mercredi 22 avril 2009

« Reconnaître aux Palestiniens le droit de vivre »

Paru le 20 avril 2009 sur le site du midilibre.com
Par François Liberti

VOS PAPIERS
Nom : Liberti Prénom : François Age : 62 ans.
Profession : marin pêcheur.
Signe particulier : Membre de la direction fédérale de l'Hérault du Parti communiste, vice-président du conseil général délégué à la politique de la protection de l'enfance et de la famille (conseiller général du canton de Sète 2, élu en mars 2004), ancien député de la septième circonscription de l'Hérault de 1997 à 2007, maire de Sète de 1996 à 2001.
Vous êtes rentré d'Israël il y a un peu plus d'une semaine...Oui, j'ai passé quatre jours entre Israël et Cisjordanie, à l'initiative de l'association nationale des élus communistes et républicains (Anecr).Notre délégation comptait 108 personnes : des élus communistes, sénateurs, députés, conseillers généraux et régionaux, mais également des socialistes, des syndicalistes, des avocats et même le cinéaste Robert Guédiguian.L'objectif était de vous rendre dans la bande de Gaza.Oui, mais nous n'avons pas pu y entrer malgré les assurances du quai d'Orsay et d'Israël. Nous sommes donc allés à Tel-Aviv et Jérusalem et dans quatre camps de réfugiés palestiniens, dont Ramallah.Qu'est-ce qui motivait cette visite ?L'urgence de relancer le processus de paix. Un processus qui passe par la création d'un état palestinien, par une solution politique plutôt que militaire. Il est essentiel qu'il y ait, sur place, une reconnaissance du droit international et des résolutions du conseil de sécurité de l'ONU. Et puis, pour les Palestiniens, une reconnaissance du droit de vivre.Nous voulions voir, témoigner, apporter un soutien. Nous avons ressenti beaucoup d'émotions.C'est-à-dire ?Notre première vision est celle d'un pays en guerre, sous occupation militaire. Qu'est-ce que peut attendre Israël ? Exterminer les Palestiniens ? Envoyer ces sept millions de personnes ailleurs ? Créer un apartheid ? Selon moi, cette solution, d'ailleurs, n'est pas viable. Et puis, même pour le peuple israélien, comment peut-on vivre ainsi, au regard de l'histoire qui est la leur ?Que préconisez-vous ?La création de deux états indépendants, Israël et Palestine. C'est une absolue nécessité. Mais s'il n'y a pas une prise de conscience internationale, cela ne se fera pas.Quel rôle pouvez-vous jouer ?On essaie d'apporter notre contribution en demandant la tenue d'une première conférence internationale avec tous ceux qui veulent la paix. Que les mondes du travail, de la culture, de la politique se mobilisent, de la même manière que cela s'est passé contre l'apartheid en Afrique du Sud.Revenons à cette visite. Qui avez-vous rencontré ?Des responsables de quartiers, des représentantes des femmes palestiniennes en Cisjordanie, des élus dans les camps de réfugiés, des représentants de l'autorité palestinienne... A Tel Aviv, nous avons vu Dov Khenin, député communiste à la Knesset et qui a réalisé un score de 35 % aux dernières Municipales. Et puis, nous avons rencontré des jeunes qui aspirent à la paix, qui ont beaucoup d'espoir en eux.Qu'est-ce qui vous a marqué ?La Cisjordanie est un territoire occupé. Il y a quand même 640 check point (points de contrôle) dont certains à l'intérieur même de Jérusalem. J'ai été frappé par la vision de ces murs, de ces barbelés, de ces miradors.Les Palestiniens, c'est un peuple de marchands, de commerçants. On interrompt la territorialité, ils sont donc en état de dépendance économique totale. Imaginez qu'il y a 70 % de chômage dans les camps de réfugiés. Pas de boulot, alors pas d'avenir.Quand je pense à ces gamins qui, pour aller à l'école, passent quatre fois par jour par un check point ...
Recueilli par Yohan DOUCET

Lien de l'article: http://www.midilibre.com/articles/2009/04/20/20090420-SETE-Reconnaitre-aux-Palestiniens-le-droit-de-vivre.php5

Nous postons l'article en tant que témoignage que nous trouvons intéressant. Mais nous divergeons largement avec François Liberti sur la création de deux Etats. Il ne peut y avoir qu'un seul Etat dans lequel Palestiniens (y compris tous les réfugiés évidemment) et juifs vivraient ensemble. La Terre de Palestine est une et indvisible! Pour nous il n'y a que cette solution de viable; nous constatons d'ailleurs que cette idée commence à faire son chemin.

Rappel de quelques articles qui ont traité du sujet:

Vers un État unique en Palestine/Israël
paru le 23 mars 2009 sur le site mondeenquestion.blogspot.com

Cette solution, qui a germé après l'échec des accords d'Oslo, fait lentement sont chemin et, après la guerre à Gaza et l'accord conclu entre Benyamin Nétanyahou et Avidgor Lieberman, cette solution devient padoxalement plus audible.

En 2007, George Bisharat écrivait : «Il y a quarante ans cette semaine, Israël conquérait la Cisjordanie et la bande de Gaza, réinstaurant un système politique dans lequel une seule souveraineté gouvernait toute l’ancienne Palestine. Ce que le monde ne vit pas, c’est que cela avait conduit à une version de la « solution à un seul État » au conflit palestino-israélien - quoique un État dans lequel les Palestiniens et les Juifs n’étaient pas à égalité de droits. [1]»

En 2009, Haidar Eid écrit : la guerre à Gaza «a mis un terme à la fiction d’une solution de deux états et replacé la libération au lieu de l’indépendance dans l’agenda politique» car «les Israéliens ont tué dans l’œuf la solution de deux états.» [2].

La colonisation et l'occupation militaire de la Cisjordanie et de Gaza font que la «solution à un seul État» est une «réalité à un seul État» [3]. Il est symptomatique sue Le Monde publie "La fin de la solution des deux États", article de Ziyad Clot qui reprend sur le fond ce que disent des Palestiniens et des Israéliens depuis quelques années [4].

Serge LEFORT
23/03/2009

La fin de la solution des deux États

Certains pensaient peut-être continuer à négocier sur les cendres et le sang versé à Gaza. Le récent accord conclu par Benyamin Nétanyahou avec le parti d'extrême droite d'Avidgor Lieberman en vue de la constitution du nouveau gouvernement israélien aura le seul mérite de la clarté : le "processus de paix" est enterré. Désormais, une paix fondée sur la coexistence de deux États est hors d'atteinte.

Pour les Palestiniens, la perspective de la création d'un État était fondée sur la conviction qu'ils pouvaient obtenir mieux que l'offre faite à Yasser Arafat à Camp David. Aux yeux d'Israël, l'OLP demeurait le seul représentant légitime du peuple palestinien. Sous cette réserve, les Israéliens se disaient disposés à faire la paix. Et deux États délimités par la frontière de 1967, avec quelques ajustements, s'accommoderaient du maintien de certains blocs de colonies en Cisjordanie et de la présence de la population arabe en Israël.

Avant même les opérations meurtrières menées à Gaza, les négociations d'Annapolis ont confirmé que ces postulats n'étaient au mieux qu'un tissu d'illusions. Dans le cadre de discussions bilatérales, l'OLP, négociant toujours sous occupation vingt ans après avoir reconnu Israël, n'avait déjà plus les moyens d'obtenir un règlement de paix équitable. Les accords d'Oslo de 1993 et l'établissement de l'Autorité palestinienne dans les territoires occupés ont été un tournant.

Ce gouvernement sans État administre, depuis, des territoires sans souveraineté propre, minés par la multiplication des "check points", l'explosion de la colonisation et la construction d'un mur illégal qui n'empêche pas la poursuite des incursions militaires israéliennes en Cisjordanie.

Dans ce contexte kafkaïen, les droits des réfugiés et de la diaspora palestinienne (70 % de la population) ont été progressivement perdus de vue. Les élections législatives de 2006 puis la prise de Gaza par le Hamas en juin 2007 ont marqué une nouvelle rupture. A moins d'un succès de la nouvelle tentative de réconciliation nationale palestinienne, la population de Gaza restera ostracisée.

Quelle que soit la composition définitive de son futur gouvernement, Israël préférera encore une gestion même incertaine de ce conflit plutôt que sa résolution, persuadé que l'unilatéralisme et l'usage de la force restent en définitive le meilleur garant de sa sécurité. Penser qu'Israël puisse soudainement faire le pari d'une véritable paix, entre égaux, relève du fantasme.

Communautés imbriquées

La colonisation des territoires occupés palestiniens est irréversible : avec près de 500 000 colons en Cisjordanie, dont la moitié environ à Jérusalem-Est, la création d'un État palestinien souverain et viable est mort-née. Quant à la constitution d'un État juif, elle est contrariée par la population palestinienne présente de l'autre côte de la "ligne verte".

Les États-Unis et l'Union européenne continueront pourtant de s'activer sur "la solution" des deux États. Il n'existe pas à ce jour d'alternative susceptible d'emporter le soutien des différents acteurs du "processus de paix". Les parties ayant un intérêt ou une influence directe dans la résolution ou la poursuite de ce conflit pullulent. Comme soixante ans auparavant, l'internationalisation de la question de Palestine rend son peuple, certes coupable de ses divisions, spectateur de son terrible sort. La Cisjordanie et Gaza sont sous influence, pour ne pas dire sous tutelle étrangère.

Avec des Palestiniens sans boussole et des Israéliens désormais otages d'un ultranationalisme inquiétant, les tendances lourdes de ce conflit vont perdurer : l'unilatéralisme, l'usage de la force, l'évolution démographique et l'instrumentalisation du religieux resteront les principaux déterminants du problème israélo-palestinien. Au-delà de ces dérives, les différentes communautés israéliennes et palestiniennes, imbriquées les unes aux autres, n'auront pourtant pas d'autre choix que de cohabiter un jour au sein d'un même État. Ce ne sera pas chose aisée et cette perspective peut paraître aujourd'hui très lointaine. Mais elle est inéluctable et salutaire.

Il appartient à la communauté internationale d'affronter enfin la réalité : la partition de la Palestine votée par l'ONU, le 29 novembre 1947, n'a jamais été voulue ni réellement acceptée par les parties. Et c'est uniquement le déséquilibre des forces en présence qui a dicté l'évolution de la tragédie israélo-palestinienne. Le partage est devenu division. Il est désormais synonyme de ségrégation. Au sein d'un seul État : le Grand Israël. Au détriment d'un peuple : les Palestiniens. Le jour où les acteurs de ce conflit se résoudront à cette évidence, un grand pas sera fait vers sa résolution.

Ziyad Clot, ancien avocat et conseil juridique lors de la négociation d'Annapolis
20/03/2009
Publié par Le Monde.

Publié par Serge LEFORT

[1] Le mirage de la solution à deux États, Info-Palestine.
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=1762
[2] Gaza 2009 : Culture de résistance versus défaite, Info-Palestine.
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=6165
[3] La réalité d’un seul État, Info-Palestine.
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=2151
[4] Un ou deux États pour Israël et la Palestine ? - Un débat entre Uri Avnery et Ilan Pappé, AgoraVox.
http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/un-ou-deux-etats-pour-israel-et-la-27926?27926

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