mardi 25 août 2009

Saint Jean d’Acre : La pêche traditionnelle menacée d’extinction

Paru sur le site protection-palestine.org le 25 août 2009
Par le Monde via AFP

Victimes de la pollution en Méditerranée, des contingences liées à la sécurité et de la concurrence des "bulldozers" de la mer, les petits marins-pêcheurs arabes de Saint-Jean d’Acre, en Israël, semblent voués à disparaître. "Aujourd’hui, nous ne sommes guère plus de 200 à 300 travailleurs de la mer, contre plus de 2.000 il y a vingt ans", affirme Rachid Hitti, président du syndicat des pêcheurs d’Acco (le nom hébreu de Saint-Jean d’Acre) et Naharyah, sur le littoral septentrional d’Israël. "Les autorités (israéliennes) nous interdisent d’aller au large pour des raisons de sécurité, la pollution fait des ravages, les +bulldozers+ de la mer (ndlr : les gros bâtiments de la pêche industrielle) drainent les rares bancs disponibles et, pour nous, les prises sont de plus en plus rares", témoigne M. Hitti.

Selon lui, une vingtaine d’espèces de poissons —notamment la sardine, le mulet ou le rouget— ont pratiquement disparu des côtes d’Israël, et ce sont les pêcheurs égyptiens d’El-Arich ou palestiniens de Gaza qui pourvoient à la demande. "Nous avons porté plainte en 2002 contre les industries israéliennes de la région qui jettent leurs déchets à la mer. Les tribunaux ont donné raison à 54 pêcheurs pratiquant la plongée sous-marine qui souffrent du cancer. Un compromis est en vue pour le versement d’indemnités", explique M. Hitti.

Sur un quai de Saint-Jean d’Acre, grand port de pêche et ancienne capitale des Croisés, Fathalla Abu Hussein, 37 ans, ne décolère pas en montrant d’énormes conduites qui déversent un contenu grisâtre en mer. "A cause de leurs poubelles, il n’y a plus ni crevettes, ni moules et ni crabes. J’ai commencé à pêcher avec mon père à l’âge de dix ans. A l’époque nous vivions heureux, mais aujourd’hui je suis couvert de dettes,

et depuis six mois je survis grâce aux allocations chômage", se plaint-il. Même abattement pour Abou Ahmad : "Chaque fois que nous sortons en mer, nous comptons sur la chance, mais le mauvais sort nous poursuit", raconte-t-il d’une voix éteinte, devant des filets de pêche entassés sur une jetée. Faute de mieux, il propose un petit tour en mer aux enfants pour la somme modique de 10 shekels (environ 2 dollars).

"Ces quelques sous m’aident à maintenir mon bateau et mon matériel en état", explique-t-il. Interrogée par l’AFP, une porte-parole du ministère de l’Agriculture et de la Pêche, Dafna Jurista, souligne que "la disparition de diverses espèces de poissons au large d’Israël procède d’un phénomène global en Méditerranée". Selon elle, la construction dans les années 1950 du barrage d’Assouan sur le Nil, en Egypte, a eu des effets écologiques dévastateurs en Méditerranée orientale, détruisant le plancton dont se nourrissent les poissons. Pour preuve, affirme la porte-parole, les poissons de cette zone se développent plus lentement et sont plus petits que les mêmes espèces au large des côtes françaises ou italiennes.

"Depuis 12 ans, nous limitons le nombre des permis de pêche pour essayer de préserver les espèces. Nous faisons aussi campagne avec le ministère de l’Environnement pour freiner la pollution", plaide-t-elle.

Des affiches officielles montrant des amas de sachets en plastique et de détritus sur une plage sont accompagnées de ces mots : "Celui qui salit est dégoûtant". Plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés en fin de semaine devant un centre commercial de Haïfa, près de Saint-Jean d’Acre, pour exiger que le ministère de l’Environnement soit plus rigoureux dans l’application des sanctions frappant les pollueurs.
Le Monde via AFP

Source : http://abonnes.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-40171323@7-46,0.html

Lien de l'article: http://www.protection-palestine.org/spip.php?article7721

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