samedi 30 mai 2009

«Faire du cinéma est un acte de résistance»

Publié sur le site lerenouveau.com le 29 lai 2009

Entretien avec Elia Suleiman, cinéaste palestinien de «le temps qui reste»

Né à Nazareth, Elia Suleiman a émigré aux Etats-Unis où il vit actuellement. Acteur, réalisateur et producteur, il a obtenu le Prix spécial du jury de Cannes en 2002 pour son film «Intervention divine», tragi-comédie moderne sur la vie quotidienne dans les territoires palestiniens occupés. Son premier film «chronique d’une disparition (1996) traitait également de l’identité palestinienne.
- Vous posez un regard personnel sur la situation en Palestine, celui d’un cinéaste qui a choisi l’exil, comment qualifiez-vous l’identité de ce pays sous occupation?
- C’est vrai que dans mon cas, je suis absent-présent, intérieur-extérieur, mon film justifie cette attitude. Je remarque que les médias ont dénié l’identité de la Palestine. Etre palestinien est en soi un défi. Je tente donc de me démarquer du discours habituel pour me concentrer sur le registre de l’intime qui illustre parfaitement la situation de la Palestine.
Je refuse que le film soit appréhendé comme une étude anthropologique sur un peuple oublié. Au contraire, j’essaie de présenter une vérité réelle que j’ai vécue avec mes parents et d’offrir une image cinématographique, un son, une chorégraphie incrustés dans une réalité difficile. Mais ces contraintes ont l’effet d’un sauna.
- Votre film évolue entre le registre de l’intime et la grande Histoire, comment avez-vous réalisé cette équation ?
- Par la musique, le silence assez présents dans le film. Ces deux éléments sont universels; n’importe qui peut les comprendre et les ressentir. Il s’agit de dévier le spectateur, de le surprendre là où il vous attend le moins. Mon style se caractérise par l’utilisation d’une caméra statique, par un style particulier qui donne une part importante à l’humour, à la dérision.
- «Le temps qui reste», le titre de votre film, répond-il à un possible espoir d’une Palestine enfin indépendante?
- Le seul espoir réel est celui qui vous pousse à créer, l’acte de créer en lui-même est porteur d’espoir. Cela prouve qu’on est capable de changer le monde, en l’occurrence ici la Palestine en se rendant compte que l’Histoire est faite d’erreurs.
- La famille est pour vous le meilleur matériel dramaturgique pour parler de la Palestine. Quelles sont les contraintes d’une telle démarche?
- La première partie de mon film est un voyage cinématographique que je n’ai pas fait personnellement dans la vie. J’ai compté sur les écrits de mon père ancien résistant en effectuant un travail d’adaptation. En fait, je me suis approprié ses souvenirs pour traiter d’une époque historique, 1948, où je n’étais pas encore né. J’ai eu la tentation de réaliser un film épique, de genre. Je me suis lancé sans savoir en réalité le résultat.
- Que dissimule le silence dans votre film?
- L’institution d’une vérité, de résistance, un moment démocratique de mettre du sien dans la fabrication de l’image, de se mettre en danger sans en connaître les réelles conséquences. N’est-ce pas Hayden qui a dit : «le silence, c’est ce qui crée la musique»?.
- Quel a été le processus de production de «Le temps qui reste»?
- J’ai mis cinq ans pour monter le film. Je pense qu’il y a un véritable paradoxe chez les palestiniens exilés, celui d’avoir l’opportunité et la nécessité de s’exprimer, cela donne parfois l’occasion d’un récit sur l’histoire de leur pays, une dimension que je qualifierai de dialectique sur la situation catastrophique dans lequel le monde va de plus en plus. Plus un peuple est en danger, plus il est dans une position de résistance. Un film nécessite du temps. Il faut prendre le temps de faire un bon film. Dans le cas de ce film, j’ai tenté de confronter la réalité politique en l’exprimant dans un cadre poétique. J’ai voulu créer un instant de vérité.

Lien de l'article: http://www.lerenouveau.com.tn/index.php?option=com_content&task=view&id=10982&Itemid=50

Aucun commentaire: