Publié le lundi 7 septembre 2009 sur le sie protection-palestine.org
Haokets.org
Les sentiments anti-arabes dégoulinant dans les rues de ce quartier de Jérusalem sont un choc pour les sens.
Il fait une chaleur de gril, mais la voie pavée qui monte depuis le centre de Silwan, à Jérusalem, n’est pas désagréable. C’est peut-être la brise, ou les maisons de pierres qui répandent la fraicheur dans l’air, ou peut-être le paysage ouvert de montagne. On est trois – Ilan, le réalisateur, Michael, le caméraman, et moi, l’interviewé. Nous faisons un film sur la discrimination institutionnelle flagrante contre les habitants de ce quartier palestinien de Jérusalem Est ; les autorités favorisent les colons Juifs qui ne cachent pas leur désir de judaïser le quartier, de le vider de son caractère palestinien.
Avant même qu’on ait placé la caméra, un groupe de gamines juives orthodoxes, dans les 10 ans, arrivent, montant le passage dans leurs jupes aux chevilles, mignonnes, bavardes, insoucientes. L’une d’elles ralentit, et nous demande aimablement si nous voulons la filmer. Que voudrais-tu nous dire, nous demandons. Je veux dire que Jérusalem appartient à nous les Juifs, dit-elle tout en marchant, mais c’est dommage qu’il y ait des Arabes ici. Le messie ne viendra que quand il n’y aura plus un seul Arabe ici. Elle s’éloigne, et ses copines ricanent et la rejoignent.
Deux minutes plus tard un jeune homme bien constitué arrive, avec une arme et une radio, sans uniforme ni insigne sur lui. Avant qu’il ouvre la bouche je devine déjà que c’est un agent de sécurité, un employé de la société de sécurité privée utilisée par les colons mais financée par le ministère du logement à hauteur de 40 mNIS (7 mEuros). Cette compagnie de sécurité est devenue depuis longtemps une milice privée qui maintient l’ordre dans le quartier et intimide sans aucune base légale les habitants Palestiniens. Un comité constitué par un ministre du logement a conclus que cet arrangement devait cesser, et que la sécurité des habitants Palestiniens comme Juifs doit revenir à la police nationale israélienne [1]. Le gouvernement approuva les conclusions du comité en 2006, mais s’est rétracté six mois plus tard sous la pression des colons. La société de sécurité privée a continué d’opérer.
Qu’est-ce que vous faites ici, le type demande. Qu’est-ce que vous faites ici, je répond. Je suis de la sécurité, maintenant dites-moi ce que vous faites ici, dit-il, d’un ton plus coléreux. Ca ne vous regarde pas, je réponds. Quel est votre nom, il demande. Quel est votre nom, je réponds. C’est pas important, je suis un garde de sécurité. Alors mon nom n’a pas plus d’importance, je réponds. Le type de la sécurité, visiblement ennuyé, a recours à des appels radio. Si on avait été Palestiniens, on aurait dégagé de la rue au premier signe. C’est la règle non-écrite. Mais nous sommes des Israéliens parlant hébreu. Ca fait problème. Le centre opérationnel explique apparemment à notre homme qu’on est dans un espace public et qu’il ne peut pas y faire grand-chose. Il se range à proximité avec son fusil, pour nous coller aux fesses par la suite.
On avance. Quelques minutes plus tard deux filles, de 17 ou 18 ans, arrivent par la montée. Elles ne sont pas Orthodoxes, et on peut voir qu’elles ne sont pas du coin. Une d’elles stoppe devant la caméra. Filme-moi, demande t-elle. Voudrais-tu être interviewée, on demande. Elle dit oui. Elle est de Gan Yavne et visite Jérusalem, la ‘Ville de David’. Pourquoi ici, on demande. Parce que le roi David était ici, dit-elle. C’est un lieu très important pour le peuple juif. C’est vraiment une honte que des Arabes soient ici. Mais très bientôt tous les Arabes seront morts, avec l’aide de Dieu, et tout Jérusalem sera à nous. Elle part.
Deux minutes s’écoulent, et une famille juive ultra-orthodoxe monte par le chemin. Le mari, tout en noir, demande à Ilan : dites-moi, y a-t-il à la fois des Juifs et des Arabes qui vivent dans ce quartier ? Des Palestiniens comme des Juifs, répond Ilan, mais la plupart des habitants sont Palestiniens. Ce n’est que temporaire, le rassure l’ultra-orthodoxe, bientôt il ne restera plus un seul Palestinien ici.
J’ai échangé des regards avec Ilan et Michael. On a été ici moins de 15 minutes, nous n’avons demandé à personne ce qu’ils pensent des Arabes ou du futur de Jérusalem, on n’a été qu’un court moment dans la rue. La haine s’est déversée sur nous comme une rivière dans la mer, librement, naturellement. Penses-tu, Ilan – j’ai demandé – qu’on va croiser quelqu’un qui dira quelque chose de positif, d’humain, de chaleureux sur les êtres humains ? Laisse tomber les humains, me répond Ilan, je me demande si on rencontrera quelqu’un qui se contentera de dire un mot aimable sur le ciel clair de Jérusalem.
Silwan – Siloé : Retenez le nom. Sa violence fera bientôt de l’ombre à celle d’Hébron.
Haokets.org
[1]. Et la fin de l’occupation !? (ndt)
Cet article a été publié originellement en hébreu sur le blog israélien Haokets http://www.haokets.org/. Traduction anglaise par Dimi Reider retraduit en français par JPB.
[1]. Et la fin de l’occupation !? (ndt)
Lien de l'article: http://www.protection-palestine.org/spip.php?article7748
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