lundi 26 octobre 2009

Le travail des enfants Palestiniens dans les colonies israéliennes de la vallée du Jourdain.

Publié le samedi 24 octobre 2009sur le site protection-palestine.org
par Hilo Glazer, Ha’ir

Note de la rédaction de protection-palestine:

L’article de Hilo Glazer pour l’hebdo gratuit de Tel Aviv Ha’Ir a le mérite d’informer sur l’exploitation des travailleurs Palestiniens dans la vallée du Jourdain et sur le travail des enfants des familles palestiniennes appauvries par l’occupation. C’est la seule raison de sa reprise sur le site de la CCIPPP. Car par ailleurs Hilo Glazer évacue la responsabilité première de l’occupation en une formule « les oreilles israéliennes sont déjà entraînées à bloquer ça automatiquement », ce qui laisse la part belle à une dénonciation des recruteurs Palestiniens. Non moins grave est le fait que Hilo Glazer « annexe » la vallée du Jourdain parlant de la vallée du Jourdain comme d’un « territoire israélien », annexion mentale qui suit de près, si elle ne précède pas, l’annexion de facto.


Le travail des enfants Palestiniens dans les colonies israéliennes de la vallée du Jourdain.

Hilo Glazer, Ha’ir /6 juin 2009
http://www.kavlaoved.org.il/media-view_eng.asp ?id=2327

L’instinct est d’aller vers les plus grosses, rouges et juteuses. Mettez la main sur une grappe comme ça et vous en avez plein la paume en un instant. Mais Nimr n’y touche pas. Il se penche, passe sa tête dans le plant et prend les tomates orangées cachées, une par une. Les rouges sont trop mûres, explique-t-il, et elles pourriront en route vers les étalages, aussi il n’y a pas d’autre choix que de les ignorer.

C’est son premier jour de travail, mais il a déjà pigé. Nimr dit qu’il a 14 ans mais il a l’air bien plus jeune ; il ne fait pas plus d’ 1,40 m, sa voix n’a pas mué, et il est vêtu d’un maillot fatigué avec un dinosaure imprimé. C’est un enfant. Il vit à Akraba, un village près de Naplouse, à environ 50 km des champs de tomates de Moshav Yafit.

Il s’est levé à 3 h 30 ce matin, et juste une heure après il était au check-point de Hamra, pour commencer le travail au champ à six heures précises. Vers deux heures de l’après-midi il commencera à se préparer à partir et à retourner au check-point. Pour huit heures de travail il recevra 50 shekels, ce qui fait 6,25 shekels (environ 1,2 euros) de l’heure - bien au-dessous du salaire minimum auquel les Palestiniens employés par les Israéliens ont droit (15,58 shekels de l’heure [salaire jeune]). Un bulletin de paye n’est rien qu’une rumeur pour lui, de même que la loi qui interdit le travail pour les jeunes de moins de 16 ans (en Israël le travail est permis pour les enfants de 15 ans et plus dans certaines circonstances).

En plus de Nimr, il y a 40 autres travailleurs Palestiniens dans les champs de tomates de Yafit, des adultes à côté d’enfants qui ont l’air encore plus jeune que lui. La plupart ne veulent pas dire leur âge réel. Quand on leur demande, ils donnent un âge bien plus élevé, et leur sourire ne fait aucun effort pour cacher leur mensonge. Nimr connaît la figure du fermier Juif, mais il est raisonnable d’estimer qu’il ne lui parlera jamais. C’est pourquoi il y a un contremaître Palestinien, qui va d’un carré de tomates à un autre, supervisant les travailleurs et se joignant parfois au travail physique s’il le faut. Nimr doit sa présence ici, pour le meilleur ou pour le pire, à l’intermédiaire – le raïs comme il est connu dans le parler des fermiers. Dans ce cas-ci c’est Jamil (pseudonyme). Vous le reconnaissez à son portable dernier cri, avec lequel il court de champ en champ, pour garantir que le projet pour lequel il fait « contribuer » ses travailleurs va en douceur. Il y a des centaines de travailleurs comme eux employés sous Jamil, et il les répartit parmi les projets dans la vallée du Jourdain. Il paye leurs salaires sur la somme que l’employeur Juif lui paye, et au passage il prend ses propres « frais de courtage », qui selon lui sont de cinq à 10 shekels pour chaque travailleur qu’il amène, selon son accord avec les employeurs Juifs.

Interrogé sur pourquoi il emploie de si jeunes garçons, Jamil dit « un enfant de 15 ans vient me voir, dont le père n’a pas le droit d’entrer dans la vallée pour des raisons sécuritaires, et il vous demande un travail. Que pouvez-vous faire, le renvoyer ? Je sais que je n’en ai pas le droit, mais je ressens ça comme une obligation. Si je refuse, je me sens coupable. Comme ça, par ma faute, cette famille n’aurait rien à manger ? »

Qu’est-ce que votre employeur en pense ? « Il ne me demande pas d’amener des enfants, mais il sait bien ce qui se passe ici ».

Cinq shekels d’augmentation.

Le modèle de travail décrit ci-dessus est très habituel dans les champs de la vallée du Jourdain. Lors de visites que nous avons faites à plusieurs d’entre eux le mois dernier, des principes clairs guidant sa réalisation étaient visibles : le raïs perçoit une somme globale de l’employeur Juif pour le projet, de ceci il paye un salaire quotidien de 50 à 60 shekels pour chaque travailleur, et prend des frais d’intermédiaire entre cinq et 10 shekels par tête. Pour cela, les enfants sont considérés comme des manoeuvres.

Dans certains cas, les raïs parlent de salaires de 85 shekels par jour mais quand vous creusez vous trouverez que la raison de cette « augmentation » vient des coûts de transport supplémentaire des manœuvres qui vivent loin des champs. Le travailleur lui-même ne touche pas un shekel de ce supplément, et le plafond de verre de 60 shekels est maintenu aussi dans ce cas. Un jour de travail est de huit heures, de six le matin à deux l’après-midi, avec une coupure à 10 heures. Le travail s’étend sur sept jours par semaine, et seule la pluie peut l’affecter. Il faut remarquer que cette description du travail n’est valable que pour les travailleurs temporaires, qui viennent à l’aide d’un projet par nécessité. Les agriculteurs emploient aussi des travailleurs réguliers, adultes qui reçoivent un salaire mensuel régulier, et leurs avantages sociaux sont préservés.

Il est six heures du matin passé, et un groupe de travailleurs Palestiniens traverse la route 90 à pied vers les champs de Moshav Tomer. Ils se dirigent vers un camp de tentes temporaires montées il y a trois mois dans le village palestinien de Rusheida, au début de la saison de récolte des poivrons et des tomates cerises. C’est un paysage familier en Cisjordanie, une tente temporaire, née des besoins de l’emploi, et démantelée en fin de saison. Une autre comme ça est maintenant vide dans le village palestinien de Jiftlik, près d’Argaman ; en été elle est occupée à nouveau par des travailleurs qui habitent en Cisjordanie.

Pour l’instant, dans la tente de Rusheida, il y a panne de courant et l’eau est récoltée dans des seaux. Pourtant, elle a deux avantages : sa proximité des champs (seulement 500 m) et le fait qu’il n’y a pas de check-points de l’armée en cours de route. Le premier effet épargne des coûts de transport aux travailleurs, et le second leur sauve des heures de sommeil précieuses au lieu qu’elles soient gâchées à l’attente aux check-points. Les habitants Palestiniens de la vallée du Jourdain sont généralement considérés comme une force de travail attractive pour les employeurs Juifs parce qu’il n’y a pas de besoin de complications mises en jeu dans leur transport. C’est un des nombreux intérêts complémentaires entre employeurs et intermédiaires qui permet le schéma de travail exploiteur décrit ici.

Sur le chemin qui mène au champ de tomates cerises de Tomer, les travailleurs marchent lourdement, car la boue les ralentit. On voit facilement qu’au moins deux d’entre eux ont moins de 16 ans. Hassan, par exemple, a travaillé dans les champs de poivrons et de tomates de Tomer pendant près d’un an, depuis ses 14 ans. Il gagne 55 shekels pour huit heures de travail, et reçoit cinq shekels de plus pour chaque heure supplémentaire. Il nous dit qu’il a quitté l’école très jeune parce qu’il doit soutenir sa famille ; alors que son père n’a que 45 ans, il ne peut pas travailler. Il a été emprisonné dans une prison israélienne et est maintenant interdit d’entrer en Israël. De plus, sa santé s’est détériorée en prison, et il est difficile pour lui de trouver du travail dans [la zone de] l’Autorité Palestinienne. Hassan est le quatrième de 17 enfants, et une grande part du fardeau de soutien de sa famille tombe sur lui. Hassan a peu de contacts avec son employeur Juif – il l’a rencontré, mais ne lui a jamais parlé. Ses instructions viennent du raïs.

Le raïs est conscient du problème venant de l’emploi de jeunes au-dessous de 16 ans, qui n’ont pas droit à des permis de travail. Bassam (pseudonyme) décrit ce détournement de la loi comme de l’altruisme : « les jeunes réclament du travail, et je n’ai pas le cœur de leur refuser », dit-il. « Je connais leurs familles et la situation économique dans le village, vous ne pouvez pas les refuser. En principe, l’employeur Juif ne veut pas employer des enfants mais ils voient rarement ce qui se passe, et n’en font pas d’histoires ». Le raïs dit que Tomer et lui ont travaillé ensemble pendant 12 ans, et que leurs relations sont « comme les meilleurs amis », comme il le dit. Si c’est ainsi, pourquoi est-ce que vous n’essayez pas de le persuader d’améliorer leur salaire ?, je demande. « Nous demandons tout le temps une augmentation pour les travailleurs, mais dans la plupart des cas elle est rejetée », répond-il. « J’ai demandé pendant six ans une augmentation, mais l’employeur n’a approuvé cinq shekels de plus par travailleur qu’il y a quelques mois ».

Il maintient que malgré la proximité entre lui et l’employeur, il y a peu de concessions. Dans le village d’Akraba, où il vit, il y a 20 raïs – eux et les dizaines de travailleurs, qui sont prêts à n’importe quel travail, se saisiront avec joie de l’occasion de le remplacer s’il ose seulement bander ses muscles et insister sur des augmentations de salaires. « Sitôt que je ferai des histoires, il me diront ‘merci beaucoup’, et ils embaucheront quelqu’un à ma place, il n’y a pas pénurie », dit-il.

Les raïs vivent bien

Il n’y a pas de quoi plaindre Bassam, ou les raïs, comme le souligne Wael Nadif, dirigeant de la Fédération Générale des Syndicats Palestiniens (PGFTU) à Jéricho. La semaine dernière, il est allé au checkpoint de Hamra pour distribuer aux travailleurs des tracts indiquant les conditions de travail élémentaires auxquels ils ont droit. Sa mission n’a été qu’un succès partiel. Certains des raïs en charge du mouvement des fourgons Transit dans la vallée l’ont empêché de distribuer les tracts. Nadif dit qu’il n’était pas surpris. Il a l’habitude du comportement corrompu des intermédiaires, et sait pourquoi ils visent à cacher aux travailleurs toute information qui pourrait mener à une rébellion.

Nadif a collecté des témoignages de nombreux cas où les employeurs Juifs paient des sommes raisonnables qui n’arrivent jamais aux travailleurs d’en bas à cause de la rapacité du raïs. Les employeurs Juifs en sont aussi conscients, et certains parlent du raïs bien nourri, qui conduit en Mercedes et en BMW autour de la Bika’a [la vallée]. Dans une telle déclaration, cependant, il y a un déni simpliste de toute culpabilité. Le lien entre l’employeur et le raïs est étroit, et ils ont un schéma de travail partagé. Le second fournit au dernier moment une liste de noms et de numéros d’identité de travailleurs potentiels, que le premier porte à l’Administration Civile [militaire, ndt] pour recevoir des permis de travail à leur nom pour les trois mois suivants. À la fin de la période, ils peuvent être renouvelés si l’employeur le veut. Vu ainsi, c’est une méthode qui opère harmonieusement, alors pourquoi les raïs sont-ils devenus exploiteurs ?

Il semble que le seuil de déclenchement de la colère des colons de la vallée est particulièrement bas quand on les met devant des questions de ce genre. Dans un champ de Tomer voisin, où des dizaines de travailleurs récoltent énergiquement des poivrons, il est facile d’observer ceux dont l’âge est anormalement bas. Mais nos essais pour obtenir des informations par le raïs ou par ses travailleurs dans les champs sont perturbés par Meir Maman, secrétaire de la colonie, venu contrôler les champs. Maman a l’air d’un brave type, mais il est clair que le thème de l’article le gène. Ils nous voit comme des intrus, et si nous ne partons pas il appellera la police.

Les employeurs eux-mêmes sont plus tolérants et acceptent de répondre aux questions difficiles. S, l’employeur de Nimr à Moshav Yafit, a insisté que sur son exploitation il n’y avait pas de jeunes travaillant sous l’âge légal, mais il a admis qu’il est conscient que ceci a lieu. « Je ne connais pas chaque travailleur personnellement, mais si je vois des gamins qui s’infiltrent, je les vire. Ils ont un arsenal de trucs, des faux permis, ils se cachent de moi. Je combats ça régulièrement. Je peux dire que je fais de mon mieux, et je promets de continuer d’agir pour marginaliser le phénomène ».

Ne devriez-vous pas savoir qui travaille dans vos champs ? « Voyez, j’ai moi-même sept enfants, et je ne laisserai jamais les petits travailler illégalement. Je suis très sensible à cette question mais je ne peux pas tout contrôler. J’envoie leur carte d’identité et j’obtiens des permis pour eux, mais au check-point les Ford Transit traversent remplis de gens, et c’est quelque chose que je ne peux pas contrôler ».

Concernant la non-application des règlements sur le salaire minimum dans ses champs, S a une réponse toute prête : « La loi parle de salaire minimum, mais pourquoi ne mentionne-t-elle pas d’indemnités de chômage pour les Palestiniens ? Seulement quand c’est aux frais des agriculteurs de la vallée, l’État devient soudainement socialiste, sans regarder et à gauche ni à droite. Les gens qui travaillent pour moi viennent avant tout pour pouvoir mettre à manger sur leur table. Nous prenons soin d’eux et nous donnons un moyen de vivre à des dizaines de milliers. Avez-vous vérifié combien un travailleur obtient d’un employeur à Naplouse ? La moitié, au mieux. Il n’est pas réaliste de nous demander de payer le salaire minimum. Si ça se faisait, on s’effondrerait et avec nous tous les travailleurs Palestiniens.

Un autre agriculteur de Moshav Tomer, P, est prêt à jurer qu’il n’y a pas de mineurs dans ses champs, certainement pas à sa connaissance. « Ici, tout ce qui est fait est soumis au permis de travail de l’Administration ‘Civile’. Je ne peux pas superviser toutes les combines que les gosses utilisent pour gagner quelques centimes de plus, et je peux aussi les comprendre, leurs conditions sont dures. Est-ce que j’aligne chaque matin les travailleurs, pour demander à chacun son âge, et exiger de voir son permis ? La réponse est non. Ce que je vérifie, c’est vis-à-vis du raïs. Par ailleurs, je considère que les check-points sont le mécanisme de contrôle qui est supposé superviser ces questions ».

P justifie aussi les bas salaires des travailleurs en les comparant aux salaires encore plus bas dans [la zone de] l’Autorité Palestinienne. « Allez et voyez les salaires humiliants de quelqu’un qui travaille dans les villages palestiniens », suggère-t-il. « Si les fermiers Juifs sont de tels exploiteurs colonialistes, pourquoi viennent-ils par milliers pour travailler ici ? Nous sommes ceux qui leur permettent de se nourrir ».

Néanmoins, P veut dire clairement qu’il n’est pas responsable de la gamme de salaire que les travailleurs ont rapporté, 50 shekels par jour. Il déclare, comme les autres fermiers, que depuis longtemps ils ont changé pour une méthode alternative d’évaluation basée sur la production. Tout ce qu’ils font pousser, date où, légumes, peut être pesé. Alors les salaires arrangés d’avance avec le raïs sont en rapport avec la production, par kilo récolté ou seau rempli. De cette façon, disent t-ils, les salaires pour un jour de travail peuvent atteindre « un très bon montant, jusqu’à 100 shekels », comme un fermier l’a dit, ignorant le fait que même quand ceci est divisé en heures de travail cela fait moins que le salaire minimum légal.

Dans tous les cas, dit P, les raïs ignorent la nouvelle situation et « persuadent leurs travailleurs que leur salaire est déterminé par jour de travail, alors qu’en fait il est calculé sur la production. C’est leur manière de faire plus d’argent sur les travailleurs. Quiconque vous dit que vous gagnez 50 shekels par jour ment, ou bien le raïs extorque la moitié du salaire que le travailleur est supposé gagner. C’est bien plus facile d’extorquer un garçon de 12 ans que d’avoir affaire avec un homme de 25 qui sait ce qui se passe ».

Les intermédiaires Palestiniens ne disent pas que leurs employeurs Juifs demandent activement des jeunes illégaux, mais ils disent qu’ils négligent ça quand ils voient des jeunes de 14 ans travailler sur leurs terres. « Ils ne voient que la production », dit un raïs. Il dit que pendant les périodes animées de l’été, même un nain de 10 ans ne dérangerait pas le sommeil de l’employeur – tant que le travail tourne comme une horloge.

Si bien qu’il est difficile d’indiquer les parties coupables dans cette histoire. Quand les intérêts s’assemblent entre les besoins des fermiers pour une force de travail bon marché et disponible, le besoin des Palestiniens de gagner de quoi vivre dans de mauvaises conditions d’emploi, et le savoir-faire et les contacts des raïs, il en sort cette complexité dont une chose est certaine : elle ne s’accorde pas toujours avec la loi.

Certains diront qu’une réalité d’exploitation est inévitable dans une situation d’occupation, et que ceci n’en est qu’une manifestation. Ceci peut sembler trop général, sans compter que les oreilles israéliennes sont déjà entraînées à bloquer ça automatiquement. Mais dans l’histoire de l’exploitation des travailleurs agricoles il y a aussi une implication pratique. C’est la difficulté des Palestiniens de Cisjordanie à recevoir des permis de travail légaux pour travailler dans la vallée du Jourdain.

La politique appliquée par les Services Généraux de Sécurité (GSS) pour l’obtention de permis de travail est très stricte, et d’après l’Administration ‘Civile’, seuls 3975 Palestiniens ont des permis de travail pour la région de la vallée du Jourdain.

Il y a quelque chose d’absurde dans cette rigidité, puisqu’il y a deux ans le Ministère de la Défense a révoqué les restrictions de mouvement qui étaient en place pour les habitants de Cisjordanie souhaitant entrer dans la vallée, et ainsi régulé leur transit en territoire israélien au moyen d’un permis d’entrer de deux jours. Mais en fait la distinction n’est pas conservée entre les deux types de permis, entrée et travail, et une fois que les travailleurs sont entrés sous contrôle israélien il n’y a rien, comme indiqué ici, pour les empêcher d’être employés illégalement. Oui, même en ce qui concerne les enfants (et c’est même plus facile pour les enfants d’entrer en Israël) tout ce qu’ils ont à faire est de présenter un certificat de naissance, car le GSS ne les considèrent pas comme « dangereux ».

D’autres parties coupables sont les employeurs Juifs, qui savent que la plupart de leurs travailleurs n’ont pas de permis de travail, et qu’en certains cas ce sont des enfants, mais qui ne posent pas de questions superflues. L’objection de l’employeur sur la mise en rang de ses travailleurs et la vérification de qui vient travailler avec lui est un clair exemple de détournement de regard.

À ce stade, la loi était supposée entrer dans le tableau, mais elle n’est pas réellement appliquée dans la vallée du Jourdain. Dans ce contexte, il vaut la peine de noter la décision de la Haute Cour de justice en 2007, à l’audition d’une pétition par Kav LaOved qui, pendant des années, à accompagné les batailles des travailleurs de la vallée du Jourdain pour améliorer leurs conditions d’emploi, décidant que les lois du travail d’Israël devraient s’appliquer entièrement aux travailleurs de [la zone de] l’Autorité Palestinienne travaillant dans les colonies israéliennes.

« Le GSS applique une politique rigide concernant les permis, et quand un père de famille est incapable de travailler, son enfant est forcé de prendre sa place pour ramener du pain au lieu d’aller à l’école », dit Salwa Alenat from Kav LaOved, « alors il y a un cycle d’exploitation méthodique. Les employeurs des communautés de la vallée du Jourdain exploitent la faiblesse des travailleurs Palestiniens, et ne leur appliquent pas les lois du travail israéliennes contrairement aux exigences de la loi ».

Rentre chez toi

Le Conseil Régional de la vallée du Jourdain s’étend de Jéricho au sud à Beit Shean [Beisan] au nord – 22 communautés s’étirant au long de 860.000 dunams. Au contraire des colonies du Gush Emunim, qui occupent aussi des terres prises aux Palestiniens en 1967, des colonies de la vallée du Jourdain sont associées aux valeurs du mouvement travailliste, et l’implication dans l’agriculture est au centre de leur esprit. En réponse à nos arguments, David Alhayani, qui a occupé récemment le rôle de chef du conseil, nous a invité dans sa ferme pour nous montrer ce qu’est la coexistence. Au téléphone, il nous parla d’un couple de Britanniques qui importent les produits agricoles en Europe, qui refusait d’acheter des cultures poussées dans la vallée du Jourdain jusqu’à ce qu’ils aient vu la relation spéciale qui existe entre lui et son travailleur Palestinien. Alhayania décrivit comment le couple de Britanniques changea ses vues complètement du moment où il s’assit pour prendre un petit-déjeuner Palestinien traditionnel préparé par son loyal employé.

Dans la ferme d’Alhayani’s au Moshav Argaman, les cultures principales sont des plantes aromatiques, principalement la ciboulette. Le chef du conseil dit qu’il n’a pas besoin des services d’un intermédiaire, parce qu’il embauche ses travailleurs personnellement au village voisin de Zbeidat. Il n’a jamais entendu parler de Palestiniens sous l’âge légal travaillant dans la vallée du Jourdain, et certainement pas de travailleurs payés 50 shekels par jour. « Foutaise totale », dit-il, « sans rapport avec la réalité ».

En même temps, Alhayani reconnaît que les raïs prennent une part des salaires des travailleurs (les frais de courtage), mais il dit que des choses comme ça n’ont rien à voir avec lui. « Tout ce qui concerne les relations du travailleur avec le contremaître est son problème. L’intermédiaire amène les travailleurs, alors il doit les gérer ».

Mais l’employeur à la responsabilité légale sur eux. C’est lui qui va à l’Administration ‘Civile’ et qui arrange les permis de travail pour eux. Vous ne pouvez pas dire qu’il n’a pas de responsabilité envers eux. « L’intermédiaire présente le permis à l’employeur. S’il n’y a pas de permis, le travailleur n’entre pas. Et ça s’arrête là, tout simplement ».

Nous voulions poser en chef du conseil d’autres questions sur le faible âge de certains travailleurs, sur la question du salaire minimum qui n’est rien qu’une plaisanterie, sur le paiement d’indemnités si un travailleur est blessé en travaillant dans les champs — mais Alhayania a interrompu l’interview. « Rentrez chez vous » a-t-il ordonné « ce n’est pas l’article sur lequel j’ai accepté d’être interviewé ».

Réponses des institutions

L’Administration ‘Civile’ a dit que les critères sur lesquels le droit à un permis de travail est donné dépendent de l’âge du travailleur, de sa possession d’une carte d’identité magnétique valable délivrée par l’Administration ‘Civile’, et de ce qu’il ne soit pas interdit de travail dans une colonie par les forces de sécurité. Le chef de l’Administration ‘Civile’, le brigadier Yoav (Poli) Mordechai, a décidé récemment de monter le critère d’âge pour l’emploi dans la région de la vallée du Jourdain, et maintenant les permis de travail dans cette région sont délivrés à des travailleurs âgés de 16 ans ou plus, et non de 14 ans ou plus comme auparavant. »

Le Ministère du Commerce et de l’industrie « La loi du salaire minimum s’applique aux Palestiniens employés dans les communautés israéliennes en Judée et Samarie, et les inspecteurs de l’unité pour les travailleurs étrangers ont été autorisés en avril 2006 à faire appliquer les stipulations de la loi en Judée et Samarie. En ce qui concerne le tarif de paiement aux travailleurs Palestiniens proportionnés à leur production – il est possible mais l’employeur doit payer le salaire minimum. En fin de journée, si le travailleur n’a pas réalisé la production quantitative, et que le calcul de son salaire fait moins que le salaire minimum, l’employeur doit arrondir au salaire minimum ».

La réponse du porte-parole de l’IDF « Les Palestiniens de Judée et Samarie peuvent entrer dans la vallée du Jourdain. En ce qui concerne les Palestiniens employés dans la vallée du Jourdain, l’IDF, au moyen de l’Administration ‘Civile’, délivre des permis de travail aux Palestiniens qui ont passé les contrôles de sécurité et qui sont autorisés à travailler dans les communautés israéliennes. L’IDF continuera à préserver la routine quotidienne et le sens de la sécurité pour les citoyens Israéliens dans la vallée du Jourdain, en prenant en considération autant que possible le tissu de vie de la population palestinienne »
Hilo Glazer, Ha’ir

Lien de l'article: http://www.protection-palestine.org/spip.php?article7850

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