dimanche 31 mai 2009

Israël-Palestine : De l'eau et de la Paix (dirigé par Laurent Calligé)

Paru sur le site mediapart.fr le 31 mai 2009

"De l’eau et de la paix
Conflit et coopération Israélo-palestiniens"

Sous la direction de Laurent Calligé

Edité par L’Harmattan, hors série du GIPRI

ISBN 978-2-296-06101-9


(Photo Médiapart)

A lire pour tenter de comprendre un peu, au-delà des menées bellicistes d’ordre ethnique ou religieux, l'une des clés du problème : la nécessaire maîtrise des ressources en eau qui explique en partie l’invraisemblable découpage des "territoires".

Cet ouvrage, publié dans le cadre du GIPRI (Geneva International Peace Research Institute, nommé Messager de la Paix par l’ONU en 1988 et doté du statut consultatif auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies) est le fruit d’une session de recherches sur les racines du conflit au Proche-Orient, axées sur la problématique de l’eau.

Il constitue une analyse précise des enjeux qui imposent aux deux peuples une coopération jamais interrompue, même au plus fort des actions armées.

Mais ce décorticage met en évidence des inégalités criantes dans l’attribution des ressources, et la création au fil du temps d’une cartographie illisible depuis la surface. Ce sont les nappes phréatiques qui pilotent la géopolitique, et non les reliefs ou les implantations des populations.

Comme partout dans le monde, la rareté de l’eau disponible est la résultante de trois données conjointes :

-Les baisses de précipitations
-L’augmentation de la pollution
-La surexploitation des ressources

sachant que cette dernière tient essentiellement au mode de vie "occidental" des populations isaéliennes (le rapport des consommations quotidiennes est de 1 à 7)

Des accords internationaux existent cependant et Israël est tenu de fournir des quantités précises à ses voisins, dont la Jordanie, mais, sauf pendant la brève période Rabin, la gestion des ressources n’a jamais été orientée de manière conjointe, "realpolitik" oblige.

Tout l’arsenal des lois "mondiales" reste inappliqué, au motif que la Palestine n’est pas un Etat. Et ce n’est pas la multiplication des statuts juridiques des différentes enclaves qui simplifie le problème !

Les perspectives sont très sombres, sachant que l’existence même de l’Etat Hebreu dépend de cet apport vital et que même les "colombes" ne céderont rien à ce sujet en ce qui concerne l’approvisionnement.

Pourtant, un autre facteur intervient qui risque d’obliger à un travail conjoint : ce n’est plus la quantité de l’eau qui pose réellement problème mais bien, comme partout, sa qualité.

Si la quantité est "divisible" et "appropriable" à loisir, la qualité,elle, ne l’est pas.

Et là, il faudra bien coopérer réellement de manière paritaire. Mais cela ne pourra se faire que si chacune des parties y trouve un avantage.

Autre motif d’espoir : "la politique de Rabin, en rupture avec celle de ses prédecesseurs constitua une avancée significative dans le domaine de la coopération israélo-palestinienne. Il est important de rappeler que ni la Déclaration de Principe*, ni les Accords Intérimaires* n’ont été formellement abrogés à ce jour. Par conséquent la reconnaissance israélienne des droits sur l’eau de la Cisjordanie aux Palestiniens reste un acquis réel et constitue une base pour une future coopération israélo-palestinienne dans le domaine de l’eau et de sa répartition raisonnable et équitable".

Encore faudrait-il qu’une "autorité" palestinienne légale et déconnectée d’intérêts extérieurs au théâtre des opérations puisse servir d’interlocuteur...

Multiplier les conférences semble peu productif, certaines ayant fait les constats justes sans aucune traduction politique. Elles deviennent de fait redondantes et n’auraient de réelle utilité pratique que si les politiques et les scientifiques collaboraient plus étroitement en la matière.

A ce sujet, dans la seconde partie de l’ouvrage, qui évalue les multiples projets de coopération en cours, Laurent Calligé constate : "L’accord dit de Genève de 2003 n’a pas réussi à aboutir sur le volet "eau". Il est symptomatique qu’il se soit trouvé des interlocuteurs des deux camps pour se mettre d’accord sur les frontières redessinées, mais pas sur le partage des ressources hydriques."

On risque de voir apparaître un peu partout sur la planète des conflits du même ordre dont les prétextes seront divers.

*issus des accords d’Oslo II (28/9/95)

Lien de l'article: http://www.mediapart.fr/club/blog/dianne/310509/israel-palestine-de-l-eau-et-de-la-paix-dirige-par-laurent-callige

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