mardi 3 novembre 2009

2 novembre 1917, la déclaration Balfour

Publié le lundi 02 novembre 2009 sur le site blog.mondediplo.net
par Alain Gresh /Le Monde diplomatique

Il y a 92 ans, le 2 novembre 1917, le gouvernement britannique adoptait la déclaration Balfour, un texte qui est à l’origine du conflit palestinien.

Pour en comprendre les enjeux, voici un extrait du chapitre 2 de Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2001 et 2007).

Le conflit se noue (1917-1939)

Un monde s’effondre. La première guerre mondiale entre dans sa dernière année. Des empires séculaires, celui des Ottomans - le turc -, l’empire austro-hongrois, n’y survivront pas. La Russie tsariste est déjà morte et les bolcheviks s’apprêtent à prendre le Palais d’hiver et à instaurer un régime dont la durée de vie coïncidera avec ce que les livres d’histoire désignent comme le XXe siècle. Nous sommes le 2 novembre 1917 et lord Arthur James Balfour, ministre du puissant empire britannique, met la dernière touche à sa lettre. Hésite-t-il un instant à y apposer son paraphe ? Est-il saisi d’une sombre prémonition ? Sans doute pas, car le texte, plus connu sous le nom de « déclaration Balfour », a été longuement débattu par le gouvernement de Sa Majesté. Celui-ci déclare qu’il « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif ». La déclaration qui, dans une première version, évoquait « la race juive », précise que, pour la réalisation de cet objectif, « rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays ». Comment créer un foyer national juif sans affecter les populations locales arabes ? Cette contradiction, la Grande-Bretagne ne pourra jamais la résoudre et elle sera à l’origine du plus long conflit qu’ait connu le monde contemporain.

La lettre de Balfour est adressée à lord Walter Rothschild, un des représentants du judaïsme britannique, proche des sionistes. Qu’est-ce que le sionisme ? J’y reviendrai dans le prochain chapitre. Bornons-nous pour l’instant à dire que ce mouvement réclame « la renaissance nationale du peuple juif » et son « retour » sur la terre de Palestine. La déclaration Balfour répond à plusieurs préoccupations du gouvernement de Londres. Alors que la guerre s’intensifie sur le continent, il s’agit de se gagner la sympathie des juifs du monde entier, perçus comme disposant d’un pouvoir considérable, souvent occulte. Cette vision, ironie de l’histoire, n’est pas éloignée de celle des pires antisémites qui détectent, partout, « la main des juifs ». Le premier ministre britannique de l’époque évoque dans ses Mémoires la puissance de « la race juive », guidée par ses seuls intérêts financiers, tandis que Lord Balfour lui-même avait été le promoteur, en 1905, d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration en Grande-Bretagne, qui visait avant tout les juifs de Russie. Mark Sykes, un des négociateurs des accords qui partagèrent le Proche-Orient en 1916, écrivait à un dirigeant arabe : « Croyez-moi, car je suis sincère lorsque je vous dis que cette race [les juifs], vile et faible, est hégémonique dans le monde entier et qu’on ne peut la vaincre. Des juifs siègent dans chaque gouvernement, dans chaque banque, dans chaque entreprise. »

La déclaration Balfour s’adresse particulièrement aux juifs américains, soupçonnés de sympathie pour l’empire austro-hongrois, et aux juifs de Russie, influencés par les organisations révolutionnaires qui ont renversé le tsar au printemps 1917. Nombreux sont favorables à ce que la Russie signe une paix séparée. Londres espère éviter ce « lâchage ». Balfour évoque même la mission qui serait confiée aux juifs en Palestine : faire que les juifs du monde se comportent « convenablement » ! Ce calcul échouera puisque, dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917, les insurgés bolcheviks s’emparent du pouvoir à Petrograd et appellent à la paix immédiate.

Mais la Grande-Bretagne, en confortant le mouvement sioniste, vise un objectif plus stratégique, le contrôle du Proche-Orient. Le dépeçage des vaincus est négocié entre Paris, Londres et Moscou, alors même que la victoire n’est pas acquise. En 1916, sont signés entre Paris et Londres, puis ratifiés par le tsar, les accords connus sous le nom de Sykes-Picot (Mark Sykes et Georges Picot sont deux hauts fonctionnaires, l’un britannique l’autre français) qui définissent les lignes de partage et les zones d’influence au Proche-Orient. Pour Londres, la Palestine « protège » le flanc est du canal de Suez, ligne vitale entre les Indes, le fleuron de l’empire, et la métropole. Le parrainage accordé au sionisme permet au gouvernement britannique d’obtenir un contrôle total sur la Terre sainte.

Mais les Britanniques ne se sont pas contentés de promesses au mouvement sioniste, ils en ont fait aussi aux dirigeants arabes. Le calife ottoman (il exerce son autorité sur les territoires arabes du Proche-Orient et il est « le commandeur des croyants ») s’est joint en 1914 à l’Allemagne et à l’empire austro-hongrois. Il a même lancé un appel à la guerre sainte contre les infidèles. Pour riposter, Londres suscite une révolte des Arabes contre l’empire ottoman, animée par un dirigeant religieux, le chérif Hussein de La Mecque. En échange, Hussein obtient l’engagement britannique d’appuyer l’indépendance des Arabes. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient... Comment, en effet, concilier l’indépendance arabe et la création d’un foyer national juif ? La révolte arabe deviendra célèbre dans une version bien déformée forgée par un des agents britanniques qui y jouèrent un rôle capital, Thomas E. Lawrence, dit Lawrence d’Arabie. Ce récit, « Les Sept piliers de la sagesse », sera porté au cinéma par David Lean et Peter O’Toole dans le rôle de Lawrence.

Le Proche-Orient sera donc partagé entre la France et la Grande-Bretagne. Créée en 1920, la Société des Nations (SDN), l’ancêtre des Nations unies, ne regroupe alors que quelques dizaines d’Etats, pour l’essentiel européens. Elle invente le système des « mandats » que la charte de la SDN définit comme suit : « Certaines communautés, qui appartenaient autrefois à l’Empire ottoman, ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement, à la condition que les conseils et l’aide d’un mandataire guident leur administration jusqu’au moment où elles seront capables de se conduire seules. » Ainsi des peuples considérés comme « mineurs », auraient besoin de tuteurs pour accéder, un jour peut-être, à la majorité...

Le 24 juillet 1922, la SDN octroie à la Grande-Bretagne le mandat sur la Palestine. Le texte prévoit que la puissance mandataire sera « responsable de la mise à exécution de la déclaration originairement faite le 2 novembre 1917 par le gouvernement britannique et adoptée par [les puissances alliées], en faveur de l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif ». Les fils du chérif Hussein, étroitement contrôlés par Londres, s’installent sur les trônes d’Irak et de Transjordanie (pays créé par les Britanniques à l’Est du Jourdain), tandis que les territoires libanais et syrien tombent dans l’escarcelle de la France. L’Egypte, formellement indépendante depuis 1922, reste sous occupation britannique.

Tous les acteurs du drame palestinien sont en place : la puissance dominante, la Grande-Bretagne, qui souhaite maintenir son contrôle sur une région stratégique, riche en pétrole dont le rôle économique et militaire grandit ; le mouvement sioniste, fort de son premier grand succès diplomatique, et qui organise l’immigration en Palestine ; les Arabes de Palestine, que l’on ne désigne pas encore sous le nom de Palestiniens, et qui commencent à se mobiliser contre la déclaration Balfour ; enfin, les pays arabes, pour la plupart sous influence britannique et qui vont s’impliquer graduellement dans les affaires palestiniennes.

Lien de l'article: http://blog.mondediplo.net/2009-11-02-2-novembre-1917-la-declaration-Balfour

En complément
Nous postons l'ensemble des commentaires qui ont suivi ce texte d'Alain Gresh; ils sont en effet très riches et méritent qu'on s'y attarde.


tagou :
2 novembre @14h57 »
bravo M Gresh ! bon courage

Lou :
2 novembre @14h59 « »
merci, Monsieur Gresh de ce rappel, vous écrivez :

La lettre de Balfour est adressée à lord Walter Rothschild, un des représentants du judaïsme britannique, proche des sionistes. (...)
Alors que la guerre s’intensifie sur le continent, il s’agit de se gagner la sympathie des juifs du monde entier, perçus comme disposant d’un pouvoir considérable, souvent occulte. Cette vision, ironie de l’histoire, n’est pas éloignée de celle des pires antisémites qui détectent, partout, « la main des juifs ».

Tom Segev écrit souvent que Chaïm Weizmann qui a "arraché" la déclaration de Balfour instrumentalisait cette perception du grand pouvoir des juifs du monde et que ce n’était qu’un mythe.

Pourtant, lorsque Edwin Montagu (neveu d’Herbert Samuel, premier commissaire britannique en Palestine), opposé au sionisme veut que l’on consulte le président des États-Unis Thomas Woodrow Wilson au sujet de cette déclaration de Balfour :

" Ce fut une initiative avisée. La Maison -Blanche préconisa l’annulation de la déclaration et l’affaire faillit être enterrée. Weizmann s’en alla quérir Brandeis [juge américain] . Celui-ci parla au conseiller de Wilson et la Maison-Blanche changea alors d’avis ;
(...)
Cet épisode conforta Lloyd George [ premier ministre britannique que Weizmann rencontre quand il veut] dans sa conviction que les juifs régnaient également à Washington"

page 63-64 de C’était en Palestine au temps des coquelicots"

C’était un mythe drôlement agissant !

Abdelaziz :
2 novembre @18h05 « »
En Force, A.G.

Yasmina :
2 novembre @18h15 « »
http://www.monde-diplomatique.fr/20...

Dans son journal, le 11 décembre 1920, Maurice Hankey, secrétaire du gouvernement britannique, notera : « Clemenceau et Foch ont traversé [la mer] après l’armistice, et on leur a donné une grande réception militaire et publique. Lloyd George et Clemenceau ont été conduits à l’ambassade de France... Quand ils furent seuls... Clemenceau dit : "Bien. De quoi devons-nous discuter ?" "De la Mésopotamie et de la Palestine", répondit Lloyd George. "Dites-moi ce que vous voulez", demanda Clemenceau. "Je veux Mossoul", dit Lloyd George. "Vous l’aurez", a dit Clemenceau. "Rien d’autre ?" "Si, je veux aussi Jérusalem", a continué Lloyd George. "Vous l’aurez", a dit Clemenceau, "mais Pichon (5) fera des difficultés pour Mossoul". Il n’y a absolument aucune trace écrite ou mémorandum fait sur le moment (...). Cependant, en dépit de grandes pressions de la part de ses collègues et de toutes sortes de parties concernées, Clemenceau, qui a toujours été inflexible, ne revint jamais sur sa parole et je suis bien placé pour dire que Lloyd George ne lui en a jamais laissé l’occasion. C’est ainsi que l’histoire est faite (6). »

Les Français ayant conditionné tout accord territorial à un partage de l’accès au pétrole, les deux négociations vont se dérouler parallèlement. Dès le début de la conférence de la paix, le président Wilson refuse l’annexion des anciennes colonies allemandes d’Afrique et du Pacifique aux Empires français et britanniques : il veut les confier à la future Société des nations (SDN). Lloyd George manoeuvre habilement en proposant la création de « mandats » de la SDN, qui seraient confiés de façon temporaire à une puissance « civilisée » chargée de les amener à l’indépendance. Il y introduit discrètement les provinces arabes de l’Empire ottoman (Mandats dits A). Wilson accepte (janvier 1919 ).
....
Périodiquement, le spectre d’un nouveau « Sykes-Picot » ou partage du Proche-Orient imposé de l’extérieur resurgit. La prétention occidentale d’une supériorité morale fondée sur l’application de la démocratie et du libéralisme apparaît alors comme une sinistre mystification. C’est peut-être la conséquence la plus néfaste des choix de la période 1916-1920, régulièrement renouvelés depuis.
Henry Laurens

Orangerouge :
2 novembre @18h20 « »
Silence, lâcheté et obscénité d’Obama et des médias occidentaux

Immense silence de la plupart des politiques et des médias occidentaux sur les crimes de guerre israéliens passés et en cours.

Lâcheté obscène d’Obama.

Influence de l’argent de l’AIPAC, influence de quelques gens très riches à qui même le Président des Etats-Unis et sa Ministre des affaires étrangères font des gâteries répétées, au dessus des cadavres d’enfants.

Walt and Mearsheimer ont expliqué cela il y a 3 ans (Philip Weiss October 31, 2009 ) :

"... Lors d’une de mes visites en Afrique du Sud, un Afrikaner perspicace m’a dit que si il y avait eu 5 millions d’Afrikaners en Amérique, ils n’auraient jamais renoncé à l’Afrique du Sud (de l’apartheid). Peut-être que c’est le cas ou peut-être pas. "
http://mondoweiss.net/2009/10/walt-...

Yasmina :
2 novembre @18h29 « »
En 1914, les provinces arabes de l’Empire ottoman se trouvaient sous l’influence collective et multiforme des puissances européennes, auxquelles s’ajoutaient les Etats-Unis. Les Jeunes-Turcs, au pouvoir depuis 1908, cherchaient à se débarrasser de ces ingérences permanentes, mais au prix d’un centralisme autoritaire qui suscitait l’émergence d’un mouvement autonomiste arabe prêt à chercher des appuis chez les Européens

....

Le président Woodrow Wilson ne se sent aucunement lié par les accords « secrets » contractés par ses partenaires. Il se pose en défenseur du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, bien qu’il ne soit pas très clair dans son esprit si cela vaut aussi pour les peuples non blancs, comme les « bruns » (les Arabes) et les « jaunes » - pour les « noirs », il n’en est pas question (3).

Les Anglais du Caire veulent remettre en cause l’accord passé avec les Français, au moins pour la Palestine, si ce n’est pour le reste de la Syrie. Et ils disposent maintenant de solides appuis à Londres. Ils savent utiliser avec sincérité la rhétorique wilsonienne : sur les ruines de l’Empire ottoman, Arabes, Kurdes, Arméniens, Juifs coopéreront sous la tutelle bienveillante des Britanniques.

Sykes utilise dans ce sens le mouvement sioniste, ce qui conduira à la déclaration Balfour du 2 novembre 1917 (4) annonçant l’établissement « en Palestine » d’un Foyer national juif. La stratégie britannique va reposer sur l’occupation du terrain avec l’encouragement donné à la révolte arabe de s’étendre à la Syrie (mais non à la Palestine) et sur une succession de déclarations officielles allant dans le sens de l’autodétermination. Pour Londres, le droit des peuples signifie le droit de choisir la tutelle britannique.

Monde diplomatique avril2003 Comment l’Empire ottoman fut dépecé
Henry Laurens

Orangerouge :
2 novembre @18h33 « »
Les munitions toxiques d’Israël pourraient avoir laissé Gaza inhabitable

Le colonel irlandais à la retraite Desmond Travers, membre de la Commission Goldstone de l’ONU, declare :

Nous avons été troublés par la létalité et la toxicité des armes utilisées dans la bande de Gaza, dont certaines ont été stockées dans les arsenaux de l’Ouest depuis la Guerre froide, comme les fléchettes au phosphore blanc, qui ont incinéré 14 personnes, dont plusieurs enfants dans une attaque :

De petites fléchettes qui sont conçus afin de se mélanger à l’entrée dans la chair humaine afin de provoquer le maximum de dégâts, en violation totale de la Convention de Genève.

Et aussi des éclats d’obus de tungstène hautement cancérigènes et des munitions DIME [Dense Inert Metal Explosive], qui contiennent du tungstène sous forme de poudre.

Il ya aussi tout un cocktail d’autres munitions problématiques suspectées d’avoir été utilisées.

Il existe un certain nombre de problèmes post-conflit à Gaza qui doivent être abordés.

La terre se meurt.

Il ya des dépôts toxiques de toutes les munitions qui ont été abandonnées.

Il ya de graves problèmes avec l’eau, son épuisement et sa contamination.

Il existe un taux élevé de nitrates dans le sol qui est particulièrement dangereux pour les enfants.

Si ces questions ne sont pas traitées, Gaza ne peut même pas être habitable selon les normes de l’Organisation mondiale de santé.

http://mondoweiss.net/2009/11/golds...

Mais surtout qu’Obama, Hilary Clinton et tout le gouvernement américain continuent de se prosterner le plus bas possible devant le fric de l’AIPAC et de quelques milliardaires soutiens de l’entité barbare Israël.

ISRAEL ON TE VOIT

OBAMA ON TE VOIT

Yasmina :
2 novembre @18h59 « »
George Corm :

http://www.lexpress.fr/actualite/mo...

Déjà, la Palestine aux juifs ?
L’idée d’un retour des juifs en Palestine n’était pas nouvelle : elle avait été avancée dès l’expédition de Bonaparte en Egypte, et les premières implantations juives avaient été créées en 1897 par le mouvement sioniste de Theodor Herzl. Jusque-là, musulmans, chrétiens et juifs y vivaient ensemble et en paix... En 1919, les Etats-Unis tentent de freiner les visées impérialistes des Français et des Britanniques. Ils envoient au Moyen-Orient une commission d’enquête qui rend un avis très clair : le souhait des Arabes, dit-elle, c’est de s’unir en un seul Etat, sous l’égide des Hachémites. Et les Américains précisent : il ne faut surtout pas tenter de créer un Etat exclusivement juif en Palestine qui aboutirait à l’éviction des Palestiniens de leur pays.

Tout cela était assez bien vu... Mais on n’écoute pas les conseils des Américains...
Non. Les Français et les Britanniques considèrent cette commission comme une ingérence inadmissible dans leurs affaires. Les pays arabes sont alors placés « sous mandat » : la France dispose de la Syrie et du Liban ; la Grande-Bretagne prend l’Irak et la Palestine, en sus de l’Egypte, qu’elle occupe depuis 1882 ; l’Italie a occupé la Libye en 1911. Plus question d’un grand Etat arabe ! Et plus question de discuter avec les Hachémites d’Arabie, qui prônent un nationalisme arabe modernisant devenu trop populaire. En Arabie, les Britanniques provoquent d’ailleurs leur chute et placent au pouvoir, en 1926, la famille des Saoud, qui se réclame du wahhabisme, fondamentalisme musulman très localisé au centre de l’Arabie, ayant une conception rigoriste et étriquée de la charia.

Orangerouge :
2 novembre @20h06 « »
La gifle américaine aux Palestiniens

Ce n’est bien sûr pas un article du Monde, ni de Libération, ni du Nouvel Obs.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/76f...

Zulfikar :
2 novembre @23h29 « »
Soixante après la déclaration de Balfour, le voyage de Sadate à Jérusalem en novembre 1977 (1/5)

Bonsoir à tous,

La déclaration de Balfour fut un événement majeur dans l’histoire du conflit israélo-arabe. Soixante plus tard, le voyage de Sadate à Jérusalem, le 19 novembre 1977, souleva un immense espoir. Pourtant, il serait bon de revenir sur cet autre événement majeur de le recontextualiser et de donner la parole à des témoins majeurs tel que Mohammed Hassanein Heikal.

Mais, d’abord un petit tableau chronologique pour mettre en évidence le processus qui est né des "accords de Camp David" qui furent la conséquence du voyage de Sadate.

« Ecoutez, mon garçon » – j’avais 24 ans à l’époque [1953] – « si nous avions une constitution, nous devrions mentionner la frontière de notre pays, et ce n’est pas notre frontière, mon cher ». J’ai demandé : « Alors où est la frontière ? ». Il m’a dit : « Là où ira Tsahal [l’armée israélienne], là sera notre frontière ».

Entretien entre Ben Gourion, Premier ministre de l’Etat d’Israël et Naïem Giladi, extrait de la page 10 de l’article, ≪The Jews of Iraq≫, The Link, vol. 31, no 2, April-May 1998, p. 1–13.

Zulfikar :
2 novembre @23h29 « »
Soixante après la déclaration de Balfour, le voyage de Sadate à Jérusalem en novembre 1977 (2/5)

Dynamique de paix Vs Dynamique de guerre ( 1ère Partie)
Année
Dynamique de paix
Réaction israélienne

1978
Accords de Camp David .
Invasion du Liban en mars 1978.

1980
Des relations diplomatiques sont établies entre l’Egypte et Israël.
le 30 juillet de la même année la Knesset vote une loi fondamentale proclamant Jérusalem "réunifiée" capitale d’Israël.

1981-1982
Retrait israélien du Sinaï le 25 mai 1982.
Annexion du Golan le 14 décembre 1981 et Invasion du Liban le 6 juin
1982.

1991
Après la guerre menée contre l’Irak, les Etats-Unis (James Baker) doivent concilier leurs allies arabes en forçant le 1er ministre israélien Shamir à participer à la Conférence de Madrid en 1991 : elle aboutira aux accords d’Oslo de 1993 et la reconnaissance mutuelle de l’Etat d’Israël et du peuple palestinien.
Durant les sept années qui ont suivi les accords d’Oslo, la colonisation de la Cisjordanie explose : le nombre de colons passe de 100 000 à 200 000.

2000
Retrait du Liban en mai 2000 et échec du sommet de Camp David en juillet 2000 dû à Dennis Ross.
Sharon provoque la 2ème intifada en se rendant à l’esplanade des mosquées en septembre 2000.

2002
Résolution 1397 du Conseil de sécurité Rappelant toutes ses résolutions pertinentes antérieures, notamment les résolutions 242 (1967) et 338 (1973), Initiative dite « Proposition du Prince Abdallah » au nom de tous les pays arabes en mars 2002.
Ariel Sharon, à cette initiative, réagit par l’opération Rempart du 3 au 11 avril 2002, Destruction du Camp de Jénine, massacres de Jénine et de Naplouse. Politique des assassinats ciblés.

2002-2004
Assassinats ciblés contre les dirigeants du Hamas : Salah Shehadeh en juillet 2002, Cheikh Yassine en mars 2004 et Abdel-Aziz Al-Rantissi en avril 2004 alors que ces derniers laissaient entendre qu’ils reconnaitraient Israël.
En décembre 2006, la Cour Suprême israélienne justifie les assassinats ciblés.

Zulfikar :
2 novembre @23h30 « »
Soixante après la déclaration de Balfour, le voyage de Sadate à Jérusalem en novembre 1977 (3/5)


Dynamique de paix Vs Dynamique de guerre ( 2ème Partie)
Année
Dynamique de paix
Réaction israélienne

Avril 2004
La proposition du Roi Abdallah » de 2002 et la « vision des 2 Etats de G.W. Bush » exprimée en juin 2002 basée sur les résolutions 242 et 338 de l’Onu toujours sur la table.
Dans une lettre du 14 avril 2004 adressée à Ariel Sharon, G.W. Bush estime non réaliste le retour aux frontières de 1967 ; Obama n’a toujours pas remis en cause cette garantie.

2005
Retrait israélien de Gaza en août 2005.
Intensification de la colonisation en Cisjordanie.

2008
Intermédiation turque entre la Syrie et Israël.
Refus israélien de toute solution sur le Golan.

Décembre 2008
Khaled Mechaal veut un Etat dans les frontiers de 1967 et Erdogan proche d’une solution pour libérer le soldat Shalit.
Olmert promet d’en parler à son gouvernement : c’est l’agression de Gaza qui fera plus de 1300 morts.

2009
Election de Barack Obama : dans un discours au Caire le 4 juin 2009, il réitère la solution des 2 Etats.
Les élections israéliennes de février 2009 se concluent par l’avènement de Nethanyahou et de la coalition la plus à droite de l’histoire israélienne. Nethanyahou exige que les Palestiniens reconnaissent Israël comme Etat juif. Surenchère de la rhétorique guerrière israélienne contre l’Iran.

Zulfikar :
2 novembre @23h30 « »
Soixante après la déclaration de Balfour, le voyage de Sadate à Jérusalem en novembre 1977 (4/5)

Sur le fond, [Mohammed Hassaneïn] Heikal pensait que la paix avec Israël affaiblirait l’Egypte, qui ne peut vivre isolée de son environnement naturel, à savoir le monde arabe ; c’est pourquoi il déclarait en 1986 à la revue Politique Internationale qu’il n’était pas pour la paix parce que « personne ne peut faire la paix en ignorant l’histoire et la géographie. Sadate a négligé cette réalité » .
Cette vision de Heikal reflète ses analyses géopolitiques et stratégiques sur l’Egypte, puisqu’il distingue trois catégories d’Etats :

1) Des Etats qui tirent leur puissance de leur position géographique, des richesses minières, du pétrole, une forte densité démographique ; c’est le cas de l’URSS, de la Chine, des Etats-Unis et du Brésil.

2) Des Etats qui tirent leur influence de leur rôle dans les relations internationales et régionales, comme le Liban, la Suisse, et dans une certaine mesure l’Autriche.

3) D’autres Etats qui tirent leur influence de leur rôle dans l’Histoire. Leur superficie et leurs ressources ne sont pas suffisantes, mais leur dynamisme historique en a fait des forces régionales influentes dans leur environnement immédiat. Selon Heikal, l’Egypte est un m modèle de ce type d’Etats. L’Egypte a même atteint à un certain moment et sur la base de son arabisme une position internationale prééminente au sein des mouvements de libération, au sein des pays non alignés et au sein du monde arabe.

[…]

Heikal s’était refusé à croire dans la possibilité d’une paix imminente et indolore. Ce fut manifeste lors de sa conversation avec Kissinger, quand celui-ci lui rendit visite au Caire en 1974.

Il lui avait alors dit que « le cas du Moyen-Orient et de la coexistence entre les pays arabes et Israël était radicalement différent de ceux de la division des deux Allemagnes ou des deux Vietnam, puisque dans ces deux cas le tissu socioculturel était le même entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est ou entre le Vietnam du Nord et le Vietnam du Sud. Par contre, avec Israël, il s’agirait plutôt de la greffe d’un corps étranger au métabolisme moyen-oriental, opération menant souvent au rejet de l’organe greffé. »

Zulfikar :
2 novembre @23h30 « »
Soixante après la déclaration de Balfour, le voyage de Sadate à Jérusalem en novembre 1977 (5/5)

Ceci dit, Heikal était-il par son opposition à la politique de paix sadatienne, un partisan farouche de la guerre ?

Pour répondre à cette question, il nous faut tenter de dégager la conception heikalienne de la paix avec Israël, pour la confronter à celle de Sadate.

A ce propos, Heikal, pas plus que Nasser, n’a jamais été opposé à une solution pacifique du conflit israélo-arabe, à condition qu’elle se fonde sur le droit et la justice. Ainsi, dans un article publié le 20 novembre 1977 dans le quotidien Al-Akhbar pour montrer que la paix avec Israël n’est pas une invention de Sadate, ce journal révèle que Nasser était disposé à faire la paix avec Israël, à condition de résoudre le problème des réfugiés palestiniens conformément aux résolutions de l’ONU et de récupérer les territoires occupés depuis 1967.

Quant au problème d’Al-Quds (Jérusalem), Nasser y voyait un contentieux jordano-israéliens, tout penchant personnellement vers un partage de la ville. Cette réalité de la pensée nassérienne vis-à-vis de la paix a été ultérieurement occultée, l’opinion publique occidentale retenant, sous l’influence des médias, la version selon laquelle les Arabes voulaient jeter les juifs à la mer.

Dans une interview à la Revue française des relations internationales [n°32, été 1986], Heikal explique la vision de Nasse d’une paix avec Israël. « Après la conférence de Bandoeng, dit-il, nous avons eu de longues discussions avec Nasser, Tito, Nehru et Soekarno et nous sommes revenus sur notre refus de la présence de l’Etat israélien au Moyen-Orient.

Nasser disait que l’ensemble du monde arabe acceptait désormais le plan de partage des Nations-Unies. Le problème qui subsistait concernait les frontières de l’Etat hébreu et son comportement à l’égard de ses voisins » (1)

Salutations à tous. A bientôt.

Notes et références
(1) Extraits de Mohamed H. Heikal entre le socialisme de Nasser et l’Infitah de Sadate (1952-1981) de Jamal Al-Shalabi, Paris, L’harmattan, 2001, p.301 et s.

Orangerouge :
2 novembre @23h51 « »
J Street un nouveau lobby qui ne soucie que d’Israël comme l’AIPAC, et indifférent aux Palestiniens

La position politique de J Street n’a pas été une surprise.

J Street a été formée comme une fusion politique des "Americans for Peace Now", "Israel Policy Forum" et "v’Shalom Brit Tzedek".

En tant que tel, J Street a la position de ces groupes - à savoir que :

(1) une solution à deux États est dans l’intérêt d’Israël ,

(2) l’occupation est un obstacle à la paix,

(3) un État palestinien doit être viable économiquement, et

(4) ne jamais sérieusement critiquer Israël

...

Street est là pour rester. Mais je ne suis pas optimiste qu’il permettra une avancée significative vers une solution à deux États au conflit israélo-palestinien.

...

Mais la position de J Street n’est pas non plus de faire pression sur Israël , ni de réduire le large et inconditionnel soutien des Etats-Unis à Israël .

Et sans une telle action, les perspectives d’un changement dans le climat politique israélienne sont nuls, et les perspectives d’une percée dans les négociations israélo-palestiniennes n’existent pas.

http://translate.google.fr/translat...

http://mondoweiss.net/2009/11/a-j-s...

hafrit :
3 novembre @01h21 « »
« Le Gouvernement de sa Majesté et ses alliés n’ont pas abandonné leur politique qui consiste à apporter leur concours le plus entier à tous les mouvements qui luttent pour la libération des Nations opprimées. En vertu de ce principe, ils sont plus que jamais résolus à soutenir les peuples arabes dans leur effort pour instaurer un Monde arabe dans lequel la loi remplacera l’arbitraire ottoman et où l’unité prévaudra sur les rivalités artificiellement provoquées par les intrigues des administrations turques. Le Gouvernement de Sa Majesté confirme ses promesses antérieures concernant la libération des peuples arabes. »
Aux États-Unis, le président Woodrow Wilson, tentant de mettre en avant l’argument de l’autodétermination des peuples, ne participe pas aux accords Sykes-Picot et cherche à obtenir un mandat de la Société des Nations elle-même en organisant dans le cadre d’une commission une consultation des peuples concernés. Les Français et les Britanniques sentant la situation leur échapper quittent la commission et se mettent d’accord sur les frontières à la conférence de San-Remo en avril 1920[1].
L’accord Sykes-Picot doit faire face à une double opposition : la révolte kémaliste en Anatolie en opposition au traité de Sèvres ainsi qu’à l’installation des pouvoirs arabes du chérif Hussein et de ses fils comme à Damas (que l’accord rattache à la domination française).
C’est donc par les armes que cet accord sera concrétisé avec d’abord un recul en Anatolie et la perte par les Français d’Alexandrette, aussi s’ensuit une lutte contre Fayçal pour lui faire quitter Damas, ce qui sera fait, les Anglais l’installant sur le trône irakien.
C’est l’accord de San Remo qui entérine et légalise l’accord avec un mandat en bonne et due forme de la SDN. La France reçoit donc mandat du Liban et de la Syrie, la Grande-Bretagne de l’Irak (agrandi de Kirkouk cédé par les Français en échange d’une participation aux bénéfices pétroliers de la région), de la Transjordanie et de la Palestine.
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hafrit :
3 novembre @01h22 «
bien vu yasmina mais il faut voir ca avant 1917 , acord de Sykes picot .Les accords Sykes-Picot, sont des accords secrets signés le 16 mai 1916, entre la France, la Grande-Bretagne et la Russie tsariste, prévoyant le partage du Moyen-Orient, c’est-à-dire l’espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne entre ces puissances, à la fin de la guerre suivant le dicton « diviser pour régner ».
Le 16 mai 1916, faisant suite à un travail préparatoire épistolaire de plusieurs mois entre Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres, et Sir Edward Grey, secrétaire d’État au Foreign Office, l’accord Sykes-Picot est conclu entre la France et le Royaume-Uni à Downing Street entre Sir Mark Sykes, et François Georges-Picot. Il prévoit à terme un dépeçage du Moyen-Orient, c’est-à-dire l’espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne, alors partie intégrante de l’Empire ottoman. La Russie tsariste participe aux délibérations et donne son accord, comme l’Italie, aux termes du traité secret.Carte des accords Sykes-PicotLe Moyen-Orient est découpé, malgré les promesses d’indépendance faites aux Arabes, en 5 zones[1] :
1.zone bleue française, d’administration directe formée du Liban actuel et de la Cilicie ;
2.zone arabe A, d’influence française comportant le nord de la Syrie actuelle et la province de Mossoul ;
3.zone rouge britannique, d’administration directe formée du Koweït actuel et de la Mésopotamie ;
4.zone arabe B, d’influence britannique, comprenant le sud de la Syrie actuelle, la Jordanie actuelle et la future Palestine mandataire ;
5.zone brune, d’administration internationale comprenant Saint-Jean-d’Acre, Haïfa et Jérusalem. La Grand-Bretagne obtiendra le contrôle des ports d’Haifa et d’Acre.
À la suite de la révolution d’octobre qui renverse l’État tsariste et installe le pouvoir bolchevik, le nouveau gouverneur de Pétrograd découvre dans les archives du Ministère des affaires étrangères de Pétrograd une copie du texte du traité Sykes-Picot qu’il porte, en janvier 1918, à la connaissance du Gouvernement Ottoman, toujours possesseur des territoires concernés.[réf. nécessaire]
Le pouvoir ottoman transmet alors ces informations au chérif Hussein de La Mecque à qui avait été promis, en 1915 par les Britanniques dans une série d’échange avec Sir Henry McMahon le haut commissaire britannique au Caire[2], un grand royaume arabe, pour qu’il se désengage de la coalition. Dès la nouvelle connue, la colère gronde chez les Arabes. Désagréablement surpris par la lecture du traité, Hussein transmet le texte au Gouvernement britannique avec une demande d’explications[2].
Le 18 février 1918 le gouvernement britannique répond[réf. nécessaire] :

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