mardi 12 mai 2009

Le sot râle (2)

Je poste sur ce blog un texte qu'une amie très chère m'a envoyé après avoir lu l'article que j'ai écrit sur la liste de Dieudonné.

Le hasard fait bien les choses. Dans une villa de vacances, je trouve un vieil exemplaire d’un bouquin de Bonnet de Soral, Jusqu’où va-t-on descendre ? (Abécédaire de la bêtise ambiante) manifestement écrit par un spécialiste.

par Serge Noith

Extraits du livre de Soral :

Dieudonné et l’esclavagisme

L’ex-comique Dieudonné utilise désormais ses passages télé hors promo pour fustiger l’esclavagisme blanc.


Pour que cesse cette énième rente de culpabilisation communautaire, je vais démontrer à l’inculte — et désormais pas drôle — Dieudonné qu’il a plus de chance de descendre d’un marchand d’esclaves que moi.

Moi, Savoyard, fils et petit-fils de Savoyard, descendant d’une lignée de montagnards qui quittèrent leur vallée pour la première fois dans les années 50 (exode rurale, sic : il croit qu’exode est un mot féminin), comme le firent la plupart des Français : fils de paysans, d’ouvrier, exploités par leurs élites minoritaires, aristocrates puis bourgeoises [auxquelles il a toutes les chances d'appartenir, vu que son vrai nom est Bonnet de Soral. Il descend donc non pas d'ouvriers ou de paysans, mais de marchands enrichis aspirant à un statut de noblaillon.] Moi dont les frères savoyards, montés à Paris au XIXe siècle pour y ramoner les cheminées, furent sans doute victime du racisme anti-pauvre [C'est un abus extraordinaire de parler ici de "racisme". Jamais personne n'a dit ou pensé que les pauvres formaient une "race". On a toujours parlé de "classe", un terme qui n'est le privilège de personne, pas même des marxistes.] anti-plouc de la part des bourgeois et Parisiens de souche.

Il est très possible, en revanche, que le désormais nanti Dieudonné, propriétaire d’un théâtre et membre à part entière du show-biz [auquel aimerait tant appartenir le crève-la-faim Soral, toujours à la recherche d'une sinécure car, comme il le dit au début du livre, son "projet était de ne rien faire, juste échapper le plus possible à l'impératif de production pour passer ma vie au café, à discuter et à regarder les filles", ce qui, on en conviendra, n'est pas un idéal ouvrier, ni paysan] descende de son côté d’une tribu côtière d’Afrique spécialisée, à l’époque où mes ancêtres vivaient paisiblement dans les montagnes [fournissant sans doute quelques contingents des fameux "crétins des Alpes"] dans la capture d’autres Noirs des tribus de l’intérieur des terres, vendus aux représentants de quelques familles de Nantes ou de Bordeaux, enrichies comme Voltaire dans le commerce du bois d’ébène… [Supposition entièrement gratuite et vontairement injurieuse.]

Et même si Dieudonné est un pauvre Antillais, petit-fils de déporté, et même si j’étais, moi, fils de bourgeois nantais, l’esclavagisme n’est pas, et n’a jamais été, l’apanage des Blancs, mais le mode de production de toute l’Antiquité. Un mode de production encore en vigueur il y a peu en Afrique et dans le monde arabe. [Il présente ça comme si c'était une excuse ou une justification de l'esclavagisme.] Esclavagisme auquel la civilisation des Blancs fut la première à mettre un terme au moment de la Révolution française [ce qui prouve bien que le "civilisation des Blancs" est supérieure à celle de tous les autres. Demandez à Toussaint Louverture.]

Mais que Dieudonné ne se culpabilise pas d’appartenir à une race d’esclavagistes [encore une race !] sortis depuis peu, et de force, [voilà les bienfaits du colonialisme] d’un régime tribal fondé sur la razzia. [On voit que que Soral puise ses renseignements ethnographiques dans Tintin au Congo.] Car si ceux qu’il appelle vulgairement les Blancs [délit que vient de commettre Soral au paragraphe précédent, et largement à travers son bouquin] (catégorie qui recouvre en réalité des exploiteurs et des exploités — des Noirs de situation en somme) n’existent pas, les Noirs n’existent pas non plus. Le niveau de développement culturel [concept extrêmement fumeux des marxistes dégénérés, type PCF] des tribus d’Afrique ne permettant pas aux Yorouba et aux Ashanti d’éprouver la moindre affinité ; encore moins de concevoir la moindre appartenance à la grande communauté des Noirs. [On se demande à quelle "grande communauté" les prétendus ancêtres de Soral, collés au cul des vaches, pouvaient bien concevoir d'appartenir ???]

Comme l’a magistralement démontré le grand intellectuel africain Stanislas Spero Adoveti [qualifié de "grand intellectuel" par un "grand intellecteul savoyard" comme Soral explique qu'il soit, par ailleurs, radicalement inconnu...], la négritude est une invention des fils des élites africaines, collabos des colons, envoyés faire leurs études à la Sorbonne à partir des années 30 ; un ethnocentrisme importé, un concept blanc. [Outre sa connerie propre, Soral montre qu'il n'a pas pu faire des études à la Sorbonne, autrement il aurait inventé la savoiyaritude...]

Me permettrais-je de supposer, en guise de chute, que si Dieudonné s’énerve sur le populo français, celui-là même qui en a fait une vedette de notre beau pays si peu raciste, en payant pour voir ses spectacles, c’est peut-être parce qu’il lui démange de montrer du doigt la communauté logiquement désignée par sa revendication d’une plus juste représentation des “communautés visibles” ? [On laissera au courageux lecteur le soin de démêler ce que peut bien vouloir dire ce charabia.]

Une “communauté invisible” certes sur-représentée dans le show-biz en termes de quotas, mais à laquelle il doit aussi son doux statut de rigolo. (pages 102-104). [Bonnet fait sans doute allusion (son livre évite soigneusement de jamais les nommer) aux malheureux juifs, éternelles victimes de...patati patala. En imputant à Dieudonné d''être un pantin aux main des juifs, on voit qu'il fait preuve d'une drôle de lucidité...]

* * *

[fin de l'extrait]

A voir le parcours politique du petit Savoyard, on pourrait penser à une simple girouette, changeant d’allégeances au gré des vents. Mais à examiner certains des texticules qui composent péniblement ce petit livre, on comprend mieux quel est le bouquet d’affects (pour parler en demi-savant, comme lui) qui lui tient lieu de pensée politique. Bornons-nous à un seul cas : la diarrhée verbale dont il recouvre le Dalaï-Lama.

Personne n’est obligé, évidemment, de connaître les arcanes du bouddhisme tibétain, ni l’histoire séculaire des relations entre l’Empire chinois et son voisin des Hauts-Plateaux d’Asie centrale. En Europe, les vrais spécialistes se compte sur les doigts des deux mains.

Voyons donc l’article “Ode au Dalaï-Lama”, p. 85-87. Le mot “ode” n’a aucun rapport avec ce qui suit. C’est un des milliers de petits plagiats qui parsèment ces maigres pages.


« Un mec qui a du temps à perdre à discuter des heures avec Richard Gere, Isabelle Adjani ou Séverine Ferrer [???] est forcément un con. » Que dire de celui qui discuterait cinq minutes avec Bonnet-blanc de Soral ?

« On nous a déjà fait le coup des “combattants de la liberté” avec l’Afghanistan ». Il fait peut-être allusion aux Talibans ou aux autres groupes qui combattaient l’occupation soviétique. C’est le terme qu’employaient les partisans de la Résistance française contre les Allemands. Si l’on veut bien admettre que toute occupation militaire finit par susciter une résistance et une volonté de libération, le terme est parfaitement correct. Si Bonnet-noir de Soral n’a pas compris ce qui se passait en Afghanistan parce qu’il ne lit que les mauvais journaux, tant pis pour lui.

« Pour les 1.300.000 Tibétains qui vivent au Tibet, la modernisation imposée par les Chinois contre l’obscurantisme lamaïque n’est pas forcément un mal ». Voilà une des plus ignobles saloperies qui circule dans les milieux anciennement maoïsés ou stalinisés. C’est l’argument qu’a employé immédiatement le gouvenement chinois pour couvrir son invasion militaire en 1950. Les “communistes” sont les plus “avancés”, historiquement parlant, et doivent s’imposer aux régimes “retardataires”, “féodaux”, “obscurantistes”. C’est pratiquement un devoir de solidarité prolétarienne, sauf qu’il n’y avait pas de prolétariat au Tibet et que la solidarité s’est exprimée par le fusil, la matraque et le goulag. Merci au progressisme. Je voudrais ajouter que l’obscurantisme n’a jamais été aussi forcené que sous la Révolution culturelle en Chine qui a interrompu la transmission de la culture chinoise. Il n’y a pas, encore aujourd’hui, de peuple plus ignorant de son passé que le bon milliard de Chinois. Parler avec des Chinois, et même des cadres, est une expérience orwellienne.

« Un rationaliste laïc a le droit de ne voir dans cette figure religieuse qu’un ramolli en pataugas au bla-bla lénifiant… » Les anticléricaux ont le droit de débiter des sornettes et de passer à côté de la plaque. On ne peut pas demander à un Bonnet-jaune de Soral de comprendre les discours moraux de ce moine bouddhiste, quand il fait ce que font tous les moines bouddhistes, à savoir prêcher.

Les organisations pro-tibétaines auraient un « comportement de secte ». On ne sait pas très bien si notre nouveau Robespierre en papier mâché veut interdire les “sectes”. Si ce “progressiste” était au pouvoir, on verrait s’allonger la liste des “sectes” interdites…

« Le dalaï-lama n’est le pape que d’1% des bouddhistes du monde » S’il était pape à 5% ou 30%, il aurait droit à plus de respect de la part de Soral qui est, lui, pape de sa connerie à 100%.

« Le bouddhisme est une sagesse individuelle égoïste… qui ne débouche sur aucune vision du monde et ne permet de trouver aucune solution aux problèmes concrets actuels (les inégalités due à l’exploitation économique ». Quand on parle de ce qu’on ignore en large et en travers, on s’expose forcément à dire des âneries plus grosses que soi. Soral, petit patriotard à trois sous, déteste tout ce qu’il ne connaît pas, et tous ces étrangers qui ont des religions bizarres. Il leur reproche de ne pas être porteurs du programme socialo-communiste… Jusqu’à quel degré de connerie va-t-on descendre ?

« La plus grande communauté des bouddhistes vit en Chine » (il néglige de nous informer que la Chine, outre la pseudo “Région autonome de Tibet” a occupé illégalement et militairement toutes les énormes provinces tibétaines périphériques, comme le Kham, l’Amdo, etc. Le vrai Tibet est trois fois plus vaste que la “région autonome”, qui est tout sauf autonome. On ne voit pas où est l’argument. Les Mongolies sont aussi des régions bouddhistes lamaïstes mais les Tibétains ne les revendiquent pas. Ce rigolo de Bonnet-noir de Soral ajoute, sans doute pour déclencher l’hilarité générale : que les Tibétains doivent le meilleur de leur bouddhisme lamaïque au Chinois Tsong-Kha-Pa. D’où sort-il cette stupéfiante ânerie ? Des brochures de l’ambassade de Chine ? Du site de l’ignoble Michel Collon, kollabo de Pékin ? Auparavant, c’était l’affreuse Han Suyin qui était chargée de la basse propagande et de la calomnie systématique des Tibétains “arriérés”. Le triste sire ne voit même pas que le nom est tibétain mais écrit à la chinoise.

« Avant d’être convoité par la Chine [il reconnaît que la Chine "convoitait" le Tibet qui ne faisait donc pas partie de la Chine], le Tibet était sous domination anglaise », ce qui est un pur mensonge qui cherche à trouver une justification à l’invasion chinoise, simple projection de ce qu’il faut bien appeler, à notre époque, l’impérialisme chinois (voyez les revendications sur la Mer de Chine, les îles Paracelse, les territoires de l’Amour, le Sin-Kiang, etc… Partout la Chine se prétend à l’étroit dans ses frontières. Le Kuo Min Tang, à ses débuts, revendiquait la Birmanie et l’Indochine…).

Il va très loin, l’animal : « Compte tenu de la géographie [qu'il ne connaît pas] et de l’histoire [qu'il ignore absolument. On ne peut pas faire la pute sur les plateaux télé et passer son temps dans les bibliothèques, faut pas lui en vouloir], la mainmise de la Chine sur le Tibet n’est pas plus scandaleuse que la main-mise [même mot, mais deux orthographes] des USA sur l’Amérique latine. » Et voilà ! Un impérialisme en justifie un autre. Donc, à tout hasard, (il y a peut-être une sinécure à la clé), Soral se précipite au service de l’impérialisme chinois. On a vu que Pékin avait recruté de gros bataillons de plumitifs au cours de la crise de l’été 2008, quand les Tibétains, profitant de l’occasion des jeux Olympiques, ont secoué le joug chinois.

« Si l’obscurantisme religieux du lamaïsme tibétain fait rêver les cons avides d’exotisme ici, ces mêmes cons ne verraient pas du tout du même œil une France soudain replongée dans le Moyen-Âge et le pouvoir des moines. »

Supposition aussi absurde qu’imbécile et qui dénote simplement une totale ignorance de ce qu’a été le Moyen-Âge. Voir la remarque plus haut sur les plateaux de la télé et les bibliothèques.

« Les Tibétains qu’on entend ici sont toujours les 80.000 nantis de la diaspora sponsorisés par les pires droites occidentales,. et rarement les Tibétains qui vivent et travaillent au Tibet ». Les événements cités plus haut, de l’été 2008, foutent une gigantesque claque sur le museau de ce débagouleur. [Récemment, participant (enfin) à une émission de télé sur la "peinture moderne", il s'est attribué un "diplome des Beaux-Arts !!!! Le con !]

« Le prix Nobel de la Paix ne prouve rien, puisqu’on a pu en décerner un à Henry Kissinger ». Première remarque de bon sens. Il a oublié de citer l’escroc Elie Wiesel et quelques autres massacreurs.

« Les nazis fantasmaient déjà beaucoup sur le Tibet traditionnel, au point de lui emprunter son symbole, la svastika. » S’il est vrai que quelques minuscules cercles “fantasmaient” sur le Tibet, dans l’Allemagne des années 20-40, ils n’ont pas emprunté la svastika qui n’est nullement le “symbole” des Tibétains. C’est un signe évoquant le soleil depuis très longtemps, qu’on trouve partout entre les poteries grecques archaïques et les monastères bouddhiques coréens. Faut voyager un peu, pépère.

On voit qu’il ne suffit pas de survoler des encyclopédies, comme le fait ce crétin pétri d’inculture. Ce qu’on voit chez lui, c’est surtout le mépris pour un peuple opprimé et occupé, une admiration pour les gros bras des impérialismes et un sentiment de supériorité dû au “progrès”. C’est le parfait cocktail stalinien. Le jeune Soral prétend qu’il a été membre du PCF (il baratine tellement qu’on ne peut pas savoir si c’est vrai). C’est là que le poussait son stalinisme primaire. Ses pirouettes politiques n’ont pas changé grand chose à cet obscurantisme de base. Ce que l’actualité va nous montrer, c’est qu’il va plomber la liste à laquelle il se colle pour les européennes. Le Front national a réussi à se débarrasser de lui à temps. Dieudo, plus gentil et plus crédule, un peu simple même, s’est attaché cette meule au cou. Il faut nager, maintenant.

19 avril 2009
Pâque orthodoxe.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

SVP, de qui sont les commentaires ?

URGENT !!!! a dit…

URGENT !
J'ai eu le malheur de voir le journal tv de fr2 sur TV5 : je suis choquée !!!
Invoquant la visite du pape sur l'esplanade des Mosquées : "Le dôme du rocher avec sa coupole dorée est LA MOSQUEE D'AL AQSA" !!! il en rajoute : "3e lieu saint pour les musulmans" !!!
Grave erreur journalistique ? Ou propos dellibéré ? Je suis trop outrée ! A l'époque où je regardais en diagonal il y avait encore Enderlin !
C'est trop grave ...

resistance.palestinienne a dit…

Bonsoir,
Ce texte qui m'a été envoyé cet après-midi par une amie qui a lu l'article que j'ai publié à propos de la campagne de Dieudonné est signé Serge Noith ; tout ce qui se trouve entre crochets sont les propres commentaires de l'auteur le reste est tiré du bouquin de Soral. C'est édifiant non de voir comment Soral parlait de son actuel colistier Dieudonné... En tout cas moi cela n'a fait que confirmer les propos que je tiens dans mon article.
Je maintiens ma ligne de conduite exprimée dans mon article de cet après-midi ; oui à la lutte contre l'antisionisme et chaque lecteur de ce blog et toux ceux qui manifestent à nos côtés pour la cause palestinienne savent parfaitement de quel côté nous nous situons (les posts d’Alterinfo sont d’ailleurs pathétiques ; on ose me parle des 22 jours de Gaza dont je ne tiendrai pas compte dans mon jugement … je crois bien que nous n'avons plus aucune preuve à faire à ce sujet mais je dis et je redis que jamais je ne m'associerai à une liste que je qualifierai de liste d’extrême droite eu égard à la présence de Soral et compagnie dans cette liste. Impossible de lutter contre une idéologie fascisante par une autre idéologie à 100% lepéniste ; c’est Soral qui tient la ligne politique de la liste de Dieudonné et j’en suis certaine ! Il n’y a aucune pointure sur cette liste capable de tenir un discours politique à la hauteur de l’enjeu ; Soral a carte blanche. Or Alain Soral en février faisait encore partie du cercle ferme des instances dirigeantes du Front National; de qui se moque t-on en nous laissant croire que ce n’est plus un frontiste?... C’est comme cela que l’on veut dénoncer la politique coloniale, raciste, exterminatrice en Palestine ? En soutenant des gens qui portent en eux des valeurs nauséabondes envers les étrangers qui vivent en France. C’est tout bonnement hallucinant d’en arriver là !
Nelly du collectif Cheikh Yassine