Par Ali Samoudi
Le coeur de Kawther, sa fille, bat dans l’espoir de toute initiative ou échange qui lui permettra de serrer son père dans ses bras. Sami Younis a passé un quart de siècle dans les prisons israéliennes et aujourd’hui, le nom de son père a été retiré de toutes les listes de négociation.
Tous les Palestiniens emprisonnés avant Oslo devaient être libérés à l’époque, mais c’est une des nombreuses obligations israéliennes découlant de l’accord de 1993 qui n’a pas été honorée. Il est en enfer, et les Israéliens refusent de le libérer.
« Il a donné sa vie pour son peuple et je ne perds pas espoir, » dit Kawther Younis cette semaine. Son père est le huitième sur la liste des prisonniers oubliés de l’association internationale des Amis de l’Humanité.
Les prisonniers politiques palestiniens à l’intérieur de la Ligne Verte, ou frontières israéliennes, ne font pas partie des négociations ni de l’échange du soldat, bien que la famille de Younis garde espoir, comme lui.
Les cheveux gris, la peau privée de la lumière du soleil, Younis a 77 ans. Il est né en 1932 dans le village d’Ara, maintenant à l’intérieur des frontières israéliennes. Il a vécu la Nakba et a subi la discrimination raciale.
Kawther dit que son père est un être bon, qui a fait son possible pour que sa famille ait une vie décente. « Il était chauffeur de taxi, » dit sa fille à Amis de l’Humanité. « Avant son arrestation, il étudiait aussi l’architecture à Haifa », grande ville palestinienne à l’intérieur des frontières israéliennes. « Il travaillait dans un esprit d’amour pour la terre. »
L’histoire de la détention
C’était après minuit le 5 janvier 1983, décrit Kawther. « Des dizaines de véhicules militaires ont envahi le village d’Ara et ont encerclé notre maison. Nous avons été surpris et nous n’en comprenions pas la raison. Nous avons été vraiment abasourdis quand nous avons réalisé que le but de l’opération était d’arrêter mon père. Il a été transféré dans un centre de détention, où il est resté pendant plusieurs mois. »
Elle continue l’histoire : « Au début, le tribunal militaire a condamné mon père à mort, ce qui nous a choqués encore davantage. Mais par la grâce de Dieu, l’appel de la condamnation a réussi et le tribunal l’a condamné à perpétuité. Même si cette décision est injuste et douloureuse, c’est quand même mieux que la mort parce que nous pouvons espérer qu’il soit libéré. »
Son père est le doyen des prisonniers politiques palestiniens dans le territoire de 1948, et son cas est unique parce qu’il approche ses 80 ans. « Mais l’occupation le maintient en détention et exacerbe sa souffrance, » dit Kawther.
Maladies chroniques
Après un quart de siècle passé dans les geôles israéliennes, Younis souffrent de nombreux problèmes de santé : une attaque cardiaque, l'ablation d'une tumeur à l’intestin, une inflammation des articulations, des yeux et des oreilles, qui nécessitent la prise d’une vingtaine de médicaments par jour.
Kawther dit que son père « nous a toujours dit d’adhérer à nos droits, jusqu’au dernier jour de nos vies. »
Younis a demandé à sa famille que s’il meurt dans une prison israélienne, on le ramène à sa ville natale pour l’enterrer. « Il nous a dit qu’il voulait être enterré à l’endroit qu’il aime. »
Source : PNN
Traduction : MR pour ISM
Lien de l'article: http://www.ism-france.org/news/article.php?id=11940&type=temoignage&lesujet=Prisonniers

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