vendredi 29 mai 2009

Pourquoi Benyamin Netanyahu ne répondra pas aux réclamations de Barack Obama

Publié sur le site latribune-online.com le 26 mai 2009
Par Louisa Aït Hamadouche


(Photo: latribune-online.com)

La première rencontre entre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, et le président américain, Barack Obama, s’est déroulée aux Etats-Unis il y a une semaine. Des désaccords clairs sont apparus entre les deux responsables sur la colonisation, la reprise des négociations et le dossier iranien. Obama tient absolument à imposer son style pour se démarquer de l’administration Bush qui a, sans doute, été l’administration la plus ouvertement pro-israélienne.
Les positions d’Obama
Barack Obama a demandé que la colonisation soit stoppée et que le blocus de la bande de Ghaza s’arrête. Ajoutant que «les Etats-Unis allaient relever leurs manches afin d’être un partenaire fort dans le processus» qui va être engagé pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Une résolution passant par la solution des deux Etats.
Deuxième point de divergence : pour Obama, il est évident que la paix au Proche-Orient passe d’abord par le processus de paix avant la question du nucléaire iranien, contrairement à ce que prétend Benyamin Netanyahou. Car la paix facilitera le dialogue avec Téhéran et «affaiblira le Hezbollah et le Hamas». Par ailleurs, Obama a refusé de donner une date ultimatum pour les négociations avec les Iraniens comme le souhaitait Israël, même s’il n’envisage pas qu’elles puissent durer «indéfiniment».
Le Président n’est, d’ailleurs, pas totalement libre dans la gestion de ce dossier. Il subit des pressions, notamment du Congrès. Plus des trois quarts des sénateurs américains ont demandé au président Barack Obama, favorable à une solution à deux Etats, de faire attention aux «risques encourus par Israël» dans tout accord de paix au Proche-Orient. «Cela ne fait aucun doute, nos deux gouvernements seront d’accord sur certains sujets et en désaccord sur d’autres, mais l’amitié des Etats-Unis avec Israël nous impose de travailler étroitement ensemble alors que nous endossons de nouveau notre rôle historique d’ami loyal et de médiateur… Nous devons aussi continuer d’insister sur la nécessité absolue pour les Palestiniens de s’engager à mettre un terme à la violence terroriste et d’instaurer un Etat palestinien viable, vivant côte à côte en paix, avec l’Etat juif d’Israël», écrivent 76 des 100 sénateurs américains dans une lettre à Obama, au lendemain de sa rencontre avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Les réponses de Netanyahu
Le chef du gouvernement israélien a répondu qu’il était prêt à «commencer des négociations avec les Palestiniens immédiatement». Mais la grande question est négocier quoi ? S’il persiste à affirmer qu’Israël ne veut pas gouverner les Palestiniens, il ne parle pas d’Etat palestinien. Il a, d’abord, posé ses conditions : la sécurité d’Israël doit être garantie et les Palestiniens doivent reconnaître Israël comme un Etat juif. Quel résultat peut-on attendre ? Si ces conditions sont satisfaites, il envisage «un arrangement dans lequel Palestiniens et Israéliens vivent côte à côte dans la dignité, la sécurité et la paix». Il n’y a point d’allusion à un Etat palestinien.
Quant aux colonisations, on imagine mal comment le problème serait résolu. Depuis les accords d’Oslo, en 1993, le nombre des colons est passé de 110 000 à 300 000 en Cisjordanie sans parler des 200 000 autres installés à la périphérie orientale d’El Qods. Jusqu’à présent, les différents gouvernements israéliens n’ont cessé d’esquiver leurs promesses, notamment celle de démanteler les implantations sauvages comme l’avait demandé George Mitchell en 2001 qui, aujourd’hui, est le nouvel émissaire américain au Proche-Orient.
Troisième point : les Israéliens refusent de lier le règlement du dossier palestinien à celui du dossier iranien. Ils pensent que les deux dossiers ne sont pas liés, et nombre de responsables israéliens ne croient guère aux chances d’arrêter Téhéran par la négociation. Les concessions sur le dossier palestinien seraient inutiles. D’ailleurs, l’actuel gouvernement israélien peut-il répondre favorablement aux exigences des Etats-Unis ? Pour esquiver encore une fois ses engagements, il pourra évoquer un nombre incalculable de motifs. Premièrement, compte tenu de la composition de son gouvernement, il commettrait «un suicide politique», ainsi que le fait remarquer Aluf Benn dans le Haaretz. L’actuel gouvernement est composé de personnalités de droite et d’extrême droite hostiles non seulement à l’arrêt de la colonisation, mais à leurs évacuations. Yesha, le puissant Conseil des colonies de Cisjordanie, a déjà lancé une campagne pour que les constructions continuent. «L’électorat israélien a fixé une ligne à ce gouvernement et nous jouissons d’un fort soutien à la Knesset [Parlement], ce qui nous permet de penser que la classe politique nous soutiendra», a déclaré Dani Dayan, président de cet organisme.
D’autre part, le gouvernement israélien pourra toujours évoquer la faiblesse de la partie palestinienne et notamment du gouvernement. Le nouveau gouvernement palestinien dirigé par Salam Fayyad, l’ancien Premier ministre démissionnaire le 7 mars, est officiellement entré en fonction. Mais le Hamas a immédiatement déclaré qu’il ne le reconnaîtrait pas. Composé de 23 ministres dont 10 appartiennent au Fatah du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, le nouveau cabinet ne comporte aucun membre du Hamas. La persistance des conflits entre palestiniens est donc probable.

La guerre contre Ghaza et la judaïsation d’El Qods
Une conjonction est observée entre le parachèvement de la judaïsation d’El Qods et la guerre contre Ghaza. Celle-ci visant à détourner l’attention de celle-là. Le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a effectué le 24 décembre 2008 une tournée d’inspection des sites de la construction du mur de séparation installé dans le quartier du Grand Jérusalem, et au cours de laquelle il a mis l’accent sur la nécessité d’achever la construction avec l’avènement de 2009. Tout en sachant que ledit mur comprend des régions importantes se situant à l’est de Jérusalem et qu’il avale plus de 85% de ses territoires.
Le cheikh Tayssir Al Tamimi, le grand juge de la Palestine, a mis en garde, le 23 décembre 2008, contre la multiplication des tentatives menées par les groupes extrémistes sionistes pour imposer une hégémonie israélienne totale sur la mosquée d’El Aqsa, afin de la détruire et de construire à sa place le prétendu temple. Récemment, le quotidien israélien Haaretz a révélé un plan visant le changement du statut d’El Qods et élaboré par la Jerusalem Development Authority (JDA). Le projet consiste à construire une série de parcs nationaux tout autour de la vieille ville, afin, évidemment, d’imposer Jérusalem comme la capitale de l’Etat d’Israël. Parrainé par le Premier ministre israélien et le bureau du maire d’El Qods, le projet était secret et n’avait été soumis à aucune forme de débat public. Selon Ir Amim, une organisation à but non lucratif créée pour traiter des questions qui ont un impact sur Israël et les Palestiniens, le projet vise clairement à créer une domination israélienne dans la zone autour de la vieille ville, comme le souhaitent l’extrême droite qui en est l’inspiratrice. En 2006, David Barry, directeur de l’organisation Elad, écrit une lettre à des responsables israéliens et à des organismes impliqués dans le projet (Israel Nature and National Parks Authority et l’Israel Antiquities Authority), que «la généralisation de l’activité touristique se base sur la création d’un campus ‘Ancient Jerusalem’ reliant les trois sites -la Ville de David, le Mont des Oliviers et Armon Hanatziv» avec une activité touristique quotidienne sur chacun des trois sites.
Ce projet intègre des dispositions statutaires du programme 11 555 de novembre 2007, visant à accélérer le développement de plusieurs unités de logement dans l’un des plus importants sites archéologiques en Palestine occupée. «Le plan des escaliers roulants, des funiculaires et des tunnels laissent profiler un paysage biblique peuplé par les colons.»
Selon l’organisation, ce projet réalisera l’éviction des résidents palestiniens. Le procureur de l’organisation Ir Amim, Danny Seidemann, affirme que, si le bassin historique qui entoure la vieille ville d’El Qods est transformé comme le souhaitent les organisations d’extrême droite, ce sera un prélude dangereux pour imposer une future solution politique dans le cœur du conflit sur le statut de la ville.

Le processus historique de judaïsation d’El Qods
Depuis la création de l’Etat d’Israël, la ville fait l’objet d’un plan de judaïsation visant à éliminer ses caractéristiques arabes et musulmanes. La première grande étape de ce projet a commencé avec la première guerre israélo-arabe de mai 1948, à travers laquelle Israël visait un double objectif : occuper les faubourgs d’El Qods et ouvrir un corridor entre la Vieille Ville et son territoire. C’est l’occupation de la partie ouest. La guerre des Six-Jours, en 1967, permet l’occupation de la partie est. Dès juin 1967, Tel-Aviv avait interdit le retour des Palestiniens dans leurs maisons aux frontières de l’avant-guerre, tout en encourageant l’immigration des Israéliens. Le 30 juillet 1980, le Parlement israélien décrète que «Jérusalem entière et réunifiée est la capitale d’Israël».
Puis, un plan d’action a été élaboré avec de multiples moyens. Scritto da Aliaa Al Korachi cite, en premier lieu, la manipulation des chiffres officiels démographiques, suivie de la colonisation. Près de 192 000 colons résident illégalement dans 12 colonies à El Qods-Est. Il existe des colonies agricoles, industrielles, civiles et militaires. La colonisation va aussi au-delà des frontières de la ville actuelle pour constituer un cercle dit le Grand Jérusalem, limitrophe de Ramallah en passant par Al Khan Al Ahmar.
Deuxième moyen lié au premier, l’urbanisme. Un plan d’urbanisme de la ville a été tracé afin d’y augmenter la population juive. Tel-Aviv encourage les Israéliens à migrer à l’aide de taxes incitatives et d’investissements de grande ampleur dans les quartiers juifs. A l’inverse, les habitants arabes croulent sous les restrictions et les contraintes. Pour construire sur leurs terrains, les Palestiniens doivent posséder un permis, coûteux et extrêmement difficile à obtenir. Seuls 150 à 350 permis sont délivrés par an. Si le permis est obtenu, il n’est valable que pour 25% des terres. En parallèle, Israël détruit 150 habitations palestiniennes par an. Le but est de terroriser les habitants arabes pour les pousser à partir.
Le troisième moyen est la détérioration continue des conditions de vie des Palestiniens. Tout en payant les mêmes impôts, ils n’ont droit ni à de nouvelles écoles ni à de nouveaux bâtiments publics, ni à des centres de santé. Aucun investissement pour la rénovation des routes (mis à part dans les quartiers de colons juifs), pour les systèmes d’égouts et les réseaux de distribution d’eau. Concrètement, dénonce Scritto da Aliaa Al Korachi, moins de 10% du budget de la municipalité israélienne est alloué aux quartiers palestiniens. Quatrième moyen : les Palestiniens détenteurs d’un passeport étranger n’ont pas le droit de résider à El Qods. Les résidents sont traités comme des touristes, obligés de renouveler leur visa tous les trois mois. Par ailleurs, il n’existe pas de système de regroupement familial, si l’un des conjoints n’est pas de Jérusalem.
Quant au mur de séparation, il a obligé 1 635 familles à quitter la ville. Selon les statistiques des Nations unies, environ 25 % des 253 000 Palestiniens qui vivent à El Qods-Est ont été coupés de la ville par la barrière.
Cinquième moyen, l’archéologie. Des fouilles israéliennes ont commencé à l’entrée de l’esplanade des
mosquées, mettant en danger le troisième lieu saint de l’islam. Des fouilles ont été entamées afin de retrouver le Temple de Salomon qui se trouverait juste sous la mosquée. Argument pour prouver que la Palestine
appartient aux Juifs.

Déchristianisation d’El Qods
Il paraît important de noter que la judaïsation d’El Qods passe aussi par sa déchristianisation. Ainsi l’armée israélienne a-t-elle confisqué Baron Der, une propriété arménienne sacrée du patriarcat de Jérusalem, située au nord de Bethléem. Les raisons de cette confiscation ne sont autres que le mur de séparation entre la colonie juive de Gilo et le camp de réfugiés palestiniens de Aïda. Comme cité plus haut, Israël vise la création d’un «Grand Jérusalem».
La présence arménienne dans cette ville sainte remonte à l’adoption par l’Arménie du christianisme en tant que religion d’Etat. Le patriarcat fut fondé en 638, ce qui en fait le plus grand propriétaire foncier et immobilier de Jérusalem. A Jaffa, ville touristique balnéaire, ses biens sont très convoités. En Cisjordanie, il est aussi un grand propriétaire : Baron Der a été acquise en 1641.
Avant de confisquer manu militari le Baron Der, Israël a tenté d’autres moyens. Vrej Armen rappelle que, lors des négociations de Camp David II, les Etats-Unis et Israël ont proposé de placer les quartiers musulman et catholique sous contrôle palestinien et les quartiers arménien et juif sous souveraineté israélienne.
L’Autorité palestinienne refusa et réclama, en vain, la souveraineté sur le quartier arménien. Bill Clinton proposa, alors, de partager le quartier arménien entre Israël et l’Autorité palestinienne. Nouveau refus. C’est la preuve que la principale pierre d’achoppement ayant conduit à l’échec des négociations avait été le devenir du quartier arménien. Israël convoite les biens du patriarcat au point que la reconnaissance du génocide arménien est devenue un objet de marchandage.
Face à ces refus, Israël décide, en avril 2002, de construire une route militaire de cinquante mètres de large sur un kilomètre de long, traversant la propriété de Baron Der. Le 23 juin, le commandement militaire israélien en Cisjordanie confisque purement et simplement la propriété du patriarcat pour ériger un mur entre la colonie juive de Gilo et le camp de réfugiés palestiniens d’Aïda. La prochaine étape est l’annexion.
Au-delà de la crise provoquée avec la représentation arménienne, l’Organisation islamo-chrétienne pour le secours de Jérusalem et des lieux sacrés a lancé une mise en garde indiquant que la ville était exposée à une phase dangereuse et critique de colonisation et de judaïsation qui est probablement la pire de son histoire depuis l’occupation. Selon l’organisation, de nombreux facteurs prévoient l’approche de cette étape qui menace son identité et ses lieux sacrés musulmans et chrétiens. L’organisme a ajouté dans un communiqué que les déclarations de Tzipi Livni, dirigeante du parti Kadima, sur l’expulsion des Palestiniens de 1948 et ceux de Jérusalem vers les régions de l’Autorité palestinienne démontrent qu’elle et les supporters du parti soutiennent avec force l’idée du Grand Israël. Cela démontre que le projet n’est pas porté par la seule droite israélienne, mais par l’ensemble des partis politiques.
L’alliance qui devrait en toute logique se constituer entre les Palestiniens et les représentants de l’église chrétienne reste symbolique. Le poids de l’histoire et celui de la culpabilité de Rome contribuent à maintenir cette dernière dans un profil bas.

L. A. H.

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