En février dernier, la société civile israélienne a permis par son vote très ancré vers l’extrême-droite, l’entrée au tout premier plan de la scène politique israélienne, de l’ultra-nationaliste et de l’ultra-extrémiste Avigdor Lieberman, celui-là même, qui en janvier 2009, durant les massacres commis par Israël contre Gaza, avait fait valoir avec un incroyable aplomb qu’Israël « devait continuer de combattre contre le Hamas, de la même manière que les Etats-Unis l’ont fait contre les Japonais durant la seconde guerre mondiale. Après, l’occupation du pays n’a plus été nécessaire. » Il faisait évidemment référence aux deux bombes atomiques larguées sur Nagasaki et Hiroshima… Preuve absolue de sa haine envers les Palestiniens qu’il exècre plus que tout au monde et dont il veut voir débarrassée à tout jamais sa « terre promise. »
Après avoir obtenu 15 sièges à la Knesset, cet ancien caporal de l’armée israélienne et ex-videur de boîte de nuit, venu d’URSS en 1978, rapidement inscrit au Likoud après avoir hébraïsé son prénom d’Evet en Avigdor, n’a jamais caché une idéologie raciste profondément enracinée en lui. Jugé « fasciste » voire « dangereux » au sein même de la société israélienne, il a réussi lors des élections de février dernier, à hisser son parti « Israël Beïtenu » (Israël, notre maison) au troisième rang des forces politiques israéliennes et à imposer l’ultranationalisme sur la scène politique du pays. N’oublions pas qu’en 1999, l’homme se sentant particulièrement frustré par les « compromis » rendus nécessaires par les coalitions politiques, avait décidé de fonder son propre parti : Israël Beïtenu (prônant du même coup un échange de territoires entre les localités où vivent 1,5 million d’Arabes Israéliens dont il doute de la loyauté et les colonies juives de Cisjordanie.) Entre parenthèses, ce vote de février, nous a donné la pleine mesure de la façon, dont les Israéliens eux-mêmes, envisagent le futur des Palestiniens… par un non-futur tout simplement ! En effet, l’arrivée de l’équipe Netanyahou/ Lieberman signifie en premier lieu la disparition du principe d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967.
L’homme n’avait pas perdu de temps à faire connaître au monde entier ses projets - au cas où il y aurait encore eu des naïfs pour qui les choses n’auraient pas été bien claires- puisqu’il avait inauguré son poste, par une déclaration fracassante reniant le processus de paix lancé en novembre 2007 à Annapolis. « Le gouvernement israélien na jamais ratifié Annapolis, pas plus que la Knesset » avait-il fait savoir, estimant que le seul document liant Israël était la feuille de route de 2003 qui prévoyait la création d’un État palestinien pour 2005… Le ton était donné ! L’homme parfaitement fidèle à lui-même…
Personne ne peut ignorer que cet homme particulièrement haineux a toujours tenu et tient toujours des propos inacceptables sur la question palestinienne. Il souhaite entre autre expulser tous les Arabes qui ne feraient pas allégeance au drapeau israélien (nous rappelons qu’il avait marqué la campagne israélienne par le slogan « Sans loyauté, pas de citoyenneté ») proposant même « d’exécuter les parlementaires arabes israéliens qui traitent avec le Hamas ». Sa vision du « conflit » israélo-palestinien est pour le moins spéciale puisqu’il soutient en effet que « deux peuples cohabitant contre leur gré avec des langues et des religions différentes – comme au Canada, en Belgique ou en Irlande – sont voués au conflit » et que pour lui, il est indispensable de créer « deux États ethniquement homogènes »… rien de moins ! Pour mieux attirer la sympathie de l’Occident (si cela est possible) qui déteste sans jamais oser le dire ouvertement tout ce qui ressemble à un musulman; il a fait savoir que « la véritable raison du point mort avec les Palestiniens, ce n’est pas l’occupation, ce ne sont pas les colonies, ce ne sont pas les colons (…) c’est un conflit religieux.» Comme Netanyahou, Lieberman a demandé aux dirigeants palestiniens de reconnaître le caractère juif de l’Etat d’Israël… alors que cette exigence d’Israël avait été « longuement discutée » et rejetée par les Palestiniens lors de la conférence d’Annapolis aux Etats-Unis, qui avait relancé le processus de paix israélo-palestinien en novembre 2007… Quant à la question du droit au retour des réfugiés elle n’a même pas lieu d’être « rêvée » avec lui puisqu’il affirme « La question des réfugiés ne peut être sur la table. Je ne suis même pas prêt à discuter du droit au retour de ne serait-ce qu’un seul réfugié. » Cette liste pourrait être complétée à l’infini ; cela ne serait toujours pas suffisant pour montrer quelle menace fait peser l’arrivée de Lieberman au poste de ministre des Affaires étrangères israéliennes sur l’avenir des Palestiniens.
Lors des résultats des dernières élections israéliennes, nous n’avions pas manqué d’être déjà plus que surpris, que ni les médias, ni les politiciens de notre pays, ne commentent à sa juste mesure cette arrivée de l’extrême-droite israélienne au pouvoir ; on se souvient pourtant comment l’arrivée de feu Jörg Haider et du FPO en 1999 au sein du gouvernement autrichien avait provoqué, à juste titre, un tollé chez les dirigeants français et européens. Et là, dans le cas de l’entité sioniste, bizarrement, alors que nous avons été témoins des pires massacres sur une population qui n’avait aucun moyen de s’extraire d’un camp de concentration complètement fermé, pas un seul mot d’indignation, pas le moindre petit doute diplomatique quant à l’avenir sombre que laisse supposer cette élection dans le processus de création d’un Etat palestinien souverain…
Pire, nos dirigeants politiques s’apprêtent à recevoir sur notre sol, comme s’il s’agissait de n’importe quel autre dirigeant politique, Mr Avigdor Lieberman, l’homme qui incarne à lui seul la politique raciste, coloniale et exterminatrice de l’entité sioniste. Il y a réellement quelque chose de choquant pour les valeurs de la démocratie française dans ce geste ô combien symbolique. Si c’est une absolution que vient chercher Mr Lieberman auprès de nos dirigeants politiques depuis toujours si complaisants avec leur très cher ami Israël, et bien nous affirmons qu’il n’y aura jamais d’absolution pour Israël et que nous lutterons inlassablement pour que les tribunaux internationaux, condamnent comme elle se doit de l’être au regard du droit international, l’ignominie mise en œuvre pendant les vingt-deux jours de bombardements de Gaza.
En tant que citoyens français, nous mettons un point d’honneur à défendre les valeurs de la France. Nous élever catégoriquement contre la venue de Mr Lieberman, c’est défendre de fait ces principes qui font honneur aux hommes. Et nous ne manquons pas aujourd’hui, de rappeler, que le président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, qui s’est exprimé le 8 décembre dernier à l’occasion du 60e anniversaire de l’adoption à Paris de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, devant de nombreuses personnalités du monde politique français et international, et des lauréats du prix Nobel a rappelé l’attachement de la France aux droits de l’Homme et a insisté sur la notion d’universalité inhérente à ces droits. Lors de son allocution il a dit qu’« il est désormais reconnu que tout être humain et en tout lieu doit jouir de ces droits parce que universels. » C’est en tout point ce que nous attendons pour le peuple palestinien et nous vous demandons d’être fidèle à vos paroles monsieur Sarkozy, en faisant en sorte que ni vous-même, ni aucun membre de votre gouvernement ne reçoive le représentant d’une entité qui n’accorde aucune valeur à la vie des Palestiniens mais qui au contraire, poursuit chaque jour comme elle le fait depuis plus de soixante ans, l’extermination minutieuse de ce même peuple.
Pour protester contre cette venue, nous appelons donc au rassemblement organisé demain, mardi 05 mai 2009 par de nombreuses associations à partir de 14h 30 devant le Quai d’Orsay.
Collectif Cheikh Yassine.
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