samedi 20 juin 2009

De la tente à la caravane, en attendant un toit en dur à Gaza

Publié sur le site lorientlejour.com le 20 juin 2009
Par Adel ZAANOUN (AFP)

Hussein Chawiche a été parmi les premiers à recevoir une caravane, en raison du grand nombre d’enfants et de femmes à sa charge. Mohammad Abed/AF

Hussein Chawiche a été parmi les premiers à recevoir une caravane, en raison du grand nombre d’enfants et de femmes à sa charge. Mohammad Abed/AFDepuis la destruction de sa maison, il y a cinq mois, dans l'offensive israélienne à Gaza, l'octogénaire Hussein Chawiche et sa pléthorique famille vivent sous une tente. Dans l'attente d'une hypothétique reconstruction, le Hamas vient de lui offrir une caravane. Le préfabriqué a été posé non loin de la tente et d'une cabane en tôle ondulée, qui offrent un gîte censé être temporaire à cet homme de 87 ans et à ses 30 enfants et petits-enfants. Cette habitation de fortune se dresse sur les décombres de la maison familiale de quatre étages, pulvérisée par un raid de l'aviation israélienne à Beit Hanoun.
La guerre a détruit quelque 5 000 maisons et endommagé 17 000 autres. Mais la reconstruction, à laquelle la communauté internationale a promis de consacrer des milliards de dollars, est toujours dans les limbes en raison du blocus israélien et le refus de nombreux donateurs de traiter avec le Hamas. Devant ce retard, le gouvernement du Hamas a commencé à distribuer un premier lot de 192 mobil-homes, offerts par la Turquie, aux sans-abri. Quelque 1 200 autres préfabriqués, un don de l'Organisation de la conférence islamique, sont attendus.

Pour Hussein Chawiche, la caravane ne résout pas le problème, d'où sa décision de ne pas démanteler la tente. « C'est mieux que rien, mais où voulez-vous que je mette tout ce monde ? » demande-t-il en désignant de la main la ribambelle de ses petits-enfants. Les préfabriqués, rassemblés par des ouvriers recrutés par le Hamas, sont d'une superficie de 12 m2 chacun. Ils ne sont pas équipés de toilettes. « Je vais m'en servir le jour pour recevoir les visiteurs, et le soir, les femmes et les enfants pourront y dormir », confie M. Chawiche. Son fils cadet, Yasser, 40 ans et sans emploi, vit aussi dans la tente avec ses quatre enfants et son épouse. « Elle ne nous protège pas du froid ou de la chaleur, et n'offre aucune intimité, mais nous n'avons pas le choix. J'ai eu le cœur arraché lorsque les Israéliens ont bombardé la maison », dit-il. Son père hoche la tête. « C'est une nakba (catastrophe). Ni Carter ni Blair ne sont venus voir notre drame. On vit dans la rue et on ne sait pas pourquoi », dit-il à propos de l'ex-président américain Jimmy Carter et du représentant du quartette, Tony Blair, qui ont récemment effectué des visites à Gaza.
Les Chawiche, en raison du grand nombre d'enfants et de femmes à leur charge, ont été parmi les premiers à recevoir une caravane. Non loin de Beit Hanoun, à Ezzbet Abed Rabbo, l'une des zones les plus dévastées, Amal, qui a perdu deux frères pendant la guerre et vu la maison familiale détruite, attend sa caravane. « C'est quand même mieux qu'une tente. Cela fait des mois qu'on attend pour que nos maisons soient reconstruites, mais personne au monde ne nous prête attention. Ils sont occupés par l'Iran et Israël, leur chéri », dit cette femme de 22 ans. La tente, où elle a pu placer une vieille armoire, « n'est même pas digne des animaux », lâche-t-elle.
Adel ZAANOUN (AFP)

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