lundi 26 octobre 2009

Les Palestiniens survivent dans une prison à ciel ouvert

Publié sur le site lalsace.fr le 18 octobre 2009


Le « mur de la honte » à Bethléem. L’ouvrage encercle toutes les localités palestiniennes, dans le but de priver les habitants de la liberté de circuler. Un processus clairement discriminant.


L’État d’Israël poursuit la construction du « mur de sécurité », pourtant condamné par l’Onu et la Cour internationale de justice. Un mur qui rend la vie impossible à 2,5 millions de Palestiniens.
« Notre village était riche. Israël nous a confisqué 2 800 ha de terres sur 3 600 et nous a privés de nos cinq sources d’eau. Aujourd’hui, les gens vendent leurs moutons pour payer des études à leurs enfants, la commune achète très cher une eau de mauvaise qualité qui rend nos enfants malades. La situation des familles est de plus en plus difficile », explique le maire de Faquah, village de 3500 habitants, à la délégation de l’association France Palestine Solidarité 68, partie, fin septembre, en mission en Cisjordanie, en lien avec la Palestinian Farmers Union, le syndicat des paysans palestiniens.

Le mur de la ségrégation
Dans tous les territoires occupés, les paysans subissent le même processus de colonisation. Pour accélérer l’implantation de colonies juives, l’État d’Israël continue à ériger ce mur, un serpent déjà long de 750 km, qui réduit la Cisjordanie à un archipel de plus en plus morcelé.

Un « mur de sécurité pour éviter les attentats suicides », dit l’État d’Israël. Un mur qui enferme les populations arabes derrière des enceintes de béton de 8 mètres de haut et des clôtures de barbelé, surveillées en permanence par des soldats en armes et des caméras.

Les Palestiniens sont privés de la liberté de circuler : pas question d’aller en Israël ou dans les colonies. Les plaques d’immatriculation sont bien distinctes : vertes et blanches pour les Palestiniens, jaunes pour les Israéliens. Il y a deux sortes de bus et de taxis : les israéliens, et les palestiniens. Les routes palestiennes sont étroites et cahotantes, les israéliennes sont des autoroutes.

L’asphyxie économique
Pour aller à la ville voisine, à l’université, à l’hôpital, au marché…, les Palestiniens doivent passer les check-points contrôlés par l’armée, courir le risque d’être refoulés sans raison, faire parfois des détours de 80 ou 100 km. « Il nous arrive d’attendre 6 ou 8 heures avant de pouvoir passer, dit un chauffeur de camion. Les cargaisons de légumes ou de bétail ont le temps de rôtir au soleil. »

Pour travailler aux champs situés au-delà du mur, seuls les propriétaires peuvent franchir la clôture : « À certains endroits, les horaires de passage sont limités à une demi-heure le matin et autant le soir : ces horaires ne sont pas toujours respectés. En d’autres endroits, il est interdit de s’y rendre en voiture, tracteur, ou camion : impossible de rapporter nos récoltes au village », témoignent des paysans. « Pendant les dernières fêtes de l’Aïd, toutes les routes d’Azzun étaient bloquées : interdit d’aller visiter nos familles », dit Wafa.

La privation de la liberté de circuler, c’est la négation du droit à toute vie sociale et familiale, à se faire soigner ou à poursuivre ses études. C’est l’asphyxie économique : « Nous ne pouvons plus vendre nos olives en Israël. Nous ne pouvons plus avoir d’emploi en Israël sauf à être clandestins : des hommes dorment dans les oliveraies du côté israélien du mur pour travailler illégalement. Pourchassés par la police, certains sautent la clôture de barbelés : les uns en sont morts, d’autres sont en chaise roulante. »

Le mur, c’est aussi la confiscation des terres et des sources d’eau potable au profit des colons, au mépris des frontières de 1967. « L’État israélien nous interdit de forer de nouveaux puits et veut nous revendre l’eau de nos anciens puits au prix fort. » Nombre de villages n’ont ni eau, ni électricité, ni services médicaux : « La ligne électrique qui passe au-dessus de nos tentes alimente la colonie juive toute proche. Nous alimentons le frigo et la télé avec un générateur à mazout », expliquent les éleveurs de moutons d’un campement de la vallée du Jourdain.

Le quotidien de la colonisation des territoires occupés, c’est aussi l’humiliation, le harcèlement, la terreur. Les témoignages sont innombrables : des colons qui jettent des pierres sur les Palestiniens, envoient cochons, vaches et chiens saccager leurs plantations, brûlent des oliviers et des serres. Des soldats qui sèment la terreur la nuit dans les maisons et procèdent à des arrestations. Des bulldozers qui rasent les maisons sans préavis parce qu’elles ont été construites sans permis : Israël accorde rarement un permis de construire à des Palestiniens alors qu’il continue à autoriser les implantations de colonies juives.

« Nous souffrons »
« Nous avons le sourire, mais nos cœurs explosent. Nous souffrons, dit un berger de Faquah. Nous voulons vivre en paix, dans un État palestinien. Nous n’avons plus d’espoir, ça fait 61 ans que cela dure. Que feriez-vous à notre place ? »

Textes et photos : Elisabeth Schulthess

Lien de l'article: http://www.lalsace.fr/fr/permalien/article/2097689/Les-Palestiniens-survivent-dans-une-prison-a-ciel-ouvert.html

0 commentaires: