Par Pierre Barbancey-L’Humanité
Israël . Le premier ministre refuse le gel de la colonisation. Barack Obama réagit modérément. Les Palestiniens dénoncent son discours de pseudo-ouverture.
(Photo Info-Palestine) Et si tout cela n’était qu’un jeu de rôle entre Obama et Netanyahu qui seraient de toute façon d’accord sur l’essentiel : maintenir la colonisation et l’occupation tout en concédant quelques Bantoustans aux Palestiniens ?
Paradoxalement, celui qui a le mieux reçu le discours prononcé par Benyamin Netanyahou, dimanche, n’est autre que Barack Obama ! « Un important pas en avant », s’est félicité le président américain. Obama « est favorable à une solution à deux États (...) Il croit que cette solution peut et doit assurer à la fois la sécurité d’Israël et satisfaire les aspirations légitimes des Palestiniens à un État viable, et il salue le fait que M. Netanyahou adopte cet objectif », selon la Maison-Blanche.
Une remarque étonnante alors que, comme le fait remarquer un éditorialiste du Washington Post, « Benyamin Netanyahou avait le choix : le président Obama ou Benny Begin. Il a choisi Benny Begin, l’aile droite de son parti, le Likoud. » Si le premier ministre israélien a bien parlé d’un État palestinien, c’est pour mieux le vider de tout sens et de tout contenu. Exiger que cet État soit démilitarisé, c’est évidemment placer un premier obstacle à de quelconques négociations, c’est affirmer qu’Israël contrôlera l’espace aérien palestinien et, partant, toutes les frontières du futur État.
Exiger des Palestiniens qu’ils reconnaissent non pas Israël mais un État juif, c’est évidemment leur dire que le droit au retour des réfugiés est abrogé et que les Palestiniens d’Israël n’auront pas les mêmes droits. Pis il a exclu un gel de la colonisation israélienne, un retrait de la partie orientale de Jérusalem occupée depuis 1967.
Pour le négociateur palestinien Saëb Erakat, « il devient clair que nous sommes en présence d’un gouvernement israélien qui refuse en réalité une solution à deux États, l’arrêt de la colonisation et la reprise des négociations du point où elles s’étaient arrêtées » fin 2008. À Damas, le quotidien à grand tirage Al Watan a jugé que Netanyahou avait « torpillé tous les efforts de paix ». Le président libanais, Michel Sleimane, a, lui, appelé la communauté internationale à « faire pression » sur Israël pour qu’il accepte les précédentes initiatives de paix.
La position exprimée par le chef du gouvernement israélien « reflète une intransigeance que ce soit au niveau du processus de paix ou de la question des réfugiés palestiniens », a souligné la présidence libanaise. Pour le président égyptien, Hosni Moubarak, « l’appel à reconnaître Israël en tant qu’État juif complique davantage les choses et ruine les possibilités de paix ».
Côté Européens, on est, dans l’ensemble, satisfait du discours de Netanyahou. La République tchèque, qui préside l’UE pendant encore quelques jours, est très satisfaite. La Suède, qui lui succédera, est un peu plus nuancée, parlant d’un « petit pas en avant ».
Pour la France, Bernard Kouchner a salué la « perspective tracée » par Netanyahou tout en ajoutant qu’ « aboutir à la paix impose d’aller bien au-delà, sans poser de préalable à la négociation ».
Enfin, Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne aux Relations extérieures, a résumé : « C’est un premier pas très important, mais beaucoup d’autres pas devront suivre. Vous connaissez la position de l’UE : nous voulons une solution à deux États avec un État palestinien viable. »
Netanyahou peut être satisfait. Personne ne parle de pression à exercer, et même le président américain semble abandonner l’idée d’un gel de la colonisation. C’est là que le bât blesse et qu’on perçoit les limites du discours qu’il a prononcé au Caire le 4 juin dernier.
Quant aux ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, au lieu de grandes déclarations, ils avaient loisir, hier, alors que la commission UE-Israël se réunissait, de mettre dans la balance le respect des engagements israéliens et le rehaussement de ses relations avec les Vingt-Sept. « Netanyahou a choisi une fois de plus la paix des colonies, qui entre frontalement en collision avec la paix de la région et de ses peuples », a souligné le député communiste israélien, Mohammed Barakeh.
16 juin 2009 - Le web de L’Humanité
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