Publié sur le site israelpalestine.blog.lemonde.fr le 03 juin 2009
La prestigieuse New York Review of Books publie dans son édition du 11 juin un nouvel article de Hussein Agha (universitaire, St-Antony’s College, Oxford) et de Robert Malley (ancien conseiller de Bill Clinton, directeur du département Proche-Orient de l’International crisis group) . Ces deux multi-récidivistes avaient rompu des lances, dans la même revue, avec Dennis Ross (ancien émissaire américain du même Bill Clinton, en charge aujourd’hui du dossier iranien) et Ehoud Barak (ancien premier ministre israélien et aujourd’hui ministre de la défense) à propos des négociations infructueuses de Camp David, en juillet 2000.
Dans cet article décapant, Agha et Malley passent au scalpel la solution des deux Etats dont Barack Obama a fait le pivot de sa politique sur le dossier palestinien. Une idée que la communauté internationale (une notion qui ne veut pas dire grand chose, on en convient) a reprise à son compte à la suite de George Bush, le premier à parler explicitement d’un Etat palestinien en juin 2002, mais qui est confrontée aujourd’hui à une majorité politique israélienne peu favorable à un processus de paix et à un champ de ruines palestinien.
Cet accaparement étranger n’est pas sans dangers. “Plus la solution des deux Etats apparait comme un intérêt américain ou occidental, pour ne pas dire israélien, moins elle a d’attrait pour les Palestiniens. Il est difficile pour eux de se sentir concernés par un projet dont l’objectif principal est de conforter leur ennemi historique (Israël), de défaire l’une de leur organisation politique (le Hamas), et de préserver des régimes arabes pro-occidentaux pour lesquels ils n’ont que peu de sympathie.”
Agha et Malley plaident pour la sortie du dossier palestinien du cadre étroit dans lequel il est enserré, et l’ouverture vers les colons, “traités comme des lépreux”, comme vers la diaspora palestinienne des camps de réfugiés, creuset du nationalisme palestinien, parce que le conflit israélo-palestinien ne pourra être réglé que s’il traite “sa génèse de 1948″.
Et les deux auteurs de mettre en garde Barack Obama contre deux périls:
En premier lieu, le “linkage” établit par les Etats-Unis entre le cas palestinien et leurs autres préoccupations régionales qui peut donner l’idée aux Palestiniens que les Etats-Unis se lancent dans la bagarre “en leur nom mais pas pour leur profit”.
En second lieu, “la perpétuation de distinctions qui n’aident pas entre extrémistes et modérés, l’isolement des uns au profit des autres, pour se retrouver déconnecté des acteurs les plus pertinents de la région”. “La question n’est pas de parler ou pas au Hamas”, ajoutent-ils, “mais de savoir si Obama peut parler à ceux au nom desquels le Hamas s’exprime.”
Agha et Malley espèrent que le discours du Caire marquera une vraie rupture, car George Bush a laissé derrière lui, selon eux, un héritage doublement pénalisant: “il fit mal de mauvaises choses, ce qui peut créer l’illusion qu’elles puissent être mieux accomplies.”
Lien de l'article:
http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/2009/06/03/les-deux-etats-ne-faites-vous-pas-erreur-monsieur-obama/
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