dimanche 18 octobre 2009

« Taxi driver » à Gaza

Publié le dimanche 18 octobre 2009 sur le site info-palestine.net
par Summer Abu Zayed/The Palestine Telegraph

Voilà le vrai problème qui est récurrent vis à vis de la tragédie palestinienne, c'est que beaucoup de gens sont incapables de la regarder en face depuis 60 ans. Ils font comme si elle n'existait pas et comme si les Palestiniens eux-mêmes n'étaient pas de vrais humains fait de chair et de sang et donc en proie aux mêmes sentiments qu'eux-mêmes! Chez beaucoup il existe presqu'une dématérialisation de l'existence des Palestinienset et du génocide qu'ils subissent; c'est surement plus confortable pour les esprits de nier l'existence d'une telle monstruosité...
Il faut pourtant avoir le courage de regarder les images des massacres commis par les sionistes sur les Palestiniens! Je dis à tous ceux qui ne portent pas les Palestiniens dans leur coeur : "osez les regardez en face; lisez les trémoignages de tous ces gens qui racontent l'histoire de leur peuple, leur histoire faite de tant d'atrocités mais aussi de tant de dignité et là vous devrez affronter de plein fouet sa réalité."

A ne plus ignorer cette réalité palestinienne alors il vous saura peut-être possible de ne plus être injustes envers les Palestiniens; ce serait déjà une première étape nécessaire à la conscience qu'il faut agir pour protéger ce peuple de la barbarie exercée par les sionistes sur lui....CCY

Tout s’est passé en quelques secondes ! Je rentrais chez moi quand j’entendis un chauffeur de taxi lancer une annonce “Beit Lahia ... Beit Lahia ... » - c’était dans cette ville au nord de Gaza - un chauffeur qui essayait de trouver des passagers. Je me suis dirigé vers sa voiture car j’étais pressé de rentrer.



En ouvrant la portière, j’ai eu la surprise de voir une béquille à côté de son siège. Je notai qu’il y avait quelque chose qui clochait à sa jambe et je sentis mon cœur palpiter quand j’aperçus sa jambe et demie ! Je n’avais pas envie de faire face à des cas pareils dans ma vie mais hélas au cours des guerres et des conflits, il a bien fallu.

Le chauffeur était un homme jeune d’aspect agréable, il se tenait derrière sa voiture de manière à rendre sa jambe invisible, sans doute pour ne pas terrifier les passagers qui, comme moi, ont le cœur faible quand ils voient des choses pareilles (jambes et organes manquants !). Et j’étais choqué, bien que je prétende que tout allait bien et que j’agisse comme si je ne voyais pas cette infirmité ; et pourtant je ne pouvais supporter le fait qu’il allait s’asseoir à côté de moi dans quelques minutes, quand les autres viendraient remplir le taxi. Il ne s’agissait pas de peur, il s’agissait de pitié.

Je ne pouvais imaginer comment une personne qui avait perdu sa jambe pouvait s’adapter à la situation - c’était une torture pour moi que d’y penser. Je ne voulais pas penser à son sourire (affecté je pense) censé me faire pleurer ; je ne voulais pas non plus penser à sa dignité ; je pense qu’il cache un cœur sombre et brisé. Comment une personne peut-elle s’habituer à une mutilation aussi importante ? Une blessure qui jamais ne guérira, ou un organe coupé qui jamais ne sera remplacé ? Je me sentis vraiment profondément ulcéré et il me sembla que je ne devrais pas remuer ce genre de pensées dans mon esprit.

Donc, je décidai de sortir du taxi et d’en trouver un autre (tenter d’échapper à la situation). Je lui racontai que j’étais pressé et que je devais trouver un taxi « en partance » au lieu d’attendre dans le rang. J’essayais de me comporter naturellement pour qu’il ne remarque pas combien son infirmité m’avait affecté et je suis sûr que j’avais l’air « naturel », car j’avais fait cela récemment en jouant au théâtre à l’université. Alors tout d’un coup, à ma surprise, il dit quelque chose comme : « Pas de souci, installez-vous et je vous conduis tout de suite ! »

Qu’allais-je dire ? Comment trouver un bon prétexte pour ne pas être dans son taxi ? Il était en train de me dire : « ne vous faites pas de souci, je suis si naturel, je suis exactement comme d’autres chauffeurs et je suis capable de conduire une voiture » ! (Je sentais qu’il me blâmait de mon préjugé, de ma pitié et je sentais qu’il savait ce que je pensais malgré mes efforts pour le lui dissimuler). Mais tout de suite après, cette disposition positive me plut et j’admirai son insistance, je fus fier de lui. Ses actions le faisaient ressembler à un guerrier, non à un sacrifié. C’est alors que je décidai d’affronter ce délicat problème en me demandant : « Jusque quand vais-je continuer à fuir pour ne pas voir ces histoires ? ».

Je décidai de rester dans la voiture.

J’étais assis là à penser à tous ces jeunes qui ont perdu leurs pieds, leurs jambes, leurs bras ou d’autres parties de leur corps depuis les attaques contre Gaza par l’occupant israélien ; et je pensais à leur courage pour endurer une infirmité à vie, acceptant leur condition avec le sourire.

Ce chauffeur m’a appris à affronter ma peur, à sentir ce que ressentent les autres et à ouvrir les yeux tout grands à la vue d’un crime ou des effets des derniers crimes, à être un témoin de l’injustice, à être capable de défendre les droits des gens humiliés ou marginalisés devant moi et les autres. Ce chauffeur m’a rappelé un autre jeune artiste qui découvrait le monde de la peinture. Et qui avait perdu les deux jambes en décembre 2008 lors de l’attaque israélienne sur Gaza. Je l’ai vu récemment à une exposition, en fauteuil roulant, mais je n’ai pas osé le regarder ni même m’approcher de lui. Maintenant, après ce qui m’est arrivé, je n’ai plus peur de me rappeler quelques gestes qu’il a faits.

Ces tristes épisodes me rappellent les corps de nos martyrs palestiniens et les parties mutilées qui sont restées sous les décombres - ces endroits sont/peuvent être pour nous des lieux de prière. Et je sens que leur volonté (des gens qui sont disposés à souffrir d’infirmité ou à mourir) à poursuivre leur vie courageusement nous mènera au succès.

J’espère et je prie pour qu’un jour les Palestiniens connaissent la voie de la paix éternelle. Un jour, ils brûleront le mal lui-même et ils ressusciteront comme le phénix dans les cieux de la liberté et de l’amour.

* Summer Abu Zayed est un responsable littéraire et culturel dans la bande de Gaza.

14 octobre 2009 - Vous pouvez consulter cet article ici :
http://www.paltelegraph.com/latest/...
Traduction de l’anglais : Marie Meert

Lien de l'article: http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=7486

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