés des croyants, nous aussi; mais c'est un monde de la folie religieuse que nous avons quitté. Peut-être sommes-nous la nation la mieux armée de la terre pour faire progresser la connaissance du cerveau humain et pour nous dire : "A quel moment le Dieu qui nous habite arme-t-il le bras de ses fidèles ? A quel moment quitte-t-il l'histoire réelle pour en confier la responsabilité à nous seuls ? Qui était-il à l'époque où il nous mettait l'épée à la main ? Qui est-il aujourd'hui s'il nous laisse désormais la responsabilité de la conduite de nos affaires ? Quelle est l'existence qu'il conserve dans nos têtes si nous ne pouvons plus l'apostropher dans l'espace afin qu'il nous aide à attaquer nos ennemis ou à nous défendre contre eux ? Il nous faudra oser nous poser ces questions si nous voulons prendre le relais de l'Europe dans la connaissance du genre humain."
15 - La docilité de nos vassaux
N'est-il pas sage que le Président des Etats-Unis soit la vigie de la nation à l'aube d'un millénaire qui nous condamnera à percer le secret des alliances anciennes et nouvelles des religions avec l'Histoire réelle? Quelle serait notre politique sur le long terme si nous ne savions pas mieux qu'au Moyen Âge qui nous sommes? Derrière qui courrions-nous si nous pourchassions Ben Laden un lasso à la main, sinon après nous-mêmes? Mais après quelle Amérique Dieu nous fait-il courir? Malgré notre jeunesse, nous sommes maintenant suffisamment expérimentés pour savoir que nous convaincrions aisément les plus dociles de nos vassaux de courir derrière nous à la poursuite d'un particulier. Nos alliés se sont résignés depuis longtemps à jouer un rôle de figurants ou de comparses aux côtés du shérif en croisade dans l'univers que nous deviendrions sans peine dans un film de Hollywood à l'échelle de notre puissance parareligieuse actuelle dans le monde.
Mais notre expérience de la facilité avec laquelle les peuples les plus anciens de l'Histoire se laissent réduire à la servitude nous rendrait-elle sages si nous nous imaginions que notre hégémonie serait durable de céder à la tentation de nous glorifier d'une force à portée de nos mains? Méfions-nous des humiliations inutiles que nous infligerions aux petites nations et de celles que leur propre lâcheté infligerait aux puissances moyennes. Si, à l'image du monde ancien, l'Amérique jouait à son tour les croisés et les boute-feu, ce serait pour nous-mêmes que nous rendrions rapidement dangereuses les défaites et les humiliations que nos alliés masquent encore sous leurs sourires d'emprunt.
A Berlin, on rirait jaune de notre politique de gauchos; à Paris, des juristes pince sans rire nous feraient remarquer que Ben Laden n'est qu'un homme audacieux et que si toute notre puissance échouait à lui mettre la main au collet, comme leur Simenon a arrêté des tueurs américains dans "Maigret et les gangsters", nous serons bientôt entraînés à guerroyer contre l'Afghanistan, puis contre l'Irak et contre de nombreuses nations dans le monde entier, entraînés que nous serions comme à notre corps défendant dans une croisade policière contre un terrorisme non moins mythique que le Mal au Moyen-Âge; et nous serons devenus les apôtres d'une gendarmerie condamnée à entreprendre sans relâche des expéditions punitives vers des régions lointaines et riches en pétrole. (…)
16 - Le Bien et le Mal
Mais nous sommes devenus trop sages pour mettre nos véritables intérêts en péril dans l'arène internationale. Nous savons que le premier pas de la folie en politique, donc de la précipitation, serait de diviser le monde entre les force du Bien et celles du Mal, nous savons que les scénaristes hâtifs des religions imaginent des combats de géants entre les héros qu'ils ont installés dans leurs têtes, nous savons que c'est précisément à ce genre de prouesses que l'Europe s'est exercée pendant des siècles . (…)
*
M. Barack Obama fera-t-il reprendre son cours à l'Histoire ? Sait-il seulement à quelle heure son prédécesseur l'a arrêtée?
Le 28 janvier 2009, le Financial Time publiait une déclaration du prince Turki Al Fayçal où l'on lit notamment:
"Ces dernières semaines, les forces armées israéliennes ont non seulement tué plus de mille Palestiniens, mais elles ont pratiquement tué le processus de paix lui même. A moins que la nouvelle administration américaine ne prenne des mesures énergiques pour éviter d'autres souffrances et d'autres morts, le chemin de la paix, les relations américano-saoudiennes et la stabilité de la région seront en danger. (…)
"La majeure partie du monde arabe partage ce sentiment ; et tout gouvernement arabe qui négocierait actuellement avec les Israéliens serait condamné à juste titre par ses citoyens. (…)
" Non seulement l'administration Bush a laissé un héritage horrible dans la région - le souvenir de centaines de milliers de morts en Irak, le souvenir des humiliations et des tortures d'Abou Ghraib - mais elle a également participé au massacre d'une population innocente, parce que l'arrogance de son comportement tout au long de la boucherie de Gaza y a contribué."
(Turki al-Faisal, Financial Times, 22 janvier 2009 - Le prince Turki est le président du Centre de Recherche et d'Etudes Islamique King Faisal à Riyad. Il a occupé les fonctions de directeur des renseignements saoudiens, d'ambassadeur au Royaume-Uni, en Irlande, et aux États-Unis. Publication originale Financial Times, traduction Contre Info)
Dès lors que ces déclarations exigent également le retrait d'Israël de la Cisjordanie et le retour de cet Etat aux frontières de 1967, le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad a aussitôt salué en la monarchie saoudienne le chef de file incontesté du monde arabe - et déjà, Téhéran se trouve épaulé par la Turquie, Etat non arabe et proche du continent des Lumières. Mais ce qu'est pas tout : le Qatar organise, du 22 au 24 février une conférence internationale appelée à juger les crimes de guerre d'Israël. Le Comité national des droits de l'homme et l'Institut de la démocratie arabe du Qatar compte rassembler trois cents personnalités en provenance des cinq continents. Gaza se trouve déjà sur le chemin de l'avenir de l'humanisme européen. (Ce point sera développé sur ce site le 16 février).
L'anthropologue demeure un modeste analyste des réponses intérieures auxquelles l'Histoire en appelle impérieusement, l'homme politique tire la charrette du monde. Quelle est l'éthique du harnais? Max Weber pensait que l'action reposait sur une "morale de la responsabilité" et que la responsabilité ressortissait à la saine gestion des affaires du monde. Le XXIe siècle déplace la frontière entre la responsabilité et l'irresponsabilité : Socrate devient le seul vrai responsable politique d'Athènes à l'heure où la survie de l'éthique politique du monde devient la condition même de la survie d'Athènes. Alors les vrais hommes d'Etat deviennent les rois de la conscience. Si M. Obama prend le risque politique d'échouer, il est grand ; s'il sait qu'il échouera, il est plus grand encore.
Puisse Clio couronner des lauriers de la droiture le glorieux échec d'un Abraham Lincoln de la Palestine.
9 février 2009
http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/decodage/gaza.htm

Hard man of the right is Israel's kingmaker in waiting

Paru sur le site du quotidien anglais The Inedependant le 07 février 2009

Avigdor Lieberman once suggested that Arab Knesset members who had talks with Hamas representatives should be executed
Avigdor Lieberman, the far-right politician campaigning on a platform that Israeli Arabs should pledge loyalty to the state or lose their right to vote, has become the pivotal figure in next week's election after two polls showing his party has overtaken Labour.
The Yisrael Beiteinu party headed by the Moldovan-born Mr Lieberman, who lives in a West Bank Jewish settlement and has been depicted by his critics as an Israeli version of Jean-Marie Le Pen or Jorg Haider, is in third place with a projected 19 or 17 seats in two newspaper polls yesterday.
If the party did take that number of seats, it would mean it has performed well beyond its original base among immigrants from the former Soviet Union and is in pole position to emerge as the kingmaker determining whether Likud's Benjamin Netanyahu or Kadima's Tzipi Livni can best form the next coalition government
The leaders of all three main parties have left open the possibility of joining a coalition with Yisrael Beitenu, including Labour's Ehud Barak, who has provoked sharp internal dissent by refusing to rule out the possibility.
The poll results underline the growing appeal of Mr Lieberman's hardline nationalist policies, which beside his "no loyalty, no citizenship" demand also includes a plan to redraw the country's borders to make more than 100,000 other Israeli Arabs citizens of the West Bank as part of a land "swap" in which Israel would annex the territory occupied by most West Bank settlements.
Nowhere do Mr Lieberman's bitterly controversial proposals touch a rawer nerve than in the northern Arab hill city of Umm el Fahm, at the heart of the Wadi Ara triangle. At a stroke, residents would lose their status – and voting rights – as Israeli citizens.
Said Abu Shakra, director of the town's well-known art gallery, and a long time promoter of co-existence between Jews and Arabs, said he now felt "depressed and frustrated" in the face of the ascendancy of Mr Lieberman, who once proposed the bombing of Egypt's Aswan Dam and suggested that Arab Knesset members who had talks with Hamas representatives should be executed.
Mr Abu Shakra, who is proud that a Jewish Israeli architect, Amnon Bar On, has won an open competition to design the gallery's new premises, recalled that in 1998 Yoko Ono staged a successful exhibition in the town entitled Open Window – dedicated to the idea of inter-community dialogue.
This spirit had been broken once by the outbreak of the second intifada, he said. "It took us eight years' work to build dialogue again and now it is being destroyed, this time by Lieberman." Seeing similarities in Mr Lieberman's rise to that of Hitler in pre-war Germany, Mr Abu Shakra added: "I have many Jewish friends who know that Lieberman is very destructive for all people, Jews as well as Arabs."
Umm el Fahm's sense of becoming a target for the extreme right has been compounded by the provocative plans of Baruch Marzel, an extremist Hebron settler who has criticised Mr Lieberman for not being right wing enough. Mr Marzel intends to spend election day here as a teller at a polling station. Mr Abu Shakra warned: "My own view is that the best thing to do with [Mr Marzel] is to ignore him, but not everybody here thinks like me."
Afo Agbaria, a local surgeon who is a candidate for the Communist joint Arab-Jewish Democratic Front – or Hadash – said that Mr Lieberman's success was a "danger not for Arabs only but for democracy in Israel", adding that history showed that "those fascists that got to the leadership got there by election". But Dr Agbaria insisted that the impact of Mr Lieberman would be to increase voting for the Arab parties – including his own, which he predicted would add a fourth seat in the Knesset. He said a campaign by the Islamic Party to boycott the election would be largely ignored.
Evidence to support this was mixed in the town yesterday. Coffee shop owner Mohammed Jabarin, 50, said that while he would be voting for the Democratic Front and thought Knesset representation was important, public "depression and frustration" because of the war in Gaza and Mr Lieberman's rise would reduce the turnout. He said of the "loyalty" demand: "Arabs in Israel will be loyal when we get our rights." Repeating widespread complaints of anti-Arab discrimination, he added: "This means better job opportunities and rights to own land."
Meanwhile, Farid Juma Agbaria, 63, was – unusually – more sanguine about Mr Lieberman. "He is shouting slogans now but he will stop when he gets to power," he said.
Amal Mahajne, 38, said that, although she was not an Islamic Party member, she would boycott the poll. She said this was not really because of Mr Lieberman: "He may kill us but we are not afraid. We will not get out of our land", but because of Israel's invasion of Gaza. If Labour – led by Defence Minister Barak – "can do this when it pretends to believe in peace, what will the other parties do?" She said that whether she would vote in any subsequent election depended on how the Arab parties performed.
Danny Ayalon, a former Israeli ambassador to Washington, has along with the former Likud MP Uzi Landau helped to lend Mr Lieberman an air of establishment respectability by joining his campaign. Mr Ayalon stopped short this week of saying that the "loyalty test" for Israeli Arabs – under which they would pledge allegiance to the Jewish state and agree to take part in civilian national service – was a precondition for joining other parties in a coalition. He said that it would be "very important" in any talks with potential partners after Tuesday's poll.
He said the loyalty test was a "response" to the fundamental criticisms of Israel levelled over the past 20 to 25 years by "some in the Arab community, basically its leaders, who are the ones inciting the population".
Avigdor Lieberman: In his own words
"If it were up to me I would notify the Palestinian Authority that tomorrow at 10 in the morning we would bomb all their places of business in Ramallah."
"World War Two ended with the Nuremberg trials. The heads of the Nazi regime, along with their collaborators, were executed. I hope this will be the fate of the collaborators in [the Knesset]."
"We'll move the border. We won't have to pay for their unemployment, or health, or education. We won't have to subsidise them any longer."
"When there is a contradiction between democratic and Jewish values, the Jewish and Zionist values are more important."
"A real victory can be achieved only by breaking the will and motivation of Hamas to fight us, as was done to the Japanese in the last days of World War Two."

Johann Hari: The nightmare of Netanyahu returns

Paru sur le site du quotidien angalis The Independant le 07 février 2009

This is the man calling for the re-occupation of Gaza to 'liquidate' its elected government

Israel is about to make a misjudgement as disastrous – and deadly – as the attack on Gaza. In a few days, it looks as if it could elect Benjamin Netanyahu as prime minister once again. This is a man calling for the violent re-occupation of Gaza to "liquidate" its elected government. This is a man who says he will "naturally grow" the West Bank settlements. This is a man who says he will "never" negotiate over Jerusalem, or the Golan Heights, or control of the West Bank water supply.
This is a man who says establishing a Palestinian state would leave Israel with, "an existential threat and a public relations nightmare reminiscent of 1938 Czechoslovakia". This is a man who Yitzhak Rabin's widow said helped create a climate of hate that led to his murder.
The political beneficiaries of Operation Cast Lead have been Israel's hard-right. The opinion poll numbers have surged for Netanyahu's Likud and for the even more extreme Avigdor Lieberman. They say the only problem with the 23-day bombing of Gaza – killing 410 children, and hugely strengthening support for Hamas – is that it did not go far enough. The world urgently needs to look at these individuals – and ask how this came to pass.
The key to understanding Netanyahu lies with his father, Benzion. He is a distinguished scholar of medieval history who believes the world is eternally and ineradicably riddled with genocidal anti-Semitism. When he arrived in British Mandate Palestine, he declared that the majority of Jews there were naïve and idealistic. They had to immediately seize the entire Biblical land of Israel – taking all of the West Bank and stretching right into present-day Jordan. There could be no compromise, ever, with the Arabs, who only understand force. The man he calls his mentor, Abba Ahimeir, described himself proudly as "a fascist".
Today, Benzion's son routinely compares dealing with the Palestinians to dealing with the Nazis. He can only understand their anger as a resurfacing of Europe's irrational, murderous hate. He insists they have no right to a share of the land because they "stole" it – in 636AD. Accordingly, Netanyahu rubbishes every peace initiative offered by Israel. His reaction to Yitzhak Rabin's decision to sign the mild and moderate Oslo accords with Yasser Arafat reveals the depth of his opposition to compromise. He warmly addressed crowds that chanted "Rabin is a Nazi" and "through blood and fire, Rabin shall expire". He called the former prime minister "a traitor", shortly before Rabin was murdered by a Jewish fundamentalist who agreed.
The other person who has surged ahead in the polls – and looks likely to be Netanyahu's coalition partner – is Avigdor Lieberman, a Russian ex-nightclub bouncer who says the model for dealing with the Palestinians should be Vladimir Putin's 1990s bombardment of Chechnya, which caused the death of a third of the entire population. He wants the political parties elected by Israeli Arabs to be criminalised, snapping that they should be dealt with "like Hamas".
Perhaps even more depressing than their rise is the flat and flat-lining response form the other parties. Both Kadima and Labour militantly defend the blockade and bombing of Gaza, not least because their leaders – Tzipi Livni and Ehud Barak – led the charge in Cabinet. Even Barak has picked up the comparison to Putin and started approvingly quoting the new Tsar of Russia. The brave pro-peace parties like Meeretz are shunted far to the margins of the debate.
How did this happen? It is essential to remember that the Israelis didn't end up in the Middle East out of a wicked desire to colonise and kill, as some people now gleefully claim. They are there because they were fleeing genocidal Jew-hatred. That doesn't justify a single crime against a single Palestinian – but if we forget this, and the unimaginably vast trauma that lies behind it, we cannot understand what is happening now.
Over the past few months, I keep returning to an extraordinary essay written by the great Israel novelist Amos Oz in 1982. The Likud Prime Minister Menachem Begin had compared the Palestinian leadership to Adolf Hitler, so Oz wrote: "You display an urge to resurrect Hitler from the dead so you may kill him over and over again each day... Like many Jews, I feel sorry I didn't kill Hitler with my bare hands. But there is not, and there never will be, any healing for the open wound. Tens of thousands of dead Arabs will not heal that wound. Because, Mr Begin, Adolf Hitler is dead. He is not hiding in Nabatiyah, in Sidon, or in Beirut. He is dead and burned to ashes."
Israeli society consists, Oz says, of "a bunch of half-hysterical refugees and survivors". The 2,000-year trauma of the blood libel, the Inquisition, the pogroms, Auschwitz and Chelmno and the Gulag Archipelago, have produced a distorted vision, where every shriek of pain directed at Israel can sound like the rumble beginning in the massed crowds at Nuremberg.
This means that Israel is missing opportunities for peace. Even much of Hamas – an Islamist party I passionately oppose – is amenable to a long ceasefire along the 1967 borders. That isn't my opinion; it is the view of Yuval Diskin, the current head of the Israeli security service Shin Bet. He told the Israeli Cabinet before the bombing of Gaza that Hamas would restore the ceasefire if Israel would only end the blockade of the Strip and declare a ceasefire on the West Bank. Instead, they bombed, and the offer died.
The former head of Mossad, Ephraim Halevy, says that Hamas, "will have to adopt a path that could lead them far from their original goals" if only Israel will begin the path of compromise. This would drain support for rejectionists such as Osama Bin Laden and Mahmoud Ahmadinejad, and make it easier to build international coalitions.
Instead, too many Israelis – imprisoned by their history – seem determined to choose the opposite path: of Netanyahu and Lieberman and ramming an endless alienating boot on to the throat of the Palestinians. It doesn't have to be like this. We can only say to them with Amos Oz, as urgently as we can: Adolf Hitler is not hiding in Gaza City, or Beit Hanoun, or Hebron. Adolf Hitler is dead.
j.hari@independent.co.uk

Robert Fisk: War reporters used to prefer morality over impartiality

Par Robert Fisk
Paru sur le site du quotidien anglais The Independant le 07 février 2009

The "normality" of war, part two. We had a great storm in Beirut this week, thunder-cracks like gunfire, great green waves crashing below my balcony, rain like hail. So I curled up on my balcony sofa – coat and red scarf and thick socks – and opened a book sent by a kindly Independent reader, a much bent copy of Snyder and Morris's 1949 A Treasury of Great Reporting. And I began to wonder – in an age when the BBC can refuse help to the suffering because of its "impartiality" – whether we still report war with the same power and passion as the men and women of an earlier generation.
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"'Turn back! Retreat!' shouted the men from the front, 'we're whipped, we're whipped!' They cursed and tugged at their horses' heads and struggled with frenzy to get past." This is William Howard Russell covering the Union rout at Bull Run for The Times. "Soon I met soldiers who were coming through the corn, mostly without arms... The ambulances were crowded with soldiers, but it did not look as if there were many wounded... Men literally screamed with rage or fright when their way was blocked... At every shot a convulsion, as it were, seized upon the morbid mass of bones, sinew, wood, and iron, and thrilled through it, giving new energy and action to its desperate efforts to get free from itself... In silence I passed over the long bridge."
And here is Archibald Forbes reporting the collapse of the Paris Commune in 1871 for the London Daily News. "The Parisians of civil life are caitiffs to the last drop of their thin, sour, white blood. But yesterday they had cried 'Vive la Commune!'... Today they rubbed their hands with livid currish joy to have it in their power to denounce a Communard and reveal his hiding place. Very eager at this work are the dear creatures of women... They have found him, the misérable!... a tall, pale, hatless man with something not ignoble in his carriage. His lower lip is trembling, but his brow is firm, and the eye of him has some pride and defiance in it. They yell – the crowd – 'Shoot him; shoot him!'... men club their rifles and bring them down on that head. They are firing on the flaccid carcass now, thronging about it like blowflies..."
The first German war crime of the 1914-18 war – the sack of the Belgian city of Louvain – was covered by Richard Harding Davis of the New York Tribune, forced by the Germans to stay aboard his military train as it circled the burning city. "When by troop train we reached Louvain, the entire heart of the city was destroyed and fire had reached the Boulevard Tirlemont, which faces the railroad station. The night was windless, and the sparks rose in steady, leisurely pillars, falling back into the furnace from which they sprang... Outside the station in the public square the people of Louvain passed in an unending procession, women bare-headed, weeping men carrying the children asleep on their shoulders... Once they were halted, and among them were marched a line of men. They well knew their fellow townsmen. These were on their way to be shot."
Now a slightly selfish Quentin Reynolds at the fall of Paris in 1940: "I had stayed behind to write the story of the siege of Paris... Now it developed that there would be no siege of Paris. The Grand Boulevard was almost deserted this morning. One middle-aged woman was sitting at a table at a sidewalk café, one of the very few where one could still get coffee and bread. She had driven into the city that morning in her small one-seated (sic) car. She wanted to sell her car. I bought it on the spot. Now I was mobile."
And Ed Murrow for CBS in the London Blitz: "Millions of people ask only, 'What can we do to help? Why must there be 800,000 unemployed when we need these shelters?... What are the war aims of this country? What shall we do with victory when it's won? What sort of Europe will be built when and if this stress has passed?' These questions are being asked by thoughtful people in this country. Mark it down that in the three weeks of the air Blitz against this country, more books and pamphlets have been published on these subjects than in any similar period of the war... Mark it down that these people are both brave and patient, that all are equal under the bomb... You are witnessing the beginning of a revolution, maybe the death of an age."
Finally, the sharp tongue of Rebecca West for The New Yorker at the Nuremberg trials. "Though one has read surprising news of Göring for years, he still surprises. He is, above all things, soft. He wears either a German air-force uniform or a light beach-suit in the worst of playful taste, and both hang loosely on him, giving him an air of pregnancy. He has thick brown young hair, the coarse, bright skin of an actor who has used grease paint for decades, and the preternaturally deep wrinkles of the drug addict; it adds up to something like the head of a ventriloquist's dummy. His appearance makes a pointed but obscure reference to sex... it appears in the Palace of Justice that it is only the Americans and the British who can hold up a mirror to Germany and help her to solve her own perplexing mystery – that mystery which, in Nuremberg and the countryside around it, is set out in flowers, flowers which concert by being not only lovely but beloved... 'The people where I live now send me in my breakfast tray strewn with pansies,' says the French doctor who is custodian of the relics at the Palace of Justice (the lampshade made of human skin, the shrunken head of the Polish Jew)."
It's not just the power of the writing I'm talking about here; the screaming soldiers, the dying Communard, the condemned men, the woman wanting to sell her car, the death of an age, the flowers. These reporters were spurred, weren't they, by the immorality of war. They cared. They were not frightened of damaging their "impartiality". I wonder if we still write like this.

PALESTINE : Déni de Justice, falsification de l'Histoire

Par Michèle Sibony
Publié le 04 mai 2008 sur le site Protection Palestine

L’anniversaire de la création d’Israël est en passe de devenir une célébration internationale.
Par exemple, un défilé est organisé le 1er juin prochain au coeur de Manhattan, portant des bannières de grands portraits d’Israéliens anonymes ou célèbres, surmontés du titre : <>. La volonté des organisateurs est d’affirmer que la société israélienne "... est une société similaire en de nombreux aspects à celle de New York - une fascinante combinaison d’immigrants qui sont venus ensembles pour créer une société aux facettes multiples. C’est l’histoire d’Israël ...". Cependant, dans la liste de portraits, l’unique arabe israélien, comme ils les appellent, sera Rania Jubran, une diplomate. (Israël conquiert la 5e avenue : Ynet 21 avril 2008).
La Russie a prévu d’être de la fête aussi, avec un grand festival culturel destiné à célébrer la naissance d’Israël.
Salons du livre, expositions, et événements festifs de toute sorte s’organisent dans tous les pays d’Europe.
Ce qui donnerait le meilleur contrepoint à ce concert mondial, c’est un double petit événement qui s’est passé en Israël dans la nuit du 24 avril et reporté par Haaretz. Quelques anarchistes-contre-le-mur, accompagnés par un journaliste ami et sympathisant, ont été <> à Jaffa contre le défilé de commémoration de la... conquête de la ville en 1948, programmé le lendemain par un groupe de droite, le Etzel. Arrêtés par la police au milieu de la nuit ils sont emprisonnés. Dans la même nuit d’autres anarchistes-contre-le-mur, informés de l’arrestation, s’emparent avec leurs amis palestiniens d’un avant-poste de colonie illégale, une synagogue plantée sur une colline et que les colons n’occupent pas encore jour et nuit. Ils grimpent sur le toit, décrochent le drapeau israélien et le remplacent par le drapeau palestinien. Les colons alertés arrivent de toute part. La bataille rangée commence, colons contre colonisés et anarchistes. L’armée arrive et disperse les anarchistes-contre-le-mur et les Palestiniens à coup de balles en caoutchouc.
Quelques éléments à tirer de cet événement presque anecdotique :
1 - Il s’agit en Israël de commémorer la conquête en faisant fi de toutes les violences qu’elle a causées, les centaines de milliers de palestiniens chassés, leurs biens détruits ou appropriés, des centaines de milliers puis des millions de Palestiniens en exil dans des camps de réfugiés, qui paient jusqu’ aujourd’hui le prix de cette injustice. Eux qui vivent au Liban, en Syrie en Jordanie, dans les Territoires palestiniens occupés, en Israël même comme <>, n’existent pas et continuent d’être effacés des mémoires, de l’Histoire, du présent. Ils devraient subir cette célébration de leur conquête et de leur dépossession en veillant à ne pas gâcher la fête !
Tout cela dans un contexte non pacifié par un règlement du conflit, le respect du droit, ou une quelconque reconnaissance des torts causés, mais qui se caractérise au contraire par l’ aggravation du sort des réfugiés du Liban, des Palestiniens des Territoires Occupés et de la Bande de Gaza, et une remise en question permanente des droits des citoyens palestiniens d’Israël.
2 - La conquête n’est pas achevée et il s’agit de la continuer. Exactement comme le confiait Sharon en novembre 2001 au journal Haaretz : La guerre d’Indépendance n’est pas terminée. Non. 1948 n’était qu’un chapitre. Et il annonçait une seconde étape de colonisation d’au moins 50 ans. Ces deux phrases il les a martelées en Israël et dans toutes ses visites à l’Etranger. Les frontières d’Israël qui n’ont jamais été fixées, sont en train d’être dessinées dans le sang et par la force, au mépris de toutes les lois, par le plus fort, contre le plus faible.
Retrait unilatéral de Gaza qui fixe la frontière sud ? Mais l’armée israélienne conserve le contrôle terrestre aérien et maritime de toute la bande de Gaza et le gouvernement y a établi depuis des mois un siège ignoble qui affame toute la population, hommes, femmes et enfants, un million et demi d’habitants.
En Cisjordanie, la colonisation se poursuit sans répit, et le mur réalise les enclaves prévues par le plan Sharon. Des gouvernements européens comme l’Allemagne, ou le Japon financent déjà la construction de zones industrielles côté israélien du mur en face des enclaves, participant activement à leur Banthoustanisation. Ces enclaves constituent ainsi des réserves de travailleurs dont on imagine les droits. Devant Kalkylia, ville de 40 000 habitants complètement encerclée par le mur, la porte de la prison s’ouvre une demi-heure le matin pour laisser sortir de la ville les travailleurs prisonniers, et elle se rouvre une demi heure le soir pour les laisser rentrer dans leur ville dortoir. Mais si vous dites Apartheid vous exagérez et vous êtes antisémite.
3 - Les commémorations internationales et nationales de la création d’Israël constituent ainsi une véritable opération de blanchiment de l’histoire telle qu’elle s’est passée : il s’agit d’effacer, de nier la Naqba palestinienne, l’expulsion massive 750 000 personnes, les massacres de Deir Yacine près de Jérusalem, de Tantoura près de Haïfa, de Dawaimeh, près de Hébron en 1948, puis de Kafr Kacem en 1956, et la seconde expulsion à l’occasion de la guerre de 1967 d’encore 300 000 personnes. Oublier les expropriations de terres massives entre 1947 et 1949, celles des pourchassés qui se sont réfugiés dans les pays voisins mais aussi les terres des <> (grâce à la loi éponyme qui exproprie tous ceux qui ont fui leurs villages sans pour autant quitter Israël, mais ne pouvaient être et pour cause, sur leurs terres et propriétés au moment défini par la loi.
De tout cela il ne sera pas question.
Après les historiens palestiniens, mais eux n’ont pas été entendus, les nouveaux historiens, dès l’ouverture des archives de 1948 (notamment celles de l’armée) ont confirmé les faits. Ilan Pappe, entre autres, relate dans son dernier ouvrage <> Fayard 2008 - avec minutie l’application du plan daleth, l’expulsion organisée et planifiée.
Une terre sans peuple pour un peuple sans terre. C’est ce qui était nécessaire dans la logique sioniste au moment du vote de la partition en 1947, et c’est donc ce qu’il fallait fabriquer.
Ne pas reconnaître ce passé, imposer la pérennité de la mythologie sioniste sur l’histoire c’est installer durablement toute la société israélienne dans un déni de la réalité et une autojustification des crimes dont on ne peut mesurer les conséquences qu’avec frayeur. La première de ces conséquences est l’incompréhension totale du présent. Que de fois n’est-on surpris d’entendre justifier les crimes d’aujourd’hui par une position de victime, où l’agresseur est présenté comme celui qui se défend pour survivre à l’extermination.
4 - Ces commémorations veulent aussi blanchir le présent : celui de la colonisation qui continue, qui n’a jamais cessé, de la destruction de l’économie et de la société palestinienne, des milliers de prisonniers, des milliers de civils désarmés tués dans les Territoires Occupés, de l’ignoble siège d’un million et demi de civils sans défense à Gaza; celui de la politique de plus en plus ouvertement discriminante à l’égard des palestiniens d’Israël. C’est tout cela que la célébration israélienne passe à la lessiveuse, entérinant la morbidité d’une société élevée dans le déni de sa propre histoire et de son présent, et dans l’angoisse fabriquée de l’anéantissement, nécessaire car c’est cette angoisse qui permet de tout justifier et de tolérer l’intolérable.
L’active complicité de la plupart des gouvernements européens et de celui des Etats-Unis dans cette grande opération de blanchiment révèle à la fois combien l’idéologie sioniste, qui s’est appuyée sur les conséquences de l’antisémitisme européen qu’elle a érigées en chantage permanent, a réussi. Et combien les <> néolibérales d’aujourd’hui, engagées dans la destruction de tous les droits humains, sociaux, politiques, économiques, dans la destruction de l’environnement et la recolonisation de zones énormes du monde, se reconnaissent dans un tel modèle.
Sans abris, sans papiers, sans travail sans sécu sans retraite, les sans voix, les sans droits abondent aujourd’hui dans nos sociétés et se multiplient. La figure du Palestinien n’est - elle pas le parfait modèle de ce dénuement ? L’effacer, le nier, c’est pour ces gouvernements scélérats, nier leurs propres oeuvres quotidiennes, les rendre invisibles.
Admirer la force du plus fort, le laisse frapper et frapper encore, et dicter l’histoire comme il édicte le présent, c’est ce que le néolibéralisme veut nous imposer : Une épouvantable Régression, la fin du droit international, la fin des droits tout court. Les prestations récentes du président français en Chine et en Tunisie le montrent. Dans leur monde il n’y a pas de place pour les droits humains.
Panem et circenses ? Les émeutes de la faim qui se multiplient dans le monde montrent qu’il n’y aura pas de pain pour tout le monde.
La volonté d’effacement des Palestiniens constitue le principal enjeu de la fête, avec la célébration par l’Occident du modèle qu’il a largement contribué à forger et qu’il revendique aujourd’hui comme universel : Apartheid, négation de l’autre, écrasement du droit par la force.
Célébrer cela ? Sûrement pas.
La voix palestinienne doit être portée haut et fort dans le monde avec tous ceux qui refusent le négationnisme dans tous ses aspects, et qui refusent le projet de société d’un Bush ou d’un Sarkozy... Les quelques dizaines de jeunes anarchistes israéliens contre le mur, bien qu’ élevés dans la mythologie sioniste, ont réussi à ouvrir les yeux sur l’autre, le camarade palestinien colonisé, et ils ont choisi leur camp : celui d’un Avenir avec les Palestiniens, sans murs, dans l’Égalité la dignité et le respect. C’est ce programme qui doit être célébré, parce que c’est la seule perspective d’avenir pour cette région, et pour nous tous où que nous vivions.
Michèle

Les massacres de Palestiniens par Israël ; La justice sans voix

Par T. Hocine
Paru sur le site Protection Palestine le 04 février 2009

Il y a quelque chose de vraiment anormal dans de nombreuses juridictions de pays européens qui avaient voté pour leurs justices respectives des lois dites de compétence universelle. Un merveilleux arsenal juridique pour traquer le crime et empêcher l’impunité, même si les crimes sont commis en dehors de leurs territoires, et les victimes, des ressortissants d’autres Etats.
Des criminels, ou supposés comme tels, ont été condamnés. Mais l’on va vite se rendre compte à quel point c’est une justice à sens unique, ou encore au cas par cas, et que des pays européens se sont retrouvés à amender leurs propres lois ou geler certains disposions pour ne pas juger les crimes israéliens. Même la toute nouvelle CPI (Cour pénale internationale) n’arrive pas à trouver ses marques, tant le périmètre dans lequel elle évolue a été limité de manière drastique, car selon ses lois, ne sont jugés que les Etats membres. C’est ce qui permet nombre d’exemptions et autant de cas d’injustices. Que pourra alors cette honorable institution faite donc pour juger les plus faibles, si l’on en juge par certaines procédures ? [1]
On sait depuis peu que le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, mène un « examen préliminaire » sur les allégations de crimes commis à Ghaza par Israël lors de son agression contre ce territoire palestinien, selon les propos de son bureau à La Haye. Moreno-Ocampo a reçu des « communications » sur ce sujet, du ministre palestinien de la Justice, Ali Kashan, et de quelque 200 personnes et ONG, a précisé le bureau du procureur. « Le bureau du procureur va examiner attentivement tout ce qui est lié à ce sujet, y compris les problèmes de compétence », expliquent ses services dans une note écrite. « Cet examen préliminaire ne signifie pas qu’une enquête sera ouverte », a ajouté le bureau du procureur [2].
Nous y voilà donc. Moreno-Ocampo a rencontré M. Kashan à La Haye le 22 janvier, et les « allégations de crimes commis à Ghaza » ont été évoquées, selon son bureau. La CPI est compétente pour les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides commis depuis 2002. Elle peut inculper un individu si les crimes ont été commis sur le territoire d’un Etat partie ou si cet individu est un ressortissant d’un Etat partie. Israël n’est pas un Etat partie de la CPI. Le procureur peut néanmoins se pencher sur la situation à Ghaza si le Conseil de sécurité de l’ONU le charge d’y enquêter, ce qui semble hautement improbable, ou si Israël reconnaît temporairement la compétence de la cour, ce qui là aussi semble exclu.
Que reste-t-il donc aux Palestiniens, car même l’enquête ouverte par la justice espagnole contre un ex-ministre et des responsables militaires israéliens pour un bombardement meurtrier à Ghaza en 2002 pourrait être classée. Et en ce sens, la justice espagnole s’en trouverait soulagée, prenant prétexte du fait que l’ambassade israélienne à Madrid lui a remis très récemment un rapport faisant état d’une autre procédure pénale, menée en Israël sur les mêmes faits, alors même que cet assassinat a été ordonné par les plus hautes instances politiques israéliennes. Un subterfuge, et rien d’autre, car il n’y aura jamais de poursuite en Israël pour de tels faits. Mais pour l’instant, le parquet espagnol est favorable à la poursuite de l’enquête car la haute instance pénale espagnole, l’Audience nationale, n’a pas encore pu vérifier officiellement l’existence d’une autre procédure, selon El Pais.
Le juge Fernando Andreu de l’Audience nationale avait jugé recevable, jeudi, une plainte du Centre palestinien pour les droits de l’homme, au sujet du bombardement qui, en juillet 2002, avait tué un dirigeant du Hamas, Salah Chehadeh et 14 civils palestiniens, « en majorité des enfants et des bébés ». Environ 150 Palestiniens avaient également été blessés pendant cette attaque par l’explosion d’une bombe d’une tonne larguée par un F-16 israélien à Ghaza, sur une maison du quartier Al Daraj. La plainte vise l’ex-ministre israélien, Benjamin Ben-Eliezer, et six hauts responsables militaires, dont l’ex-chef d’état-major Moshe Yaalon.
Cette enquête a provoqué la colère d’Israël. Le quotidien espagnol ABC affirme que suite à cette affaire, le gouvernement espagnol envisageait de limiter le principe de « justice universelle ». Une loi se trouverait donc amendée pour ne pas gêner Israël. C’est ce qu’on appelle se faire violence.
Le chef de la diplomatie suédoise à Ghaza
Le chef de la diplomatie suédoise, Carl Bildt, a effectué, hier, une visite dans la bande de Ghaza où il a pu constater une partie des dégâts provoqués par l’offensive israélienne de 22 jours dans le territoire palestinien. M. Bildt a visité une cimenterie détruite lors d’une attaque israélienne à la périphérie de Ghaza ville ainsi que l’hôpital Al Qods, sévèrement endommagé par des obus israéliens, dans un quartier de Ghaza. Ils s’est entretenu avec des responsables de l’ONU et de l’hôpital, mais aucune rencontre n’était prévue avec des responsables du Hamas, le mouvement islamiste qui contrôle Ghaza.
[1] selon l’AP relayée par Yahoo le 3 février,
L’Autorité palestinienne reconnaît la compétence de la CPI
L’Autorité palestinienne a reconnu mardi la compétence de la Cour pénale internationale, une mesure destinée à ouvrir la voie à une enquête sur de possibles crimes de guerre durant la récente offensive israélienne dans la bande de Gaza. Lire la suite l’article Articles liés
Le ministre palestinien de la Justice Ali Khashan a envoyé une brève missive reconnaissant la CPI le 21 janvier, le tribunal la rendant publique mardi.
La CPI ne peut enquêter qu’à la demande du Conseil de sécurité de l’ONU ou d’un Etat qui a reconnu la juridiction. Seuls les Etats peuvent reconnaître la CPI et on ne savait pas dans l’immédiat quelle valeur pouvait avoir la reconnaissance par l’Autorité palestinienne.
Le procureur de la juridiction internationale a précisé que ses services examinaient la question. "Mon rôle désormais est d’analyser si ceci est en accord avec la loi", a ajouté Luis Moreno-Ocampo, qui a prévenu que sa décision ne serait pas rapide.
Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits de l’homme accusent Israël, qui n’a pas reconnu la CPI, d’avoir commis des crimes de guerre durant son offensive dans la bande de Gaza, notamment en s’en prenant aux populations civiles et en ayant recours à des armes au phosphore, interdites. AP http://fr.news.yahoo.com/3/20090203/twl-justice-cpi-israel-palestiniens-gaza-951b410.html
[2] pourtant, les témoignages abondent. Voir Par Algérie presse service
Un journaliste espagnol prédit une « avalanche » de plaintes contre Israël
Le documentariste et journaliste espagnol, Alberto Arce, témoin d’exception de la barbarie militaire israélienne contre la population palestinienne de Ghaza, prédit une « avalanche » de plaintes contre Israël pour crime de guerre à Ghaza, depuis qu’un tribunal espagnol avait décidé récemment d’ouvrir une enquête similaire concernant une agression contre la même ville en 2002. Le journaliste espagnol veut mettre à la disposition de l’Audience nationale, la plus haute instance pénale espagnole, qui a décidé récemment d’ouvrir une enquête pour « crime contre l’humanité » contre Israël, (attaque contre Ghaza en 2002, ndlr), « plus de 40 heures d’enregistrement in situ » des attaques israéliennes. « Si l’Audience nationale considère que pour un bombardement dans lequel ont péri 14 civils, elle voit des indices raisonnables pour se déclarer compétente et ouvrir un procès pour génocide et terrorisme, elle fera de même aujourd’hui alors qu’il y a 1 500 morts et des milliers de blessés », a souligné à la presse Alberto Arce, qui a travaillé à Ghaza pour l’ONG Free Ghaza. Pour lui, la plainte contre les faits de 2002 « n’est que le début d’une série d’autres qui seront déposées. Il y a des centaines et des centaines de cas similaires qui vont être présentés, tant au niveau de l’Audience nationale que devant les tribunaux de toute l’Europe et la Cour internationale de justice de La Haye, par le Centre palestinien des droits de l’Homme avec le soutien de nombreuses ONG qui se présenteront comme partie civile ».
Le cinéaste espagnol, spécialisé dans le documentaire, a ajouté qu’il détenait des « preuves irréfutables et documentées des attaques systématiques et préméditées contre le Croissant-Rouge, des hôpitaux, des centres de refuge, des centres de stockage des aides humanitaires et des écoles placés sous la protection de l’ONU, ainsi que de l’attaque militaire disproportionnée et des dénonciations de tortures systématiques exercées contre des Palestiniens arrêtés ». Il a ajouté également que ces enregistrements « montrent crûment l’utilisation du phosphore blanc contre la population civile et les attaques contres des journalistes parfaitement identifiés qui ont été assassinés ». Alberto Arce, 32 ans, qui a déjà réalisé par le passé de nombreux documentaires sur l’Irak et la Palestine, compte réaliser un autre sur les dernières attaques militaires israéliennes sur Ghaza qui ont fait 1 400 morts et des milliers de blessés. Il a annoncé aussi son intention de constituer des archives photos qu’il mettra à la disposition des tribunaux, en tant que « preuves irréfutables », lors de possibles procès contre Israël. http://www.latribune-online.com/monde/11466.html
Sabra et Chatila
En date du 6 juin 1982, l'armée israélienne a envahi le Liban, en réaction à une tentative d'assassinat de l'ambassadeur israélien Argov à Londres le 4 juin. La tentative d'assassinat avait été attribuée le jour même par les services secrets israéliens à une organisation palestinienne dissidente, et l'action commanditée par le gouvernement irakien, alors soucieux de détourner l'attention de ses revers récents sur le front de la guerre Iran-Irak [1]. L'opération israélienne, préparée de longue date, est baptisée "paix en Galilée". Initialement, le gouvernement israélien avait annoncé son intention de pénétrer sur 40 km dans le territoire libanais. Le commandement militaire, sous la direction du ministre de la défense, le général Ariel Sharon, a cependant décidé d'exécuter un projet plus ambitieux qu'il avait préparé depuis plusieurs mois. Après avoir occupé le sud du pays, et y avoir détruit la résistance palestinienne et libanaise, tout en commettant déjà une série d'exactions contre la population civile [2], les troupes israéliennes ont effectué une percée jusqu'à Beyrouth, encerclant à partir du 18 juin 1982 les forces armées de l'Organisation pour la Libération de la Palestine, retranchées dans la partie ouest de la ville. L'offensive israélienne, et notamment les bombardements intensifs sur Beyrouth, auraient occasionné, selon des statistiques libanaises, 18000 morts et 30000 blessés, en très grande majorité des civils. Après deux mois de combat, un cessez-le-feu a été négocié par l'intermédiaire de l'émissaire des Etats-Unis, Philippe Habib. Il a été convenu que l'OLP. évacuerait Beyrouth, sous la supervision d'une force multinationale qui se déploierait dans la partie évacuée de la ville. Les Accords Habib envisageaient que Beyrouth-Ouest soit éventuellement investi par l'armée libanaise, et des garanties américaines étaient données au leadership palestinien pour la sécurité des civils dans les camps après leur départ.
L'évacuation de l'OLP s'est terminée le 1er septembre 1982.
Le 10 septembre 1982, les forces multinationales ont quitté Beyrouth. Le lendemain, Ariel Sharon annonçait que "deux mille terroristes" restaient encore dans les camps de réfugiés palestiniens autour de Beyrouth. Le mercredi 15 septembre, après l'assassinat la veille du président Bachir Gemayel, l'armée israélienne occupait Beyrouth-ouest et encerclait les camps de Sabra et de Chatila, habités uniquement par une population civile palestinienne et libanaise, l'entièreté des résistants armés (plus de 14000 personnes) ayant évacué Beyrouth et sa banlieue le 1er septembre [3]. Historiens et journalistes s'accordent pour admettre que c'est probablement lors d'une rencontre entre Sharon et Gemayel à Bikfaya le 12 septembre, qu'un accord a été conclu pour autoriser les forces libanaises à "nettoyer" ces camps palestiniens [4]. L'intention d'envoyer les forces phalangistes dans Beyrouth-ouest avait déjà été annoncée par Ariel Sharon le 9 juillet 1982 [5] et dans sa biographie, il confirme avoir négocié l'opération lors de la rencontre de Bikfaya. [6] Selon les déclarations d'Ariel Sharon à la Knesset (parlement israélien) en date du 22 septembre 1982, l'entrée des Phalangistes dans les camps de réfugiés de Beyrouth fut décidée le mercredi 15 septembre 1982 à 15h30 [7]. Toujours selon le général Sharon, le commandant israélien avait reçu comme instruction : "Il est interdit aux forces de Tsahal [8] d'entrer dans les camps de réfugiés. Le ratissage et le nettoyage des camps seront effectués par les Phalanges ou l'armée libanaise [9]". Dès l'aube du 15 septembre 1982, des chasseurs bombardiers israéliens ont commencé à survoler Beyrouth-ouest à basse altitude et les troupes israéliennes ont entamé leur entrée dans Beyrouth-ouest. A partir de 9h du matin, le général Sharon a été lui-même sur place pour diriger personnellement la poursuite de la percée israélienne, et s'est installé au quartier général de l'armée au carrefour de l'ambassade du Koweit, situé à la limite de Chatila. Du toit de cet immeuble de 6 étages, on pouvait parfaitement observer la ville et les camps de Sabra et Chatila. Il était impossible à Sharon de ne pas voir ce qui s'y déroulait.
L'encerclement
Dès midi, les camps de Sabra et Chatila, qui forment en réalité une seule zone de camps de réfugiés au sud de Beyrouth-ouest, sont encerclés par des chars et par des soldats israéliens, qui installent tout autour des camps des points de contrôle permettant de surveiller les entrées et les sorties. Durant la fin de l'après-midi et la soirée, les camps sont bombardés au tir d'obus. Le jeudi 16 septembre 1982, l'armée israélienne contrôle l'ensemble de Beyrouth-ouest. Dans un communiqué, le porte-parole militaire déclare: " Tsahal contrôle tous les points stratégiques de Beyrouth. Les camps de réfugiés, incluant les concentrations de terroristes, sont encerclés et fermés ". Au matin du 16 septembre, l'ordre est donné par le haut commandement de l'armée: "Searching and mopping up of the camps will be done by the Phalangists/ Lebanese Army" [10] Pendant la matinée, des obus sont tirés vers les camps depuis les hauteurs environnantes et des tireurs d'élite israéliens postés autour, tirent sans discrimation sur tous les civils se trouvant dans les rues. Vers midi, le commandement militaire israélien donne aux milices phalangistes le feu vert pour l'entrée dans les camps de réfugiés. Peu après 17h, une unité d'environ 150 Phalangistes entre par le sud et le sud-ouest dans le camp de Chatila. Lorsque le général Drori appelle par téléphone Ariel Sharon et lui annonce: "Nos amis avancent dans les camps. Nous avons coordonné leur entrée." Ce dernier répond "Félicitations!, l'opération de nos amis est approuvée." [11] Pendant 40 heures, dans les camps "encerclées et bouclés", les miliciens phalangistes vont violer, tuer ou mutiler un grand nombre de civils non armés, en majorité des enfants, des femmes et des vieillards. Ces actions sont accompagnées ou suivies de rafles systématiques, avalisées ou renforcées par l'armée israélienne. Jusqu'au matin du samedi 18 septembre 1982, l'armée israélienne, qui savait parfaitement ce qui se passait dans les camps, et dont les dirigeants étaient en contact permanent avec les dirigeants des milices qui perpétraient le massacre, s'est non seulement abstenue de toute intervention, mais a pris une part active au massacre en empêchant des civils de fuir les camps et en organisant un éclairage constant des camps durant la nuit, moyennant des fusées éclairantes, lancées par des hélicoptères et des mortiers. Les chiffres des victimes varieront entre 700 (chiffre officiel israélien) et 3500 (notamment l'enquête précitée du journaliste israélien Kapeliouk). Le chiffre exact ne pourra jamais être déterminé parce que, outre environ 1000 personnes qui ont été enterrées dans des fosses communes par le CICR ou enterrées dans des cimetières de Beyrouth par des membres de leur famille, un grand nombre de cadavres ont été enterrés par les miliciens eux-mêmes, qui les ont ensevelis sous des immeubles qu'ils ont détruits avec des bulldozers. Par ailleurs, surtout les 17 et 18 septembre, des centaines de personnes avaient été emmenées vivantes dans des camions vers des destinations inconnues et ont disparu. Depuis le massacre, les victimes et survivants des massacres n'ont bénéficié d'aucune instruction judiciaire, ni au Liban, ni en Israël, ni ailleurs. Sous la pression d'une manifestation de 400000 participants, le parlement israélien (Knesset) a nommé une commission d'enquête sous la présidence de Monsieur Yitzhak Kahan en septembre 1982. Malgré les limitations résultant tant du mandat de la Commission (un mandat politique et non judiciaire) que de son ignorance totale des voix et demandes des victimes, la Commission Kahan a conclu que "Le Ministre de la Défense Ariel Sharon était personnellement responsable" des massacres. [12]
Démission de Sharon
Sur l'insistance de la Commission, et des manifestations qui ont suivi son rapport, Sharon se voit contraint de démissionner de son poste de Ministre de la Défense, tout en gardant son poste comme ministre sans portefeuille. Il est à noter que la manifestation du mouvement "Paix Maintenant", qui a immédiatement précédé sa "démission", avait donné lieu à une attaque à la grenade contre les manifestants, résultant dans la mort d'un jeune manifestant [13]. Par ailleurs, plusieurs enquêtes non officielles et rapports basés sur des témoignages surtout occidentaux, dont celle de MacBride et de la Nordic Commission, ainsi que des rapports journalistiques et historiques fouillés, ont réuni des informations précieuses [14]. Malgré toutes les preuves réunies sur les massacres de Sabra et Chatila, le " responsable personnel " de ces massacres, ses acolytes, et les exécutants, n'ont jamais été poursuivis en justice ou punis. Les journalistes israéliens Schiff et Yaari avaient conclu, en 1984, leur chapitre sur le massacre par cette réflexion: "If there is a moral to the painful episode of Sabra and Shatila, it has yet to be acknowledged" [15]. Cette réalité de l'impunité est tout aussi vraie aujourd'hui. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a condamné le massacre par la résolution 521 (1982) du 19 septembre 1982. Cette condamnation a été suivie par une résolution de l'Assemblée Générale du 16 décembre 1982 qui a qualifié le massacre d' "acte de génocide".
[1] Le "Conseil Révolutionnaire", mieux connu comme le "groupe Abu Nidal", cf Z. Schiff et E. Yaari, Israel's Lebanon War, New York, Simon and Schuster, 1994, 97-100, à la page 99: "Les trois personnes arrêtées [par Scotland Yard] ont révélé qu'un émissaire de Baghdad leur avait transmis des ordres pour procéder à l'attentat, et qu'ils avaient reçu leurs armes du bureau de l'attaché militaire de l'ambassade irakienne à Londres. "Le nom du responsable irakien est mentionné par Dilip Hiro, Iran under the Ayatollahs, Londres, Routledge, 1985, 211: "L'attaque israélienne a été déclenchée par la tentative d'assassiner Shlomo Argov, l'ambassadeur israélien en Grande-Bretagne, dans la nuit du 3 juin. L'opération de Londres avait été organisée par Nawal al Rosan, un 'marchand de tapis' irakien, qui s'est révélé plus tard être un colonel des services de renseignements irakiens". A noter que l'ambassadeur Argov, reclus à vie par l'attentat, avait par la suite dénoncé la guerre d'Ariel Sharon au Liban. [2] Pour un catalogue détaillé des violations des Conventions de Genève à l'égard de la population civile, voir le rapport de la Commission McBride (Prix Nobel de la paix 1974), Israel in Lebanon, The Report of the International Commission to enquire into reported violations of International Law by Israel during its invasion of the Lebanon, 28 août 1982-29 novembre 1982, Londres, Ithaca, 1983, 187-192 (Conclusions)- Ci-après dénommé Commission MacBride. [3] Selon Kapeliouk, Sabra et Chatila : Enquête sur un massacre, Paris, Seuil1982, citant le Haaretz du 15 septembre 1982, le général Eytan aurait déclaré la veille devant la Commission des Affaires Etrangères du Knesset que "Il ne reste plus à Beyrouth que quelques terroristes et un petit bureau de l'OLP". Kapeliouk, p. 30. [4] Benny Morris, The Righteous Victims. New York, A. Knopf, 1999, p. 540. [5] SCHIFF & YA'ARI, Israel's Lebanon War, New York, Simon and Schuster, 1984, p. 251. [6] A. Sharon, Warrior: An Autobiography, Simon and Schuster, Ney York, 1989p. 498. [7] Sharon à la Knesset, Annexe au rapport de la Commission Kahan, The Beirut Massacre, The Complete Kahan Commission Report, Princeton, Karz Cohl, 1983, p.124. [8] Les forces armées israéliennes. [9] Kahan Report, p. 125: "mopping-up". [10] Kahan Commission Report, 14. [11] Kapeliouk, p.37. [12] Kahan Commission Report, 104: "We have found... that the Minister of Defense bears personal responsibility." [13] Emile Grunzweig. Abraham Burg, président de la Knesset, fut blessé lors de cette manifestation. [14] Les ouvrages les plus connus sont les rapports de la Commission Kahan, de la Commission MacBride et de la Commission Nordique, et les livres de Robert Fisk, Zeev Schiff et Ehud Yaari, Amnon Kapeliouk, Thomas Friedman, Jonathan Randal, et d'autres. Une enquête du procureur militaire libanais, qui a expurgé en conclusion toute responsabilité des exécutants, n'a jamais été publié. Tabitha Petran, The Struggle over Lebanon, New York, Monthly Review Press, 1987, p. 289. [15] Schiff et Yaari, p.285.

Obama parle d’Israël et de Palestine

Par Noam Chomski
Publié le 06 février 2009 sur le site legrandsoir.info
Traduction Laurent EMOR pour le Grand Soir


Barack Obama est manifestement une personne de vive intelligence, instruit en Droit et attentif au choix de ses mots. Il mérite d’être pris au sérieux - à la fois pour ce qu’il dit et pour ce qu’il passe sous silence.
Ses premières déclarations consistantes de politique étrangère, le 22 janvier au Département d’Etat lorsqu’il a présenté George Mitchell son représentant spécial pour le Moyen-Orient, sont particulièrement éloquentes.
Mitchell doit concentrer son attention sur le problème israélo-palestinien, dans le sillage de l’invasion israélo-étasunienne récente de Gaza. Pendant l’attaque meurtrière, hormis quelques platitudes, Obama est resté dans un aparté silencieux car, a-t-il dit, il y a un seul président - une réalité qui ne l’a pas fait taire sur de nombreux autres sujets. Cette obligation ne l’a pas non plus empêché de répéter que “si des missiles tombaient où mes deux filles dorment, je ferais tout pour arrêter cela“. Il voulait parler des enfants israéliens, pas des centaines d’enfants palestiniens massacrés par les armes étasuniennes dont il ne pouvait pas parler parce qu’il n’y a qu’un président.
Le 22 janvier cependant, le seul président était Barack Obama, et il pouvait parler librement de ces sujets - mais il a esquivé les attaques sur Gaza qui avaient été opportunément interrompues juste avant son investiture.
Le discours d’Obama a insisté sur un règlement pacifique. Il a laissé ses contours vagues, sauf pour une proposition précise : “l’initiative de paix Arabe“, a dit Obama, “comporte des éléments constructifs utiles pour l’avancement de ces efforts. Il est temps maintenant pour les états Arabes de mettre en oeuvre les promesses de cette initiative, en soutenant le gouvernement Palestinien du Président Abbas et du Premier Ministre Fayyad, et d’avancer dans la normalisation des relations avec Israël en se dressant contre le terrorisme qui nous menace tous“.
Obama ne falsifie pas directement la proposition de la Ligue Arabe, mais la tromperie, soigneusement mise en œuvre, est instructive.
La proposition de la Ligue Arabe appelle évidemment à la normalisation des relations avec Israël, mais dans le contexte - répétons le, dans le contexte d’un règlement à deux états selon les termes d’un consensus international ancien, que les Etats-Unis et Israël ont bloqué et continuent de bloquer depuis plus de 30 ans dans un isolement international complet. Le coeur de la proposition de la Ligue Arabe, comme Obama et ses conseillers sur le Moyen-Orient le savent très bien, est son appel à un règlement politique et pacifique en ces termes, qui comme chacun le sait et le reconnaît sont la seule base de ce règlement pacifique pour lequel Obama professe son attachement. L’oubli de ce fait crucial ne peut pas être vraiment fortuit et signifie clairement qu’Obama n’envisage pas d’abandonner le rejectionisme étasunien. Son appel aux états Arabes de se concentrer sur un corollaire de leur proposition, alors que les Etats-Unis ignorent jusqu’à l’existence du contenu principal qui est une condition à ce corollaire, est d’une mauvaise foi totale.
Parmi les entreprises les plus notoires pour compromettre un règlement pacifique il y a les opérations quotidiennes dans les territoires occupés, toutes soutenues par les USA et reconnues comme criminelles ; le vol des terres et des ressources de valeur et la mise en place de ce que l’architecte en chef de ce plan, Ariel Sharon, appelait les “Bantoustans“ pour Palestiniens. Comparaison injuste car les Bantoustans étaient de loin plus viables que les miettes laissées aux Palestiniens selon la conception de Sharon qui est en train de se réaliser. Mais les Etats-Unis et Israël (et quelques îles du Pacifique) ont voté contre une résolution en faveur du “droit du peuple Palestinien à l’autodétermination“ (adoptée à 173 voix contre 5, avec l’opposition des USA et d’Israël sous des prétextes ambigus).
Obama ne dit pas un mot sur l’extension du peuplement et des constructions en Cisjordanie, ni sur les mesures alambiquées pour contrôler la vie des Palestiniens, dans le dessein de détruire les perspectives d’une solution pacifique à deux états. Son silence est la sinistre réfutation de ses fioritures oratoires sur la façon dont “je ferais tous les efforts pour obtenir deux états vivant côte à côte dans la paix et la sécurité“.
Ignorée aussi l’utilisation par Israël d’armes étasuniennes à Gaza, en violation non seulement des lois internationales mais aussi étasuniennes. Oublié l’envoi par Washington à l’apogée de l’attaque israélo-étasunienne de nouvelles armes à Israël, ce que les conseillers d’Obama sur le Moyen-Orient n’ignoraient certainement pas.
Obama a cependant été ferme. La contrebande d’armes vers Gaza doit cesser. Il approuve l’accord entre Condoleeza Rice et le Ministre Israélien des Affaires Etrangères Tzipi Livni sur la fermeture de la frontière entre l’Egypte et Gaza. Un remarquable exercice d’arrogance impériale, comme l’a observé le Financial Times ; “quand ils étaient à Washington, se congratulant mutuellement, les deux ministres semblaient oublier le fait qu’ils concluaient un marché concernant un commerce illégal à la frontière d’un pays tiers - en l’occurrence l’Egypte. Le jour suivant, un officiel Egyptien a décrit cet accord comme digne d’une fiction“. Les objections de l’Egypte ont été ignorées.
Pour en revenir aux références d’Obama sur la proposition “constructive“ de la Ligue Arabe, comme le dit la phraséologie, Obama persiste à restreindre son appui au parti vaincu aux élections de 2006, les seules élections libres dans le monde Arabe, auxquelles les USA et Israël ont immédiatement et ouvertement réagi en punissant sévèrement les Palestiniens pour n’avoir pas respecté la volonté des Maîtres. Un détail technique mineur est que le mandat d’Abbas s‘est terminé le 9 janvier et que Fayyad fut nommé sans la confirmation du Parlement Palestinien (dont beaucoup de membres ont été enlevés et sont détenus dans les prisons israéliennes). Le journal Haaretz décrit Fayyad comme “un oiseau rare dans la politique palestinienne. D’un côté il est l’homme politique le plus estimé par Israël et l’Occident. De l’autre cependant, il n’a aucune légitimité électorale, ni à Gaza ni en Cisjordanie“. Le rapport remarque aussi que Fayyad a “des relations étroites avec le Système Israélien“, en particulier avec le conseiller extrémiste de Sharon Dov Weiglass. Bien que sans aucune représentativité populaire, il est considéré comme compétent et honnête, qualités peu courantes dans les milieux politiques soutenus par les Etats-Unis.
L’insistance d’Obama pour qu’Abbas et Fayyad soient reconnus est conforme au dédain de l’Occident pour la démocratie, sauf si elle est sous son contrôle.
Obama a fourni les raisons habituelles pour ignorer le gouvernement élu dirigé par le Hamas. “Pour être un véritable partenaire pour la paix“, a déclaré Obama, “le quartet [Etats-Unis, Union Européenne, Russie, Nations Unies] a fait clairement savoir que le Hamas devait remplir trois conditions sans ambiguïté : reconnaître le droit d’exister à Israël, renoncer à la violence et respecter les accords passés“. Sans mentionner, comme d’habitude, l’inconvénient majeur que les Etats-Unis et Israël rejettent fermement ces trois conditions. Dans l’isolement international, ils empêchent la solution à deux états dont l’un Palestinien, ils ne renoncent bien évidemment pas à la violence, et ils rejettent la proposition principale du quartet ; “la feuille de route“. Israël l’a formellement acceptée, mais avec quatorze réserves (tacitement soutenues par les Etats-Unis) qui détruisent efficacement son contenu. C’est le grand mérite du livre de Jimmy Carter “Palestine : la Paix, pas l’Apartheid“, d’avoir porté ces faits à l’attention publique pour la première, et en même temps la seule fois.
Il en découle, selon un raisonnement élémentaire que ni les Etats-Unis, ni Israël, ne sont des “véritables partenaires pour la paix“. Mais cela ne peut pas être dit. Cette phrase n’a aucun sens en Langue Anglaise.
Il est peut-être injuste de critiquer Obama pour cet exercice de cynisme quasi universel, mais non pour son éviscération scrupuleuse de l’organe central de la proposition de la Ligue Arabe, une nouvelle contribution qui lui est propre.
Quasi universelles aussi sont les références habituelles au Hamas comme organisation terroriste dont le but est d’éradiquer Israël (ou peut-être tous les Juifs). On oublie ainsi l’inconvénient que les Etats-Unis et Israël ont non seulement pour but de détruire tout état Palestinien viable, mais qu’ils mettent en œuvre perpétuellement des politiques en ce sens. Ou que, à l’inverse de ces deux états rejectionistes, le Hamas a appelé une solution à deux états selon le consensus international de façon publique, répétée et explicite.
Obama a commencé ses remarques en disant : “Je veux être clair : l’Amérique est s’engagée pour la sécurité d’Israël. Et nous soutiendrons toujours le droit d’Israël à se défendre contre des menaces légitimes“.
Rien sur le droit des Palestiniens à se défendre contre des menaces beaucoup plus sérieuses, comme celles qui se produisent quotidiennement dans les territoires occupés, avec le soutien étasunien. Mais cela, encore une fois, est normal.
Normal aussi l’énoncé du principe donnant droit à Israël de se défendre. Cela est vrai mais inepte : chacun a ce droit. Mais dans ce contexte, ce cliché est plus qu’inepte, c’est une tromperie cynique.
La question n’est pas de savoir si Israël, comme tout le monde, a le droit de se défendre mais s’il a le droit de le faire par la force. Personne, pas même Obama, ne croit que les états jouissent d’un droit universel à se défendre par la force. Il est d’abord besoin de démontrer qu’aucune alternative pacifique n’est envisageable. Dans ce cas, il en existe sûrement.
Une alternative simple serait qu’Israël respecte un cessez-le-feu, par exemple celui qui a été proposé par le chef politique du Hamas Khaled Mishal peu de jours avant qu’Israël ne lance son attaque le 27 décembre. Mishal avait appelé à reprendre l’accord de 2005. Cet accord réclamait la fin des violences et une ouverture continue des frontières, avec la garantie d’Israël que les biens et les personnes pourraient circuler librement entre les deux parties de la Palestine occupée, la Cisjordanie et la bande de Gaza. L’accord avait été rejeté quelques mois plus tard par les Etats-Unis et Israël, après les “mauvais résultats“ des élections libres de 2006. Il y beaucoup d’autres possibilités pertinentes.
L’alternative la plus large et la plus adéquate serait qu’Israël et les Etats-Unis abandonnent leur rejectionisme radical et se joignent au reste du monde - incluant les états Arabes et le Hamas - pour encourager la solution à deux états acceptée par le consensus international. Il faut se souvenir que durant les 30 dernières années, les Etats-Unis et Israël se sont écartés une fois de leur rejectionisme : pendant les négociations de Taba en janvier 2001, qui promettaient une solution pacifique avant qu’Israël ne s’en retire. Il ne paraîtrait donc pas étrange qu’Obama accepte de se joindre au reste du monde, même dans le cadre de la politique des Etats-Unis, si c’est cela qu’il voulait.
En bref, la rengaine constante d’Obama sur le droit d’Israël à se défendre est un autre exercice de mise en scène cynique qui, on doit l’admettre, ne lui est pas propre mais quasiment universel.
La mascarade est particulièrement frappante dans ce cas puisqu’il y avait une bonne occasion avec la nomination de Mitchell comme représentant spécial. La réussite majeure de Mitchell est son rôle de premier plan dans l’accord de paix en Irlande du Nord. Il exigeait la fin des violences de l’IRA et des Britanniques. Il était implicite dans ce cas que la Grande-Bretagne avait le droit de se défendre contre le terrorisme, mais qu’elle n’avait aucun droit de le faire par la force parce qu’il y avait une alternative pacifique : la reconnaissance des revendications légitimes de la communauté Catholique d’Irlande qui étaient les racines de la terreur de l’IRA. Quand la Grande-Bretagne a suivi cette voie sensée, la terreur s’est arrêtée. Les implications pour la mission de Mitchell dans le conflit israélo-palestinien sont si évidentes qu’il est inutile de les énumérer. Leur omission est une nouvelle preuve évidente de l’engagement de l’administration d’Obama dans le rejectionisme et de son refus de la paix, sauf à des conditions extrémistes.
Obama a aussi remercié la Jordanie pour “son rôle constructif dans l’entraînement des forces de sécurité Palestiniennes et le renforcement de ses relations avec Israël“ - ce qui contraste singulièrement avec le refus israélo-étasunien de travailler avec le gouvernement de Palestine librement élu, et la punition sévère infligée aux Palestiniens qui l’ont élu, sous des prétextes qui, comme on l’a déjà dit, ne résistent pas au moindre examen. C’est vrai que la Jordanie a aidé les USA à armer et entraîner les forces de sécurité Palestiniennes pour qu’elles puissent réprimer violement toute manifestation de soutien aux malheureuses victimes de l’attaque israélo-étasunienne à Gaza, et arrêter des partisans du Hamas et le journaliste très connu, Khaled Amayreh. Pendant ce temps, elles organisaient leurs propres manifestations en faveur d’Abbas et du Fatah dans lesquelles la plupart des participants “étaient des fonctionnaires et des écoliers auxquels l’autorité Palestinienne avait demandé de manifester“, selon le Jérusalem Post. C’est la démocratie que nous aimons.
Obama a fait un autre commentaire substantiel : “Dans le cadre d’un cessez-le-feu de longue durée, les passages aux frontières de Gaza doivent être ouverts avec une surveillance appropriée pour permettre le flux d’aide et le commerce…“ Il n’a pas dit, bien sûr, que les Etats-Unis et Israël avaient rejeté un tel accord après l’élection de 2006, et qu’Israël n’avait jamais respecté par la suite d’autres accords similaires.
Aucune réaction non plus à l’annonce par Israël de son rejet du cessez-le-feu, de telle façon que la possibilité qu’il soit “de longue durée“ est pour le moins compromise. Mais les réactions de la presse n’ont pas tardé : “le Ministre du Conseil Israélien Binyamin Ben-Eliezer, qui a pris part aux délibérations de sécurité, a dit à la Radio de l’Armée qu’Israël ne rouvrirait pas les frontières de Gaza avant un accord sur la libération de [Gilad] Schalit“ (Associated Press, 22 janvier). “Israël gardera fermées les frontières avec Gaza…Un officiel a dit que le gouvernement prévoyait d’utiliser cette affaire pour négocier la libération de Gilad Shalit, le soldat Israélien détenu par le groupe islamiste depuis 2006 (Financial Times, 23 janvier). “Plus tôt dans la semaine, le Ministre des Affaires Etrangères Tzipi Livni a dit que les progrès sur la libération du caporal Shalit conditionneraient l’ouverture des frontières qui ont été pratiquement fermées depuis que le Hamas a arraché le contrôle de Gaza à l’Autorité Palestinienne de Cisjordanie en 2007“ (Christian Science Monitor, 23 janvier). “Un officiel Israélien a dit que la levée du blocage serait fortement conditionnée par la libération de Gilad Shalit“ (Financial Times, 23 janvier). Et beaucoup d’autres.
La capture de Shalit est une question sérieuse à l’Ouest, une autre preuve de la criminalité du Hamas. Quoi que l’on pense à ce sujet, il est indiscutable que la capture d’un soldat d’une armée d’agression est un bien moindre crime que l’enlèvement de civils, exactement ce qu’ont fait les forces israéliennes la veille de la capture de Shalit en pénétrant dans la ville de Gaza pour enlever deux frères et les entraîner au-delà de la frontière où ils disparurent dans les prisons d’Israël. A l’opposé du cas de Shalit, ce crime fut virtuellement tu et a été oublié, tout comme les pratiques régulières d’Israël, sur plusieurs décennies, d’enlever des civils au Liban et en haute mer, de les répartir dans ses prisons et de les retenir en otages pendant plusieurs années. Mais la capture de Shalit empêche le cessez-le-feu.
Le discours d’Obama sur le Moyen-Orient au Département d’Etat continua avec “la situation qui se détériore en Afghanistan et au Pakistan… le front principal de notre combat continu contre le terrorisme et l’extrémisme“. Quelques heures plus tard, les avions étasuniens attaquaient un village reculé d’Afghanistan pour essayer d’y tuer un chef Taliban. “Cependant, les anciens du village ont dit aux responsables de la province qu’il n’y avait pas de Talibans dans la région qu’ils décrivirent comme un hameau peuplé principalement par des bergers. Selon Hamididan Abdul Rahmzai, le chef du conseil de la province, les anciens ont dit que des enfants et des femmes figurent parmi les 22 morts“ (Los Angeles Times, 24 janvier).
Le premier message du Président Afghan Karzai à Obama après son élection en novembre était pour demander la fin des bombardements de civils Afghans, demande réitérée quelques heures après qu’Obama ait prêté serment. La même attention a été apportée à cette demande de Karzai qu’à celle qu’il avait faite pour un calendrier de retrait des forces armées des Etats-Unis et d’autres nations étrangères. Les riches et les puissants ont leurs “responsabilités“. Parmi celles-ci, rapporte le New York Times, il y a celle d’ “assurer la sécurité“ dans le sud de l’Afghanistan où “l’insurrection est endémique et soutenue de l’intérieur“. Très familier ; la Pravda dans les années 1980 par exemple.
26 janvier, 2009 par Noam Chomsky