dimanche 20 septembre 2009

A Gaza, l'import auto est un commerce vraiment souterrain

Publié sur le site france24.com le 18 septembre 2009
Par Adel ZAANOUN

ImprimerCette Volkswagen flambant neuve tranche sur les guimbardes rafistolées circulant dans les rues de Gaza. La berline a été acheminée depuis l'Egypte par un des tunnels frontaliers spécialement creusés pour "importer" des véhicules de contrebande.

Des contrebandiers, qui parlent sous couvert d'anonymat ou d'un nom d'emprunt, se vantent d'avoir introduit entre 30 et 40 voitures ces derniers mois par les tunnels de Rafah, ville à cheval entre la bande de Gaza et l'Egypte.

Ils contournent ainsi le blocus israélien imposé depuis 2006 à ce territoire où aucune voiture neuve ou même d'occasion n'a été autorisée depuis. Les pièces de rechange sont également interdites.

Les véhicules, volés ou sous le coup de saisies en Egypte, sont tronçonnés en quatre morceaux en territoire égyptien avant d'être acheminés par les galeries souterraines pour être assemblés de nouveau et vendus à Gaza.

"Il faut deux semaines pour assembler à nouveau une voiture car il faut souder les morceaux et repeindre la carrosserie", explique Abou Bilal, un des mécaniciens spécialisés dans l'assemblage des véhicules.

"On reçoit la voiture en quatre parties plus le moteur. On vérifie tout et on commence immédiatement à l'assembler. C'est le client qui choisit la couleur de la peinture", précise le mécanicien, en supervisant des ouvriers de son atelier réceptionnant une BMW modèle 2004, démontée en pièces et fraîchement sortie des tunnels.

Selon les contrebandiers, sur des dizaines de tunnels de contrebande à la frontière égyptienne, "cinq à six" seulement sont utilisés pour "importer" des voitures, dont au moins deux sont contrôlés par le Hamas, le mouvement islamiste qui s'est emparé du pouvoir par la force à Gaza en juin 2007.

L'un de ces souterrains a été détruit la semaine dernière dans un raid de l'aviation israélienne, qui attaque régulièrement les tunnels de Rafah, utilisés aussi pour la contrebande d'armes.

"Après ce raid, le trafic de voiture a été brièvement stoppé", affirme un contrebandier.

"La contrebande de voitures est plus difficile que celle des carburants, par exemple, car nous avons affaire à des grosses pièces qui peuvent être repérées, ce qui nécessite beaucoup d'efforts et de doigté lors du transport, surtout que la sécurité égyptienne, de l'autre côté, garde les yeux ouverts", raconte-t-il.

A en croire un autre trafiquant, Abou Saëd, le jeu en vaut la chandelle: "Une voiture nous coûte côté égyptien entre 6.000 et 10.000 dollars en moyenne. Une fois assemblée ici et repeinte, on la vend pour le double, voire plus".

Dans son atelier, Abdel Sattar achève de repeindre en gris métallisé une jeep de marque Mitsubishi modèle 2009 après son assemblage. "Elle est prête à la vente. J'estime qu'elle rapportera 20.000 dollars", se flatte-t-il.

"Ces voitures renchérissent sans cesse mais elle restent plus abordables que celles enregistrées à Gaza", dont les prix ont flambé en raison d'un parc automobile en constante diminution, explique-t-il.Sur quelque 55.000 voitures enregistrées à Gaza, plusieurs centaines ont en effet été détruites lors de l'offensive israélienne de l'hiver dernier et d'autres ont été réformées faute de pièces détachées, selon le directeur général du ministère des Transports au gouvernement du Hamas, Adnane Abou Odeh.

Si le ministère refuse d'enregistrer officiellement les voitures acheminées par les tunnels, les autorités du Hamas n'en ferment pas moins les yeux sur cette pratique.

Moyennant un tarif deux fois plus élevé que celui en vigueur au ministère des Transports pour l'immatriculation des véhicules en situation régulière, les propriétaires de voitures "importées" par contrebande peuvent les enregistrer auprès d'un département spécial de la police qui leur alloue des plaques minéralogiques "temporaires" leur permettant de circuler sans être inquiétés.

Lien de l'article: http://www.france24.com/fr/20090918-a-gaza-limport-auto-est-commerce-vraiment-souterrain

0 commentaires: