mercredi 10 juin 2009

Colonisation: les arguments israéliens

Publié sur le site israelpalestine.blog.lemonde.fr le 10 juin 2009

J-4. A quatre jours de la réponse du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou au projet du président des Etats-Unis Barack Obama de forcer la décision sur le dossier israélo-palestinien, le débat continue de tourner autour de la question de la colonisation. La partie israélienne est déstabilisée par l’insistance américaine sur la question du “gel de toutes les activités de colonisation”, y compris la “croissance naturelle” des implantations existantes.

Pour mieux comprendre ce malaise par rapport à une disposition évoquée depuis 2001 et le rapport de la commission Mitchell (l’actuel émissaire des Etats-Unis), il faut lire l’enquête du correspondant diplomatique du Haaretz, Aluf Benn, qui raconte par le menu les tentatives israéliennes répétées pour obtenir sur la question de la “croissance naturelle” des dérogations de la part des Etats-Unis, sans succès.

(Photo guerre ou paix)

Une autre lecture est conseillée pour cette même question, celle de la note d’un ancien conseiller diplomatique de M. Nétanyahou, Dore Gold, qui détaille sur le site du Jerusalem Center for Public Affairs l’argumentaire israélien:

1) Conformément à la vision israélienne de la Cisjordanie comme un territoire disputé, la colonisation ne peut pas être considérée comme illégitime.

2) Les accords d’Oslo de 1993 ne comportaient d’ailleurs aucune restriction en la matière.

3) une “entente” israélo-américaine, tacite, a prévu la poursuite de la colonisation (la “croissance naturelle” des colonies déjà créées) à condition qu’elle réduise pas le territoire de “la future entité palestinienne”. Selon Dore Gold, l’habitat des colonies ne couvre que 1,7% de la Cisjordanie.

4) une clarification est nécessaire entre Israël et les Etats-Unis à propos de la lettre de George Bush du 14 avril 2004, que l’administration Obama ne semble pas reprendre à son compte.

On comprend Dore Gold: il peut en effet être tiré de cette lettre une interprétation qui légitimerait la “croissance naturelle” à laquelle s’accroche le gouvernement israélien, et qui fait l’object d’un consensus politique dépassant de beaucoup les frontières de l’actuelle majorité.

Lien de l'article: http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/2009/06/10/colonisation-les-arguments-israeliens/


Nous pensons qu'il est également de vous laisser les commentaires laissés par les lecteurs de ce blog

Commentaires

L’argumentation israélienne (et américaine en général) sur la légalité des implantations : une présentation pédagogique.
http://www.amitiesquebec-israel.org/textes/implant.pps

En termes moins diplomatiques que Dore Gold, une argumentation polémique :
“Le mythe des implantations”, par Charles Krauthammer (Jewish World Review)
http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-16541-145-7-mythe-implantations-charles-krauthammer.html
“[…] Pas de « croissance naturelle » veut dire l’étranglement mortel des villes prospères situées à proximité de la ligne d’armistice de 1949, dont un certain nombre sont des banlieues de Jérusalem, et que dans toutes les négociations de la dernière décennie, Israël était censé conserver. Cela veut dire pas de croissance démographique. Ce qui veut dire pas de bébés. Ou alors, si l’on a des bébés, pas de quoi les loger — pas même à l’intérieur des limites existantes des agglomérations. Ce qui signifie que, pour chaque enfant qui naît, il faut que quelqu’un parte. Aucune collectivité ne saurait survivre de cette façon. L’objectif évident est d’ébranler et de détruire ces villes — avant même les négociations.
Dans quel but ? Au cours de la dernière décennie, le gouvernement américain avait admis qu’un traité de paix final impliquerait nécessairement que les Israéliens conservent une partie des implantations les plus proches — et accordent aux Palestiniens, en compensation, une superficie équivalente du territoire d’Israël même.
C’est ce qui avait été envisagé avec le plan Clinton, lors des négociations de Camp David, en 2000, et à nouveau, à Taba, en 2001. Au bout du compte, pourquoi expulser des gens de leurs maisons et faire de leurs villes des tas de décombres, alors qu’Arabes et Juifs pourraient rester dans leurs maisons si la ligne d’armistice de 1949 était légèrement déplacée du côté palestinien pour englober les principales implantations juives du voisinage et, parallèlement, déplacée à l’intérieur du territoire israélien pour donner du terrain aux Palestiniens ?
Non seulement cette idée était logique, non seulement elle avait été acceptée aussi bien par les gouvernements démocrates que par les gouvernements républicains au cours de la dernière décennie, mais elle avait été approuvée par écrit dans les protocoles d’accord échangés entre Israël et les Etats-Unis, en 2004 — et par la suite massivement approuvée par une résolution concomitante du Congrès.
Pourtant, le Département d’État d’Obama a refusé, à plusieurs reprises, d’avaliser ces accords et même de dire qu’il allait les honorer. Et cela, de la part d’un président qui affirme avec constance que toutes les parties du conflit doivent honorer leurs obligations antérieures. Et qui, maintenant, attend des Israéliens qu’ils acceptent de nouvelles garanties américaines en échange de concessions concrètes et irréversibles, alors qu’avec cynisme, il vient juste de tirer lui-même un trait sur les garanties américaines antérieures !
Toute cette histoire de “croissance naturelle” n’est qu’une machination. Le processus de paix est-il moribond parce qu’un enseignant, dans le quartier juif de Jérusalem, agrandit sa maison afin de pouvoir y loger ses petits-enfants ? Il faut être pervers pour faire de cette question le point central du processus de paix, alors même que Gaza est entre les mains de terroristes du Hamas qui mènent une guerre permanente contre Israël, et que Mahmoud Abbas, après avoir décliné toutes les propositions de paix d’Ehud Olmert, ose déclarer qu’il est dans l’attente — dans l’attente de voir le Hamas devenir modéré et Israël s’effondrer — et qu’il ne fera rien, d’ici-là, pour faire avancer la paix. […]
Accuser Israël et chercher à faire des histoires à propos de sa “croissance naturelle” permet sans doute de se faire bien voir de la “rue” arabe, mais cela ne fera qu’inciter les États arabes à adopter l’attitude d’Abbas : croiser les bras et attendre que l’Amérique leur livre Israël sur un plateau. Ce qui rend la stratégie d’Obama non seulement abjecte, mais contre-productive.”

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Rédigé par : Occam le 10 juin 2009 à 10:44 Alerter
“J’espère ne pas avoir froissé ou offensé Occam”

“Ceux qui sans nous connaître assez, pensent mal de nous, ne nous font pas de tort. Ce n’est pas nous qu’ils attaquent, c’est le fantôme de leur imagination.” (La Bruyère, Caractères, ch.XII)

Vous ne risquez pas de me froisser puisque vous vous trompez d’interlocuteur. “…dire que la stratégie d’Obama sur ce point est abjecte montre bien l’absence d’objectivité ou même de recule d’Occam (qui a tout à fait le droit de désapprouver, sans pour autant en venir aux insultes)” Je ne suis pas l’auteur du propos incriminé, qui est Charles Krauthammer. Ensuite, je me contente de fournir ici des expressions de points de vue souvent peu entendus, afin de mieux comprendre les données du problème. Vous avez tout à fait le droit de critiquer l’argumentation des textes (ils sont là pour ça), mais les rejeter du fait de leur origine me semble assez peu constructif (surtout que l’origine en l’occurrence n’est pas l’UPJF, qui n’a que traduit, mais le Jewish World Review). Si d’autres personnes ont des argumentaires opposés et bien construits, le débat ne pourra qu’y gagner en pertinence.

A l’inverse, votre intervention, consistant à dénoncer l’origine juive ou “communautaire” des textes cités, n’est que peu d’utilité, pour rester poli, et n’est qu’une piètre manière de prétendre défendre la paix (shalom), bien au contraire.

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Rédigé par : Occam le 10 juin 2009 à 13:56 Alerter
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A ceux qui espèreraient qu’un retour de Tzipi Livni aux affaires serait la solution face à l’intransigeance de Bibi, il ne faut pas non plus s’illusionner. Il n’est pas sûr, loin de là, que le parti Kadima soit plus flexible sur la question épineuse de la “croissance naturelle”.

Kadima : “Contre le gel des implantations” (Jerusalem Post, aujourdh’ui)
http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1244371060113&pagename=JFrench%2FJPArticle%2FShowFull
“En ces temps difficiles entre Jerusalem et Washington, Kadima s’était d’abord présenté comme le parti de la réconciliation avec les Etats-Unis. Pour autant, l’administration Obama pourrait être surprise par certaines positions en contradiction avec le Président américain, prises par des parlementaires du parti centriste. Il s’avère en effet qu’un certain nombre d’entre eux refuse catégoriquement de considérer le gel de la croissance naturelle des localités juives en Judée Samarie.
Même si certains, à Washington, voient en la Présidente du parti, Tzipi Livni, un partenaire de négociations plus accommodant, un législateur de Kadima a indiqué cette semaine que le fait d’accepter les demandes d’Obama de mettre un terme à une croissance, même naturelle, des implantations, mènerait à la désintégration du parti. “Kadima n’acceptera jamais la fin de la croissance naturelle”, a énoncé mardi le Député Otniel Schneller qui, d’après lui, mènera à “un déchirement du parti”.
Cet ancien secrétaire général du conseil des communautés juives de Judée-Samarie et de la bande de Gaza et résident actuel de l’implantation de Ma’aleh Michmash prône le droit à la croissance des implantations reconnues. “On s’est pratiquement déjà mis d’accord dessus, il n’y a donc aucune raison de mettre fin à la construction. Le déni de la croissance naturelle est illégitime, immoral et anti-juif. Personne ne peut dire à mes filles qu’elles ne peuvent pas avoir d’enfants simplement parce qu’elles résident de l’autre côté de la ligne verte.”
Le Député Ze’ev Boim fait écho aux commentaires de Schneller, réitérant qu’il soutient la croissance naturelle à l’intérieur des limites administratives des implantations faisant parties des blocs importants. Ils sont loin d’être seuls et représentent un gros pourcentage, cependant non-majoritaire, du plus important parti d’opposition. Même certains législateurs qui se voient comme étant plutôt à gauche de Kadima sont réticents à accepter un gel complet de la croissance des implantations.
Alors que le Député centriste Shlomo Moula a exprimé qu’il est de tout cœur avec Obama dans ses efforts au Moyen-Orient, il a précisé que Kadima appuie l’existence des Blocs majeurs de Goush Etzion, Ariel et Ma’aleh Adumim. Moula a fait savoir qu’il était certain qu’un accord final comprendrait un échange de territoires: ces trois blocs feraient partie d’Israël et les Palestiniens recevraient des terres dans une région comme les dunes d’Haloutza dans le Néguev. D’après Moula, la faute retombe sur Netanyahou qui a mis Israël dans une situation où “nous ne pourrons pas construire dans les blocs. Bibi les a affaibli.”
Même Schneller, qui représente la droite de Kadima a affirmé qu’il comprenait qu’”Israël doive arriver à des compromis territoriaux difficiles”, ajoutant, “je suis donc d’accord, dans le principe, avec les demandes exigeant la non-construction de nouvelles implantations. Nous n’encouragerons pas la croissance démographique, nous gèlerons le développement des implantations qui ne sont pas dans les blocs car nous tiendrons notre promesse, nous démantèlerons les avant-postes. Mais seulement si nous pouvons continuer le développement dans les blocs reconnus.”
Quant à Jerusalem, le parti est en consensus sur le fait que le “saint bassin” autour de la vieille ville doive rester aux mains des Israéliens mais les points de vue divergent largement sur ce sujet.”
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Rédigé par : Occam le 10 juin 2009 à 15:39 Alerter
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@ Ziada : “Occam, votre présentation powerpoint est un modèle de propagande pro-isarélienne, sans aucune objectivité.”

Vous avez sans doute raison, Ziada, mais pardonnez-moi si je vais preuve de lenteur : je n’ai pas tout à fait saisi les arguments qui vous servent à étayer vos propos.

Rédigé par : Occam le 10 juin 2009 à 16:27 Alerter
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@ Au pays du mensonge la vérité est trahison : “non mais parce qu’il le fait sur des terres qui NE SONT PAS LES SIENNES!!! imagine dans n’importe quel autre pays du monde si tu veux faire cela tu doit acheter ce terrain pour agrandir ta maison”

Bien sûr qu’il faut acheter le terrain ou en être déjà possesseur, qui a prétendu le contraire ? S’il y a expropriation, l’agrandissement est parfaitement illégal, c’est évident. Mais encore une fois, qui a prétendu le contraire ?

PS : je rappelle encore une fois que je ne suis pas l’auteur du texte, il s’agit de Charles Krauthammer. Je précise car il semble que vous êtes tous animés par le désir de “me” réfuter. Dites simplement que l’auteur se trompe, en expliquant pourquoi - et si possible sans trop vous exciter

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Rédigé par : Occam le 10 juin 2009 à 16:41 Alerter
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Tout de déchaînement de réactions outrées est très intéressant et révélateur.

M. Paris propose comme sujet du jour “les arguments israéliens”. Pour étoffer sa revue de ces derniers, je propose deux documents, un plutôt juridique, un plutôt polémique pour donner corps à ce point de vue.

Aussitôt, les réactions indignées fusent, m’accusant d’être un propagandiste impénitent et sans scrupule. Pourtant, je ne suis pas l’auteur de ces documents, et ceux-ci sont parfaitement dans le sujet. Que cherchiez-vous en venant sur ce sujet du blog ? A comprendre l’argumentaire israélien ? Mes documents sont là pour ça… Qu’on les juge convaincants ou non, c’est une autre question ; de fait ils visent simplement à faire comprendre le point de vue israélien ; personne n’est forcé d’y adhérer, il s’agit seulement de comprendre, tout comme je suis toujours heureux de mieux comprendre le point de vue palestinien.

Au vu des réactions, il semble malheureusement que bien peu viennent ici pour “comprendre” quoi que ce soit. Il s’agit bien plutôt de juger, de condamner, de vouer aux gémonies. Voici ce que la plupart paraît bien attendre de ce blog de “décryptage” : l’occasion d’accuser les méfaits d’Israël, et certainement pas l’occasion de comprendre l’ensemble des données du problème - ce qui passe nécessairement par l’étape qui consiste à saisir les deux points de vue, les deux narrations (israélienne et palestinienne) en conflit.

Je ne m’autoriserai jamais à condamner un intervenant qui me présenterait un argumentaire palestinien juridiquement ou politiquement bien étoffé : c’est toujours un moyen de saisir la complexité du conflit. Seulement je vois ici que ce goût pour la compréhension est loin d’être partagé.
Ceci dit je ne ferai pas non plus semblant d’en être étonné…

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