Paru sur le site The International Solidarty Movement le 02 mai 2009
Par Cédric et Alex
Interview réalisée par Ginette Hess Skandrani.
Touchés par la situation humanitaire à Gaza, et pour éviter que l’attaque israélienne ne tombe dans l’oubli, nous décidons, début avril, de nous rendre sur place. Tous les deux étudiants, nous profitons des vacances scolaires de Pâques pour réserver notre billet à destination du Caire.
Arrivés sur place, nous sollicitons les autorités françaises (ambassade et consulat) pour la délivrance d’une autorisation de passage par la frontière de Rafah.
Après une forte insistance, elles cèdent et nous délivrent le précieux document.
Aussitôt récupéré, nous prenons un taxi collectif jusqu’à Rafah pour accéder à la Bande de Gaza tant désirée. Nous savions que la tâche ne serait pas facile et que beaucoup de gens avaient essayé avant nous mais avec peu de succès.
Le premier jour, nous nous présentons à Rafah en exposant la situation à la police des frontières égyptiennes en insistant sur la nécessité d’aller sur place évaluer les besoins humanitaires.
Sourds à notre discours, ils nous conseillent de regagner Le Caire puis la France et d’oublier l’Egypte ainsi que Gaza. Nous leur répondons qu’il nous est simple et possible d’oublier l’Egypte, mais impossible de ne pas penser au peuple meurtri de Gaza.
Nous avons passé plusieurs jours à faire des allers-retours, se confrontant à chaque fois au « mur » égyptien qui est parfois pire que la frontière dite « de sécurité » israélienne.
Après une semaine de va et vient, nous sollicitons à nouveau les autorités françaises en leur demandant d’intervenir auprès des Egyptiens afin de favoriser notre passage.
Le huitième jour, le miracle se produit et Gaza nous est enfin ouverte.
Sans perdre une minute et sans bagages, nous courons jusqu’à perdre haleine, sans nous retourner, de peur d’être rappelés.
Nous atterrissons au milieu d’un terrain vague désert qui sert de stockage à ordures et collé à un misérable stade de jeux qui fait face à la rue du Sultan qui remonte jusqu’à Gaza centre en traversant la Bande.
De l’autre côté de cette rue, nous voyons la population et nous nous dirigeons vers elle.
Nous nous présentons comme des étudiants français venus exprimer notre solidarité et notre sympathie. Ils proposèrent de nous guider et de nous faire visiter ce qui reste des villes et villages, des hôpitaux, des écoles, des camps, des administrations, des routes, des infrastructures après les bombardements.
Tout au long de notre visite et malgré la misère et la pauvreté des lieux, les Palestiniens ont fait preuve d’une hospitalité sans égale.
Nous avons découvert un champ de ruines comme après un tremblement de terre, une population choquée par les bombardements, les massacres, les armes de destruction massive utilisées (bombe à phosphore, à uranium appauvri…).
Nous avons remarqué que la situation était plus catastrophique dans certains endroits (Khan Younes, Djaballiah, Gaza-ville, Beth Hanoun…) dans lesquels les conditions d’hygiène sont déplorables par manque d’eau potable, d’électricité délivrée que quelques heures certains jours et où la plupart des maisons ont été transformées en un amas de ruines.
De plus, nous avons noté l’apparition croissante de certaines maladies telles que le cancer et le diabète, en raison des retombées chimiques et nocives des bombardements et la pollution due à l’entassement des ordures. Ces maladies ne peuvent être traitées par manque de soins, de médicaments et d’infrastructures médicales.
Nous avons visité certains hôpitaux encore existants (l’hôpital Al Shifa, l’hôpital El Chahid Abou Youssef EL Najjar, l’hôpital El Nasser) dans lesquels se trouvaient encore de nombreux blessés livrés à eux mêmes par manque de personnel et de matériel médical.
Nous avons également visité une association d’aide aux victimes à Khan Younes, dont le but principal est de fournir prothèses et fauteuils roulants aux nécessiteux mais celle-ci s’est retrouvée vite démunie et débordée ne pouvant répondre à l’importance des demandes.
Nous avons conclu notre séjour par la visite des familles des victimes des bombardements israéliens. Beaucoup d’entre elles se sont retrouvées sans toit et ont dû compter sur l’hospitalité de leurs proches pour s’abriter.
Il est toutefois nécessaire de signaler qu’une maison à Gaza, se limite à quatre murs et une tôle de zinc. Elles nous ont fait part des conditions de vie devenues encore plus difficiles après l’attaque israélienne. Par manque d’entrées et de flux des marchandises, le coût de la vie a subi une inflation sans égale : le prix des produits de première nécessité (pain, lait, eau…) a doublé alors que plus de 80% de la population n’a pas d’emploi et est par conséquent sans ressources.
Autant notre désir et notre enthousiasme de découvrir Gaza étaient immenses, autant le désespoir et la désolation sur place étaient terrassant. Les chefs de nos Etats ont assisté à ce massacre qui a abouti au désarroi et à la misère d’une population oubliée de tous, face à l’indifférence de la communauté internationale, livrée à elle même, et sous dépendance totale de ses geôliers égyptiens et israéliens.
Gaza ne doit sa survie aujourd’hui qu’à une résistance volontaire et courageuse qui a su s’habituer et s’organiser autour du blocus imposé depuis 2007 par Israël.
Il est primordial que Gaza soit une priorité urgente dans l’esprit de chacun bien que les bombardement israéliens aient cessés puisque la vie là-bas n’a toujours pas repris et que le blocus reste total. Nous appelons chaque personne sensible à la détresse humaine à multiplier les actions pour la libération de Gaza.
Lien de l'aricle: http://www.ism-france.org/news/article.php?id=11830&type=temoignage
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