vendredi 3 avril 2009

« Une liberté d’expression impartiale qui n’incite pas à la haine mais à la concorde et à la Paix… »

Réponse à Jean-Paul (commentaire n°7) qui a commenté à l’aube ce matin l’article de Nicole « Lettre ouverte à Michel Senthille, procureur près le TGI de Mulhouse » posté hier jeudi 2 avril 2009 sur le site Alter Info.

J'avoue mettre longuement interrogée hier en lisant cette information concernent ces deux enfants israéliens habitant la colonie juive de Bat Ayin située dans le Goush Etzion, frappés par un Palestinien. Je me suis dite que c'étaient des enfants qui avaient été touchés et que c'était parfaitement intolérable que ces derniers soient devenus dans un camp et dans l'autre les victimes innocentes de la tragédie palestinienne. Parce que c'est bien de cela dont on parle à travers cette information : de la tragédie palestinienne et d'un génocide qui dure depuis 60 ans et qui n'a épargné ni les enfants ni les femmes.

Hier soir j'ai éprouvé le besoin de revenir sur les images de Deir Yassine, de Jénine, de Kafr Qassam de Sabra et Chatila; j'ai passé en revue une nouvelle fois les images si récentes de Gaza et visionné un grand nombre de photos montrant les enfants faisant face au joug des fusils des soldats de l'armée d'occupation israélienne. J’ai revisionné le document de ces enfants palestiniens utilisés comme boucliers par Tsahal ainsi que les documents de l'exode palestinien, des maisons détruites sauvagement à coups de bulldozer… Je n'ai vu dans ces images que de la « désespérance ». Et je me suis dite que ce que je cherchais à comprendre était là devant mes yeux et que moi, vu de Paris, si je pouvais difficilement concevoir qu'on puisse s'en prendre à des enfants, c'est parce que ma vie à moi n'était faite que de normalité, de stabilité, d’amour des miens et de confiance en l'avenir. Mais qu’en est-il de celle des Palestiniens ?

Qu’en est-il en effet de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes qui années après années doivent affronter la réalité de l’extermination d’un peuple ? Vous savez Jean-Paul, durant ce mois de mars 2009, 17 Palestiniens dont 3 enfants âgés de moins de 18 ans et une femme, ont été assassinés alors que 280 autres ont été enlevés par les soldats de l’armée d’occupation. Vous savez, ces derniers vont s’ajouter aux quelques 11 500 prisonniers qu’Israël détient dans ses geôles en Israël et cela en infraction totale à l’article 76 de la quatrième Convention de Genève qui stipule que les citoyens sous occupations militaires ne peuvent être retirés du territoire occupé, en interdisant de cette façon les visites des membres de leur familles puisque ces derniers ne peuvent obtenir l’accès à Israël. Et puisque la question des enfants vous intéresse particulièrement, vous ne pouvez ignorer que quelques 400 de ces prisonniers sont des enfants (certains étant même nés en prison) et 120 sont des femmes selon le CICR. Je n’oublie pas non plus les maisons qui ne cessent d’être confisquées et détruites, ni les oliviers si symboliques aux yeux des Palestiniens qui sont sauvagement arrachés pour bien leur montrer combien le déracinement de leur peuple est aussi méticuleusement et cruellement programmé que l’arrachage de ces arbres.
Pour étayer mon propos, je vous fais part d’un certain nombre d’évènements qui se sont produits pour la seule journée d’hier jeudi 2 avril 2009 et dont nous avons eu connaissance (combien y en a t-il eu d’autres pour lesquels nous n’avons pas reçu d’informations ?) :

* L'occupation israélienne envahit le village d'Al Arka à l'ouest de Jénine et enlève 11 Palestiniens

*La municipalité de l'occupation a informé plusieurs familles palestiniennes dans divers quartiers à Al Qods occupée, de la décision de destruction de leurs maisons.

*Les blindés et les bulldozers de la municipalité sioniste à Al Qods ont démoli une boutique, près d'une école dans la rue de Naplouse, près de Bab al Amoud, au milieu de la Bande de Gaza.

*Des dizaines de colons israéliens, soutenus par la police, se sont emparés d’une maison palestinienne dans la Vieille Ville. Jaber le propriétaire de la maison est allé immédiatement au tribunal pour porter plainte, disant qu’il allait demander l’expulsion des colons de sa maison qui abrite huit personnes. Il a précisé que sept autres familles habitent ce petit quartier de la Vieille Ville, et qu’au cours de ces derniers mois, la présence des colons s’est accrue.

*Les forces de l'occupation ont lancé une vaste campagne d'arrestation dans le village d'Al Arka, à l'ouest de la ville de Jénine, où des dizaines de blindés militaires sionistes ont envahi ce village habité par plus de 2 000 personnes, en imposant un couvre-feu, avant d'enlever 11 Palestiniens qui ont été emmenés vers une direction inconnue.

* Les forces de l'occupation ont arrêté, aujourd'hui jeudi 2 avril, plus de 27 Palestiniens dans plusieurs villes et villages de la Cisjordanie.

* Plusieurs sources ont dit que les forces occupantes ont envahi la ville de Jénine, Ariha, Toulkarem, Qalqilia, Naplouse et Bethléem et ont enlevé 26 Palestiniens, alors que la police sioniste a arrêté un jeune Palestinien dans la ligne verte, à Toulkarem.

*Les soldats israéliens installés sur le barrage militaire sioniste de Zaatara, situé à l'est de Selfit, ont enlevé un jeune Palestinien lors de son passage à travers ce barrage, en l'emmenant vers une direction inconnue. Les sources ont déclaré que le jeune, Mahmoud Nabil Jawabra (26 ans) qui a été enlevé, est un étudiant à l'université arabo-américaine et habite au village de Kafr Ra'i.

Vous voyez Jean-Paul c’est de cela dont on parle ; ces mêmes évènements qui ont eu lieu hier jeudi 2 avril 2009, ont aussi eu lieu en 1948 et aussi avant-hier ; ils auront lieu aujourd’hui et encore demain. C’est la vie des Palestiniens qui ne cesse d’être dévastée en Palestine depuis 60 ans ; mais qui prend soin de nous raconter cet autre versant de l’histoire ? Où sont tous ces cameramen qui se plaignaient de ne pouvoir entrer à Gaza durant les massacres pour apporter au monde la juste information? N’étaient-ce que les rivières de sang qui les attiraient en terre de Palestine en ce début d’année 2009, car si leur volonté réelle était de nous informer sincèrement sur la tragédie palestinienne et bien je leur dis que celle-ci est quotidienne depuis plus d’un demi siècle et que depuis Gaza les évènements n’ont fait que s’accélérer de façon alarmante sans qu’ils s'en trouvent présents sur place un grand nombre pour informer le monde. Depuis les vingt-deux jours de massacres liés à l’opération Plomb durci qui - dois-je vous le rappeler - ont pris la vie de 1434 Palestiniens et blessés plus de 5 000 autres (la majorité d’entre eux étant privés d’un ou plusieurs membres) Gaza n’est plus qu’un champs de ruine dans lequel chaque Palestinien encore vivant doit tenter, et je dis bien tenter, de reconstruire une vie qui ne cesse d’être hantée par les fantômes des démons qui les ont privés de ceux qu’ils aimaient dont leurs enfants puisque quelques 434 font partie des victimes de cette effroyable boucherie qui, pour Mr Prasquier président du CRIF, ne relève que de la simple rumeur que les internautes ont eu et ont encore l’indécence de propager sur Internet…

Jean-Paul, dans votre commentaire vous dites « Ce n'est parce que les enfants palestiniens ont été tués à Gaza dans des conditions à mon avis très proches des crimes de guerre et non conformes aux Conventions de Genève. » Je fais une pause nécessaire sur le « non conformes aux Conventions de Genève » Est-ce que si ces enfants palestiniens avaient été tués selon les normes obéissant aux conventions de Genève vous vous seriez senti en paix Jean-Paul ?... En outre, j’ignorais que la Convention de Genève autorisait l’assassinat d’enfants !!! A ma connaissance elle demande au contraire de les protéger et de les épargner à tout prix !... Jean-Paul avez-vous lutté à titre personnel pour que ces malheureux enfants soient épargnés ? Moi oui ! de toutes mes forces ; mais le monde des décideurs n’a pas entendu mes cris ni ceux de tous ceux qui criaient avec moi !

Vous ajoutez « (…), il faudrait peut-être se remettre en question... du moins si l'objectif est bien de faire la paix... » Vous parlez de paix Jean-Paul dans votre commentaire ; dîtes-moi quelle est votre définition du mot paix parce que je sens d’emblée que pour vous et moi, ce mot chargé de tant d’espoir, n’est pas porteur des mêmes aspirations. Gaza a d’ailleurs de ce point de vue été « riche » en enseignements en tout genre en particulier sur la façon dont les Israéliens envisagent l’avenir des Palestiniens. Je rappelle pour mémoire que 96 % de la population juive d’Israël a soutenu l’opération Plomb durci. Il a fallu moins d’un quart de siècle pour qu’on arrive à une telle radicalisation de la société israélienne ; je revoyais hier soir les documents qui montraient le nombre impressionnant d’Israéliens qui étaient descendus en masse dans les rue de Tel Aviv pour dénoncer les massacres de Sabra et Chatila. Et là en 2009, non seulement ils soutiennent Tsahal mais une grande majorité d’entre eux sont allés jusqu’à se rassembler sur la colline de Parash, située sur une réserve naturelle localisée dans le Sud d'Israël ; cette colline que seuls de rares Israéliens on nommé « la colline de la honte » était devenue le point de rendez-vous incontournable pour une nation obsédée par les « purs » exploits de guerre de son idole Tsahal. Non, ils n’ont eu aucun scrupule à contempler la barbarie mise en œuvre par l’armée « la plus morale du monde » selon Mr Barak. Mais dans le fond, ont-ils réagi autrement que le reste du monde? Je ne peux m’empêcher de penser en effet, qu’il y a encore quelques années, il eut été impossible pour Israël d’assassiner 400 enfants palestiniens en quelques jours sans que les dirigeants des nations dites « civilisées » ne bougent le petit doigt. En 2009, c’est pourtant bien ce qui s’est passé…

Je ne peux m’empêcher non plus de me dire qu’il y a quelques années, quelques politiciens et journalistes honnêtes, se seraient émus du résultat des dernières élections qui ont eu lieu en Israël. Ce dernier suffrage qui n’a fait que traduire le soutien inconditionnel des israéliens vis à vis de leurs dirigeants tout au long de Gaza en actes et rien de moins. Pour ce vote d’après campagne génocidaire, les Israéliens avaient le choix entre des partis moyennement fascistes et d’autres totalement fascistes ; la réalité c’est que dans cette équation peu glorieuse c’est toujours de fascisme dont ont parle. A observer tous ces partis, on se rend compte qu’ils ont un grand nombre de points de vue en commun concernant l’avenir d’Israël et du peuple palestinien ; après c’est juste une question de dosage… En effet, entre une Tzipi Livni qui, le 23 janvier 2002, invite les membres de la Knesset à rejeter « une clause de protection d’égalité » selon laquelle l’égalité est le droit de chaque citoyen dans l’Etat indépendamment de sa nationalité ou sa religion ou ses opinions et qui préconise « des colonies et l’affectation de terres uniquement pour des juifs » à la Knesset et un Avidgor Lieberman pour qui il faut faire la preuve de sa loyauté envers les principes d'un «Etat juif» pour pouvoir bénéficier de la citoyenneté du pays, accusant ainsi de déloyauté une grande partie de la minorité arabe israélienne qui selon lui représente les « ennemis de l’intérieur »; sincèrement je ne vois pas la différence … Ce qu’ils veulent tous au final, c’est garantir la judéité d’Israël et empêcher les Palestiniens de faire valoir leurs droits les plus élémentaires ; je ne parle même pas de la création d’un Etat indépendant qui reconnaîtrait aux Palestiniens le droit de posséder un Etat souverain … La charte du Likoud de Netanyahu à ce titre est parfaitement claire ; elle ne reconnaît aucunement la création de cet Etat palestinien : En substance elle dit ceci : «Le gouvernement israélien rejette fermement la création d’un État arabo-palestinien à l’ouest du Jourdain. Les Palestiniens peuvent vivre librement dans un contexte d’autonomie mais pas en tant qu’Etat indépendant et souverain. Ainsi, par exemple, dans le cadre des affaires étrangères, des questions de sécurité, d’immigration et d’écologie, leurs activités doivent être limitées par les impératifs liés à l’existence d’Israël, à sa sécurité et aux besoins de la nation. ». Sur la question de Jérusalem elle stipule que : « Jérusalem est la capitale éternelle et indivisible de l’État d’Israël et seulement de l’État d’Israël. Le gouvernement rejettera fermement toute proposition palestinienne envisageant la division de Jérusalem » alors que les Palestiniens n'envisagent pas une autre capitale que Jérusalem pour leur futur Etat! De toute façon quel Etat pourrait-on encore espérer pour les Palestiniens quand il ne reste que des « confettis de territoire » dispersées ici et là au gré des annexions successives depuis 60 ans et sachant qu’Israël est le maître de l’eau en Palestine occupée ; ce qui pour moi empêche déjà de fait la création d’un Etat palestinien viable. Quand l’eau est annexée cela signifie que toute vie normale est impossible à construire. Tout le monde sait cela…

En tout cas, le constat est que les Israéliens ont choisi les plus radicaux de leurs candidats et que cela semble refléter au plus près la mentalité collective de la société sioniste juive israélienne contemporaine ; en « démocratie » que je sache, on n’a pas le couteau sous la gorge pour choisir le candidat que l’on estime être le plus apte à représenter au mieux ses intérêts… Avec Netanyahu et Lieberman c’est donc l’aile la plus à droite du sionisme qui s’est accaparée le système politique israélien; cela a au moins le mérite de montrer la vrai face de la classe politique israélienne et des Israéliens eux-mêmes. Avigdor Lieberman, le chef de file du parti d'extrême droite Israël Beitenou (Notre Maison Israël), nouveau vice-Premier ministre chargé des Affaires stratégiques du gouvernement Netanyahu fidèle à lui-même et à ses principes, a dès sa première allocution, fait savoir que le processus d’Annapolis était caduc. « Il n’y a qu’un seul document qui nous lie et ce n’est pas la conférence d’Annapolis (…), seulement la feuille de route » Je vous rappelle par exemple que cette fameuse feuille de route dit explicitement que les Israéliens sont tenus de geler les activités de colonisation or un rapport du mouvement anti-colonisation la Paix Maintenant publié à la fin janvier nous apprend qu’au moins 1.257 nouvelles «structures» - 748 constructions «permanentes» et 509 dont mobile-homes - ont été érigées l'an dernier, contre 800 en 2007. Peace Now, quant à lui estime à 285.800 le nombre d'Israéliens vivant dans ces nouvelles colonies de peuplement… Cette feuille de route demande aussi expressément la réouverture d’institutions palestiniennes à Jérusalem-Est fermées à l’été 2001. Or, pas plus tard que la semaine dernière, les Palestiniens ont du célébrer Jérusalem « capitale de la culture arabe », à Bethléem et non à Jérusalem à la suite de l'interdiction des autorités israéliennes de commémorer cette journée dans la ville sainte considérant qu'il s'agissait d'une « opération de l'Autorité palestinienne » visant à porter atteinte à la « souveraineté » israélienne à Jérusalem-est… Des exemples comme ceux-là on peut en trouver des dizaines et des dizaines et tous alimentent une seule et même tragédie : celle vécue par le peuple palestinien.

Tragédie qui renferme trois notions clés : ségrégation, expulsion et extermination toutes constitutives de la politique d’apartheid de mieux en mieux maîtrisée par les Israéliens avec la complicité du monde entier. Alors devant ce désastre annoncé, comme vous l’avez si brillamment dit Jean-Paul... « il faudrait peut-être se remettre en question... du moins si l'objectif est bien de faire la Paix... »
Nelly LEBOUCHER


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